Le Centre de Recherche en Exomaladies

📖 ASCENDIUM Cycle I Hedora ville de merveilles ! ✍️ DreamSky 📝 2215 mots

Le Centre de Recherche en Exomaladies, le CRE, se dévoilait enfin à leurs yeux, rompant avec la verticalité vertigineuse des tours de l’Ultrapole. Là où le reste de la capitale semblait vouloir fendre les cieux à coups de flèches d'acier et de verre, le CRE s’étalait au sol dans une humilité majestueuse, un dôme monumental, d’un blanc immaculé, comme sculpté dans une pierre lunaire.

Sa surface douce et continue reflétait doucement la lumière de l’astre diurne, non pas en l'éblouissant, mais en l'apprivoisant. Partiellement envahi par une végétation luxuriante, des lianes aux feuilles spiralées, d’un vert profond, venaient s’accrocher à ses flancs comme si la nature elle-même tentait d’étreindre la science.

D’autres plantes plus étranges, typiques d’Hedora, s’épanouissaient en grappes désordonnées : des tiges translucides portant des sphères jaunâtres comme des lanternes suspendues. À l’intérieur de ces globes semi-organique, un fluide visqueux pulsait lentement, formant des spirales hypnotiques, comme si l’édifice respirait.

De loin, le CRE évoquait un continent végétal dérivant sur un océan de pierre blanche, une demi-sphère silencieuse mêlant technologie de pointe et symbiose écologique. Il n'était pas simplement un centre de recherche, mais un sanctuaire dédié à la vie elle-même, là où les maladies venues d’ailleurs trouvaient leurs réponses ou leurs remèdes.

À la pointe de la technologie, le Centre de Recherche en Exomaladies,  le CRE, était doté des dernières avancées médicales du Consortium, abritant les spécialistes les plus renommés du Bras d’Orion. Initialement conçu comme une structure médico-militaire lors des grandes campagnes de conquête vers l’attache galactique, le centre avait vu sa fonction réorientée au fil du temps : désormais ouvert à tout citoyen capable de rejoindre Hedora, il était devenu un établissement de référence, à la fois sanctuaire médical et symbole de prestige scientifique.

Dès qu’Adam franchit le seuil du gigantesque dôme, il fut immédiatement pris en charge par une équipe d’experts, spécialisée en génétique et physiologie humaine, une rareté dans une telle structure multicivilisationnelle.

— Veuillez m'expliquer vos symptômes, ce qui vous est arrivé, demanda d'un ton clinique le médecin chargé du diagnostic.

Adam hésita un instant, prêt à répondre, mais Seyra intervint avec maîtrise, respectant leur version officielle.

— Docteur, nous étions en mission de minage sur Grisael lorsqu’Adam a heurté accidentellement une structure métallique inconnue. Cela a déclenché une décharge électromagnétique violente. Il s’est effondré, convulsif, avec un pouls à peine perceptible. Il est resté inconscient plusieurs heures.

— Vous confirmez cela, Monsieur Tenerys ?

— Oui… murmura Adam en hochant la tête, le regard brièvement plongé dans celui de Seyra. Il comprit qu’elle avait tenu parole : elle n’avait rien révélé des évènements d'Oberon V.

Sans plus attendre, l’équipe médicale s’activa. On installa Adam sur une table d’analyse à sustentation magnétique. Des bras articulés, bardés de capteurs, descendirent du plafond pour scanner chaque millimètre de son corps. Un scanner holographique projeta en temps réel une reconstitution anatomique en trois dimensions. Des capteurs bioluminescents traquaient les signaux métaboliques, pendant que d’autres dispositifs analysaient les structures neuronales à une précision nanométrique.

Seyra, en retrait, observait la scène avec une inquiétude dissimulée. Elle savait que ce diagnostic ne servait pas seulement à rassurer Adam : il conditionnait la suite de leur mission, leur couverture, et la mission d'Avalora.

Adam, bien qu’inquiet, restait stoïque. Il savait que résoudre ce mystère était devenu vital, autant pour sa propre survie que pour la recherche de l'Ascendium. Tout en coopérant avec les praticiens, il s’efforçait de ne rien laisser transparaître de ce qu’il ressentait réellement : les pulsations étranges dans ses veines, les rêves étranges, les capacités accrues…

La salle, baignée d’une lumière froide et bleutée, tranchait brutalement avec la beauté végétale et paisible du dôme extérieur. Ici, tout n’était que précision, efficacité et technologie de pointe : IRM quantique, spectrographie tissulaire, analyse vectorielle d’ADN adaptatif, rien ne semblait échapper aux instruments du CRE.

Et pourtant… aucune anomalie ne fut détectée.

L’un des médecins, un Hedorien à la silhouette élancée et au teint irisé, se tourna finalement vers Adam après avoir passé en revue les derniers résultats affichés sur un écran flottant.

— Tous vos paramètres sont excellents, déclara-t-il d’une voix calme et assurée. Nous n’avons détecté aucune anomalie biologique ni altération génétique. Aucun corps étranger, aucune trace d’infection ou de perturbation nanocellulaire. En réalité… votre organisme est dans un état exceptionnel. Vos constantes sont bien au-dessus de la moyenne humaine.

