Les jardins thérapeutiques

📖 ASCENDIUM Cycle I Hedora ville de merveilles ! ✍️ DreamSky 📝 2537 mots

Le duo avançait d’un pas rapide à travers l’immense place, en direction du quartier médical où avait été transféré le Neurorien. Au-dessus de leurs têtes, un ballet de voitures volantes glissait dans l’air avec une fluidité parfaite. Les voies aériennes, tracées par de fines lignes holographiques, dessinaient un réseau presque invisible où chaque véhicule semblait suivre une trajectoire prédestinée. Ce flux millimétré, d’une précision presque chorégraphique, était le reflet éclatant de la maîtrise technologique qui définissaient Hedora et, par extension le Consortium. Les véhicules au design épuré, fuselages lisses, teintes chromées et bleutées, vitres teintées sans défaut — évoquaient un futur de pure efficacité et parfait.

Partout, les façades des gratte-ciels vibraient de lumières mouvantes. Des holoécrans géants diffusaient sans relâche un torrent d’images : publicités luxueuses vantant les prouesses technologiques du Consortium, messages gouvernementaux, et parfois… propagande pure et dure. Des slogans incisifs, aux couleurs criardes, s’imposaient à la rétine :

“Ordre. Prospérité. Force.” “Le Consortium veille pour vous.” “Les Supernovae’s, l’élite au service de l’harmonie.”

Les clips montraient des soldats au garde-à-vous, des familles hédoriennes rayonnantes autour de tables débordant de nourriture, des ingénieurs acclamés pour leurs inventions, des enfants en uniformes récitant des hymnes patriotiques. Par moment, le visage d’Idrys Valor apparaissait : grand, imposant, auréolé de lumière. Ses traits parfaits, ses yeux calme et son sourire paternaliste étaient soigneusement calculés pour inspirer confiance… et soumission. Chaque spot se terminait par sa signature vocale, grave et magnétique :

« Consortium, havre de paix et de sécurité. »

Mais Idrys n’était pas le seul à dominer ces projections. La silhouette massive du Général Varek Ryden apparaissait également, les bras levés dans une posture martiale, encadré de ses troupes d’élite : les Supernovae’s. Des vidéos de recrutement montraient ces guerriers repoussant des “insurrections” sur des mondes périphériques ou rétablissant la “paix” dans des colonies menacées par des envahisseurs. Leurs visages, figés derrière des casques chromées à l'aspect squelettique, semblaient déshumanisés, plus machines que soldats.

À leurs côtés, la Générale Aria Tyros — maîtresse incontestée des flottes spatiales et aériennes — apparaissait dans des scènes grandioses de vaisseaux fendant les cieux, ses ordres tranchants comme des lames, sa voix sensuelle scandant :

« Pour Hedora. Pour le Consortium. Pour l’harmonie. »

L’immense place s’achevait par un boulevard majestueux, bordé de façades de verre et d’acier qui semblaient avaler la lumière. À son entrée, deux statues colossales d’Hedoriens se dressaient comme des sentinelles figées dans l’éternité. Hautes de plusieurs dizaines de mètres, sculptées dans un alliage poli qui captait chaque rayon de l’étoile, elles renvoyaient des éclats aveuglants et projetaient des ombres longues et oppressantes sur l’artère principale. Chacune brandissait une lance et un orbe, symboles d’ordre et de pouvoir, leurs visages impassibles contemplant la foule en contrebas comme s’ils jugeaient silencieusement chaque passant. Le boulevard, véritable fleuve urbain, menait droit à l’imposant bâtiment du Cercle. L’architecture de ce dernier, titanesque, évoquait un sanctuaire divin ou un temple dédié aux dieux de la politique galactique. Ses colonnes cyclopéennes et ses arches monumentales donnaient l’impression d’une entrée vers l’Olympe du Consortium, un lieu où se scellaient les destins de milliards d’âmes à travers le Bras d’Orion.

— C’est… c’est gigantesque. Comment on va atteindre le quartier médical ? souffla Adam, encore étourdi par la grandeur écrasante du décor. Seyra esquissa un léger sourire, sans ralentir le pas. — Les cabines téléporteur sont notre meilleure option. Pas le grand luxe, un peu étroites et vieillottes… mais rapides et surtout bon marché. Les taxis volants ? Un attrape-touristes. Jolie vue certes, mais hors de prix et bourrés de gadgets pour frimer. Et ici, pas de bagages : juste nous deux. Suis-moi, il y en a une juste dans la rue à droite.

