Écrire, c'est comme aimer
Lune
Je me réveille, lorsque je sens une main sur mon épaule. J'ouvre les yeux avec difficulté, et aperçoit une tignasse blonde, à peine cachée dans la pénombre de la salle de théâtre.
-Lune, tout va bien ? demande Raphaël, l'expression inquiète.
-Oui, je vais bien. Je me suis juste endormie, réponds-je doucement.
Raphaël m'examine de la tête au pied pour s'assurer que je n'ai aucune blessure, je suppose. Après m'être réfugiée ici ; j'ai écrit, beaucoup, des dizaines de pages pleines. Jusqu'à ce que le sommeil finisse par m'atteindre. Mon cœur a fondu sur le papier en milliers de mots. Cela a soulagé au moins un dixième du quart de ce poids sur ma poitrine. C'est déjà bien.
-Mais que s'est-il passé ? Je t'ai vu fuir la cantine en courant et en pleurant, demande le blond.
J'avais presque oublier, pourquoi j'avais fuis. En y repensant mes mains tremble un peu. Les mots prononcé par Claire, sont encore enfoncé en moi, comme un milliards de poignards sanglant, dans mon cœur. Je l'avais pas fait exprès, le plateau m'a échapper des mains, et pourtant. Pourtant c'est moi qu'on a insulter, c'est moi qu'on a humilier, sans même me laisser me défendre. Un frison me parcours, revoyant l'image, du visage d'déformer par la haine, de Claire. Et mon cœur bat, à mille à l'heure, lorsque mon cerveau, se refait la scène. Je tente de me détendre, pour avoir une conversation, claire, avec Raphaël. Même si il me blesse un peu. Je me doute qu'il a vu. Mais il n'a rien fait. Il est comme les autres. Pourquoi j'ai cru qu'il pouvait vraiment être un vrai ami ? Pourquoi j'ai étais aussi stupide face à l'espoir? Je met de côtés ses pensées, avec difficulté et je réponds à Raphaël. Mon ton se fait un peu sec, malgré moi:
-Ben t'étais là, t'as tout vu. Je suppose aussi que tu as entendu les horreurs que Claire m'a craché à la gueule.
Il me dévisage pendant plusieurs secondes, puis soupire longuement :
-C'est pas ce que tu crois. Je n'ai pas regardé sans agir. Je suis arrivé au réfectoire, puis j'ai entendu des rires, et je t'ai vu sortir en courant. Je t'ai suivi, mais je t'ai très vite perdu de vue. Puis j'ai bien passé une heure à te chercher dans ce putain de lycée, pour te trouver allongée ici, et j'ai eu peur que... Enfin, que tu remettes ce que tu voulais faire hier soir.
Je le regarde longuement, pendant qu'il débite, un sentiment étrange prenant possession de mon cœur. Je ne veux pas être rassuré par ses paroles. Je ne veux pas être déçu, parce que j'y est cru. Mais il est là et j'ai besoin de me confier :
-Raphaël, je ne sais plus quoi faire. Je suis à bout, j'en ai marre de me faire traiter comme ça. Je n'ai plus d'espoir. Je suis en train de me perdre à essayer d'être heureuse, dans un univers qui ne veut pas de moi. Je n'en peux plus. Les gens veulent que je meurs...et des fois, souvent...je me dit que c'est la seule solution. Qu'il faut que je leur donne ce qu'ils attendent de moi... Je me dis que... J'aurais peut-être dû sauter hier soir. J'aurais dû sauter même si tu m'as sauvé. Tu n'aurais même pas dû me sauver, t'aurais dû me laisser tomber.
