Loin du monde réel
Lune
Je me réveillais le lendemain matins, comme tout les jours. Avec cette même boule au ventre et dans la gorge. Mais un autre sentiment émerge dans mon esprit. Une sorte de pressentiment, de mauvais présentiment. Je me lève tout de même pour me changer. J'opte pour un jean bleu foncé large et un tee-shirt du groupe The Clash gris, tout aussi large. Je n'ai pas envie qu'on voit mon corps. I fait l'objet de trop de critique et avec les vêtements larges on ne voit plus les formes en trop. Je fais mon sac avec soin. Prenant mes livres, mes cahiers et l'un de mes carnets préférés. J'y écris des histoires d'amour et d'autres choses qui me viennent à l'esprit. C'était comme un journal intime, un recueil de pensées, ce n'est pas forcément poétique, mais au moins libérateur.
Je met mon sac sur mon dos et me regarde une dernière fois, dans le miroir. Je ne me trouve pas belle, mais pas affreuse. Je me trouve trop grosse, mes épaules trop larges, mes bras trop gros, mes seins et mes fesses... N'en parlons même pas. La seule chose qui me va bien, c'est peut-être mes yeux verts et mes cheveux brun coupés court. Ce que juge les gens, c'est seulement le physique. Et les autres jugent sans cesse le mien, tout le temps, pour un tout et pour rien. Mais je supporte. Je n'ai pas d'autre choix que de faire avec. Même si je commence à en avoir marre, a avoir mal au crâne de tout ça. Je ne peux pas faire autrement. Je pense que je n'ai pas vraiment envie de mourir. Sinon je n'aurais pas essayer de faire demi-tour hier soir. Je frisonne encore à cette penser. La vision de mon corps sans vie, gisant de le sang, revenant me hanter. Je chasse cette image, sort de ma chambre, ne prend pas de déjeuner, et sort de la maison, sans dire au revoir à mes parents. J'ai trop honte de ce que j'ai fait hier, pour les regarder dans les yeux. J'ai jeté la lettre que je les avait laisser avant de mourir. Je l'ai enfouis bien au fond de ma poubelle. J'aurais bien voulu y mettre le feu, pour effacer ma faiblesse, mais j'ai pas eu le cran. J'ai encore était faible. De tout façon c'est ce que je suis, et je le serai toujours faible.
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Arriver au lycée, c'est une autre ambiance. Il y a beaucoup trop de monde, on se trouve beaucoup trop à l'étroit. Entre les couples qui s'embrassent dans les coins de chaque couloirs, ceux qui s'engueulent avec des grands gestes, presque en se frappant devant tout le monde. Les groupes d'amis qui rigolent trop fort. Les garçons populaires qui se frappent dans les mains, en criant des slogants de merdes. Des filles trop belles pour être vraies, accrochées aux bras de geeks qu'elles utilisent que pour leurs devoirs. Les petits dealers qui se cachent derrière les casiers pour vendre "de la bonne". Ceux qui se cachent pour fumer sous les escaliers, ou dans les toilettes, croyant être discret. Les lycéens c'est le bordel. C'est trop bruyant, trop anxiogène, trop étouffant, et je préférerais me cacher dans un trou de souris que d'affronter toute cette masse. Et parmi tout ça : le groupe que je redoute le plus. Le groupe dont j'ai le plus peur. Claire, son petit ami Lorient et leur meilleur ami Lucas. A une époque je faisait parti de ce groupe, je riais à leurs blague, je parler fort avec eux. Maintenant, je passe devant eux tête baissée les mains sur les sangles de mon sac à dos. J'ai peur, j'aimerais m'effacer. Je sens leur regard hautain sur moi. Leur sourire narquois sur leurs visage. Et je me sens écraser, sous le poids de leur humiliation.
-Regarde cette pauvre fille avec son vieux tee shirt The Clash ! ricane Claire.
Je lui jette un petit regard en biais, elle est habillée avec un jean slim taille basse et un crop top rose qui met sa belle peau foncée en valeur. Cette ensemble lui va tellement bien. Rien ne la boudine, comme si son corps avait était sculpté dans de la pierre. J'aimerai être comme elle: parfaite, aimer, envier, avoir ses courbes et son corps sans un seul bourlet. J'accélère le pas devant elle pour rejoindre mon casier, dans la peur que d'autre insultes fusent. J'aime mieux me trouver loin des gens pour éviter à écouter ce qu'ils disent sur moi. J'ouvre nerveusement mon casier et cache ma tête à l'intérieur, pour reprendre un semblant de sang-froid.
-Salut, Lune ! appelle une voix, derrière moi.
Je la reconnais immédiatement, cette façon de prononcer mon prénom; c'était celle de Raphaël. Je me retourne vers le grand blond et il est encore plus beau que la première fois, avec son sweat bleu foncé et son bermuda noir. Je ne réfléchis pas une seconde de plus avant de demander :
-Tu peux me prêter ton sweat, s'te plait ?
-Heu, ouais, pourquoi ? dit-il en l'enlevant.
-Heu... parce que j'ai un peu froid. dis je en hésitant un peu.
Il me dévisage :
-Et la vraie version ?
-Claire s'est moquée de mon tee-shirt The Clash. je répond en lui prenant le pull des mains, la tête baissé.
-Mais il est magnifique ton tee shirt ! dit-il d'un ton sérieux.
-Je m'en fiche, si elle s'en ai moqué alors il est pas beau. Répond je en enfilant son sweat.
Il lève les yeux au ciel, avant de changer de sujets :
-Sinon, tu as bien dormi hier soir ?