Elle tourna dans une rue plus modeste, presque discrète comparée au faste du boulevard. Pourtant, chaque détail trahissait la rigueur hédorienne : trottoirs d’un blanc immaculé, jardinières soigneusement entretenues, façades impeccables. Adam, le pas hésitant, suivait Seyra qui s’engouffra dans un petit bâtiment presque invisible entre deux géants d’acier.

À l’intérieur, le contraste frappa Adam de plein fouet. L’endroit, exigu, avait le parfum froid d’un lieu oublié. Murs blancs ternis, carrelage craquelé, odeur de désinfectant trop ancien. Ici, aucun holo-écran, aucune musique d’ambiance pour masquer le silence pesant. Juste une pièce impersonnelle, presque clinique, éclairée par une unique lampe jaunâtre clignotant au-dessus d’une porte marron. Un tintement mécanique retentit soudain.

Chting.

— Allez, viens. C’est notre tour, murmura Seyra.

Elle avança d’un pas assuré. La porte, réagissant à leur présence, se scinda en deux dans un shhhht grinçant, disparaissant dans les murs avec une lenteur presque agaçante. Adam, quant à lui, s’immobilisa, détaillant la cabine au-delà du seuil. Un caisson métallique d’un autre âge, strié de rainures et de joints usés, comme un vestige du passé dans cette ville du futur.

— C’est… c’est ça ? fit-il avec une pointe d’appréhension. Seyra se retourna vers lui, amusée par son air circonspect. — Ouais. Je sais, ça fait archaïque et vieillot. Mais crois-moi : ici, c’est le moyen le plus rapide. Les Hedoriens ont depuis longtemps délaissé ces cabines pour leurs luxueuses voitures volantes. Question d’image. Paraître riche, puissant… ça compte plus ici que d’arriver à l’heure.

Adam pénétra enfin dans la cabine du téléporteur, emboîtant le pas à Seyra. D’un geste précis, elle effleura l’écran tactile intégré au mur. Une carte holographique de la ville s’afficha aussitôt, et elle sélectionna leur destination : le quartier médical. Dans un léger chuintement, les portes se refermèrent. Une lumière blanche, douce mais éblouissante, les enveloppa un instant. Puis, en une fraction de seconde, tout bascula. Lorsque la lumière s’évanouit, les portes s’ouvrirent à nouveau. Le décor immédiat semblait identique – même espace exigu, même cabine impersonnelle – mais dès qu’ils franchirent le seuil, un tout autre monde s’étendait devant eux. Le quartier médical s’imposait dans une rigueur architecturale presque sacrée. Composé d’un réseau de tours immenses, aux lignes épurées et à la blancheur clinique, le lieu dégageait une atmosphère d'ordre et de pureté. Chaque bâtiment était dédié à une espèce, une civilisation particulière. Non par séparation raciale, mais dans une logique d’excellence : offrir à chaque être vivant du Bras d’Orion les soins les plus adaptés à sa biologie propre. Anatomie, physiologie, génétique – tout était pris en compte, optimisé, perfectionné. Cette spécialisation poussée permettait à chacun de recevoir le traitement le plus efficace possible, sans compromis. Entre les bâtiments, des jardins paysagers s’étiraient en vastes allées, entrecoupées de cours d’eau artificiels, de bancs et d’espaces de promenade. Ici, aucune propagande, aucun holoécran criard. Juste le silence, le calme. Une bulle de sérénité tranchant radicalement avec l’agitation perpétuelle du cœur de la cité. Dans ce havre inattendu, des malades, des blessés, se promenaient lentement. Certains étaient accompagnés de proches, d'autres d’assistants médicaux. Des êtres venus des quatre coins du Bras d’Orion prenaient l’air au bord des ruisseaux, leurs visages marqués par la douleur ou la convalescence.

— Ok suis moi ! L'Hopital dédié au Neurorien ce trouve juste ici. Enonça la jeune femme en direction d'Adam

D'un hochement de tête Adam suivi Seyra et tout deux traversèrent les jardins les séparants du batiment médical ou Kiran avait été transféré plus tôt.

Arrivés à l'entrée de la clinique, ils furent accueillis par une réceptionniste Hedorienne, absorbée dans la gestion d'autres demandes. Seyra s’approcha du comptoir, son visage trahissant l’inquiétude, et demanda des nouvelles de Kiran.

