Saison 5 - Épisode 3 - THE WOLF AND THE WAVE
La pluie avait disparu.
Caparica respirait à nouveau.
L'océan était propre.
Parfait.
Le genre de matin où les surfeurs annulent leurs rendez-vous.
Les divorces.
Les guerres.
Tout.
Parce qu'une vague parfaite reste une vague parfaite.
Luna était déjà à l'eau.
Évidemment.
Elle semblait toujours arriver avant tout le monde.
Comme si l'océan lui envoyait un SMS.
Pendant ce temps...
Emmanuel réparait quelque chose sur la Supra.
Enfin.
Il prétendait réparer quelque chose.
Parce qu'en réalité...
la Supra allait très bien.
Mais les hommes ont parfois besoin de faire semblant d'être occupés pour réfléchir.
Alex arriva avec deux cafés.
— J'ai une théorie.
— Mauvais début.
répondit Emmanuel.
— Non écoute.
— Je regrette déjà.
Alex s'assit sur le capot.
— Je pense que Luna est une sorcière.
— Tu découvres ça maintenant ?
— Non.
Je pense qu'elle est une vraie sorcière.
— Alex...
— Genre avec des pouvoirs.
Silence.
— Tu as vu ce qu'elle fait avec le rosaire ?
— Oui.
— Tu trouves ça normal ?
— Non.
— Merci.
À quelques mètres.
Nicky s'entraînait.
Pas à conduire.
À observer.
Pour la première fois.
Elle essayait réellement.
Leçon numéro 3.
L'ombre.
Elle observait les gens.
Les groupes.
Les habitudes.
Les trajectoires.
Et quelque chose commençait à changer.
Elle ne voyait plus seulement les mouvements.
Elle voyait les intentions.
Comme Emmanuel.
Enfin...
un tout petit peu.
Puis Luna revint de l'eau.
Le rosaire autour du poignet.
Toujours.
Et immédiatement elle regarda Emmanuel.
Pas Alex.
Pas Nicky.
Emmanuel.
— Viens.
— Ça commence mal.
— Viens.
— Pourquoi ?
— Parce que je suis la sorcière.
— Argument valable.
Une heure plus tard.
Les voilà dans une forêt.
Encore.
Emmanuel commençait sérieusement à suspecter Luna d'avoir signé un partenariat avec tous les arbres du Portugal.
Cette fois.
Pas Sintra.
Un endroit plus ancien.
Plus sauvage.
Plus étrange.
Une vallée cachée.
Où l'on entendait seulement :
Le vent.
L'eau.
Les oiseaux.
La vie.
Et rien d'autre.
Luna s'assit sur un vieux rocher.
Puis posa le rosaire sur ses genoux.
— Aujourd'hui...
— Encore un cours ?
— Oui.
— J'aurais dû devenir comptable.
Elle sourit.
Puis prit le cristal noir.
— Tu sais pourquoi le rosaire fonctionne avec toi ?
— Non.
— Parce que tu es déjà connecté.
— À quoi ?
— À tout.
Silence.
— Ça ne veut rien dire.
— Exactement.
Puis elle devint sérieuse.
— Toute ta vie tu as écouté.
— Non.
— Si.
— J'ai combattu.
— Tu as survécu.
Pause.
— Ce n'est pas pareil.
Le silence tomba.
Puis elle plaça le cristal dans sa main.
— Ferme les yeux.
— Ça finit toujours mal.
— Fais-le.
Il obéit.
Pour une fois.
Puis quelque chose arriva.
Pas une vision.
Pas de magie.
Quelque chose de plus étrange.
Il sentit.
Le vent.
Pas sur sa peau.
À travers lui.
L'eau.
Les arbres.
Les insectes.
Les oiseaux.
Même Luna.
Comme si tout appartenait au même organisme.
Comme si le monde entier respirait ensemble.
Puis une image traversa son esprit.
Une fraction de seconde.
Un loup.
Noir.
Seul.
Marchant dans la neige.
Puis plus rien.
Emmanuel ouvrit brutalement les yeux.
— Bordel.
Luna sourit.
— Tu l'as vu.
— Vu quoi ?
— Ton symbole.
— C'était un loup.
— Je sais.
Silence.
— Ça veut dire quoi ?
— Je ne sais pas encore.
Cette réponse n'était pas rassurante.
Pas du tout.
Au même moment.
Très loin.
Dans un bureau donnant sur le port de Lisbonne.
Viktor regardait une photo.
Pas celle d'Emmanuel.
Une autre.
Une photo ancienne.
Très ancienne.
On y voyait trois hommes.
Un Russe.
Un Japonais.
Et un Lituanien.
Tous souriaient.
Comme des amis.
Comme des fondateurs.
Comme des gens qui venaient de créer quelque chose.
Quelque chose qui n'aurait jamais dû exister.
Puis Viktor murmura :
— Trouvez-moi le loup.
Le soir.
Le clan était réuni au beach bar.
Comme toujours.
Comme une famille.
Comme un refuge.
Et pendant que tout le monde riait...
Emmanuel regardait l'océan.
Pensif.
Nicky le remarqua.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
Long silence.
Puis il répondit :
— Je crois que pour la première fois...
— Oui ?
— Je commence à comprendre que je ne cherche pas seulement mon passé.
Le vent souffla.
Luna leva discrètement les yeux.
Le rosaire bougea.
Une seule perle.
Puis Emmanuel termina :
— Je crois que mon passé me cherche aussi.
Silence.
Même Alex arrêta de parler.
Ce qui était probablement le signe le plus inquiétant de la soirée.
💬 Commentaires 1
On avance lentement.
Trop lentement.