Je vais commencer par faire une distinction entre conflit et difficulté.
Si un conflit est une difficulté, l'inverse n'est pas toujours vrai.
Certains récits ne présentent que des difficultés, sans conflits, et ce sont pourtant des ouvrages reconnus (L'Homme qui plantait des arbres, Terre des hommes ou, plus récemment, Seul sur Mars).
En ce qui me concerne, je n'ai pas de préférence pour un type de conflit donné, que ce soit à lire ou à écrire, bien que je sois très mauvais pour en écrire certains.
J'ai même fait quelques petites histoires dépourvues de conflit. Je trouve que cela colle très bien aux formats « tranches de vie ». Une anecdote, une aventure, une situation étrange, une rencontre hors du commun... Avec cette approche, le format témoignage est assez efficace, je trouve, et le quotidien est souvent une belle source d'inspiration. On note un petit quelque chose, un détail incongru, une bribe de conversation entendue et on extrapole pour en faire une histoire.
Quant à ce qui rend une histoire impossible à lâcher ? Je n'en sais rien. Dans le cas contraire, je serais certainement un écrivain reconnu.
Scribonautes · Communauté
🍺 L'Auberge
Le lieu de rencontre des Scribonautes — venez échanger, débattre et vous retrouver.
lundi 03 août 2026
💬 Discussion libre
Archivé
Une bonne histoire a-t-elle forcément besoin d'un conflit ?
Chaque récit commence par un équilibre.
Puis quelque chose le bouscule.
Une rencontre, un choix, une peur, une catastrophe ou parfois... rien de spectaculaire. Juste un doute qui s'installe.
Depuis toujours, on nous répète qu'une histoire a besoin d'un conflit.
Mais est-ce vraiment une règle ? Peut-on captiver un lecteur sans affrontement, sans antagoniste, sans bataille à livrer ?
Ce soir, près du feu de l'Auberge, les Scribonautes vous invitent à débattre de ce qui fait battre le cœur d'un récit.
Aujourd'hui, nous vous proposons de partager :
* votre vision du conflit en littérature
* si vous pensez qu'un récit peut s'en passer
* le type de conflit que vous préférez écrire ou lire
* un livre qui vous a marqué malgré l'absence de véritable affrontement
* la manière dont vous entretenez l'intérêt du lecteur lorsque l'action ralentit
Et si vous le souhaitez, racontez-nous aussi :
* avez-vous déjà écrit un récit presque dépourvu de conflit ?
* le quotidien peut-il suffire à faire une bonne histoire ?
* selon vous, la littérature est-elle en train d'explorer de nouvelles façons de raconter ?
* qu'est-ce qui, à vos yeux, rend une histoire impossible à lâcher ?
* votre vision du conflit en littérature
* si vous pensez qu'un récit peut s'en passer
* le type de conflit que vous préférez écrire ou lire
* un livre qui vous a marqué malgré l'absence de véritable affrontement
* la manière dont vous entretenez l'intérêt du lecteur lorsque l'action ralentit
Et si vous le souhaitez, racontez-nous aussi :
* avez-vous déjà écrit un récit presque dépourvu de conflit ?
* le quotidien peut-il suffire à faire une bonne histoire ?
* selon vous, la littérature est-elle en train d'explorer de nouvelles façons de raconter ?
* qu'est-ce qui, à vos yeux, rend une histoire impossible à lâcher ?
Contributions
17 contributions
Je pense que, oui une bonne histoire a besoin d'un conflit pour avancer et rebondir.
C'est le conflit entre Ulysse et Poséidon qui est le cœur de l'Odyssée.
Mais les meilleures histoires jouent sur des conflits intérieurs et là Kafka est indépassable.
D'ailleurs vivre, n'est-ce pas aller de conflit en conflit ?
C'est le conflit entre Ulysse et Poséidon qui est le cœur de l'Odyssée.
Mais les meilleures histoires jouent sur des conflits intérieurs et là Kafka est indépassable.
D'ailleurs vivre, n'est-ce pas aller de conflit en conflit ?
