Saison 4 - Épisode 6 - THE RING
Le ciel était gris sur Lisbonne.
Pas menaçant.
Pas triste.
Juste gris.
Le genre de ciel qu'on trouve dans les aéroports.
Les avions décollaient.
Les avions atterrissaient.
Les gens se quittaient.
Les gens se retrouvaient.
Comme tous les jours.
Mais pour Emmanuel...
ce jour-là n'avait rien d'ordinaire.
Klaudija repartait.
Les affaires d'Atlas.
Les enfants.
Les dossiers.
Les souvenirs.
Tout cela pouvait attendre.
Pas ce moment.
Ils étaient seuls.
Pas Luna.
Pas Alex.
Pas Nicky.
Pas Joe.
Juste eux.
Comme autrefois.
Comme avant Caparica.
Avant les plages.
Avant les vagues.
Avant le clan.
Le vent soufflait sur le parking de l'aéroport.
Klaudija regardait les avions.
Emmanuel regardait Klaudija.
Puis elle sourit.
Ce petit sourire étrange.
Celui qu'elle avait lorsqu'elle était sur le point de dire quelque chose d'important.
— Tu sais...
— Mauvais début.
— Pourquoi ?
— Parce que toutes les phrases dangereuses commencent comme ça.
Elle éclata de rire.
Le vrai rire.
Celui qu'il connaissait depuis des années.
Puis elle ouvrit lentement la paume de sa main.
Quelque chose brillait.
Une bague.
Ancienne.
Très ancienne.
Argent.
Usée par le temps.
Un symbole gravé à l'intérieur.
Pas à l'extérieur.
À l'intérieur.
Comme un secret.
Emmanuel la regarda.
Puis leva les yeux.
— Klaudija...
Elle secoua doucement la tête.
— Laisse-moi finir.
Le ton avait changé.
Ce n'était plus une conversation.
C'était une transmission.
— Cette bague appartient à ma famille depuis très longtemps.
Silence.
— Plus longtemps que mon grand-père.
Plus longtemps que mon arrière-grand-père.
Le vent fit danser ses cheveux.
— Chez nous...
on ne donne pas ce genre de chose.
Emmanuel ne répondit pas.
Parce qu'il comprenait déjà.
Trop bien.
— Elle devait revenir à mes enfants.
Pause.
— Elle reviendra à mes enfants.
Puis elle prit sa main.
Et y déposa la bague.
Simplement.
Sans cérémonie.
Sans théâtre.
Comme quelque chose d'évident.
Puis elle ajouta :
— Je veux juste que tu te rappelles.
Silence.
— De quoi ?
Elle sourit.
Un sourire triste.
Mais beau.
— Que toi.
Pause.
— Moi.
Pause.
— Les enfants.
Pause.
— Peu importe où la vie nous envoie...
Le vent souffla plus fort.
Un avion passa au-dessus d'eux.
Et pendant une seconde...
tout sembla s'arrêter.
Puis elle termina :
— Quelque part...
c'est pour la vie.
Le silence qui suivit dura longtemps.
Très longtemps.
Parce qu'il n'y avait rien à ajouter.
Rien à corriger.
Rien à négocier.
Juste la vérité.
Une vérité plus ancienne que l'amour.
Plus ancienne que la distance.
Plus ancienne que les erreurs.
La vérité de ceux qui ont partagé une partie de leur existence.
Et que rien n'efface complètement.
Quand l'annonce de l'embarquement retentit...
Klaudija prit sa valise.
Puis s'arrêta.
Une dernière fois.
— Essaie de ne pas mourir.
— Je fais de mon mieux.
— Tu es nul à ça.
— Je sais.
Elle secoua la tête.
Puis s'éloigna.
Sans se retourner.
Comme les gens qui savent que s'ils regardent une dernière fois...
ils risquent de rester.
Le soir.
Emmanuel était seul sur la plage.
Le soleil disparaissait derrière l'Atlantique.
La bague reposait dans sa main.
Le métal était froid.
Ancien.
Lourd de souvenirs.
Puis Luna arriva.
Sans bruit.
Comme toujours.
Elle s'assit à côté de lui.
Regarda l'océan.
Puis la bague.
Puis lui.
— Elle est partie ?
— Oui.
Silence.
Le rosaire glissa entre ses doigts.
Une perle.
Puis une autre.
Mémoire.
Toujours.
Mémoire.
Luna regarda l'horizon.
Puis murmura doucement :
— Certaines personnes partent.
Le vent soufflait.
Les vagues roulaient.
Puis elle termina :
— Mais elles continuent quand même de vivre avec nous.
Et pour une fois...
Emmanuel ne répondit rien.
Parce qu'il savait qu'elle avait raison.
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