[1-1] Observations de l'Empereur

📖 [SERA RÉÉCRIT] Une Cage de Rêve - Prologue ✍️ Ety 📝 2323 mots

Cité impériale d’Archadès – 6 Cancer 694

La cité d’Archadès s’étendait au cœur d’un empire prospère et imperturbable. Les différentes autres localités qui tentaient de rivaliser avec la capitale ne faisaient guère grande impression face à son ampleur et à sa richesse.

En effet, cette immense ville regorgeait de biens en tous genres, fruits d’un commerce très développé grâce aux traités signés avec les nations environnantes, telles que la cité céleste de Bhujerba, dont les produits touristiques ne cessaient de ravir tant de nobles Archadiennes.

Les moyens de locomotion que l’on trouvait à la capitale étaient en outre les meilleurs de l’Empire : l’on comptait pas moins de dix mille vaisseaux privés circulant chaque jour dans le ciel d’Archadès, survolant le désormais célèbre Train des Cieux.

Quant aux esprits de ces citoyens bien nourris, vêtus, logés et aisés, ils bénéficiaient également de leur dose de culture : l’enseignement à Archadès attirait les étudiants des quatre coins d’Ivalice[1]. Il offrait la satisfaction de chacun d’entre eux : magicien, tacticien, négociant, ou tout simplement érudit en quête de savoir dans les domaines de la science, la médecine, la littérature, l’histoire, le droit ou la nature. Une bonne dizaine d’écoles avait été construite durant les quinze années précédentes et une dizaine d’autres était en cours d’élaboration.

Tant de connaissances avaient été élargies et touchaient à présent toute la nouvelle génération archadienne, sous la collaboration effective de Son Altesse Impériale, dignité culturelle de l’Empire et épouse de l’empereur Gramis d’Archadia. Cependant, l’établissement fétiche qui charmait tout l’Empire et gagnait tous les cœurs restait certainement l’Académie et le Tribunal militaires, véritable fierté des habitants, sans laquelle ce nom d’empire d’Archadia n’aurait point cette connotation de puissance et de sécurité qu’il possédait depuis sa création en 486 à partir de la seule cité d’Archadès.

Ce bâtiment géant, bâti à proximité du Palais impérial dont il était séparé par la Route Glorieuse, comportait des milliers de soldats et des centaines de généraux, commandés par cette classe nouvelle de l’Empire qu’on appelait les juges[2], et était dirigé par celui qui occupait le poste de commandant de la deuxième division de l’armée et de conseiller militaire de l’Empereur, celui qu’on appelait le Haut Juge Bergan.

L’Ordre des Juges avait été créé au début du siècle, et le titre de Haut Juge était encore relativement récent à Archadia. En ce temps-là, l’Empire en comportait une dizaine, dont cinq prépondérants qui avaient mérité leur titre et leur grande influence par leurs qualités militaires et juridiques, ainsi que leur loyauté envers l’Empire et la maison de Solidor[3], dont ils étaient garants, et qui régnait paisiblement sur le vaste pays depuis quatre générations.

Ils étaient facilement reconnaissables à leur monumentale et très lourde armure, bien plus décorée que celle de simples soldats, ainsi qu’à leur longue cape rouge et noire portant l’insigne de l’Empire et à leur casque singulier, façonné différemment pour chacun d’entre eux, et comportant souvent des cornes plus ou moins longues.

Le Haut Juge Zecht était plus ancien que ses collègues ; entré au service privé de l’Empereur voici près de trente-cinq ans, il était un homme d’ordre et d’application et se distinguait assez nettement de ses congénères, de telle sorte qu’on ne lui connaissait comme autre occupation que celles du Palais uniquement des affaires douteuses et nouées.

Il avait le commandement, entre autres, de l’armée occidentale d’Archadia, qui se positionnait et s’entraînait à l’ouest de l’Empire, près des frontières rozarienne et nabradienne, et de la première division de l’armée, qui avait pouvoir sur toutes les autres. L’empire de Rozarria avait toujours été parmi les pires craintes de la famille gouvernante archadienne. Non seulement par son étendue encore plus grande que celle d’Archadia, mais également par ses troupes, autrefois à la tête de cette nation.

On racontait que la maison Margrace, actuelle souveraine de l’empire rozarien et rivale des Solidor, possédait elle aussi une importante flotte militaire capable de déstabiliser très facilement l’imposante armada archadienne. Cependant, si les échos de celle d’Archadia résonnaient un peu partout en Ivalice, l’armée rozarienne faisait très peu parler d’elle. Néanmoins, Rozarria restait un empire très vaste et diversifié, dont la prospérité économique et politique concurrençait en tous points la majesté séculaire d’Archadia.

