Le jour ou mon inspirations a été kidnappée
Lundi, 14h02.
Jules transpire devant un ordinateur. Pas à cause de la chaleur estivale (quoique, un peu, parce que le ventilo fait plus de bruit qu’un Boeing en fin de vie), mais à cause de l’ennemi juré, l’archinémésis, la bête à mille têtes : la page blanche.
Le curseur clignote avec une régularité sadique.
''Chapitre 1''
C’est tout. C’est tragique.
Dans le cerveau de cette créature frustrée, pourtant, c’est la fête. Des dragons sociologues s’affrontent, des romances improbables entre fantômes et banquiers végans prennent forme, et des guerres interstellaires éclatent pour le dernier rouleau de papier toilette. Mais dès que les doigts approchent du clavier… extinction des feux.
Alors, action. Opération anti-blocage.
Stratégie 1 : Le sacrifice rituel
Peut-être qu’un petit tribut littéraire plaira aux forces créatrices. Un vieux carnet d’ado, bourré de gribouillis et de fanfics inachevées, devient l’offrande. Une page est brûlée dans une tasse IKEA, quelques murmures inspirés de Buffy contre les vampires s’échappent, et voilà que la Muse est officiellement convoquée.
Résultat ? Une alarme incendie. Et un voisin furax.
Stratégie 2 : L’immersion totale
Et si vivre comme son personnage débloquait les mots ? Protagoniste prévu : pirate de l’espace. Donc, fabrication express d’un tricorne en papier alu, lampe torche fixée sur l’épaule, et déclaration solennelle à un chat désormais promu copilote galactique.
Le félin en question n’a pas signé pour ça. Ni pour la lampe. Ni pour les câlins forcés.
Stratégie 3 : Le désespoir productif
Connexion à un site de sprints d’écriture. L’idée ? Écrire quoi qu’il arrive. Même si le texte se résume à :
"Je ne sais pas quoi écrire. Peut-être que si j’écris que je ne sais pas quoi écrire, ça deviendra méta. Ou au moins ironique. C’est un début."
Bilan : 239 mots, dont 58 "bof".
Stratégie 4 : La possession démoniaque consentie
Protocole extrême. Direction un forum ésotérique nommé InvoqueTonMuse666.net. Tutoriel repéré : "Vendre son âme à une entité littéraire en 10 étapes faciles".
À la septième étape (qui impliquait du sirop d’érable et une plume de pigeon), boum. Pas une idée de roman, non… une prise de conscience.
......Et si le vrai souci n’était pas l’absence d’idées, mais l’excès ? Une surpopulation d’univers, tous en train de hurler en même temps, tous exigeant la première place. Impossible de choisir. Peur d’échouer avant même d’avoir commencé.
Alors, pause.
Respiration.
Et ces quelques mots :
"Pas besoin d’écrire un chef-d'œuvre. Juste écrire quelque chose. Maintenant. Même si c’est nul. Même si c’est une histoire de chat astronaute nommé Kevin."
Et là, miracle : les mots commencent à couler. Lents, maladroits, mais vivants.
Le roman n’a pas été terminé ce jour-là. Mais un commencement, oui. Et parfois, c’est ça, la vraie victoire contre la page blanche : poser un mot, puis un autre. Sans chercher la perfection. Juste écrire.
Et Kevin le chat astronaute ?
Trilogie. Adaptation Netflix. Peluche en édition limitée. Rien que ça.
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