Saison 1 - Épisode 11 - The Players

📖 CAPARICA SINS ✍️ Splinter 📝 857 mots

L'océan était calme. Trop calme. Cette espèce de calme étrange qui s'installe parfois après une tempête. Celui qui donne l'impression que le monde s'est enfin apaisé alors qu'en réalité il prépare simplement autre chose. Cela faisait presque une semaine que le terminal avait explosé. Une semaine sans fusillade. Une semaine sans course-poursuite. Une semaine sans container rouge. Pour Alex, c'était insupportable. — Je m'ennuie. Emmanuel leva à peine les yeux de son carnet. — Ça fait exactement douze minutes que tu es réveillé. — Treize. — Mon erreur. Alex était allongé devant la cabane, lunettes noires sur le nez, Fanta radioactif dans une main et paquet de céréales dans l'autre. Les deux chats noirs dormaient au soleil. Cerb aussi. La situation ressemblait davantage à un pique-nique de retraités qu'à une cellule d'enquête internationale. Puis Alex regarda Emmanuel. — T'écris quoi ? — Rien. — Ça veut dire quoi ? — Que je ne te le montrerai pas. — Ça veut dire que c'est intéressant.

— Ça veut dire ferme ta gueule. Alex sourit. Le monde était de nouveau à sa place. À plusieurs centaines de kilomètres de là, Klaudija Griks terminait une réunion dans un bureau moderne de Vilnius. Personne n'aurait deviné qui elle était réellement. Pour les gens autour d'elle : une femme d'affaires brillante. Une stratège. Une gestionnaire de réseaux logistiques internationaux. Pour ceux qui connaissaient la vérité : une des femmes les plus influentes du crime organisé balte. Les deux étaient vrais. Elle ferma son ordinateur. Puis son regard dériva vers la fenêtre. Ses enfants jouaient dans le salon. Le garçon poursuivait sa sœur avec un coussin. La petite hurlait de rire. Klaudija sourit. Puis son téléphone vibra. Le sourire disparut immédiatement. Message crypté. Une seule phrase. ELGA EST SUR QUELQUE CHOSE QUI VOUS CONCERNE. Son regard se perdit dans le vide. Comme si elle avait toujours su que ce jour reviendrait. À Lisbonne, le rooftop de Saorie Nakamura ouvrait ses portes avant même le coucher du soleil.

L'endroit était magnifique. Trop magnifique. La clientèle mélangeait diplomates, célébrités, politiciens, investisseurs et criminels de luxe. Les meilleurs menteurs de trois continents. Saorie observait tout depuis son comptoir. Un client japonais quitta discrètement une table. Elle récupéra le verre. Puis une enveloppe glissée dessous. Aucun mot. Aucun nom. À l'intérieur : une vieille photographie. Tokyo. Une vingtaine d'années plus tôt. Sa sœur. Emmanuel. Et un homme dont le visage avait été soigneusement découpé. Pour la première fois depuis longtemps, Saorie sembla réellement inquiète. Pendant ce temps, Diana vivait son activité favorite : pirater des choses qui n'étaient pas censées être piratées. Son appartement ressemblait toujours à un laboratoire cyberpunk construit par un génie insomniaque. Des écrans partout. Des câbles partout. Des tasses de café partout. Et au milieu : Diana.

Elle remonta une piste financière. Puis une autre. Puis une autre. Et soudain : un nom. Le même. Encore. Toujours. Partout. Sociétés. Banques. Ports. Crypto. Comptes offshore. Le même nom. Toujours. Impossible. Parce que l'homme était officiellement mort depuis vingt ans. Diana resta immobile. Puis : — Oh... putain. Au garage, Joe travaillait sur la Supra. Emmanuel observait le moteur. Les deux hommes parlaient rarement. Ils n'en avaient pas besoin. Joe finit par couper le contact. Le silence du garage devint presque agréable. Puis Emmanuel demanda :

— Tu connaissais Atlas ? Joe continua de regarder le moteur. Longtemps. Très longtemps. Puis : — J'espérais ne plus jamais entendre ce nom. Le ton n'était pas celui de la peur. C'était pire. Celui du souvenir. Le soir venu, Luna était seule sur la plage. Le vent soufflait doucement. Les vagues roulaient lentement vers le sable. Son chapelet tournait entre ses doigts. Comme toujours. Elle pensait rarement au passé. Parce qu'en Colombie, le passé avait tendance à revenir armé. Mais cette nuit-là, les souvenirs remontaient malgré elle. Sa grand-mère. Le feu. Les prières. Les avertissements. Cette vieille femme qui disait toujours : "Les monstres ne naissent pas. Ils sont construits." Luna regarda l'horizon. L'océan était noir. Immense. Vivant.

Et pour une raison qu'elle ne comprenait pas encore... elle avait la sensation que quelque chose approchait. Quelque chose de très ancien. Plus tard. Très tard. Alex sortit discrètement d'un petit restaurant de plage avec un sac rempli de restes. Il traversa les dunes. Puis s'arrêta derrière un vieux mur. Une dizaine de chiens errants apparurent immédiatement. Queues qui remuent. Langues pendantes. Alex s'accroupit. Et distribua tranquillement toute la nourriture. Personne ne le voyait. Enfin... c'est ce qu'il croyait. Nicky observait la scène depuis sa Lamborghini garée plus loin. Silencieuse. Invisible. Et pour la première fois depuis longtemps... elle ne voyait plus l'arnaqueur. Ni le clown. Ni le séducteur. Elle voyait simplement un homme gentil. Et cela la perturba beaucoup plus qu'elle ne voulait l'admettre. Au même moment. Quelque part.

Très loin de Caparica. Une immense salle plongée dans l'obscurité. Des écrans. Des cartes. Des serveurs. Des données. Une silhouette observait le monde entier défiler devant elle. Une voix résonna. Calme. Ancienne. Froide. "Le Projet Atlas peut commencer." La silhouette resta silencieuse. Puis : "Et Elga ?" La réponse arriva immédiatement. "Il est exactement là où nous voulions qu'il soit."

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