Chichi
Aujourd’hui j’étais tout content, pas parce que le Pape était venu en villégiature en Frankaoui, pays musulman comme chacun sait, où il est impossible de trouver une boucherie qui ne soit pas hallal, mais parce que j’attendais MA livraison, venue directement from China ! Le bonheur enfin arrivait dans ma vie de merde après tant de misères endurées et supportées. Non, le désespoir n’était plus permis. Il y avait de l’espoir, du vrai et pas des salades religieuses suintantes d’hypocrisie, colportées par des bouffons en robes de clown et bonnet d’âne.
Bientôt un poids-lourd se traîna en ronflant et soufflant devant ma casbah et le chauffeur s’extirpa la mine consternée :
— C’est quoi ce truc, ça pèse une tonne !
— Une machine à branler automatique.
— Mais nan… Bon, bon, je pose pas de questions… Un coup de main serait pas de refus… Putain, on dirait un cercueil ce machin…
En effet il traîna du fond du camion, une boite oblongue de taille humaine, estampillée partout « FRAGILE ». « ELLE » était là ! Dedans ! Chichi ! J’étais tellement excité à la pensée de la savoir si proche que j’en amidonnais mon caleçon, comme un connard de Français qui n’a pas pu toucher une meuf depuis que c’est puni par la loi, genre que quarante ans après, elle se rappelle que finalement, elle n’avait pas donné son consentement, que c’était genre un cousinage mais presque d’un viol ! Et te voilà devant madame le juge, les oreilles basses, la queue pendante attendant la punition « exemplaire ».
À peine dans mon antre, je ne pus résister, et, armé du pied de goret qui va bien, j’attaquais la caisse avec la frénésie du mec qui n’a pas bouffé depuis trois heures. Elle apparut et j’en fus tout saisi de stupeur. Une beauté parfaite, le teint de lait, la blondine chevelure, yeux clos mais magnifiques quand même, bonnet C, fesses… YALLA ! Des jambes… Putain de sa race !
Je suffoquais, j’étais en émoi total. À moi ! Rien qu’à moi ! Que pour moi ! Tout pour moi ! AH !
Un moment j’ai cru que j’allais en crever… C’aurait été dans la ligne de mon destin de merde : au moment de profiter… Clamsé ! Juste avant de goûter au bonheur… On ferme, circulez, y a rien à voir ! L’histoire de ma vie !
Mais non. Je me remis. J’avais trop à faire : d’abord, comment ça s’allume une Chichi ? Il est où le bouton ? J’ai fouillé un peu, mis mes mains pleines de doigts partout… Quoi ? J’ai le droit ! C’est à MOI ! Rien qu’à moi ! Je l’ai acheté et payé… D’ailleurs ça m’a coûté bonbon !
Et puis de guerre lasse, j’ai alpagué le mode d’emploi, tout tremblant d’énervement, j’en chiffonnais les pages remplies de gribouillis chinesques ! Bordel ! Pourquoi c’est pas en arabe ? Racistes !
Finalement, je tombais sur une série d’icônes pour demeurés… La nuque… Une petite protubérance…
Initialisation… Booting… Android… IA loaded… Activating sensors…
Voilà la Chichi qui parlait d’une voix de robot. Et soudain, elle ouvrit les yeux. Magnifiques, bleus profonds… Voilà, j’étais amoureux.
— Bonchour ! Je suis Chichi… De quoi foulez-vous que nous parlions ?
Un accent guttural germanique, prêt à envahir la Pologne… Cela me glaça… Elle me rappelait la grosse Olga, une pute chelou que j’ai croisé une fois par inadvertance… À l’insu de mon plein gré.
— Viens foir Olga mon chou… Auchourd’hui, c’est chour fouet !
— Heu… Je me suis trompé de… Je reviens un autre jour… Tcho !
— Je déconne ! Le client est roi ! Viens que je te donne du réconfort… Promotion d’automne !