— Bonjour.

— Bonjour, Messieur, Dame que puis-je faire pour vous ? Répondit d'un ton acceuillant la réceptionniste

— Nous venons voir un ami, il s'appel Kiran et il a été transféré plus tôt aujourd'hui. Expliqua la jeune humaine

— Bien laissez moi juste une seconde.

La réceptionniste consulta rapidement un écran holographique flottant devant elle, ses doigts effleurant le clavier virtuel avec une précision fluide.

— Patient Kiran Stey c'est bien cela ?

— Euh.. Ne sachant quoi répondre, Seyra se tourna vers Adam cherchant confirmation.

— Oui c'est bien ça, rétorqua le Terrien, s'approchant d'un pas vers l'office d'acceuil.

— Bien, donc, admis sous l’identifiant Neurorien X-452. Un instant, je vérifie son état actuel.

Quelques instants plus tard, elle releva la tête, son expression se détendant en un sourire rassurant.

— Votre ami a été pris en charge et est en train de se rétablir. Les premiers examens indiquent qu'il est en meilleure forme que prévu. Vous pouvez le voir dans la salle 71B.

— Merci beaucoup, répondit Seyra, laissant échapper un soupir de soulagement.

— Veuillez emprunter le téléporteur numéro 1. Il vous conduira directement au hall B. Ajouta la réceptionniste avec un sourire professionnel.

Adam et Seyra se dirigèrent vers le téléporteur indiqué. La cabine s’illumina d'une lueur douce et apaisante avant de les transporter instantanément vers leur destination. À leur arrivée dans le hall B, ils suivirent les indications vers la salle 71B, leur pas devenant plus pressé à mesure qu'ils approchaient de Kiran.

À l’intérieur de la petite chambre, Kiran était allongé dans un lit antigravité, les yeux fixés sur l’holotélévision qui dominait la pièce. Une course de monovaisseaux, véritable festival de vitesse et de maîtrise, capturait toute son attention. Ce sport, vénéré dans tout le Consortium, mettait en scène des pilotes d'élite lancés dans une compétition féroce à travers un circuit spatial à couper le souffle.

Les monovaisseaux, de véritables bijoux de technologie, glissaient dans l’espace avec une élégance sans comparaison, fendant le vide à des vitesses vertigineuses. Le circuit lui-même était un chef-d'œuvre de complexité, serpentant à travers un champ artificiel d’astéroïdes , où chaque obstacle exigeait une précision chirurgicale et une habileté hors du commun pour éviter la catastrophe. Les participants zigzaguaient avec une agilité déconcertante, utilisant les frondes gravitationnelles pour propulser leurs vaisseaux à des vitesses inimaginables, exploitant les forces de gravité pour réaliser des accélérations fulgurantes.

Le parcours était truffé de défis spectaculaires : des lignes droites d’une pureté presque surréaliste étaient brusquement entrecoupées de virages serrés et de boucles vertigineuses, où les pilotes devaient déployer tout leur savoir-faire. À chaque instant, ils manipulaient des dispositifs de contrôle ultra-sophistiqués pour naviguer dans des zones où les champs électromagnétiques rendaient les manœuvres extrêmement délicates, nécessitant des ajustements millimétriques pour maintenir la trajectoire parfaite.

Les commentateurs, exaltés, ajoutaient une couche supplémentaire d'intensité au spectacle, leurs voix pleines d’énergie détaillant avec passion les manœuvres audacieuses et les stratégies calculées à la seconde près pour dépasser les concurrents. À chaque virage serré, les monovaisseaux se frôlaient presque, leurs carlingues effleurant les limites du possible, tandis que des éclairs de lasers réducteurs fusaient à travers l’espace, ajoutant un élément de danger palpable à la compétition. Les explosions de couleurs et les effets lumineux qui accompagnaient les moteurs surchauffés ou les interventions technologiques des vaisseaux faisaient de chaque instant un spectacle visuel spectaculaire.

La course atteignait son paroxysme, l’intensité grimpant alors que les pilotes repoussaient les limites de leurs machines et de leur propre endurance. Chaque fraction de seconde gagnée était cruciale dans cet environnement impitoyable où la moindre erreur pouvait être fatale. C’était un ballet de vitesse, de précision et de bravoure, un spectacle sans égal dans le Consortium, où chaque instant tenait Kiran en haleine, le faisant oublier, ne serait-ce qu'un moment, sa propre situation.