Une larme coule sur ma joue, lentement, puis une suivante et encore une autre. Bientôt je me retrouve en sanglots. Raphaël s'approche de moi et me prend dans ses bras. Ça aussi je ne veux pas : je ne veux pas de sa pitié. Mais mon corps semble avoir une autre volonté, il agit indépendamment de ma tête. Il est là. Son odeur est si enivrante. Mon corps se laisse aller contre lui, alors que ma tête hurle de ne pas le faire. Mes pleurs sonne de plus en plus fort, dans la pièce. Cela fait un an que j'endure ce calvaire et personne ne fait jamais rien. Ma mère fait comme si elle ne voit rien, mais ce matin, alors que je déchirais la foutue lettre, je l'ai vu me regarder à travers l'embrasure de ma porte. Elle n'a même pas une once de désespoir, elle n'est même pas triste. Elle ne sait même pas demander ce que c'était. J'aurais pu mourir, mes parents n'auraient rien ressenti. Je n'en peux plus, je n'en peux plus de faire semblant d'être heureuse, dans un monde où le bonheur n'existe pas. En tout cas pas pour moi. Je n'ai plus le goût de rien, je n'ai plus aucun espoir. Je ne veux plus de pitié, de personne. Le vase est plein, trop plein, maintenant il est en train d'exploser. Ce vase, c'est moi, et il a explosé depuis longtemps, déjà. Je m'écarte du blond, pour le regarder. Il a l'air si triste. Je ne sais pas si ce regard est sincère, et je m'en contre fout. Parce que là, maintenant, j'ai envie que ce soit sincère. Je ne devrais pas pensée comme ça, m'auto-convaincre de ce qui n'est potentiellement pas vrai. Je sais que c'est la meilleure manière de finir, le cœur en miette, l'âme en lambeau. Mais c'est plus fort que moi, j'ai l'impression de ne rien contrôler sur mes pensées, sur mon corps, mon cœur.
Raphaël prend ma tête entre ses mains. La chaleur de son contact réchauffe un peu mon cœur, qui en a besoin.
-Lune, je suis là, je vais t'aider. Je vais t'aider à mettre un terme à ton putain de calvaire. Je peux t'apprendre à aimer la vie de nouveau. Enfin... Si tu le veux. Lune ça me brise de te voir comme ça, si tu savais. J'ai envie de t'aider, mais je ne peux pas le faire, si tu ne veux pas l'être.
Je sourie malgré mes larmes. Je ne veux pas croire ses mots. Je ne veux pas d'espoir. Mais bizarrement, mon cœur fait tout l'inverse de ce que mon cerveau me hurle de faire. Je ne veux pas y croire, mais les battements de mon cœur me trahissent. Parce que, les cheveux blond de ce garçon me font un putain de truc. J'ai pas envie de ressentir ça. J'ai pas envie d'avoir un ami. J'ai pas envie d'avoir un flirt. J'ai envie de me prouver que je peux régler cette putain de situation toute seule.
NE CROIS PAS SES MOTS, IL EST COMME LES AUTRES !
Mais au plus profond de mon cœur, je sais qu'affronter cette situation seule est une mission suicide. Cela fait trop longtemps que je suis seule contre tous. Mon comportement d'hier soir me l'as bien montré. Je doit accepter l'aide de quelqu'un d'autre. Mais avant même que j'arrive à cette conclusion, ma bouche articule toute seule :
-Tu veux bien rester ici avec moi ?
Étonnée de mes propres mots, je regarde Raphaël réfléchir une seconde. Puis finalement, il articule, avec un grand sourire, qui réchauffe mon cœur :
-Ok, mais tu me redevras ça ! Je suis pas du genre à sécher les cours.
Je ris à travers mes larmes en hochant la tête, le cœur plus léger.
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-C'est quoi ton animal préféré ? je demande à Raphaël.
-Je dirais le renard. Il est petit et rusé, je l'aime bien.
Je ne sais plus combien de temps je suis là. Allongé sur le dos, à poser des questions à Raphaël, sur tout et sur rien, à même le sol de la salle de théâtre.
-Ton plus grand rêve ? demande le blond.
-Devenir écrivaine. Et toi ? Réponds-je, un sourire rêveur sur le visage.
-Écrivaine, pas mal. Moi je veux être médecin, infirmier plus exactement.
Je me retourne sur le ventre, pour lui faire face. Il est allongé sur ses coudes, nos visages sont proches. Une lueur brille dans ses yeux brun et ses cheveux blonds tombent en petites boucles sur son front. Instinctivement, je frôle du bout de mes doigts quelques une de ses mèches. J'aime leurs douceur sous ma chair. J'oublie presque que nous, nous connaissons à peine, et qu'il n'est peut-être pas consentant, pour ce genre de chose. Mais au même moment, son regard croise le mien. Il me regarde dans les yeux, avec une expression étrange, et mes joues s'empourprent. Il ne dit rien, et ne me repousse pas, alors je continue, parce que ça m'apaise. Il sourit avant de dire :
-C'est dans ce carnet que t'écris tes histoires ?
Il a montré le petit cahier jaune décoré d'ananas roses, posé à côté de nous. J'hoche la tête et il continue :
-Pourquoi tu écris ?
