L'enterrement

📖 Cio che resta ✍️ TraLeOnde 📝 648 mots

C'était le jour de l'enterrement de l'homme au chapeau.

Je découvre qu'il avait une famille. Il n'appartenait pas qu'a mon récit au final. Il ne vivait pas que dans ma tête et j'avais du mal à me sentir à la hauteur de ces gens-là.

Son cercueil de bois clair nous attendait dans la salle comme j'imagine la professeur qu'il était devait attendre ses élèves, afin de nous donner une dernière leçon d'humilité et de bienveillance.

Bienveillance, c'est le mot que l'on entendra le plus souvent lors de cette cérémonie, un peu comme quand adolescent nous notions sur nos cahiers combien de fois notre professeur prononcera un mot.

Sa femme d'un certain âge maintenant l'appelait toujours " mon petit copain" comme si leur rencontre et leur amour dataient toujours du premier jour. Elle dira ses défauts, son caractère bordélique et têtu, sa manière d'être.

La liberté qu'il inspirait semblait énorme, il osait être plutôt que paraitre. Il a appris aux autres qu'on pouvait exister sans se soumettre, qu'on pouvait prendre le risque de vivre et d'être soi. C'était un électron libre, un être né pour inspirer les autres. Il était un grand sensible attaché à ses convictions et lisant le monde. Il défendait les minorités et était proche de ceux qui vivait dans la précarité. Il semblait loyal et très fidèle à ses amis.

Le plus étonnant et le plus touchant était qu'il remerciait tout le temps, tout le monde.

Les gens qui étaient rentrés dans sa vie, ses amis, ses collègues et s'en doute ses ennemis et les épreuves qui l'avait fait grandir. Il était reconnaissant de la chance que la vie lui avait prêté. Il pensait ne pas vivre vieux, comme moi parfois, et il disait que le temps qui lui restait n'était que du rab et qu'il en était heureux.

Au soir de sa vie au plus mal, il gardait l'énergie d'écouter les histoires des autres alors que la sienne aurait du prendre toute la place.

Un des moments les plus émouvants était le discours de sa fille. "Papa" disait-elle en s'effondrant avant de reprendre constance. Et quand je la regardais je voyais son père en elle, comme s'il subsistera toujours en elle de l'homme au chapeau. Elle avait à la fois une certaine raideur physique avec une certaine grâce, une bienveillance dans les yeux qu'on sentait venir de son père, une curiosité aussi. Elle était belle sans être ostentatoire et on pouvait deviner l'enfant en elle, qui avait tant admiré son papa.

Je pouvais le sentir, le voir, penché sur son épaule pendant son discours d'adieu à l'assemblée pour l'aider à son tour, à reprendre son souffle, lui qui en avait tant manqué.

Il lui disait : Tu sais ma petite fille c'est compliqué…

Il l'appelait ma petite fille alors qu'elle était une femme c'était beau. Quelque chose de la tendresse qu'il y avait entre eux était toujours là palpable dans la salle. Son ami à joué de la flûte, il était d'apparence originale tout en étant d'une extrême sobriété, nous n'avons jamais entendu le son de sa voix. Les sanglots de la flûte paraissaient déchirants.

Sa fille a fait un parallèle très poétique. L'hôpital semblait à la fois proche et lointain de leur maison, comme deux bâtiments qui se répondaient. Au soir de son envol, elles sont sorties sur la terrasse regarder leur maison au loin, elle était de l'autre côté, du coté des vivants et en réponse l'homme au chapeau était lui aussi passé d'un autre côté, sur une autre rive, tout en délicatesse et en tendresse accompagnée des femmes qui l'aimaient le plus.

Elles diront qu'il a été courageux sans jamais voir qu'il devait s'appuyer sur leur courage à elles.

Le père de l'homme au chapeau était photographe et il n'aura de cesse de se dérober à son regard, est-ce une façon de dire qu'il y avait des manques.

En tout cas, ils étaient peu mais dans cette famille l'amour transparaissait et ça faisait envie d'en faire partie.




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