Adam et Seyra s'approchèrent doucement du lit de Kiran, qui tourna la tête vers eux. Un sourire fatigué, mais sincère, se dessina sur son visage.

— Vous voilà enfin ! Où est-ce que vous étiez tout ce temps ? lança Kiran en les accueillant d’un sourire rayonnant, malgré la fatigue encore visible sur son visage.

— Désolé… longue histoire, répondit Adam en s’approchant de son ami. On t’expliquera tout ça plus tard. Mais d’abord, comment tu te sens ?

— Écoute, plutôt bien ! Ils m’ont opéré de la jambe. Apparemment, elle était dans un sale état… à deux doigts de me greffer une prothèse cybernétique, ha ha ! Mais ça va maintenant, la douleur a disparu. Ils m’ont dit que je pourrais sortir demain !

— Et ça te fait rire ?! s’exclama Seyra, à la fois soulagée et un brin choquée par son ton désinvolte. Tu as failli y laisser une jambe quand même !

— Bah ! Mieux vaut en rire qu’en pleurer, non ? Et puis, j’y ai échappé, donc au final, tout va bien, répondit Kiran en haussant les épaules, fidèle à lui-même, l’enthousiasme toujours intact.

— Je te reconnais bien là… dit Adam, un sourire sincère aux lèvres. Ça se voit que tu es sur pied. Enfin une bonne nouvelle !

— Ouais ! Je suis de retour ! lança Kiran en levant le poing vers le plafond, l’énergie retrouvée pétillant dans ses yeux. Mais au fait, toi, Adam… vous avez eu des nouvelles sur… ce qu’il t’arrive ? ajouta-t-il, son ton redevenant un peu plus sérieux en croisant le regard d’Adam, puis celui de Seyra.

— Pas encore, non, répondit cette dernière à sa place. On a eu un petit contretemps… Rien de grave, mais tu étais notre priorité.

Elle adressa un regard complice à Adam, empreint de douceur et de gravité. Un silence léger flotta un instant, comme pour marquer le soulagement de les voir enfin réunis.

— Je vois… Mais il n’y a vraiment rien d’étrange ? Adam, tu n’as pas eu d’autres… symptômes ? demanda Kiran, plus sérieux.

— Non, rien de nouveau, répondit Adam en baissant les yeux, évitant leur regard.

— À vrai dire… commença doucement Seyra, hésitante, mais Adam coupa court.

— Alors, cette course ? Qui mène ? lança-t-il, changeant brusquement de sujet.

Kiran, ravi d’échapper à la tension ambiante, retrouva immédiatement son entrain.

— Tu ne vas pas le croire : c’est un Mazarien qui est en tête ! Complètement dingue, non ? Personne n’avait misé sur lui !

Adam haussa les sourcils, surpris. Et s'asseya au bord du lit de Kiran.

— Un Mazarien ? Depuis quand ils sont connus pour le pilotage ? Et Akorn, il en est où ?

— Troisième ! Juste derrière un Vortach. Rien d’étonnant pour eux, ils sont quasiment nés dans un cockpit… Mais un Mazarien en tête, c’est du jamais-vu ! ajouta Kiran, les yeux brillants.

Seyra secoua doucement la tête, un sourire en coin.

— Ce sport… Dès que ça passe à l’écran, vous devenez complètement hypnotisés.

— Tu dis ça parce que t’y comprends rien ! répliqua Kiran en riant. Franchement, tu rates quelque chose, je te jure.

Adam et Seyra échangèrent de nouveau un regard complice. Le rire franc de Kiran, son enthousiasme débordant… c’était comme un souffle d’air dans l’oppression constante des dernières heures. Pendant quelques instants, le trio retrouva cette normalité éphémère, comme suspendue hors du temps.

Mais le répit ne dura qu’un moment.

La visite terminée, Adam et Seyra quittèrent la chambre. Le calme artificiel des jardins médicaux ne parvenait pas à dissiper l’inquiétude croissante qui grandissait dans l’esprit d’Adam. Ensemble, ils prirent la direction du Centre de Recherche en Exomaladies.

Il était temps de trouver des réponses.

Ces étranges manifestations qui le traversaient… Elles n’avaient rien à voir avec le soi-disant syndrome d’irradiation évoqué par Koros. Aucun des symptômes décrits par le défunt droïde ne s’était manifesté. Pas un.

Alors… qu’est-ce qui, au juste, était en train de changer en lui ?





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