Chapitre 7

📖 Les Royaumes d'Edaléside ✍️ McHWM 📝 1878 mots

Les trois amis ainsi que Gemina étaient arrivés chez Sylver, au soixante-deuxième étage de Chronis. Ses parents n'étaient pas là, car ils s'étaient portés volontaires pour accueillir les participants de la course dans le jardin suspendu avec de quoi se restaurer.

Gemina avait repris sa forme normale, celle de la jeune fille aux cheveux noirs et à la peau caramel. Les trois humains quant à eux n'avaient pas pris la peine de se changer et portaient encore leurs vêtements de sport couvert de vase, de crasse et de sueur. En somme, ils étaient prêts pour un concours de beauté.

– Il va falloir que tu nous dises tout ce que tu sais sur ce vampire, ordonna Lanelys en s'asseyant sur un riche fauteuil tandis que Dauria prenait des livres dans la bibliothèque.

– Sgith est un jeune vampire, environ 1000 ans, un peu moins, je crois. En apparence, je lui donne une vingtaine d'années. Il se prend pour le roi de cette partie de la forêt depuis que le dragon et sa fille ont disparu. Je lui ai joué une mauvaise blague avec des amis pour nous venger de la fois où il a volé nos provisions, mais il a réussi à comprendre ce que nous avions en tête et il a pris en otage mon petit frère. Il a promis que si je lui apportais vingt gibiers, il le relâcherait…

– Et combien de « gibiers » lui as-tu apporté jusqu'ici ? demanda Sylver dégoûté des mots et des pratiques du vampire.

La chasse avait été interdite il y a plusieurs centaines d'années et aujourd'hui, il suffisait qu'un vampire demande pour avoir du sang et le donneur prélevait juste une tasse de son sang grâce à une aiguille.

– Je lui en ai apporté douze… Seulement des bannis pour qu'il n'y ait pas de chasse dans la forêt. Mais, maintenant, les bannis et enfants de bannis se méfient. Je… je suis vraiment désolée, je ne voulais pas… mais je devais sauver mon frère.

– Nous allons le sauver, ne t'inquiète pas, dit Dauria sans lever le nez du livre qu'elle feuilletait.

– Est-ce qu'il y a d'autres choses à savoir sur ce vampire avant qu'on y aille ?

– Euh… Il est très fort physiquement et il est télékinésiste. Il lui manque un bras, le bras droit.

– Vous avez une idée de comment faire pour sauver son frère ? demanda Lanelys.

– Pour l'approcher, on pourrait se faire passer pour deux prisonniers. Ensuite, il suffirait de le distraire pendant que le troisième va libérer son frère et après, on prie les entités pour s'en sortir, proposa Dauria.

– Ce n'est pas un plan ça ! protesta Lanelys.

– Si tu n'as pas d'autres idées, on y va. On ne va pas laisser un enfant moisir avec un vampire !

*****

L'endroit où Gemina les emmenait est un de ces lieux où on évitait de s'aventurer. Très éloigné dans la forêt, là où la lumière peinait à passer et où la nuit était éternelle, c'est là qu'ils étaient. Après un certain temps de marche, Gemina s'arrêta à quelques mètres de ce qui leur semblait être une clairière, mais aucun rayon solaire ou lunaire ne semblait passer. En regardant plus attentivement, il se révéla que le ciel de la clairière en question n'était qu'un dôme formé par un entrelacs de branches d'arbres.

– Nous arrivons. Il va falloir que je vous attache les mains puis nous rejoindrons la maison. Collée contre le mur nord, il y a une étable. C'est là que sont mis les vivants. Il n'y a pas de clé. Seulement une grosse planche qu'on monte et qu'on abaisse pour verrouiller et déverrouiller.