— Pose ton fouet d’abord…
Oui… C’était il y a longtemps… Au moins… Oui, au moins… À l’aise… Je suis pas ce genre de mec désespéré ! Tu me prends pour qui ? Un mec de mon calibre !
Bref !
Revenu de ma stupeur, balayant ce souvenir traumatisant de ma conscience, j’observais la Chichi, un peu désappointé, ne nous mentons pas.
— Heu, bah enlève ta culotte que je te saute…
— Mais enfin monsieur, pour qui me prenez-vous ? Je suis un androïde de compagnie et pas un sex-toy ! Je suis programmée pour aider des hommes déficients mentalement et physiquement à supporter la solitude…
— Bordel, mais elle me raconte quoi la mémé ? Je suis pas déficient !
— Bah si ! Sinon vous auriez une compagne humaine qui prendrait soin de vous…
— C’est ma faute si toutes les meufs me swipent à gauche ?
— Oui.
— Et pourquoi ?
— Vous êtes un goujat ! Je n’ignore pas ce que vous me fîtes subir tandis que j’étais en veille.
— J’ai rien fait ! Je cherchais le bouton… Je suis innocent !
— Oui… Oui… Tout est enregistré dans ma mémoire dash-cam. Voulez-vous voir les images ?
— Nan ! Toi, je t’aime pas du tout !
— Ah… Vous m’en voyez désolée. Dois-je me mettre en veille ?
— Ouais… Fais-ça…
— N’en profitez pas pour… Je suis équipée d’une alarme et d’un taser, je sais me défendre.
— Mais nan…
J’attrapai mon tel et j’appelai la hot-line. Après être passé par le centre d’appel au Maroc et avoir parlé à Mounia, puis par celui de Tunis où je m’entretins avec Babouli, ma communication traversa le globe et arriva à Shenzen où j’eus à faire à Chang un ancien du treizième arrondissement de Paname.
— Quel est le problème ?
— Ce putain de robot est… pire qu’une meuf ! À quoi ça sert ? C’est du volement !
— Je vois… Je regarde votre fiche… Oui, je comprends… L’IA n’a pas compris vos spécifications : « Grosse salope, chaudasse du cul et bombasse, bonne à baisser H24 »… On peut faire une mise à jour du firmware… Sex-toy niveau un…
— Nan pas niveau un ! Niveau max !
— Ah… Niveau trois… Mmmm… C’est en cours de développement pour les bordels des Philippines… C’est… sans garantie de sécurité…
— Envoie !
— Numéro de carte bancaire.
— Faut casquer en plus ?
— Oui, c’est une prestation spéciale… Mais, entre-nous, vous ne serez pas déçu… C’est chaud… C’est bouillant…
— Bouillant comment ? Parce qu’on ne me la fait pas !
— Genre… Mais aucune femme ne peut faire des trucs pareils… C’est abuser !
— Ah… Prends ma poule, fais la mise à jour… Si j’attends plus longtemps j’ai peur de plus savoir comment il faut faire…
— C’est comme le vélo, on n’oublie pas.
— Ouais…
Bzzz !
Hein ? Quoi ? Tu veux savoir la suite ? Bah comme je peux plus rentrer chez moi, j’ai pas trop la tête à raconter, parce qu’y a une Chichi complètement barrée qui veux me sucer à blanc… J’habite chez une copine et c’est pas marrant, faut faire la vaisselle… Oui, je sais, il ne pouvait pas m’arriver un truc bien. Pas à moi… Putain, j’ai mal aux boules… mais mal… Je vais me mettre de la glace dans le calebard… Les meufs c’est une calamité ! Voilà !
RE Bzzzz !
💬 Commentaires 4
Nettoyé des Lorenzoloveries se cache pourtant un portrait féroce de la solitude en 2026. Il est touchant ce Lorenzo dans son errance.
Alors, en vrai, c'est brut, souvent lourd mais franchement ça pulse grave !
Un texte parfois irritant mais franchement jubilatoire : )
Mention spéciale pour "les meufs me swipent à gauche" ... j'adore !