Saison 1 - Épisode 5 - Street Fighters
Ginza.
La pluie avait enfin cessé.
Les vitrines ressemblaient à des galeries d'art.
Costumes italiens.
Montres suisses.
Silence.
Emmanuel traversa le hall de la tour.
Personne ne lui demanda son nom.
Personne ne l'arrêta.
Le professeur n'était déjà plus là.
Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent.
Quatre hommes en sortirent.
Costumes noirs.
Oreillettes.
Regards froids.
Puis...
L'homme.
La soixantaine.
Cheveux gris.
Lunettes fines.
Il tenait une mallette en cuir.
Il passa devant Emmanuel.
Sans même le regarder.
Emmanuel ne bougea pas.
Il attendit.
Trois secondes.
Puis il lui emboîta le pas.
Ginza défilait lentement.
Les touristes.
Les hommes d'affaires.
Les taxis.
Les enseignes de luxe.
Le professeur parlait avec l'un de ses gardes.
Les quatre hommes formaient un carré parfait autour de lui.
Emmanuel suivait.
À bonne distance.
Les mains dans les poches.
Le rosaire disparaissait parfois entre ses doigts.
Le grenat oscillait au rythme de ses pas.
Comme un métronome.
Une ruelle.
Le groupe quitta l'avenue principale.
Moins de lumière.
Moins de monde.
Les quatre gardes ralentirent.
L'un d'eux regarda derrière.
Il aperçut Emmanuel.
Ils échangèrent un regard.
Le professeur continua sa marche.
Il n'avait même pas besoin de donner un ordre.
Deux gardes s'arrêtèrent.
Puis les deux autres.
La ruelle se referma derrière Emmanuel.
Le silence.
« Vous êtes perdu, monsieur ? »
Emmanuel sourit.
Très légèrement.
« Non. »
Le premier s'avança.
« Alors demi-tour. »
Emmanuel ne répondit pas.
Le rosaire glissa une fois entre ses doigts.
Toc.
Le grenat heurta doucement la croix.
Le premier homme tendit la main.
En une seconde...
Tout bascula.
Un mouvement.
Puis un autre.
Un souffle.
Une esquive.
Un garde percuta le mur.
Le second glissa au sol.
Le troisième resta figé.
Le quatrième comprit trop tard.
Quelques secondes plus tard...
Les quatre hommes étaient à terre.
Conscients.
Mais incapables de reprendre leur progression.
Emmanuel remit tranquillement la manche de son imperméable en place.
Comme s'il venait simplement d'enlever la poussière.
Le professeur s'était arrêté quelques mètres plus loin.
Il observait la scène.
Sans peur.
Avec curiosité.
Emmanuel s'approcha.
Il sortit une carte de visite.
Une simple feuille d'acier brossé.
Aucun nom.
Aucun numéro.
Aucun logo.
Seulement une surface métallique parfaitement vierge.
Il la tendit.
« Vous allez bientôt comprendre pourquoi je suis revenu. »
Le professeur regarda la carte.
Puis Emmanuel.
« Qui êtes-vous ? »
Un léger sourire.
« Une vieille erreur que Tokyo croyait avoir effacée. »
Le professeur prit la carte.
L'acier était étonnamment lourd.
Il la glissa dans la poche intérieure de sa veste.
« Nous nous reverrons ? »
Emmanuel se retourna déjà.
« C'est maintenant vous qui allez me retrouver. »
Il repartit vers l'avenue.
Les néons se reflétaient sur le bitume encore humide.
Le professeur resta immobile.
La carte d'acier dans sa main.
Il ne savait pas encore...
Qu'en acceptant ce simple rectangle métallique...
Il venait d'ouvrir la première porte d'un jeu dont Emmanuel connaissait déjà l'issue.
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