Quant au petit royaume de Nabradia, il n’avait aucun point commun avec les deux empires. Ayant toujours vécu dans un conformisme sans nom, il était habité majoritairement par des paysans ou des chasseurs, demeurant peu riches et très heureux dans leurs logements rudimentaires ; la seule demeure fastueuse digne de ce nom étant le palais royal situé dans la capitale, Nabudis.

La vie des Nabradiens était aussi rustique que celle des Archadiens était excentrique, mis à part la zone mystique au nord-est à la frontière de l’Empire. Se contentant de leur tradition ancestrale, n’institutionnalisant aucun modernisme, cette population entretenait pacifiquement ses guerriers ; et, malgré leur nombre, quoi qu’il en fût, les soldats nabradiens n’avaient aucun souci à causer à Archadia. Ce qui n’empêchait pas le juge Zecht de rester sur ses gardes.

Le Haut Juge Bergan commandait, comme précisé précédemment, la deuxième division, chargée essentiellement de la gestion de l’Académie Impériale Militaire, telle que l’exigeait l’exigeante et combative nature de son directeur. Très axée sur la force et la résistance, son idéologie du soldat archadien ne tolérait aucune forme de faiblesse.

Plusieurs fois, une talentueuse recrue qui ne paraissait pas assez brutale aux yeux de Bergan était ainsi rejetée, cause de la perte dans les troupes impériales de nombreuses âmes douées. Cependant, un assez grand nombre de soldats parmi les meilleurs à ce jour fut soutenu par le juge Bergan, qui contribua à faire de l’armée archadienne une des plus, si ce n’était la plus redoutable du monde d’Ivalice.

La Haute Juge Drace, arrivée quelques années après Bergan, était à la tête de la sixième division, qui comptait parmi les plus discrètes mais pas les plus pacifiques pour autant. Drace était l’une des rares femmes à porter le titre de Haut Juge et semblait en être fière.

Lors de ses journées de service, étant de loin le juge de l’Ordre le plus versé en droit, elle s’informait sur les audiences de toutes les cours, aidait ses collègues dans les tâches délicates que leur remettait la maison de Solidor, et participait – certes de moins en moins – à de nombreuses campagnes militaires qui lui avaient valu une haute estime auprès de l’Empereur et des moqueries hargneuses auprès de Bergan, qui n’avait jamais vu en elle une réelle combattante malgré toutes ses preuves sur le champ de bataille et en dehors.

C’était le plus souvent à elle qu’étaient confiés les plus lourds dossiers incluant les Solidor ou encore les nobles familles archadiennes – les affaires nationales en général. Le juge Drace possédait en effet un sens désintéressé de la justice et savait protéger les intérêts de l’Etat comme du plus ruiné des commerçants d’Archadia.

L’empereur Gramis avait en elle une entière confiance en ce qui concernait les procès judiciaires, qu’elle savait presque toujours mener judicieusement, son éloquence travaillée n’ayant d’égal que sa profonde connaissance des droits et des lois de l’Empire ainsi que son courage qu’on disait peu féminin pour prendre d’éminentes positions.

L’Empereur avait néanmoins compté sur la douceur et l’amabilité de Drace pour assister et veiller sur le futur enfant que portait son épouse, et implicitement sur les regards indiscrets que porteraient de mauvaises fois sur ce quatrième prétendant au trône, telles que celles du Sénat d’Archadès, par exemple.

Le Haut Juge Zargabaath avait fait son apparition dans l’entourage des Solidor juste après Bergan. Ses fonctions s’apparentaient à celles du juge Drace : peu présent à la guerre sans en perdre une miette, il se contentait d’exécuter les diverses besognes militaires et juridiques que lui confiaient l’Empereur ou ses collègues.

L’empereur Gramis le voyait davantage dans l’armée que dans la justice ; notamment à cause de ses talents exceptionnels et son caractère précis et motivé dans les combats. Zargabaath connaissait de plus la géographie d’Ivalice mieux que quiconque car sa famille avait vécu du commerce entre pays, et il l’avait longuement accompagnée dans ses voyages avant d’entamer sa carrière de soldat. Aussi l’Empereur s’était-il dépêché de lui mettre entre les mains l’épée avant le maillet.

La mission qu’il avait confiée dernièrement au juge Zargabaath reposait sur la surveillance des activités militaires du royaume de Dalmasca, situé au sud-ouest d’Archadia, et dont la vie ressemblait de près ou de loin à celle de Nabradia, avec laquelle les Dalmascans avaient par ailleurs beaucoup de liens. L’Empereur avait entendu parler de tensions anti-impérialistes montant de la capitale dalmascane, Rabanastre, et d’une redoutable armée que le roi Raminas récurait chaque jour plus affectueusement en attente du lancement du conflit. Gramis avait naturellement confié cette compromettante question entre les mains de Zargabaath, qui s’était empressé d’accepter la requête et de promettre de l’examiner avec la plus grande attention.

