Die kleine Wölfin

📖 Le chant de Loreleï ✍️ Enattendantlapluie 📝 721 mots

La veille, il y a quelques heures seulement, Loreleï avait supplié son père. Ils étaient en vacances à Fribourg, chez oma Hannah, depuis quelques jours. Toute la meute Wolf allait bientôt migrer dans le chalet familial, au cœur de la Forêt-Noire. La jeune fille voulait donc profiter de la vie étudiante avant le départ.

— Papaaa ! S’il te plaît ! Tu veux qu’il m’arrive quoi ? Il y aura Paul, Aleksander, Anna et Greta !

— En boîte à quinze ans, c’est trop jeune ! C’est autorisé d’ailleurs ?

Loreleï et ses cousines avaient harcelé Paul jusqu’à ce qu’il les soutienne. À vingt-cinq ans, il était le plus âgé des petits-enfants. Sérieux, ne buvant que rarement, ingénieur chez BMW : qui pouvait inspirer plus confiance à un père inquiet ? Il avait accepté — à condition de ne pas mentir. Loreleï attendait son intervention avec appréhension. Paul s’adressa à son oncle en français.

— Onkel Maurice, elle peut venir si elle est accompagnée d’un adulte et qu’elle ne boit pas d’alcool.

Loreleï poussa un grand soupir intérieur : Paul avait finalement arrangé les faits. Légalement, pas d’entrée avant seize ans. Et les moins de seize ans devaient quitter les lieux à 22 h. Mais personne ne vérifiait vraiment.

Maurice regarda sa fille. Elle était radieuse, la flamme qui l’avait désertée avant leur départ était revenue. En France, Loreleï avait fait ses valises entre colère et tristesse, les mâchoires serrées. « Si Vivian vient, je ne veux pas le voir. » C’est tout ce qu’elle avait lâché. Maurice avait attendu avec une certaine impatience de pouvoir mettre les points sur les i à celui qui avait osé faire de la peine à sa fille. Mais l’adolescent semblait avoir un instinct de survie suffisamment développé. Il envoya simplement une lettre, que Loreleï déchira sans l’ouvrir.

Aussi, devant le sourire de sa fille, Maurice céda, malgré ses réticences.

— D’accord, mais tu restes avec Paul.

Loreleï sauta au cou de son père, puis fila rejoindre ses cousines.

Dans la chambre que partageaient Anna et Greta, c’était l’effervescence. Chacun avait à cœur de respecter la devise familiale : Ein Wolf bleibt nie allein. Un Wolf/loup ne reste jamais seul.

Greta lança la cassette du troisième album de Nena « Feuer und flamme ». Percussions, sifflets, puis la voix de Nena qui chantait le futur dans Utopia. 2010, ça paraissait si loin ! Les cousines reprenaient en chœur « Frag' nicht ! » (« Pose pas de question ! »). Elles se trémoussaient en faisant leurs essayages. Devant les coupes et motifs improbables étalés sur les lits, la petite Française revint de sa chambre les bras chargés. Loreleï était toujours rouillée au début des vacances, mais l’allemand revenait vite.

— Pour ma première sortie en boîte, les cyclistes et t-shirts fluo sont interdits !

Greta s’empara d’une robe en jean, épaules dégagées et boutonnée sur toute la longueur de devant :

— Simple et sexy, je prends !

Anna fouilla un moment.

— Parfait avec mon jean !

Elle tenait un top en maille corail, qui s’arrêtait juste sous la poitrine. Avant de se laisser maquiller comme une poupée, Loreleï enfila une jupe écossaise rouge qui arrivait à mi-cuisse et un t-shirt Nirvana trop large, qui lui découvrait une épaule. Après une rapide vérification dans la glace, son soutien-gorge vola sur le lit :

— C’est moche les bretelles ! Greta, je voudrais un trait sur les paupières, comme une pin-up ! Ou tout noir, style Winona Rider ! Ce soir, je suis une rockeuse !

Tout en s’appliquant, Greta commenta :

— Tu as drôlement grandi depuis l’année dernière, kleine Wölfin !

— C’est ma coiffure qui fait ça. J’avais un tas de cheveux avec une énorme frange. Maintenant j’ai une vraie crinière de louve !

Après en avoir fini avec l’eye-liner et le fard à paupières, Greta ébouriffa sa cousine.

— C’est pas ça…

Elle la fixa :

— Du hast dich verändert, kleine Wölfin. Tu as changé, petite louve.

Loreleï rougit et éluda d’un simple : Vielleicht. Peut-être.

Greta se rapprocha, curieuse :

— Das stimmt. Du bist jetzt richtig… eine junge Frau. C’est vrai. Tu es maintenant… une jeune femme.

Loreleï se fit mystérieuse.

— Ich habe den Wolf gesehen. J’ai vu le loup.

Ses cousines affichaient un air de totale incompréhension. Elle s’expliqua :

— En français, le loup est un dangereux séducteur. Une fois qu’une jeune fille en a vu un, elle n’est plus tout à fait innocente. Mais peut-être… que cette fois, c’est l’homme qui a vu la louve.

Greta et Anna s’esclaffèrent.

💬 Commentaires 3

Connectez-vous pour commenter ce chapitre.
Lahire • 1 semaine
Ce serait des garçons on dirait une veillée d'armes. Et avec des filles ?
En tout cas c'est sympa de voir la petite Loreleï reprendre vie.
👍 1
Enattendantlapluie Auteur • 1 semaine
L'image d'une veillée d'armes est intéressante ! Je n'y avais pas pensé.
Ça équilibre avec les vestiaires de Vivian (par la suite).
👍 1
Enattendantlapluie Auteur • 1 semaine
L'image d'une veillée d'armes est intéressante ! Je n'y avais pas pensé.
Ça équilibre avec les vestiaires de Vivian (par la suite).
👍 1