Je pense qu'au-delà du conflit, la plupart des très bonnes histoires portent en elles une tension, une question qui reste ouverte. Si tout est clair dès le départ, si tout est déjà tranché, il n'y a plus vraiment d'histoire susceptible de marquer le lecteur. Il ne reste que des historiettes, qui peuvent parfaitement atteindre leur objectif — faire rire, émouvoir, divertir, faire un peu réfléchir — sans pour autant laisser une empreinte durable.
Ce qui nous pousse à tourner les pages, ce n'est pas forcément un affrontement. C'est l'incertitude. Le besoin de savoir.
Certains chefs d'œuvre (ex. "A la recherche du temps perdu") se passent de conflit(s), mais il existe une tension profonde, souvent intérieure. Même un récit contemplatif fonctionne parce qu'il fait naître une attente chez le lecteur : que va-t-il comprendre ? Que va-t-il choisir ?
Le conflit au fond n'est peut-être qu'une des formes possibles de la tension narrative. Une énigme, un désir, un manque, une métamorphose annoncée ou une simple promesse suffisent parfois à créer cette tension. Sans elle, le récit risque de devenir une succession d'événements plutôt qu'une véritable histoire.
Puisque Phillechat parle de "L'Odyssée", c'est une histoire où le conflit est clair : Poséidon veut empêcher Ulysse de rentrer à Ithaque. Mais on peut expédier cela en quelques lignes : "Après plusieurs années de navigation et quelques périls, Ulysse rentra chez lui. Pénélope l'accueillit avec joie. Les prétendants partirent. Ils vécurent heureux." (Et hop, moi je t'expédie l'histoire ! 🙂) Il n'y a plus de conflit... mais surtout il n'y a plus aucune question. La tension s'effondre. Le conflit avec Poséidon est davantage un moteur qu'une fin en soi. Ce qui captive le lecteur, c'est l'incertitude permanente.
Le conflit est pour moi une mécanique narrative. La tension est un effet produit sur le lecteur.
Et c'est peut-être cette dernière qui est indispensable. Le conflit n'en est qu'une des sources possibles.
Ce qui nous pousse à tourner les pages, ce n'est pas forcément un affrontement. C'est l'incertitude. Le besoin de savoir.
Certains chefs d'œuvre (ex. "A la recherche du temps perdu") se passent de conflit(s), mais il existe une tension profonde, souvent intérieure. Même un récit contemplatif fonctionne parce qu'il fait naître une attente chez le lecteur : que va-t-il comprendre ? Que va-t-il choisir ?
Le conflit au fond n'est peut-être qu'une des formes possibles de la tension narrative. Une énigme, un désir, un manque, une métamorphose annoncée ou une simple promesse suffisent parfois à créer cette tension. Sans elle, le récit risque de devenir une succession d'événements plutôt qu'une véritable histoire.
Puisque Phillechat parle de "L'Odyssée", c'est une histoire où le conflit est clair : Poséidon veut empêcher Ulysse de rentrer à Ithaque. Mais on peut expédier cela en quelques lignes : "Après plusieurs années de navigation et quelques périls, Ulysse rentra chez lui. Pénélope l'accueillit avec joie. Les prétendants partirent. Ils vécurent heureux." (Et hop, moi je t'expédie l'histoire ! 🙂) Il n'y a plus de conflit... mais surtout il n'y a plus aucune question. La tension s'effondre. Le conflit avec Poséidon est davantage un moteur qu'une fin en soi. Ce qui captive le lecteur, c'est l'incertitude permanente.
Le conflit est pour moi une mécanique narrative. La tension est un effet produit sur le lecteur.
Et c'est peut-être cette dernière qui est indispensable. Le conflit n'en est qu'une des sources possibles.
Je dirai ni oui, ni non; mais je ne la jouerai pas thèse, antithèse, synthèse, parce que vous voudrez que je me "taise". Bien sûr quand on pense au schéma narratif, il y a ces fameuses "péripéties" qui permettent au héros de se transcender ou pas... Mais il peut être aussi amusant de délier du flou, de l'intrigue, sans rien dévoiler ou si peu. D'écrire autour du "rien qui se passe", comme si c'était un moment extraordinaire. Les conflits viennent aussi du type d'écrit vers lequel on se dirige : romance, relationnel famillial, business ou fantaisie. A croire que c'est moins intéressant quand tout va bien et que personne ne s'engueule.
bonjour,
un conflit n est pas pour moi une nécessite..
qu'il y ait un rebondissement , un troisième larron, un incident , accident, oui bien sur !!