C’était jusqu’à présent le Haut Juge entré le plus jeune en fonction, ayant montré dès sa plus tendre jeunesse une aisance et une brutalité exemplaires en matière de guerre, dans son temps de soldat, ce qui lui avait valu un passage sans commentaires lors de l’examen-bourrin de Bergan qui était alors général. Il possédait néanmoins d’excellentes bases juridiques, au même titre que ses collègues Zecht et Drace, et aidait parfois cette dernière dans ses affaires les plus embrouillées.

L’empereur Gramis appréciait l’aide précieuse de ce membre d’élite au-delà de son expérience de guerrier et son savoir de juge : plus qu’à tout autre, il avait foi en Zargabaath et était intégralement convaincu de la fidélité de celui-ci envers l’Empire.

Certes, Zecht ou Bergan lui répétaient sans cesse leur conviction absolue des intérêts nationaux ; mais il voyait chez Bergan sa langue parler pour son estomac, et chez Zecht, une sorte de nostalgie étrange qui lui faisait légèrement douter de son honnêteté. Quant à Drace, ses discours à propos d’Archadia reflétaient parfois davantage une corvée de coutume que de la pure loyauté. Chez Zargabaath, sans que le juge ne montrât jamais un dévouement excessif, l’Empereur sentait une odeur de probité totale et de respect immaculé.

C’était certainement de tous les juges celui qui lui vouait le plus de respect : cherchant toujours à satisfaire les ambitions de l’Empereur tout en exposant calmement ses idées politiques, il s’arrangeait d’une manière divine pour l’aider à prendre les plus sages décisions, de telle sorte que celui-ci ne remarquait même plus que ses idées de départ étaient contraires à ce qu’il venait de décréter. Il respectait certainement la personne de Gramis, mais également des autres Solidor, fils et femme – plus particulièrement cette dernière. Il fallait que l’Empereur insistât pour que le juge Zargabaath acceptât sans balbutier de porter tel ou tel message à Son Altesse Impériale, qui reposait seule dans sa chambre.

Il était par ailleurs, contrairement à sa collègue Drace, extrêmement silencieux. Pas un mot ne sortait de sa bouche sans avoir été mesuré. Zargabaath, Bergan et Drace avaient toujours été ensemble dès leur entrée au Palais. Bien que Drace fût entrée plus tard en tant que juge, Zargabaath et elle s’étaient tout de suite très bien entendus, malgré leurs opinions politiques différentes. Par contre, il avait senti chez elle une sorte d’incompréhension et de gêne lorsque lui avait été présenté son camarade Bergan.

Le trio avait bien souvent été mêlé, à diverses occasions, à des plans militaires, des démêlés de haute importance ; et leurs performances triomphantes n’étaient dues qu’à leur union et à leur bravoure.

Enfin, le Haut Juge Ghis était le dernier en date admis dans le cercle de l’Empereur, et de loin le plus jeune des cinq qui en faisaient partie. Cette année même, ayant brillamment réussi le test militaire du juge Bergan et le long interrogatoire juridique du juge Drace, il les avait rejoints dans leurs occupations journalières.

Ghis était responsable de la onzième division, créée et taillée sur mesure pour lui, travaillant sans relâche du matin au soir jusqu’à accomplir tout ce qui était nécessaire. L’Empereur lui accordait sa dose de confiance et d’honneur, croyant en sa plus jeune recrue comme un paysan à la pluie.

Il avait perçu en Ghis un espoir capable de fructifier ses industries et son armée très rapidement, et ses espérances avaient porté leurs fruits. On parlait, autour des divisions, de confier à chacun d’entre Zargabaath et Zecht un monstrueux vaisseau de guerre, doté d’équipements nouveaux dont les plus prestigieuses écoles d’Archadès n’avaient jamais entendu parler.

On disait également que ce geste servirait à affilier les deux juges à des corps importants de l’armée lors de sa future restructuration. Ghis, qui voulait se battre en première ligne, n’avait caché à personne qu’un tel privilège aurait dû lui revenir, jusqu’à sa présentation officielle au Palais.

Ce jour-là, Drace et Zargabaath, arrivés en avance, s’étaient amusés à parier sur la première phrase que prononcerait Ghis. Au même moment, le juge Bergan entrait dans la pièce, son armure brillant comme neuve et sa démarche irrégulière retentissant dans le silence peu commode, suivi de l’Empereur qui s’apprêtait à présenter le nouveau venu au reste des représentants de l’Ordre tandis qu’il s’empressait de lui parler des nouveaux vaisseaux.

