Saison 4 - Épisode 5 - LESSON NUMBER II - THE CURRENT

📖 CAPARICA SINS ✍️ Splinter 📝 535 mots

La nuit était tombée sur Lisbonne.

Une vraie nuit d'été.

Chaude.

Lourde.

Électrique.

Les lumières du pont du 25 Avril découpaient le ciel comme une colonne vertébrale de néons.

La Supra était arrêtée sur un parking dominant le Christ Rei.

En dessous.

Toute la baie brillait.

Caparica.

Lisbonne.

Le Tage.

L'Atlantique.

Le monde semblait paisible.

Ce qui était généralement mauvais signe.

— On attend quoi ?

demanda Nicky.

Emmanuel regardait simplement la ville.

— Le courant.

— Le courant de quoi ?

— Exactement.


Nicky soupira.

— Je déteste quand tu fais le vieux sage.

— C'est parce que ça marche.


Quelques kilomètres plus loin.

Alex était avec Luna au beach bar.

— Tu sais ce qu'ils font ?

— Une leçon.

— Ça dure combien de temps ?

— Avec Emmanuel ?

— Oui.

— Entre dix minutes et une crise existentielle.


Alex hocha la tête.

— C'est cohérent.


Retour au Christ Rei.

Emmanuel tendit les clés de la Supra à Nicky.

— Conduis.

— Enfin.

Le moteur rugit.

La voiture s'élança.

Direction Lisbonne.

Direction la nuit.

Direction la leçon.


Pendant vingt minutes.

Emmanuel ne dit rien.

Absolument rien.

Nicky roulait parfaitement.

Rapide.

Précise.

Agressive.

Comme toujours.

Puis Emmanuel soupira.

— Tu as perdu.

— Quoi ?

— La leçon.

— Ça fait vingt minutes qu'on roule !

— Exactement.

— J'ai fait quoi ?

— Tu regardes la route.

— C'est généralement conseillé.


— Mauvaise réponse.

Silence.

— Alors quoi ?

— Regarde les gens.


Ils traversaient maintenant le centre de Lisbonne.

Terrasses.

Taxis.

Touristes.

Livreurs.

Scooters.

Vie.

Emmanuel pointa un homme.

— Lui.

— Quoi lui ?

— Il va traverser.

— Impossible.

— Pourquoi ?

— Le feu est rouge.

— Observe.

Trois secondes plus tard.

L'homme traversa.

Sans regarder.

— Merde.

— Il regardait son téléphone.

Silence.

— Leçon numéro deux.

Nicky ralentit légèrement.

— Je t'écoute.

— Arrête de combattre le courant.

— Le courant ?

— Les gens.

La ville.

Le monde.

Il désigna l'avenue devant eux.

— Regarde.

Elle regarda.

Puis comprit.

Tous les véhicules suivaient un rythme.

Une respiration.

Un mouvement collectif.

Comme un banc de poissons.

Comme une vague.

Comme l'océan.

— Si tu luttes contre le courant...

continua Emmanuel,

tu dépenses ton énergie.

— Et si je le suis ?

— Tu vas plus vite que tout le monde.


La leçon continua pendant des heures.

Pas de fusillade.

Pas d'explosion.

Pas de méchant.

Juste la ville.

Et un maître.

Puis Emmanuel demanda :

— Tu sais pourquoi les gens perdent ?

— Parce qu'ils sont moins forts ?

— Non.

— Parce qu'ils sont moins intelligents ?

— Non.

— Parce qu'ils sont cons ?

— Souvent.


— Alors pourquoi ?

Emmanuel regarda les lumières de Lisbonne défiler.

Puis répondit.

— Parce qu'ils veulent imposer leur volonté au monde.

Silence.

— Et toi ?

— Moi j'écoute le monde.


Vers minuit.

Ils arrivèrent sur les falaises dominant l'océan.

Le même endroit où Luna venait parfois seule.

Le vent soufflait fort.

Les vagues explosaient contre les rochers.

Nicky sortit de la voiture.

Et regarda l'immensité noire.

— Donc Atlas...

— Oui ?

— Comment on le bat ?

Emmanuel resta silencieux quelques secondes.

Puis sourit.

Le genre de sourire qui annonçait une réponse compliquée.

— On ne le battra pas avec plus de violence.

— Alors comment ?

— En comprenant son courant.

Silence.

— Et ensuite ?

— Ensuite...

Il regarda l'horizon.

Très loin.

Comme s'il regardait déjà quelque chose au-delà de Caparica.

— On le détourne.

Le vent souffla.

Les vagues rugirent.

Et Nicky comprit enfin.

La première leçon parlait de vérité.

La deuxième parlait d'adaptation.

De mouvement.

De fluidité.

Comme l'eau.

Comme le surf.

Comme la conduite.

Comme la vie.


Au même moment.

Sur la plage.

Luna faisait tourner lentement son rosaire.

Une perle.

Puis une autre.

Puis une troisième.

Le chemin du mouvement.

Le chemin du changement.

Le chemin des départs.

Et pour la première fois depuis longtemps...

quelque chose la troubla.

Une sensation.

Comme une vague venue de très loin.

Très très loin.

Quelque chose approchait.

Pas Atlas.

Pas Viktor.

Autre chose.

Puis le sentiment disparut.

Comme toujours.

Et Luna regarda les lumières de Lisbonne.

Là où roulait Emmanuel.

Sans savoir pourquoi...

elle eut envie de profiter de chaque instant.

Comme si le temps devenait soudain précieux.

💬 Commentaires 2

Connectez-vous pour commenter ce chapitre.
Lana • 2 semaines
J'aime l'apprentissage de Luna. Manu, le maître du melon et des phrases de 2 mots. J'a-dore encore et toujours.
👍 1
Splinter Auteur • 2 semaines
Et encore je fais soft 😂
👍 0