Dauria et Sylver se laissèrent ligoter les mains tandis que Lanelys les regardait en répétant que c'était la pire idée qu'elle avait entendue. Elle n'était pas ligotée, mais gardait ses mains derrière son dos comme si c'était le cas. Les trois amis se laissèrent guider par Gemina qui s'approcha d'une petite maison en pierre. Lanelys partit vers la façade opposée pour libérer les prisonniers et Gemina fit entrer Dauria et Sylver. Une odeur de sang et de pourriture piqua soudainement les narines des fiancés et leur brûla la gorge. La maison empestait. Dauria regarda autour d'elle, mais ne vit rien d'autre qu'une porte sur sa droite et un grand fauteuil en face et dans ce grand fauteuil, Sgith. Il n'était pas particulièrement impressionnant ni même beau. Il n'y avait que peu de lumière, seulement une chandelle sur un bras du fauteuil, mais cette dernière laissait voir le visage pâle et antipathique du vampire.

– Gemina ! Quel déplaisir de te voir. Tu m'apportes des tribus ? dit-il d'un ton condescendant.

Le vampire se leva et en un temps minime, il fut à moins de dix centimètres de Dauria et Sylver. Il détailla de la tête aux pieds les deux jeunes adultes puis tendit la main vers le visage de Sylver qui serra les mâchoires. Dauria se plaça entre le vampire et son amant.

– Voilà une petite inconsciente… Tu es jalouse ? Je peux commencer par toi si tu préfères.

Le vampire inclina la tête de Dauria et s'apprêta à planter ses crocs dans son cou quand il s'arrêta soudain et recula, déboussolé et presque inquiet.

– C'est impossible… Je l'ai tué. Il n'y a plus d'enfants… Il n'y a plus d'enfants ! cria le vampire sans que personne ne comprenne.

Plus d'enfants ? Quel enfant ? Il a tué un enfant ? Mais qui ? Le frère de Gemina ? Pourquoi dit-il ça ? Que se passe-t-il ?! Dauria ne comprenait plus rien. Tout se passait si vite. Mais, elle n'avait pas le temps de réfléchir. La défense de Sgith arrivait, alerté par ses cris. Gemina trancha les liens de Dauria et Sylver et leur cria quelque chose mais Dauria n'entendait plus. Elle pensa qu'elle lui disait de courir alors, elle courut. Elle arriva dehors et vit que Lanelys essayait désespérément d'ouvrir la porte de l’étable qui semblait coincée. Dauria s'approcha de cette dernière et remarqua les gonds rouillés.

– À trois ! Un, deux, trois ! Pousse !

Les deux jeunes femmes poussèrent de toute leur force, bientôt rejointes par Sylver et Gemina. La porte s'ouvrit et Gemina se précipita à l'intérieur. L’odeur qui s’en dégageait était encore pire que celle de la maison de pierre. Dauria jeta un coup d’œil à l’intérieur et le regretta aussitôt. Il y avait Gemina et son frère, bien sûr, mais le reste de l’étable était rempli de cadavre en putréfaction.

– Gemino ! s'exclama la doppelgänger en prenant le seul prisonnier vivant de Sgith, un petit garçon qui devait avoir à peine cinq ans. Il faut courir maintenant !

Ils se mirent tous à courir, Sylver tenant le petit garçon dans ses bras. Mais, un problème vint leur barrer la route. Des gardes. Ceux qui encerclaient la clairière.

Dauria s'arrêta, une idée en tête. Elle s'assit sur l'herbe sous les regards étonnés de tous et ralentit sa respiration. En quelques secondes, le temps n'exista plus. Plus rien ne bougeait. Il n'y avait plus que Dauria. Elle n'avait pas encore appris comment exclure des gens de l'arrêt du temps, mais elle avait l'impression de ne pas en avoir besoin et soudainement, Sylver, Lanelys et Gemina reprirent vie et coururent avant de ralentir, maintenant perplexes face au manque d'action des personnes présentes.

– Il faut y aller. Je ne sais pas combien de temps je tiendrai, dit Dauria en courant à travers la forêt.

