Trop court

📖 Arg'Va ✍️ JanLukin 📝 854 mots

J'entends la voix de mon instructeur hurler dans ma tête : “Chargeur vide, chargeur remplacé.” Je remets un chargeur neuf, en m’y reprenant à deux reprises.

D’autres Arg’Va vont rappliquer et je ne suis pas de taille face à elles.

Je suis seule…

Je me laisse glisser au sol, assise, les genoux ramenés contre moi.

Pourquoi j’ai tiré cette putain de roquette !

Je ferme les yeux quelques secondes.

Reprends‑toi, bordel.

Fuir ? me traverse l’esprit.

Non, ça ne servirait à rien, elles me pisteraient et me rattraperaient en quelques minutes.

J’ai eu de la chance avec celle-là. Quand je suis arrivée, elle me tournait le dos, sinon je serais déjà morte.

Les affronter ?

Je souris en secouant la tête. On se déplace toujours en escouade de dix. Et les règles d’engagement sont simples : si elles sont plus de trois, on se casse !

Je dois faire quoi, bordel.

Je me lève, mais ma vision se brouille et mes jambes lâchent. Mon arme glisse de mon épaule et tombe à mes pieds. Je me retrouve allongée sur la route. Je vois les mots à moitié effacés sur le sol : BUS ONLY. Un concept qui m'est étranger, tout cela date d'avant La Grande Invasion.

— Je ne vais pas crever dans cette avenue pourrie de New York, dis-je, la mâchoire serrée.

Je me redresse et me dirige, cette fois d’un pas assuré, vers la carcasse du monstre.

Calme-toi et réfléchis.

Je fouille dans le sac récupéré ce matin et tombe sur deux pains d'explosif.

Les lettres CL-30 sont inscrites en noir sur une étiquette rouge vif. Je sors également un détonateur. J’utiliserai mon ACZI pour le déclenchement à distance.

Un explosif dans chaque main, j’hésite. Je n’ai aucune idée de la puissance de ces trucs.

Je vais mettre les deux.


Mon escouade, au complet, a été mise en charpie. On aurait dû rejoindre le QG. Mais la sergente a hurlé :

— Tenez la position.

Nous avons échangé un regard paniqué avec Valéra, mon binôme.

— Ils sont cinq, Sergente. Il faut rejoindre le QG, on a encore le temps, avait bégayé Valéra.

— On ne recule pas. L’objectif est à deux cents mètres devant nous. Il faut faire péter ce building

Les Arg’Vas ne nous avaient pas encore repérés. Elles se trouvaient juste entre nous et notre objectif.

— Valéra, Sanchez, vous vous occupez du deuxième qui se pointe, à la roquette. Les autres, on dégomme le premier, un chargeur complet.

Son plan avait fonctionné, les deux Arg’Va ont été neutralisées. Mais les trois autres nous ont attaqués de flanc. La sergente fut la première cible. Le monstre, sorti de nulle part, traversa la baie vitrée et l’embrocha de ses griffes de vingt centimètres. Puis laissa retomber son cadavre d’un geste.

Je secoue la tête et reviens à la réalité.

Grouille-toi et arrête de penser à ce matin !

Je regarde autour de moi, rien en vue. Je m’approche du cadavre et essaie de soulever son torse pour y cacher mon piège. Elle ne bouge pas d’un centimètre. Comment j’ai pu croire que mes soixante kilos allaient suffire à la bouger ?

Comment faire ? Je ne peux pas lui fourrer dans la gueule, elle n’en a plus.

Je grimace à l’idée qui vient de me traverser l’esprit. Pas le choix, il faut le faire.

Je plonge sans ménagement la main jusqu’à l’épaule dans sa gorge et y dépose l’explosif. Lorsque je retire mon bras, il est recouvert de sang visqueux bleu et de morceaux gluants indéfinis.

— Beurk, dis-je en secouant le bras.

La sergente avait raison, le revêtement du treillis et des gants résiste bien à l'acidité de leur sang. Mais c'est quand même dégueulasse !