Un conflit entre les deux principaux personnages ou le troisième , je ne vois pas forcement l intérêt
un conflit n est pas pour moi une nécessite..
qu'il y ait un rebondissement , un troisième larron, un incident , accident, oui bien sur !!
Un conflit entre les deux principaux personnages ou le troisième , je ne vois pas forcement l intérêt
Ca dépend vraiment de l'histoire qu'on a envie d'écrire ou, lorsqu'on est lecteur, de ce que l'on a envie de lire. :)
Franchement, sans conflit ou de tension, il ne peut pas y avoir d'élément déclencheur pour que le protagoniste se lance dans sa quête personnelle... Donc, je crois que oui, ça prend un certain degré de conflit pour beaucoup d'histoires.
Il faut bien un élément déclencheur pour raconter une histoire. Raconter une histoire ou tout est parfait et paisible, cela n'aboutit nulle part. Même notre vie n'est pas un long fleuve tranquille. Des événements viennent nous perturber d'une manière ou d'une autre.
Le conflit est-il inhérent à l'homme, qui lorsque la tension d'une situation interne ou externe n'est plus supportable alors l'équilibre existant doit changer.
Si des personnes évitent les conflits relationnels très souvent celui-ci se retrouve au niveau interne à défaut de ne pas l'avoir régler.
Alors pouvons nous écrire sans conflit? De mon côté ce sont mes états intérieurs , mes émotions agréables pu désagréables qui me pousse à écrire. Mais lorsque j'écris car je suis émue par la beauté d'une chose, y a t-il conflit? Peut-être y aurait il conflit si je n'assouvissais pas ce besoin d'exprimer, d'extérioriser cette émotion car trop forte même si agréable... donc en conflit ? Avec ma capacité vivre l'instant présent, ou mes capacités d’auto-régulation
Si des personnes évitent les conflits relationnels très souvent celui-ci se retrouve au niveau interne à défaut de ne pas l'avoir régler.
Alors pouvons nous écrire sans conflit? De mon côté ce sont mes états intérieurs , mes émotions agréables pu désagréables qui me pousse à écrire. Mais lorsque j'écris car je suis émue par la beauté d'une chose, y a t-il conflit? Peut-être y aurait il conflit si je n'assouvissais pas ce besoin d'exprimer, d'extérioriser cette émotion car trop forte même si agréable... donc en conflit ? Avec ma capacité vivre l'instant présent, ou mes capacités d’auto-régulation
Si je connaissais le secret d'une bonne histoire, ce serait un super pouvoir !
Et qu'entend-on par conflit ?
Un bon baston ou une démarche intérieure ?
L'amplitude laisse de l'espoir à beaucoup.
Et qu'entend-on par conflit ?
Un bon baston ou une démarche intérieure ?
L'amplitude laisse de l'espoir à beaucoup.
Il ne me semble pas qu'un conflit soit une obligation pour une histoire captivante. Par contre, il me semble impératif que le héros ou l'héroïne change et se transforme durant cette histoire, qu'il ou elle change de statut, qu'il ou elle modifie sa façon de voir ou de penser avec ce qu'il ou elle aura vécu.
Si pas de conflit et pas de changement chez les protagonistes, on sera dans un histoire essentiellement contemplative qui risque de ne pas captiver.
Mais il ne s'agit que de mon avis ;-)
Si pas de conflit et pas de changement chez les protagonistes, on sera dans un histoire essentiellement contemplative qui risque de ne pas captiver.
Mais il ne s'agit que de mon avis ;-)
Du conflit né le changement. Le changement n'est néanmoins pas nécessairement issu du conflit.
Mais fatalement ça fait du conflit une source bien pratique pour amorcer une évolution, interne ou externe à un personnage.
L'on peut cependant écrire sans qu'il n'y ait de changement dans la vie du personnage. La vie déroule sans accro.
L'histoire en elle même n'a pas forcément de conflit mais est-ce que cela veut dire qu'elle n'en provoque pas ?