-Oui plutôt bien, j'ai passé une super soirée. Merci de m'avoir sauvé, de tu sais... le pont... Tout ça, tout ça.
Il me sourit en hochant la tête. Puis il approche sa main de mon oreille pour y coincer une mèche de cheveux. Son souffle se mêle au mien quelques secondes et mon cœur s'arrête de battre. Je sens furtivement son odeur de jasmin et de menthe, puis la cloche sonne et il s'éloigne brusquement de moi, en me disant au revoir d'une petite voix. Je reste plantée là, dans le couloir, encore choquée de cette proximité et de mon cœur qui bat encore trop fort dans ma poitrine. J'ai un peu de regret de le voir partir en cours, mais c'est mieux comme ça, moins on le verra avec moi, moins il sera victime d'insultes.
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Les cours se déroulent comme d'habitude, c'est-à-dire avec des boules de papiers lancées à ma tête. Avec leurs tendres insultes, magnifiques. Entre les "grosse vache" et les "pauvre grosse", une nouveauté c'est immiscée : "Vas crever, pauvre fille". Comme si ce n'était pas déjà assez. Le pire ce sont les profs, j'ai l'impression qu'ils sont aveugle, devant tout ça. Si ce n'est pas moi qui va leur dire, il ne le remarqueront jamais? Sont-ils trop occuper pour regarder une seconde les insultes graver sur mon casier? Les mots méchants écrits à l'indélébile dans sur le miroir des toilettes? Trop occupé, pour voir que l'une de leurs élève explose en pleurs en plein cours? Je n'en peux plus que tout le monde fasse l'aveugle. Moi je le vie, et c'est un poids énorme que je porte sur mon cœur. Tellement énorme que j'en ai même pas la force d'en parler. J'aimerais seulement que les autres ouvrent les yeux et me vois, je suis trop invisible pour qu'ils voient que je me fait maltraiter, peut-être.
Je suis assise à une table du réfectoire, vu que j'ai tout de même réussi à survivre à quatre heures de cours interminables. Comme tout le temps, je suis seule pour manger, et comme tous les jours, l'appétit n'est pas là. Ce n'est pas que la nourriture n'est pas bonne, seulement je n'ai pas envie que les autres me voit manger. Et puis je n'ai pas envie de manger non plus, pour encore prendre du poids, pour voir d'autre bourlet apparaître et entendre d'autre insulte grossophobe, non merci, je n'ai pas faim. Ne voyant pas Raphaël, je finis par me lever pour déposer mon plateau et me terrer dans un coin tranquille. Je prend mon plateau en main, et mon sac sur une épaule. Bien décidé à traverser la cantine. Même si pour moi ça ressemble à un parcours du combattant. Le tapis roulant se trouvant à l'autre bout de la cantine, il faut que je la traverse, devant le regard des autres. Il n'y a pas un seul endroit ou se cacher. Je suis à mi-chemin du tapis roulant, lorsque je percute l'un des nombreux sacs qui jonchent le sol. Mon plateau est alors, projeté en avant et s'écrase sur la première personne devant moi : Claire. Son petit haut rose est décorer d'une énorme tache de sauce tomate. Elle me fusille du regard, avant de pester :
-Espèce de folle ! Qu'est ce qui te prend, pauvre fille ?! Tu te rends compte de ce que tu viens de faire, là ?! Tu te prends pour qui sérieux, grosse tache ? T'es jalouse c'est ça ? Tu supportes pas qu'on soit plus belle que toi ? Tu veux me pourrir la vie ?! C'est ça que tu veux ?
Les larmes commencent à montées dans le coin de mes yeux et à couler le long de mes joues. Je n'ai pas fait exprès, mais je n'arrive même pas à me défendre, ni à parler. Les insultes prennent place dans mon cœur, s'imprégnant sous ma chair. Ma gorge se serre, laissant mourir ma défense sur ma langue.
-Vas-y pleure, grosse merde, tu devrais crever. Crache-t-elle.
Là, c'est la goutte de trop. J'explose devant tout le monde, secouée par des sanglots d'humiliation. Je laisse tout en plan et cours me cacher dans mon coin. J'arpente les couloirs et ouvre une porte, elle mène à une pièce de théâtre abandonné. Plus personne ne l'utilise, et je peux passer des journées ici, quand les insultes des autres m'insupportent trop. Ici, j'écris toutes les histoires que je veux, et parfois, je les joue sur l'immense scène de la pièce. Je m'assoie à même le sol, sorti mon carnet et commence à écrire, encore et encore, jusqu'à ce que les larmes disparaissent. J'écris à quel point je suis démuni. A quel point j'aimerais hurler, me révolter. Mais je n'y arrive pas à chaque fois, ma gorge se serre et les mots meurs encore dans ma bouche. J'en suis incapable d'être forte. Je serai faible alors. Je sais que plus j'écris et plus je pleurs, plus je vide mon cœur, plus je vide mes yeux. Les larmes meurs sur mes joues, laissant des traces humides. Je n'y peux rien c'est comme ça. J'ai beaux me défendre comme je peux, me débattre pour garder la tête haute, tout l'inverse se produit, et j'ai l'impression que je vais me faire engloutir par le trou noir. Mais je ne veux pas. Je ne veux pas me noyer dans cette masse noir. J'ai l'impression d'être loin du monde réel, en couchant mes pensées noirs sur le papier. En laissant mourir les mots que je rêve de hurler sur les pages de mon carnet. Je fuis cette réalité qui m'oppresse. C'est le seul moment où je suis bien, le moment ou j'écris des pages entière sur mon carnet, de penser sombre.
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