Miaousse
Yo ! C’est ici pour parler chattes ? Hein ? Non, mais attendez… Non pas la tête… Pas la matraque ! J’ai rien fait ! J’ai rien dit ! C’est abusé ! Walla ! Pourquoi toujours moi ?
Docno est censuré pour propos inappropriés par la modération du site, pour le bien commun, par anticipation, de manière préventive, pour ne pas dire proactive, minority report, connaissant l’énergumène et sa manière insidieuse pour ne pas dire sournoise de détourner les défis les plus innocents pour en faire des pamphlets choquants. Passez une bonne journée. Pensez bien. Pensez juste.
— Je proteste ! Je suis innocent ! Je voulais juste parler d’un chat genre l’animal, le truc qui fait miaou, tu vois, le grand pourvoyeur de la toxoplasmose...
— Ah...Sérieusement ? Toi, parler d’un chat… Laisse-moi douter.
— Bah ouais. J’en connais plein. C’est pas que je les aime, en fait je les déteste, d’ailleurs j’aime rien, les gens, les animaux… beurk. Rien, je te dis. Personne ne m’aime alors pourquoi j’aimerai. On m’a dit, c’est normal : tu es incapable de lécher les couilles de…
— Docno ! C’est inacceptable !
— OK OK ! Nan, c’est juste que j’avais une histoire de chat. Mais bon…
— Vas-y, raconte le début… Je te préviens que tu es sous surveillance renforcée par trois modos.
— Ah quand même. Tout ça pour moi ? C’est trop. Merci.
— Ne commence pas !
Bon. Alors voilà. Je connais un chat qui s’appelle Miaousse, c’est le chat de la nouvelle voisine qui a emménagé dans la villa au coin. Le lascar est un immigré clandestin, une racaille quoi, qui passe son temps à venir squatter mon jardin, sous prétexte que le gazon est bien tondu, pas de chien et une foultitude de zoziaux dodus, des Tweety comme dans le dessin animé. Pour récompense de mon hospitalité, il me laisse sa crotte aussi je le déteste et je m’empresse de le vilipender ce qui choque ma femme.
— Lorenzo, laisse ce pauvre chat ! Il est trop mignon !
— Je vais le buter ce con !
— Lorenzo ! Tu n’as donc pas de cœur ?
— Bah si, mais je suis moins con que les autres, c’est tout. Pas de ma faute.
Malheureusement, ma femme lui laisse une coupelle de lait alors le matou revient. Il me nargue avec son regard jaune pisse et ses manières précautionneusement ridicules. Evidemment, les zoziaux abonnés du jardin sont venus se plaindre. J’ai même eu droit aux doléances de la chouette qui manque de souriceaux à becqueter. Oui, parce que tout ce joli monde se bouffe dans une belle chaîne alimentaire bien huilée. C’est bô la nature, c’est un paradis. Non parce qu’en réalité ces cons se bouffent encore vivants, ils prennent même pas le temps de déballer la cellophane et de faire cuire comme des civilisés. Enfin ce que j’en dis…
— Lorenzo, tu fais quoi avec la carabine ?
— Moi ? Rien ! J’astique.
— Je t’ai à l’œil ! Laisse ce chat tranquille !
— J’ai rien fait ! Pourquoi tu m’accuses ?
Ce Miaousse est tigré. On pourrait le croire intelligent mais en réalité c’est un demeuré.
Je lui ai demandé de raconter un truc puisqu’il paraît que les chats ont le droit de participer à ce défi. Il m’a regardé avec ses pupilles verticales, fermant les paupières lentement, puis s’est léché une patouille, puis a entrepris de se branler en public, s’astiquant la rondelle avec délectation. Un chat pédé ! Voilà ce que c’est ce Miaousse de merde ! Tu veux t’extasier sur ça ? Sérieux ? Non mais si je fais ça, on me colle en ‘zon direct !
