La clim
Lucie Fez était bien embarrassée… Cette 9.2.i, bombasse imaginée, teint mat, faux cils vertigineux, long cheveux aux extensions extravagantes, toute de Zara vêtue en avait gros. Rien n’allait plus en royaume Frankaoui ! Tout fichait le camp ! C’était abusé !
— Chouchou, il fait trop chaud ! J’étouffe ! Je vais faire une crise de spasmophilie !
— C’est canicule ma douce…
— C’est pas possible ça ! Fait plus chaud qu’à Alger ! Ça sert à quoi de venir en France alors ?
— Bas le RSA, la CMU, les allocs, APE, aide handicapés, le chèque énergie…
— Tais-toi ! Tu me saoules ! Fais quelque chose au lieu de dire n’imp’ !
— Mais bijou…
— Débrouille-toi ! Je vais à Action… Ça me distraira un peu…
— Tu vas encore dépenser un max en conneries, marmonna le pauvre Chouchou.
— Qu’est-ce que tu dis dans ta barbe, encore ? Je t’ai à l’œil ! Où est mon téléphone ? Tu as pris mon téléphone ?
— Il est dans ta main, mon sucre… Tu filmes tout ce que tu fais… Tout le temps, même aux cabinets...
— Walla ! C’est vrai ! C’est cette chaleur suffocante qui me fais perdre la boule !
Clop, clop clop clopclop… S’en fut la bimbo perchée sur ses talons imitation Louboutin venus de Shein.
À son retour, exténuée, en nage, le Rimmel dégoulinant (pourtant certifié Waterproof) elle se retrouva en zone de guerre. L’appartement était dévasté.
— Chouchou ! Qu’est-ce que tu as foutu encore ?
— Bah c’est la clim, mon ange ! Regarde, Lorenzo m’en a trouvé une… Avec Fabrice, ils la posent.
— Hein ? Une clim ? D’où elle sort ?
— Tombée du camion, répondit Fabrice, s’armant d’un énorme perforateur. Je fais le trou là ?
— Ouais… Et fais gaffe de pas dévier comme l’autre jour, indiqua Lorenzo.
— J’ai pas dévié ! J’ai glissé !
— Ouais… N’empêche…
— Il y en a pour longtemps ? demanda Lucie, sentant déjà la fraicheur sur sa peau moite.
— Bah… c’est selon… fit Fabrice.
— Dans une heure c’est plié, rassura Lorenzo. Bababa… T’es trop bonne toi…
— Tu trouves ? minauda l’honnête Française, esquissant quelques pas pour bien montrer son anatomie. Avec cette chaleur, j’ai l’air de rien…
— T’es trop grosse des cuisses, constata Fabrice, avec une petite moue de connaisseur.
— Hein ? Il me dit quoi le nain ? Chouchou, fait quelque chose !
— Ma douce, ne t’énerve pas…
— Il m’a manqué de respect et tu ne fais rien ?
— Mais non, voyons… Il plaisantait. Tu connais Fabrice…
— Ouais… C’est un viOleur ! Un pErvErs !
— J’ai jamais violé une meuf sans son consentement, se défendit le moustique.
— Tais-toi et perce ! Sinon, demain on est encore là ! grommela Lorenzo.
— Pourquoi c’est toujours moi qui perce ?
— Tu aimes ça.
— J’ai jamais dit ça !
— Donne l’engin…
— Nan ! Je perce ! J’aime pénétrer… Oh oui !
— Tu vois Chouchou, s’indigna légitimement la pulpeuse. C’est un vIcIeux ! Wesh !
— Calme-toi ma biscotte. Ils sont bientôt partis.
— Va me chercher les sacs que j’ai laissés en bas avant qu’une racaille les vole.
— Ah… fit le pauvre Chouchou découragé.
Lucie Fez était bien embarrassée. Rien n’allait plus en royaume Frankaoui ! Tout fichait le camp ! C’était abusé !
— Chouchou, fait trop froid ! On se pèle ! Fais quelque chose !
— Bah c’est la clim mon loukoum… On peut pas l’arrêter.
— J’étais sûre qu’avec ces lascars de Fabrice et surtout ce mécréant de Lorenzo…
— J’ai mis un contrat sur leur tête… Ils vont la sentir passer.
— J’espère bien ! Je comprends pas pourquoi tu leur parles toujours…
— C’est fini ! Plus jamais… Mais trouver une clim en pleine canicule en France… Et à ce prix… Posée… C’était… Tu te rends compte de la paperasse qu’il faut pour...
— C’était TROP beau ! Voilà !
— Oui, en effet… constata Chouchou tout triste et désabusé, les yeux sur LE trou…
— Et ce TROU ! Mais putain, ce trou !
— Fabrice a dit qu’il pourrait y mettre une fenêtre… Double vitrage, oscillo-battant, anti-UV, moustiquaire…
— Alors je te préviens ! Je t’aurais prévenu !
— Mais ma colombe, trouver un artisan en France ? Mais personne ne bosse ! Personne ! Que Lorenzo et Fabrice… Comment tu veux que…
— Quel pays de merde ! Que des assistés sociaux ou des vOleurs ! Walla !
— D’ailleurs c’est le bon Seb qui se chargerait des travaux.
— Le gros bouffi ? Avec son acolyte dégénéré le Jo ? Non merci ! Je retourne chez ma reum !
— Mais ma…
Oui, Lucie Fez était bien embarrassée. La France était foutue. Un oiseau passa par le trou, enfin le mur défoncé et vint se refroidir un peu les plumes dans le courant d’air froid de la clim. Il trouva que Lucie avait vraiment de grosses cuisses.
Hein ? Comment je le sais ? Je parle oiseau ? Bah, il dodelina du chef en la voyant. C’est tout dire.
Bzzz !
PS : Pour ceux qui cherchent une clim, qualité professionnelle, pose comprise… Lorenzo est là ! Au 06 06 06 06 06. ISO 9006. Garantie décénale. Écologique certifié sans émission CO2. Fabrication SUISSE.
💬 Commentaires 18
Ton univers impitoyaaable !
Lucie ça serait pas une succube par hasard ?
Une vraie pièce du théâtre de boulevard moderne.
Merci pour le partage, j'ai bien ri des mésaventures de cette pauvre colombe !