Les médaillons *
Périgueux, 2 janvier 1994. Loreleï, 16 ans. Vivian, 19 ans.
Nue, Loreleï sortit du lit et se dirigea vers sa commode encombrée de livres, dessins et bibelots. Appuyé sur un coude, Vivian suivait ses mouvements.
— Tu fais quoi ?
— Je cherche ma médaille de baptême.
Elle se tourna vers lui, soudain moins sûre de son idée.
— Tu veux bien la porter avec la tienne ? Comme ça… C’est comme si on était tout le temps ensemble.
La surprise se lisait sur le visage de Vivian.
— Non, au contraire, c’est… non, c’est très bien.
Il s’assit dans le lit, également nu, attendant que Loreleï retrouve le bijou. Une fois la médaille en main, elle se mit dans le dos de son amoureux pour défaire sa chaîne, tout en lui expliquant.
— Quand on baise…
— J’ai remarqué que tu dis plus « faire l’amour ».
— J’aime bien le mot « baiser ». Ça claque et c’est le même mot que pour nos baisers. Ça me fait penser en même temps à nos langues et à nos sexes. « Faire l’amour », c’est plus vague. Tu te souviens, au début, je t’avais demandé la différence entre les deux ? Tu m’avais dit que « faire l’amour » c’était pour quand c’est tranquille, et « baiser », plutôt quand on est sauvages. Bref… quand on baise, ta médaille tombe sur moi, elle se balance. Quand elle te gêne, tu la lances dans ton dos d’un petit coup, « tchouk ! » — elle mima le geste — et c’est con, mais ça m’excite.
Il fit sa petite moue ironique qui rendait Loreleï folle.
— C’est pas romantique du tout, en fait. Limite, je suis déçu.
Les médailles accrochées ensemble, Loreleï ferma la chaîne en déposant ses lèvres sur la nuque de son amoureux.
— Je t’aime.
Il manqua une respiration, puis se retourna vers elle et la fit tomber sur le matelas.
— On va tester le pouvoir érotique de deux médaillons.
Sous lui, Loreleï tapota la chaîne.
— Tu feras le petit tchouk ?
Les lèvres de Vivian s’étirèrent, gourmandes.
— Plusieurs petits tchouks.
Il lécha sa joue, puis se releva.
— Au fait… j’ai lu ton poème, qu’est assez cool d’ailleurs, mais même en le lisant et relisant y a des trucs que j’ai pas compris. Tu m’expliqueras ?
Loreleï noua ses bras autour du cou de son amant perplexe, frotta son sexe déjà gonflé contre sa cuisse et brisa son innocence.
— J’écris juste joliment que je veux te baiser. Quand je me coiffe le matin, j’ai envie de toi. Quand je mange à la cantine, j’ai envie de toi. Quand...
— Okay, j’ai compris le concept. Tu demandes, j’exécute.
Il entra lentement en elle et fit le petit tchouk sans plus attendre.
Quelques jours plus tard, Vivian trouva dans sa boîte aux lettres une grande enveloppe contenant une carte dessinée par Loreleï. Il découvrit sa propre silhouette, tout en nuances de gris, dans une posture dont il ne se souvenait pas. Debout, nu, la main gauche sur l’épaule droite, regardant droit devant lui, le visage un peu penché, pensif, et la jambe amorçant un mouvement vers l’avant. Il ne le savait pas, mais elle avait galéré pour le rendu des abdos, et surtout pour faire exister cette double ligne qui descendait de son ventre vers son aine.
En bas du dessin, Loreleï avait écrit : « J’espère avoir été claire cette fois. Je n’ai pas marqué la carte au trésor d’une croix ni d’un V. À toi de chercher ! »
Au dos du dessin, un poème.
Suis mon fervent appel
Mon chemin est celui de la dame cruelle
Innocent sentier, jusqu’à la fin du pelage.
Au bout… tu as bien du mal à te tenir sage.
Oh ! le pouvoir, sous mes yeux, de te supplicier
User indécemment de ma langue affamée
L. pour son V., le seul, l’unique
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