Saison 2 - Épisode 9 - Alpha
La pluie tombait sur les Pyrénées. Fine. Froide. Silencieuse. Comme si la montagne elle-même écoutait la conversation. Gabriel Voss était assis sur le vieux banc métallique. Immobile. Calme. Comme un homme qui avait attendu ce moment pendant vingt ans. Emmanuel, lui, n'avait plus bougé depuis plusieurs minutes. Parce que la phrase tournait encore dans sa tête. Atlas a été créé pour Emmanuel. Absurde. Impossible. Et pourtant... quelque chose au fond de lui refusait de l'écarter. — Je ne suis pas d'humeur pour les énigmes. dit-il finalement. Voss sourit. — Je sais. — Alors parle. Le vieil homme regarda les montagnes. Puis : — Atlas n'était pas censé être une unité. — Atlas était censé être un homme.
Caparica. La pluie était arrivée aussi. Le beach bar était fermé. Alex. Joe. Luna. Diana. Nicky. Tous regardaient la vidéo. Encore. Pour la cinquième fois. Le jeune Emmanuel apparaissait sur l'écran. Le scientifique parlait. Puis : Sujet Alpha validé. Alex finit par casser le silence. — Je vais poser une question très importante. Personne ne répondit. — Pourquoi lui ? Puis Joe souffla sa fumée. — Parce qu'il réussissait tout. Alex fronça les sourcils. — C'est une réponse de merde. Joe regarda la vidéo. Et pour la première fois... il parla vraiment. — Parce qu'il apprenait plus vite que les autres.
— Plus vite comment ? Joe réfléchit. Puis : — Tu lui montrais quelque chose une fois. Pause. — Une seule. — Et ? — Et c'était terminé. Montage. Jeune Emmanuel. Mexique. Il apprend l'espagnol. Quelques semaines. Puis il parle. Afrique. Mécanique. Quelques mois. Puis il répare. Japon. Drift. Quelques nuits. Puis il gagne. Atlas. Tactique. Simulation. Combat. Infiltration.
Tout. Toujours. Trop vite. Retour dans la cabane. Le silence devient lourd. Puis Diana murmure : — Oh putain. Tout le monde la regarde. Elle vient de comprendre. — Atlas n'essayait pas de construire une unité. Personne ne parle. Puis : — Ils essayaient de construire une version reproductible d'Emmanuel. Silence absolu. Même Alex se tait. Parce que cette phrase est beaucoup trop folle. Et pourtant... tout commence à s'assembler. Les enfants. Les dossiers. Les profils psychologiques. Les sélections. Tout. Pyrénées. Le regard d'Emmanuel ne quitte plus Voss. — Tu racontes n'importe quoi. — Vraiment ? Voss ouvre un vieux dossier.
Le papier est jauni. Ancien. Très ancien. Puis il le tend. Emmanuel regarde. Et son sang se glace. Parce qu'il reconnaît immédiatement l'écriture. La sienne. Des notes. Des idées. Des schémas. Des concepts. Des stratégies. Puis une phrase. Écrite par le jeune Emmanuel. "Une équipe n'est qu'une extension de l'homme qui la construit." Voss le regarde. — Tu ne t'en souviens même pas. Le vent souffle. Plus fort. — Atlas est devenu un monstre. Pause. — Mais à l'origine... c'était ton idée. Caparica. Nicky est seule dehors. Sous la pluie.
Face à l'océan. Elle pense à Emmanuel. Puis à Alex. Puis à Emmanuel. Puis à Alex. — Putain... murmure-t-elle. Parce que sa vie serait tellement plus simple si les gens étaient simples. Mais rien n'est simple à Caparica. Rien. Alex apparaît derrière elle. Deux cafés dans les mains. — Tu réfléchis trop. Elle sourit malgré elle. — Et toi pas assez. — C'est pour ça qu'on équilibre l'univers. Petit rire. Petit moment. Petit bonheur. Et quelque part... c'est précisément ce que Voss n'a jamais compris. Pyrénées Voss conduit Emmanuel jusqu'à un vieux hangar perdu dans la montagne. Une porte. Un cadenas. Des années de poussière. Puis la porte s'ouvre. Et Emmanuel s'arrête net.
Parce qu'à l'intérieur... il y a des dizaines de dossiers. Des centaines. Tous portent le même mot. ALPHA. Et sur le premier dossier. Une photo. Un enfant. Âge : 8 ans. Nom : Emmanuel Elga. Voss regarde le hangar. Puis Emmanuel. Et murmure : "Ton histoire ne commence pas avec Atlas. Atlas commence avec ton histoire."
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