À l’extrémité droite de mon champ de vision, j’aperçois une masse bleue fonçant droit sur moi à une centaine de mètres. Elle fracasse une carcasse de voiture, lui bloquant le chemin. Je tends la main vers mon épaule pour prendre mon arme.

Merde !

Mon fusil est resté là où je suis tombée. Je me redresse aussi vite que possible et me précipite vers mon arme. Mes rangers dérapent sur la flaque de sang de l'Arg'Va et je m'étale de tout mon long.

L'Arg'Va est d'une vitesse prodigieuse, elle n'est plus qu'à une cinquantaine de mètres. Je rampe le plus vite possible et tends le bras pour attraper mon arme.

Trop court.

Trop court, d'à peine vingt centimètres. Ma main se referme dans le vide alors que l'ombre du monstre m'englobe entièrement. Je roule sur le côté, mais pas assez vite.

Un énorme bras, recouvert d’écailles bleues et terminé par ces horribles griffes, s’abat sur moi. Une douleur effroyable déchire mon flanc droit. Je tends le bras vers mon M-23, en vain. Il est toujours hors de portée. Sa queue me frappe de plein fouet. Je décolle et m’écrase sur l’asphalte de la Cinquième Avenue, la tête la première. Le monde se met à tourner, un voile gris danse devant mes yeux. Le colosse de près de trois mètres me surplombe.

Elle ouvre doucement la gueule et me montre ses crocs acérés dans un rictus cruel. Elle me fixe un long moment, de ses yeux reptiliens. Son bras se lève, griffes sorties.

La dernière image que je perçois avant de sombrer dans le noir complet :

Son bras s’abattant vers moi et sa tête explosant au même instant.

💬 Commentaires 8

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Norah • 2 semaines, 2 jours
Les humains sont toujours dépourvus de sang acide, de griffes, d'écailles et de crocs acérés... mais ils croient toujours en l'Humanité...
Toujours aussi agréable à lire et bien rythmé.
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JanLukin Auteur • 2 semaines, 1 jour
Merci !
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Jmi • 2 semaines, 5 jours
J'ai trouvé ce deuxième chapitre toujours aussi dynamique et facile à lire. L'action s'enchaîne rapidement et les scènes sont très visuelles, ce qui donne envie de tourner les pages. En revanche, j'aurais peut-être apprécié quelques moments de respiration supplémentaires entre les séquences d'action. La situation de l'héroïne est particulièrement intéressante après la perte de son escouade, et j'aurais aimé passer un peu plus de temps avec ses émotions, ses doutes ou son sentiment de solitude avant que la menace suivante n'apparaisse. Cela aurait sans doute renforcé encore davantage mon attachement au personnage et l'impact des scènes d'action qui suivent. Mais la fin du chapitre remplit parfaitement son rôle : elle donne envie de découvrir immédiatement la suite.
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JanLukin Auteur • 2 semaines, 5 jours
Merci @Jmi de ton retour détaillé. Les chapitres suivants seront plus "calme". Je préfère écrire des chapitres pas trop longs de 3 à 5 minutes en général.
J'ai préféré faire l'action sur deux chapitres plutôt qu'un seul. Mais effectivement, il n'y a pas beaucoup de pauses dans les 2 premiers chapitres.
Je voulais également montrer que l'héroïne n'est pas la super-guerrière. Elle a peur, improvise, laisse son arme de l'autre côté de l'avenue, tout cela dans un moment de stress intense.
Les chapitres suivants devront, je l'espère, t'en apprendre plus sur "l'héroïne"
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JanLukin Auteur • 2 semaines, 3 jours
@Jmi , j'ai ajouté une petite pause avant le prochain "combat"
Merci encore pour ton retour pertinent.
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Goupil • 2 semaines, 6 jours
🥰
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MargaPeann • 3 semaines
Intense ! J'ai bien cru que l'héroïne allait y passer dès le chapitre deux ;)
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JanLukin Auteur • 3 semaines
Cela ferait un peu tôt pour la faire mourir, je l'aime bien, ma petite Elana.
Merci pour les annotations du texte, écrire au féminin n'est pas habituel .
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