C’était dans de rares moments comme celui-là que les juges pouvaient se permettre un éclat de rire.

Ces cinq juges, main dans la main – ou plutôt fer contre fer – entamaient le travail de douze années de stratégies et de découvertes, œuvrant avec un intérêt variable selon qu’il s’agissait d’améliorer les performances des engins militaires ou d’accorder plus de libertés aux boutiquiers de la capitale.

Dans la plupart de leurs projets de loi, le Sénat entrait en jeu, et les juges ne voyaient pas d’un doux œil cette intervention obligatoire. En effet, la chambre du Sénat n’avait jamais été très compréhensive avec la maison de Solidor comme avec ses cinq protecteurs ; et bien souvent les vieillards avides et malins qui la représentaient agissaient moins pour l’intérêt de l’État que le leur.



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[1] Monde/univers de Final Fantasy XII

[2] Personnages à la tête de l’Ordre des Juges, institution ayant en charge à la fois les affaires militaires et juridiques de l’empire d’Archadia

💬 Commentaires 5

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PoloScrib • 1 mois, 1 semaine
Salut Ety,

Avec un peu de retard, me voici sur ton texte. Il y a quelques tournures qui auraient mérité d'être revues ici et là, mais globalement c'est maitrisé. Tu as désactivé les annotations, alors je n'ai pas pu le faire au fil de l'eau.

Sinon, globalement, c'est un début de prologue assez costaud. Je connais un peu l'univers du jeu, alors j'ai retrouvé pas mal de notions connues, mais pour quelqu'un qui ne connait pas, ça doit pas être facile à intégrer :D Personnellement, sur ce genre de texte, j'aurais commencé par une scène directe qui raconte un évènement, plutôt qu'une explication de l'univers. C'est intéressant et bien fait, mais c'est un peu trop dense pour bien entrer dans l'univers.

Je lirai la suite pour voir où tu veux nous emmener :)
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Ety Auteur • 1 mois, 1 semaine modifié
Coucou, merci d'être passé :)
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PoloScrib • 1 mois, 1 semaine
Tu as changé ton message ? Je venais te répondre car je l'avais lu quand tu l'avais mis pour la première fois ^^ je ne me souviens plus de tout, mais sache que tout ce que je dis, c'est évidemment subjectif, à toi de piocher ce qui te parait pertinent et mettre de côté ce qui l'est moins. Et si tu as des questions sur mes remarques, on peut évidemment en échanger.
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Vore • 1 mois modifié
Je plussoie aux remarques de PoloScrib : trop de descriptions pour ce 1er chapitre (et même chose pour le 2nd, pas eu le courage de faire plus que survoler après 3 paragraphes 😅).

Il faut présenter les personnages, les lieux, les relations de pouvoir, etc. au fil de l'action. Je dirais même que cela peut encourager le lecteur à poursuivre :
- Celui qui ne connaît pas FF12 se posera pleins de question sur qui/quoi/pourquoi, et en donnant des éléments par-ci par-là tu satisferas sa curiosité tout au long du récit et pas juste au début ;)
- Celui qui connait déjà l'univers, par contre, verra les liens non-explicite et se fera sûrement pleins de schémas dans sa tête sur ce qui pourrait advenir au vu de ses connaissances, à toi donc de le surprendre sans aller à l'encontre de ce qu'il a appris du monde de FF12.
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Ety Auteur • 1 mois modifié
@Vore Merci pour ta sincérité. C'était marqué dès le résumé que tout ceci est destiné à être réécrit (les commentaires sont pertinents à partir du chapitre 10). Vu qu'on ne peut pas choisir par chapitre, je pense fermer les commentaires pour toute l'œuvre vu que ce n'est pas clair, mais comme il n'y a pas de système de "j'aime" ou d'emojis, je ne saurai pas qui est intéressé par la suite... Ou alors je divise cette sous-œuvre en 2 micro-œuvres! (une sans et une avec commentaires)

Mes commentaires qui répondent à tes remarques ont été effacés par accident, mais concernant les "il faut que" (j'ai fait ma dernière publi insta dessus): tout est une question de choix. Le reste sera "réglé" (je l'espère) par la réécriture. Ces lignes ont 19 ans. Mais comme je suis passionnée par la suite (chapitre 113), je cherchais ici des encouragements à ce sujet, et non des injonctions à arrêter ce que je fais et réécrire le chapitre 1 (je comprends que ce soit déstabilisant sans me connaître - chacun est libre de lire ou pas au final, bien évidemment, quitte à survoler pour savoir la suite - l'avantage du format actuel est que toute question ultérieure sur l'univers trouvera sa réponse en revenant à ce chapitre 1).
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