Alors j’ai pris ma décision. Liquider le Miaousse. Tu vas me dire, la vieille bique, sa proprio, une mémère à chats qui doit sentir le pipi, va pas s’en remettre. Il y a trop de vieux en France ! Je l’ai toujours dit ! Quoi ? On ne doit pas dire ça ? Nan… C’est sûr ? Attends, je barre… C’est bon, là ? Je continue ? OK, OK.
Alors l’autre soir, on mourait de chaud avec cette canicule qui nous en….(censuré). Je dormais, pénard.
— Lorenzo tu dors ?
J’adore quand ma femme fait ça.
— Oui !
— On ne peut pas dormir ! C’est épouvantable !
— Moi, je dors !
— Tu veux pas faire un câlin ?
— Ma pauvre, t’es toute moite, tu glisses dans les mains comme une savonnette !
— Lorenzo ! Tu m’aimes plus !
— C’est vrai. Mais c’est la vie, voilà.
— Tu me dis ça comme ça ! Salaud !
— Mais quoi ? Tu veux que je te raconte des salades ?
— Oui !
— OK, OK ! Va prendre une douche, on fera câlin.
— Pfff ! Je te déteste.
Ma femme est partie à la salle de bain. Ensuite elle se tartine avec huit crèmes différentes : exfoliante, nourrissante, revitalisante, hydratante, beautifiante, rajeunissante, intelligente (non c’est juste pour la rime).
Je me suis levé et je suis allé à la terrasse. C’était une nuit de pleine lune, avec les cigales qui s’égosillaient pour tenter de trouver une cigalette à culbuter. La vie des mecs est difficile dans toutes les espèces. La misère.
Bref. Je vois le Miaousse qui s’en va tranquille, pépère de sa démarche tarlouze, dans mon jardin propret. Il se retourne et me regarde méprisant, puis repart. Il arrive à la petite haie mitoyenne, se tâte et hop, bondit. Il retourne chez maman. Et là… Là… Je vois de mes yeux ébahis ! Tu le croiras pas ! La voisine ! La voisine ! Une bombasse, cul nu, qui sort de sa piscine et s’alanguit sur un transat. Cul nu ! Une beauté, une naïade, une sirène qui aurait rendu malade Ulysse, même avec ses bouchons d’oreille ! J’en avais le souffle coupé. Et la meuf me regarde et me sourit d’abord puis se marre. Elle se moque de moi la grognasse ! La salope !
— Putain, Lorenzo ! Tu bandes déjà, je suis flattée, me fait ma femme, toute luisante et brillante de crèmes, revenant de la salle de bain.
J’ai précisé que j’étais aussi cul nu ? Non ? C’est ballot.
Bref j’ai regardé ma femme, puis la voisine, puis ma femme. Et j’ai chialé !
Salaud de Miaousse ! Demain, oui, demain, à la première heure, je vais me plaindre à ta patronne que tu viens chier dans mon jardin. Non il y a des limites… Faut pas déconner ! C’est trop là ! Faut faire un truc ! On ne peut pas en rester là ! C’est pas humain...
— Lorenzo, tu m’aimes ?
— Ouais ! Tais-toi ! Je me concentre, c’est pas facile !
— T’as l’air tendu…
— Faut ce qui faut !
— Lorenzo…
— YALLLA !
Bzzzz !
PS : ce texte est désapprouvé par la ligue de la bien-pensance qui est totalement consternée.
💬 Commentaires 10
Le cadre de censure préventive en ouverture, le narrateur qui se condamne tout seul : on sait à quoi s'attendre. Un avertissement sous-entendu, bien amené.
Sous l'outrance et la saturation, on finit par comprendre que Lorenzo est la vraie cible de la blague, et qu'il y a chez lui quelque chose de plus fragile qu'il ne veut l'admettre. C'est un style que je ne saurais pas écrire moi-même, et c'est peut-être pour ça qu'il m'interpelle autant.
Ce basculement à la fin, le fanfaron qui s'effondre, ça donne une profondeur inattendue à la farce. Beau boulot.
et que Lorenzo se réverait en pére Lustucru
En terrasse un dimanche matin tranquille. Je suis mort de rire 😅
Merci docno ! Merci.