Adam hocha la tête sans répondre. Ce diagnostic, pourtant rassurant en apparence, ne faisait qu’amplifier le malaise qui l’habitait. Il savait. Quelque chose avait changé en lui. Quelque chose d’inexplicable, de profondément anormal. Des capacités nouvelles. Des sensations étrangères. Une force en sommeil. Mais même ici, dans l’un des centres médicaux les plus avancés du Bras d’Orion, personne ne semblait en mesure de le détecter.

Tandis que le médecin poursuivait ses explications, Adam échangea un regard lourd de sens avec Seyra. Ce regard disait tout. Même ici, ils n’avaient pas de réponses.

— Alors… qu’est-ce qui t’arrive, Adam… ? souffla Seyra sans s’en rendre compte, laissant filer ses pensées à voix basse.

Le médecin poursuivit, insensible à la tension.

— Cependant, sachez que certaines expositions à des technologies anciennes ou exotiques peuvent engendrer des effets différés dans le temps. Ce que nous ne pouvons voir aujourd’hui peut se révéler dans quelques jours, voire semaines. Dans ce cas, je vous recommande la prise de ces inhibiteurs technologiques pendant sept jours. Ils stabiliseront toute interaction moléculaire anormale.

Il tendit à Adam une petite boîte transparente, contenant des capsules rondes.

— Merci, docteur, répondit Adam d’un ton neutre, acceptant la prescription avec un léger hochement de tête.

Ils quittèrent le dôme en silence. L’air extérieur paraissait soudain plus lourd. Les pensées d’Adam tourbillonnaient, alourdies par l’absence de réponses. Il avait espéré… au fond de lui, que ce centre, ces spécialistes, ces machines… pourraient enfin lui dire ce qu’il était devenu.

Mais rien. Et cela ne faisait que confirmer ce qu’il redoutait : la technologie qui l’avait affecté dépassait même celle du Consortium.

“L’Ascendium…” pensa-t-il. “C’est la seule piste qui me reste. La seule chose capable de m’expliquer ce que je suis devenu.”

— Adam, ça va ? demanda Seyra doucement, voyant son visage fermé et son regard perdu dans le vide.

Il sursauta légèrement.

— Oui, oui… t’en fais pas, répondit-il avec un sourire forcé. Je vais bien. Aucun symptôme. Et les médecins l’ont confirmé, non ?

— Hmm… rétorqua Seyra, dubitative. Mais on devrait quand même consulter un spécialiste en exotechnologie, comme il l’a dit.

— Inutile, répondit-il immédiatement.

— Adam… ! répliqua-t-elle, plus sèchement cette fois.

— Laisse-moi finir, Seyra, dit-il, le ton plus grave. C’est inutile… parce que le seul expert capable de comprendre cette technologie est… mort.

Un silence s’installa. Le vent remuait doucement les plantes grimpantes du dôme derrière eux.

— Eamon… murmura-t-il. Il était le seul à avoir étudié les Esthérian’s suffisamment profondément. Le seul à avoir effleuré leur science…

Il marqua une pause. Puis, plus bas :

— Le dernier expert vivant, celui qui pourrait comprendre ce qui m’est arrivé, c’est…

Seyra se redressa, une lueur d’espoir dans le regard.

— Alors on ira le voir, Adam ! Même s’il est à l’autre bout du Bras d’Orion, on ira ! Dis-moi qui c’est !

Adam la regarda, et son expression se fit plus grave encore. Plus lourde.

— C’est moi.

Un bref instant un silence s'installa.

— Seyra, retournons voir Kiran.

— Tu as raison, demain une lourde journée nous attend, on doit faire un point avec lui et s'assurer qu'il soit opérationnel pour la suite des évènements. Acquiesça t-elle tout en secouant sa tête comme pour oublier ce moment.

De retour dans la chambre du Neurorien ce dernier était toujours la allongé dans son lit, regardant la course de vaisseau.

— Et bien c'est toujours pas fini ? Lança Seyra en entrant dans la chambre.

— Haha non ! Vraiment tu fais exprès non ? Rigola Kiran. Alors Adam ? Ils ont trouvé quelques chose ?

— Non rien, tout est en ordre, les médecins m'ont prescrit des inhibiteurs en prévention mais sinon rien du tout, tout est en ordre et je suis en pleine santé !

— O.K.. lança instinctivement Kiran d'un ton dubitatif roulant des yeux, avant de retrouver son enthousiasme naturel.

— En tout cas si tu es en pleine santé c'est parfait ! Même si.. Bizarre.. Enfin bref ! On est deux comme ça ! Les médecins m'ont confirmé que je suis 100% guéri et que demain matin à l'aube je pourrait sortir ! Concluait-il de son sourire carnassier en faisant signe du pouce en direction de son meilleur ami.

— Parfait. Ajouta Seyra tout en se dirigeant vers la porte.

Elle ferma cette dernière et y ouvrit le panneau de contrôle, elle débrancha un cristal condamnant ainsi l'accès.