Un mode de vie que l'on décrira au travers d'un récit imaginaire ou non rentrera en conflit avec le mode de vie du lecteur. On aime lire pour découvrir autre chose que ce que l'on vit. A moins d'apprécier que quelqu'un d'autre vous raconte comment vous avez vécu votre journée.
Donc pour moi, oui, le conflit est essentiel. Soit comme outil, soit comme résultat, volontaire ou non.
Maintenant, sur une note plus personnelle, je préfère les conflits intérieurs. Plus personnels et surtout plus source de tourments. Et ô que j'aime les esprits torturés.
Et j'aime aussi voir les personnages galèrer leur race pour avancer, qu'ils souffrent surtout mentalement. Sinon je trouve leur réussite trop fade.
Mais fatalement ça fait du conflit une source bien pratique pour amorcer une évolution, interne ou externe à un personnage.
L'on peut cependant écrire sans qu'il n'y ait de changement dans la vie du personnage. La vie déroule sans accro.
L'histoire en elle même n'a pas forcément de conflit mais est-ce que cela veut dire qu'elle n'en provoque pas ?
Un mode de vie que l'on décrira au travers d'un récit imaginaire ou non rentrera en conflit avec le mode de vie du lecteur. On aime lire pour découvrir autre chose que ce que l'on vit. A moins d'apprécier que quelqu'un d'autre vous raconte comment vous avez vécu votre journée.
Donc pour moi, oui, le conflit est essentiel. Soit comme outil, soit comme résultat, volontaire ou non.
Maintenant, sur une note plus personnelle, je préfère les conflits intérieurs. Plus personnels et surtout plus source de tourments. Et ô que j'aime les esprits torturés.
Et j'aime aussi voir les personnages galèrer leur race pour avancer, qu'ils souffrent surtout mentalement. Sinon je trouve leur réussite trop fade.
Au moins un antagoniste (voire plusieurs) ou un (des) obstacle(s).
Difficile de faire autrement. Le principe de 'difficultés à surmonter ' est quasiment une obligation.
Sans parler de la saveur d'un bon conflit verbal, à fleurets non mouchetés.
Ça n'empêche pas les scènes de concorde, mais sans frictions, ça deviendrait vite plan-plan.
Difficile de faire autrement. Le principe de 'difficultés à surmonter ' est quasiment une obligation.
Sans parler de la saveur d'un bon conflit verbal, à fleurets non mouchetés.
Ça n'empêche pas les scènes de concorde, mais sans frictions, ça deviendrait vite plan-plan.
Non.
Pas besoin de faire des conflits pour faire des chef - d'oeuvres et il y a un manga en ce moment qui cartonne avec ce principe là, presque : Frieren. Ou Sousou no Frieren pour les nippons.
On suit l'après - épopée de Frieren après qu'avec Himmel le Brave,
Pas besoin de faire des conflits pour faire des chef - d'oeuvres et il y a un manga en ce moment qui cartonne avec ce principe là, presque : Frieren. Ou Sousou no Frieren pour les nippons.
On suit l'après - épopée de Frieren après qu'avec Himmel le Brave,
Un conflit n' est nécessaire à mon sens. Sûrement plus facile à écrire. Je prends l'exemple de "Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran" d'Éric Emmanuel Smith. Pas de conflit majeur et un merveilleux livre. J' ai, à mon niveau, écrit un texte de type légende celtique, dans aucun conflit.
Mon esprit tordu m'invite parfois à réfléchir à un récit de cet ordre. Quelque chose d'aussi abscons que profond. Une non-histoire totalement plate et dénuée d'intérêt... quitte à en faire l'intérêt principal de ce récit. J'ai même été jusqu'à imaginer un polar qui reprendrait tous les codes du genre mais... dans un univers sans aucune violence, ni physique, ni verbale. Et ma tête est tellement montée à l'envers que je me dis que cette idée est trop évidente pour qu'elle soit seule à échouer dans les méandres de mon cerveau. Je me dis même qu'un auteur, un de ceux qui a eu la chance de publier une œuvre, a déjà dû s'essayer à ce genre d'exercice.
Les ateliers/formations du moment nous poussent à définir un conflit dès le début de l'écriture de l'histoire. Perso, ça me bloque totalement. Je ne trouve pas cela très "naturel".