Saison 3 - Épisode 12 - THE FIRST LIE

📖 CAPARICA SINS ✍️ Splinter 📝 604 mots


La nuit appartenait à Caparica.

Une vraie nuit d'été.

Chaude.

Vivante.

Remplie de musique.

De rires.

De lumière.

Sur la plage, les flammes des braseros dansaient sous le vent de l'Atlantique.

Un DJ avait installé ses platines sur la terrasse du beach bar.

Des surfeurs, des locaux, des touristes et quelques visages plus douteux se mélangeaient dans un chaos parfaitement portugais.

Pour la première fois depuis longtemps...

Atlas semblait loin.

Les enfants étaient en sécurité.

Les cargos avaient disparu.

Les pistes refroidissaient.

Et le clan profitait simplement de l'instant.

Alex racontait sa version des événements.

Comme toujours.

— Donc là je vois quatre mercenaires.

— Ils étaient deux.

corrigea Diana.

— Dans ma mémoire ils sont quatre.

— Parce que ta mémoire est alcoolisée.

— Ça n'a jamais empêché un grand héros.

Nicky observait l'océan.

Luna observait Nicky.

Et Emmanuel observait tout le monde.

Comme un homme qui vérifie que les siens sont encore là.

Tous.

Vivants.

Puis il sourit.

Un vrai sourire.

Rare.

Presque fragile.

Et personne ne remarqua son départ.

Sauf Luna.


Le rosaire reposait dans sa main.

Les perles glissaient lentement.

Une.

Deux.

Trois.

Les chemins.

Toujours les chemins.

Et ce soir quelque chose n'allait pas.

Pas un danger.

Pas une menace.

Une absence.

Le rosaire ne montrait pas l'avenir.

Sa grand-mère avait toujours insisté là-dessus.

"Il ne montre jamais ce qui vient."

"Il montre ce qui manque."

Et ce soir...

quelque chose manquait.

Ou plutôt quelqu'un.

Emmanuel.

Luna releva les yeux.

Sa chaise était vide.


Elle le trouva quarante cinq minutes plus tard.

Dans l'immense centre de stockage.

Le lieu secret.

Le lieu que personne n'aimait.

Parce qu'il ressemblait davantage à un tombeau qu'à une archive.

Des centaines de vies rangées sur des étagères.

Des passeports.

Des armes.

Des médailles.

Des photos.

Des dossiers.

Des souvenirs.

Des fantômes.

Emmanuel était assis au milieu.

Seul.

Comme un roi entouré des ruines de son propre royaume.

Il ne l'entendit même pas entrer.

Pour la première fois depuis longtemps...

il semblait fatigué.

Vraiment fatigué.

Luna regarda autour d'elle.

Puis quelque chose attira son attention.

Pas Atlas.

Pas Origin.

Pas les Pyrénées.

Pas Tokyo.

Emmanuel.

Partout.

Des dizaines de dossiers.

Des centaines de notes.

Des cartes.

Des photos.

Des rapports.

Et toujours le même nom.

Le sien.

Emmanuel Delga.

Luna fronça les sourcils.

Puis encore.

Et soudain...

elle comprit.

Ce n'était pas une archive.

C'était une enquête.

Une immense enquête.

Et Emmanuel était la cible.


— Tu me cherchais ?

demanda-t-il finalement.

— Non.

— Menteuse.

— Je suis avec une sorcière colombienne tous les jours.

J'apprends vite.

Il sourit.

Puis le silence retomba.

Long.

Épais.

Luna regardait les dossiers.

Les photos.

Les cartes.

Et quelque chose lui faisait peur.

Parce qu'elle comprenait enfin.

Depuis le début...

Emmanuel n'enquêtaient pas seulement sur Atlas.

Il enquêtait sur lui-même.

Depuis des années.

Peut-être depuis toujours.


Très loin de Caparica.

Kyoto.

Le Japon.

Un jardin parfaitement silencieux.

Une vieille maison.

Un homme âgé était assis devant un bassin de carpes.

La pluie tombait doucement.

Une photographie reposait devant lui.

Caparica.

La plage.

Le clan.

Emmanuel.

Le vieil homme regarda l'image.

Longtemps.

Puis murmura simplement :

— Il est encore vivant.

Comme s'il s'était attendu au contraire.


Lituanie.

Une ferme isolée.

Le vent.

Les pins.

La nuit.

Une femme ouvrit un vieux coffre.

À l'intérieur.

Des papiers.

Des photographies.

Et tout au fond.

Un cliché jauni.

Un enfant.

Neuf ans.

Peut-être dix.

Le regard déjà trop sérieux.

Au dos.

Un nom.

Emmanuel.

La femme resta immobile.

Très longtemps.

Puis referma le coffre.

Sans un mot.


Mexique.

Une ville oubliée.

Quelque part entre le désert et les montagnes.

Un vieil homme couvert de tatouages observait un mur.

Des centaines de photos.

Des centaines.

Et parmi elles.

Toujours le même visage.

À différents âges.

Différents pays.

Différentes vies.

Emmanuel.

Le vieil homme sourit.

Comme un homme qui attend depuis très longtemps.


Retour à Caparica.

Le vent soufflait contre les parois métalliques du box.

Luna était toujours debout.

Le rosaire dans sa main.

Les perles glissèrent.

Mémoire.

Perte.

Destination.

Toujours les mêmes.

Toujours lui.

Comme si le rosaire refusait de regarder ailleurs.

Comme si toute son histoire pointait dans cette direction.

Emmanuel leva enfin les yeux.

Leurs regards se croisèrent.

Et Luna posa la seule question qui comptait vraiment.

— Qu'est-ce que tu cherches ?

Le silence qui suivit fut probablement le plus long de toute la série.

Même les vagues semblaient attendre.

Même le vent.

Même les fantômes.

Puis Emmanuel regarda autour de lui.

Toutes ses vies.

Tous ses souvenirs.

Tous ses mensonges.

Et répondit enfin.

D'une voix calme.

Presque fatiguée.

— Le premier mensonge.

Luna ne comprit pas.

Et c'était exactement le problème.

Parce qu'au fond...

Emmanuel commençait à croire qu'avant Atlas.

Avant Tokyo.

Avant la Lituanie.

Avant le Mexique.

Avant tout.

Quelqu'un lui avait menti.

Et que toute sa vie n'était peut-être que la conséquence de ce premier mensonge.


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