-Heu.. Mais qu'est ce que tu fous? Demanda surpris le Neurorien.

— Je nous octroie 5 minutes sans pouvoir être surpris ! Demain une longue journée nous attend ! Notre mission débutera dans les bas fond de ZETA HEAVEN ! Donc reposez vous bien ! ZETA HEAVEN est un endroit dangereux, très dangereux ! Donc une fois là-bas pas de remue ménage c'est compris ?

— Compris oui ! Répondit en coeur Kiran et Adam.

— ZETA HEAVEN est un repère de truands et d'assassins alors je compte sur vous !

Le temps de la visite touchait à sa fin. Adam et Seyra reprirent leur marche dans les artères lumineuses d’Hedora, tandis que le jour se retirait lentement. Le ciel se teinta d’or rose, puis de cuivre, les ombres s’allongeant comme si la cité étirait encore son souffle avant la nuit. Mais la ville, elle, ne faiblissait pas : un halo doré, doux et diffus, semblait la maintenir en éveil, baignant l’air d’une mélancolie presque sacrée.

— La nuit approche, dit Seyra en observant les lumières s’allumer une à une. Trouvons un endroit où passer la nuit. On aura besoin de toutes nos forces demain.

— Pour une fois je ne dirai pas non, répondit Adam. J’ai presque oublié ce que ça fait de dormir dans un vrai lit. Et vu ce qui nous attend, mieux vaut être en forme…

Hedora continuait de vibrer, comme insensible au cycle du temps. L’ultracité portait bien son nom : cafés débordant d’activité, vitrines scintillantes, silhouettes élégantes allant et venant sous les arches lumineuses. Chaque avenue révélait un spectacle nouveau, comme si la ville cherchait sans cesse à surpasser sa propre splendeur.

Puis ils débouchèrent sur une artère monumentale : l’Avenue de l’Unification.

Adam s’arrêta net.

Devant eux, quatre torrents d’eau jaillissaient du sol, droits, parfaits, comme des colonnes liquides défiant la gravité. Les jets montaient si haut qu’ils semblaient vouloir rejoindre les étoiles naissantes. La brise emportait leur poussière cristalline, qui retombait en pluie fine sur les jardins luxuriants entourant l’avenue. Les feuillages frémissaient sous cette rosée, scintillant comme s’ils avaient été saupoudrés d’or.

Mais ce n’était qu’une ouverture. Un préambule.

Car derrière… le monde se déchirait.

La ville se brisait soudain en un gouffre circulaire et de ce bord, comme arrachée au ciel, une cascade géante se jetait dans le vide.

Pas une cascade. Un fleuve qui avait décidé de tomber à la verticale.

Elle dominait l’horizon intérieur, glissant depuis les bords de la plate-forme centrale où se dressait la Flèche du gouvernement. Une chute d’eau colossale, un fleuve céleste se déversant dans le vide, happé par l’obscurité du cratère. Une lumière dorée, pure, éternelle, semblait naître du cœur de la chute, comme si l’eau elle-même irradiait une vie sacrée.

Adam sentit son souffle se couper. Il s’approcha, posa ses mains sur la rambarde métallique, et se pencha au-dessus du gouffre.

— Wouah… C’est… c’est incroyable…

Le tonnerre liquide semblait sans origine ni destination. Un fleuve suspendu entre deux mondes. La chute disparaissait dans un fond noir, insondable, avalée par un mystère que la lumière dorée ne dissipait jamais.

— Sans fin… murmura Adam, hypnotisé.

Seyra vint à ses côtés, le regard plus calme, presque blasé.

— Sans fin… en apparence, corrigea-t-elle. Ce n’est qu’une illusion. La cascade descend jusqu’au niveau inférieur. Là-bas, elle devient une pluie éternelle qui nourrit une forêt humide. L'effet lumineux vient du soleil artificiel du niveau de Résidentia.

Adam resta un instant muet, l’esprit perdu entre l’émerveillement et l’incrédulité.

— Je n’ai jamais rien vu de tel…

— Tu es devant la Cascade de l’Infini, dit Seyra en croisant les bras. L’une des merveilles d’Hedora.

— Kiran devrait voir ça… C’est… irréel.

— Hm. Un vrai touriste, soupira-t-elle en levant les yeux au ciel. On n’est pas là pour faire du tourisme, tu te souviens ?

— Je sais, je sais… C’est juste que… sur Terre, tu sais bien comment c'est. Et l’Institut Mazari… n’en parlons pas, hein.

Elle adoucit son ton, juste un instant.

— Je comprends. Mais on n’a pas le luxe de profiter. Allez. On trouve une chambre, on se repose, et demain… Zeta Heaven.

Alors que Seyra repris son chemin, Adam cru voir quelque chose, un contour, une silhouette dans la lumière mouvante. Une forme qu’il connaissait, trop bien.

Eamon.

Il cligna des yeux. La vision s’effaça, engloutie par la brume.

La cascade continuait de tomber. Immobile. Infinie. Comme si elle déversait le temps lui-même.

Puis à regret il quitta la rambarde et repris sa route.


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