-Pour faire passer des messages, peut-être? En vrai, j'en sais rien. J'ai toujours aimé écrire, pour vider ma tête et pour rêver. Je me libère de mes pensées, de ce qui me fait mal. C'est un remède, une façon de rester accrocher à la vie. C'est un peu comme ta définition d'aimer, ça me maintient en vie. Enfin... Jusqu'à hier.
Raphaël me sourit avec tendresse avant de dire, presque dans un chuchotement:
-Tu vois, tu aimes quelque chose dans ce monde, et tu as tellement d'autres choses à découvrir et à aimer. Tu as tellement à découvrir sur le monde et sur toi même.
Je plante mes iris verts dans ceux de Raphaël, l'air sérieuse :
-Alors montre, moi. Je veux connaitre ces choses et apprendre à les aimer. Tu me montreras ?
Il me regarde en glissant une mèche de mes cheveux derrière mon oreille. Ce simple geste fait battre, anormalement, mon cœur plus fort, et son sourire le fait fondre. Je me demande si scientifiquement c'est possible, de faire fondre un cœur seulement avec un sourire.
-Bien sûr, belle Lune, je te montrerai toutes ces choses magnifiques que la vie a à offrir.
Nous restons ainsi, l'un face à l'autre. Mon cœur bat tellement fort que je n'entend qu'eux. Raphaël est tellement beau. Tellement gentil. Tellement drôle. Tellement trop. Mais j'interdis mes pensées de divaguer, vers tout ce qu'il fait naître en moi. Il peut toujours mentir.
-Je peux te le montrer maintenant si tu veux. dit-il soudainement.
Je le regarde l'air intriguée. Il coince le bout de ses doigts, juste entre les miens. Les effleurant à peine:
-Je peux te montrer la magnificence d'un contact.
Il fait glisser le dos de sa main, le long de mon bras, remontant délicieusement jusqu'à mon visage:
-Je peux te montrer la beauté d'un regard. Tu sais que tu as de beaux yeux au faite?
Je rougis. Il sourit. Sa main effleure ma joue, remplissant mon corps d'une chaleur liquide. Il continu son exploration, et je le laisse faire.
-Je peux te montrer la beauté d'une personne à travers les petits détails. Comme les lèvres- les tiennes sont tellement belles. Les grains de beauté- le tiens est sublime. Je peux te montrer la beauté à travers la douceur d'un geste, et la sécurité qu'on ressent avec une personne.
Il me regarde et ses pupilles se dilatent, remplaçant la quasi-totalité de ses iris, de la couleurs de la forêt. Nos visages se sont rapprochés au limite de l'indécence, et nos souffles se mêlent dangereusement ensemble. Mon cœur bat tellement fort que je n'entend que son tambourinement incessant dans mes oreilles. Je perds ma lucidité le temps de quelques secondes. Mais une fois retrouver, je m'oblige à reculer. Je ne peux pas laisser mon cœur parler, il est trop traitre. Sa main reste toujours accrocher à l'une de mes mèches de cheveux. La faisant rouler autour de son doigt. Moi, je change de sujet. Je toussote, pour reprendre une contenance, la gorge un peu nouer:
-Alors comme ça tu veux devenir infirmier, pourquoi ? je questionne alors.
-J'aime les gens, leur sauver la vie, guérir leurs blessures. Les aider à se sentir bien. J'aime tout cela, c'est pourquoi c'est mon rêve.
-Je comprends mieux pourquoi tu m'as sauvé la vie. Je dis en riant doucement les yeux posé sur mes mains garder sous ma poitrine.
Nous rions, doucement. Son rire me chatouillant le cœur. Il est tellement généreux en plus.
Ho mais Lune, qu'est-ce que tu dis !
Mes pensées me font défaut. Surtout lorsque ses yeux sont plongés dans les miens et que son sourire en coin me fait de l'œil. Je ne sais pas ce que je ressens pour lui, ni pourquoi mon cœur bat aussi fort en sa présence. Mais je sais que malgré le fait que je ne veux pas d'amis et que je ne veux que la solitude, Raphaël s'est fait une place dans mon cœur. Malgré l'interdiction de mon cerveau. Malgré l'espoir que je ne veux plus nourrir. Malgré tout cela, je sais que des sentiment sont entrain de naître pour lui, au fond de moi.
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