Elle espérait simplement aller vers Chronis et pas une autre destination, car elle sentait une lourde fatigue venir après avoir arrêté le temps. Heureusement, ce fut le cas, car ils arrivèrent au lac.

– Plus jamais tu me fais faire un plan aussi foireux ! s'exclama Lanelys en essayant de reprendre son souffle.

*****

Dans le jardin suspendu, tous les participants étaient de nouveau amassés, accompagnés de leur famille et de quelques autres curieux. L'estrade était toujours là et le roi ne tarda pas à y monter, suivi de son fidèle aralez.

– Chers habitants de Chronis ! Vingt-deux heures et dix-neuf minutes après le début de la course, nous voilà tous réunis, les deux-milles-trois-cent-quarante-et-un participants, leur famille, leurs amis et moi pour les résultats de cette première épreuve. Durant cette dernière, nous avons eu deux-cent-soixante-douze abandons et je vous épargnerai le nombre de blessés. Mais, rassurez-vous, j'ai personnellement veillé à ce qu'ils soient soignés et ils sont parmi nous actuellement. Je souhaite féliciter chaque participant pour commencer et je suis désolé de ne devoir en garder que 1000, car vous avez tous un talent exceptionnel. J'en suis persuadé. Comme je pense qu'il serait trop long que j'énonce chaque nom des vainqueurs, une liste a été mise sur chaque table, à la place des listes d'inscriptions. Avant de partir, j'espère que chaque participant étant arrivé à la fin de la course a bien gardé mon cadeau, car ce dernier pourrait toujours lui servir. J'invite chaque participant à venir demain à 10h00 pour la prochaine épreuve du concours. Je vais maintenant vous laisser rejoindre vos pénates et prendre votre déjeuner. Bonne après-midi à tous.

Le roi descendit de l'estrade et commença à s'éloigner dans une rangée des jardins. Dauria avait complètement oublié le cadeau du roi et ressortit la petite bille de sa bourse en la regardant attentivement. « Vous pourriez en avoir besoin.» « Pourrait toujours servir. » Voilà ce que le roi avait dit sur cette pierre. Cette insistance cachait forcément quelque chose. Mais quoi ?

– Célestine ?

Dauria se retourna précipitamment en sursautant, mais ce n'était que Cayden. Dauria fronça les sourcils. Célestine ? Mais, elle ne s'appelait pas Célestine.

– La pierre, ajouta-t-il en faisant un signe de tête vers la bille. On en trouve beaucoup dans les montagnes d'Estale. Les nains de là-bas sont devenus des experts pour la trouver et la tailler. Ce sont eux qui font les plateaux d'Innleach.

Dauria regardait avec attention Cayden, écoutant un peu plus attentivement. La célestine était donc une pierre se trouvant dans une montagne et servant à faire un des jeux les plus appréciés par les peuples des huit royaumes ?

– Et comment le reste du jeu est-il fait ? demanda Dauria.

– Les elfes de la forêt d'Arov créent les soixante-quatre pièces dans du bois de dòtha puis les fées de la vallée Sìthiche créent les diadèmes télépathiques et ajoutent leurs couleurs aux pièces : blanc, noir, rouge et vert. Enfin, les sorciers des landes de Lodèrce ensorcellent le plateau. Je vais y aller maintenant. Tes amis reviennent et je crois qu'ils apportent une bonne nouvelle.

Dauria se tourna vers ses amis qui venaient vers elle d'un pas pressé, mais sans courir. Ils avaient déjà trop couru aujourd'hui. Dauria ouvrit la bouche pour dire un mot à Cayden mais il avait déjà disparu.

– On a réussi ! s'exclama Lanelys.

– Tous les trois. Nous pouvons faire la suite des épreuves.

💬 Commentaires 0

Connectez-vous pour commenter ce chapitre.
💬

Aucun commentaire pour le moment

Soyez le premier à partager vos impressions !