Saison 3 - Épisode 11 - Children of Atlas
La pluie tombait sur Lisbonne.
Une pluie froide.
Sale.
Urbaine.
Le genre de pluie qui transforme les lumières des voitures en cicatrices lumineuses sur l'asphalte.
Dans le bureau du capitaine Duarte, plus personne ne riait.
Pourtant quelques minutes plus tôt Alex venait encore d'expliquer pourquoi une machine à pop-corn en feu pouvait être considérée comme une diversion tactique.
Maintenant tout le monde regardait le jeune inspecteur.
— Où ?
demanda Emmanuel.
— Zone portuaire.
— Combien ?
— On ne sait pas.
— Vivants ?
Le policier hésita.
Ce simple silence suffit.
Personne n'aimait les silences de policiers.
Ils signifiaient toujours la même chose.
On allait découvrir quelque chose de pire que prévu.
Quarante minutes plus tard.
Le clan était en route.
La Supra.
La Lamborghini.
La Mustang blindée de Joe.
Et un vieux fourgon de police qui peinait à suivre.
La nuit défilait autour d'eux.
Dans l'oreillette.
Diana.
Toujours.
— Les images satellites montrent plusieurs bâtiments.
— Gardes ?
demanda Klaudija.
— Beaucoup.
— Combien c'est beaucoup ?
demanda Alex.
— Assez pour que tu fermes ta gueule et prennes un gilet.
— Diana est devenue agressive.
— Atlas me fatigue.
Personne ne rit vraiment.
Parce que quelque chose n'allait pas.
Quelque chose de plus profond.
Depuis le début.
Les cargos.
Les enfants.
Les avocats.
El Cuervo.
Les sociétés écrans.
Tout convergeait.
Comme si quelqu'un les attirait exactement là où il voulait.
Le convoi s'arrêta à plusieurs centaines de mètres des entrepôts.
Le port semblait abandonné.
Mais Emmanuel savait reconnaître un piège.
Et celui-ci sentait le piège.
Comme un requin sent le sang.
Luna descendit de la Lamborghini.
Le vent faisait danser ses cheveux noirs.
Son chapelet reposait déjà dans sa main.
Pas par habitude.
Pas cette fois.
Par nécessité.
Elle ferma les yeux.
Une seconde.
Deux.
Puis elle fit glisser trois perles.
Mémoire.
Peur.
Silence.
Les mêmes que sa grand-mère utilisait avant de pénétrer dans les villages contrôlés par les cartels.
Personne ne comprenait ce qu'elle faisait.
Même Emmanuel.
Pourtant il remarqua quelque chose.
Le visage de Luna changeait.
Pas physiquement.
Quelque chose dans son regard.
Comme si le monde ralentissait autour d'elle.
Comme si elle entendait une musique que les autres n'entendaient pas.
Puis elle ouvrit les yeux.
Et pointa un bâtiment.
— Pas celui-là.
Silence.
— Comment tu sais ?
demanda Joe.
Luna regarda simplement l'entrepôt.
— Parce qu'ils veulent qu'on regarde celui-là.
Personne ne répondit.
Parce que c'était exactement le genre de phrase qui faisait peur.
Ils avancèrent.
Ombres parmi les ombres.
Containers.
Grues.
Béton.
Pluie.
Puis...
Un bruit.
Très léger.
Alex leva immédiatement la tête.
— Vous avez entendu ?
— Quoi ?
— Des pleurs.
Le silence tomba.
Cette fois.
Tout le monde les entendit.
Des enfants.
Quelque part.
Pas loin.
Puis tout explosa.
Littéralement.
Des projecteurs s'allumèrent.
Des dizaines.
La nuit disparut.
Des hommes armés surgirent.
Partout.
Toits.
Containers.
Passerelles.
Une armée.
— PUTAIN !
hurla Alex.
— Voilà pourquoi je déteste les ports !
Les tirs commencèrent.
Le béton éclata.
Les étincelles jaillirent.
La guerre venait officiellement de commencer.
Alex plongea derrière une caisse.
— Manu !
— Quoi ?
— Ils sont beaucoup !
— Je vois ça !
— J'ai compté !
— Tu comptes pendant les fusillades ?
— Ça me détend !
Une balle traversa sa manche.
— OH PUTAIN !
— Ça aussi ça te détend ?
— NON !
Pendant ce temps.
Joe avançait comme un bulldozer.
La Mustang venait littéralement de traverser une clôture.
Encore.
Personne n'était surpris.
Puis quelque chose arriva.
Quelque chose que personne n'avait encore vu.
Luna.
Au milieu du chaos.
Immobile.
Le chapelet dans sa main.
Les perles tournaient.
Une.
Deux.
Trois.
Quatre.
Le temps semblait ralentir.
Pas vraiment.
Mais assez pour elle.
Comme si son esprit se plaçait ailleurs.
Comme si elle voyait les trajectoires.
Les intentions.
Les peurs.
Puis elle hurla :
— À DROITE !
Emmanuel pivota instantanément.
Une rafale traversa exactement l'endroit où il se trouvait une demi-seconde plus tôt.
Silence.
Même Emmanuel la regarda.
Puis Luna recommença.
Deux perles.
Trois.
Et encore.
— Alex !
— Quoi ?
— Baisse-toi !
Il obéit sans réfléchir.
Une poutre métallique s'écrasa exactement à l'endroit où sa tête se trouvait une seconde auparavant.
— D'accord...
murmura Alex.
— Là ça devient bizarre.
Mais Luna ne riait plus.
Parce qu'elle comprenait enfin quelque chose.
Le rosaire ne lui montrait pas l'avenir.
Sa grand-mère avait raison.
Il enlevait simplement le bruit.
Et quand le bruit disparaissait...
On voyait ce que personne d'autre ne voyait.
Finalement.
Ils atteignirent le bâtiment.
Le vrai.
Celui que Luna avait désigné.
Joe arracha pratiquement la porte.
Les policiers entrèrent.
Puis le silence.
Un silence terrible.
Des dizaines d'enfants.
Terrifiés.
Affamés.
Vivants.
Mais vivants.
Et dans leurs regards...
quelque chose d'autre.
Quelque chose qui glaça Emmanuel.
Parce qu'ils le regardaient.
Comme s'ils le connaissaient.
Comme s'ils l'attendaient.
Puis un petit garçon s'approcha.
Peut-être huit ans.
Pas plus.
Il regarda Emmanuel.
Longtemps.
Puis demanda :
— Vous êtes venu nous chercher ?
Le monde sembla s'arrêter.
Une seconde.
Une seule.
Puis Emmanuel s'accroupit.
Et répondit simplement :
— Oui.
Mais au fond de lui...
une autre question venait de naître.
Pourquoi Atlas gardait-il précisément ces enfants ?
Et pourquoi avaient-ils tous le même symbole dessiné sur leurs dossiers ?
Le même symbole qu'Emmanuel avait déjà vu :
chez Voss,
dans les Pyrénées,
dans les archives,
dans le box de stockage.
Le symbole d'ORIGIN.
Et quelque part.
Très loin.
Quelqu'un observait déjà les images des caméras de surveillance.
Quelqu'un qui souriait.
Parce que le clan venait exactement d'ouvrir la porte qu'il voulait leur montrer.
💬 Commentaires 1
Des donuts.
Alex.
Le mystère en toile de fond, La manipulation, la destination que l'on croit choisir et qu'on nous impose.