Karen

📖 Karen ✍️ docno 📝 1602 mots

Vous connaissez les « Karen » ? C’est un genre de femme tout à fait spéciale, mère de famille dont la date de péremption est dépassée, vindicative, procédurière, détentrice de la vérité absolue, cherchant la bagarre au moindre prétexte, en guerre ouverte contre les mecs.


J’ai une voisine comme ça et évidemment, il a fallu que ça tombe sur moi. Et pourtant, je me tenais à carreau, tranquille, honnête, innocent comme un nourrisson.


Un jour, bêtement, je lavais ma voiture dans mon allée menant à mon garage et voilà qu’elle déboule avec le petit short trop short, le débardeur échancré, laissant voir les tatoos sur la poitrine, les tongs de luxe, maquillée comme une voiture volée :

— Monsieur Lorenzo, c’est interdit de laver sa voiture chez soi ! Il faut aller au lavomatic !

— Mé nan…

— Si ! Je vois préviens que je vais appeler la police !

— Appelle.

— Je vous aurais prévenu ! fait-elle en agitant le tel qui ne quitte jamais sa main gauche.


À moi, braquer un tel ? Sérieux ? J’ai ostensiblement dirigé mon pistolet d’arrosage sur sa face de cake, en mode jet puissant.

— Monsieur Lorenzo, je vous préviens… Si vous osez… Je vous met en garde… Oh le con ! C’est un malade ! Ça ne se passera pas comme ça ! Oh mon Dieu… Espèce de… Voyou !

— La bonne douche ! Ça fait du bien à ton brushing ma poule.

— Oh mon brushing ! Mon brushing ! Espèce de salaud ! Espèce de… De…

— T’es trop vilaine, va te cacher !


J’ai croisé le regard de son mari, le pauvre Guitou qui observait la scène par la fenêtre de son salon et qui était mort de rire. C’est un martyr ce mec, c’est sûr, il ira direct au paradis sans passer par la case prison. Quant à moi ?


Un autre jour, un dimanche, je passais la tondeuse et la voilà qui déboule, crop top montrant bien son piercing ombilical, jupette trop courte pour ses grosses cuisses à cellulite :

— Monsieur Lorenzo, c’est interdit de tondre le dimanche !

— Mé nan…

— Si ! D’ailleurs, j’ai appelé la police municipale… Ils arrivent.

— Tu veux que j’aille chercher le tuyau d’arrosage ? Tu le veux le tuyau ?

— Monsieur Lorenzo, je vous préviens que j’appelle mon mari qui va venir vous casser la gueule !

— Appelle-le !

— Guitou ! Viens vite ! Monsieur Lorenzo m’agresse ! Guitou ! Mais où il est ce bon à rien ! Jamais là quand on a besoin de lui ! Vous avez de la chance Monsieur Lorenzo !


Au moment où elle tournait la tête dans ma direction : pschiiiiiitt ! Elle en tomba sur le cul de surprise. Un instant j’ai espéré que toute cette encre qui couvrait sa peau allait s’effacer… Mais non, évidemment… Cette femme était une gribouilline affublé de dessins ridicules, ne vivant que dans le regard des autres et même du sien, car elle était totalement en dissociation psychologique, se regardant vivre sans réellement vivre sa vie.


— File, la vilaine et cache tes grosses miches c’est une honte.

— Ça ne se passera pas comme ça ! Je me vengerai ! Espèce de… de…


Elle rentra humilié, outragée mais pas libérée. Le Guitou remit ses écouteurs sur ses oreilles et replongea dans sa revue, comme si de rien. Il faudra que je lui réclame une indemnité un jour parce que je m’emmerde trop avec sa femme.


Et puis vint le drame. Je mijotais sur mon transat écrasé de canicule quand soudain : BAM ! Trou noir total. J’attendais impatient de voir les 72 vierges du paradis qui me sont promises comme tout mec innocent, mais rien. J’émergeais hagard, la tête dans le cul, ligoté comme un saucisson sur une chaise pliante dans le garage de… La Karen ! Jean troué, brushing impeccable, maquillage Loréal, bijoux pacotille. Un carnaval.


— Ah, monsieur Lorenzo, enfin, vous vous réveillez ! J’ai failli attendre.

— C’est quoi ce binz ! C’est un a-tten-tat ! C’est un a-tten-tat !

— Heu non ! Juste une citoyenne qui prend les choses en main. Il faut vous empêcher de nuire monsieur Lorenzo ! C’est indispensable ! Vous le comprenez ? Vous êtes très lourd, vous savez ? Je me suis cassé deux ongles et je sortais juste de l’onglerie !

— T’es complètement à la masse ! Faut faire soigner ta ménopause…

— Je ne suis pas MÉNOPAUSÉE !

— Ah bon ? Parce que t’a l’air vachement vieille quand même...

— Ne commencez pas à m’insulter ! Vous aggravez votre cas !

— Heu, tu vas me faire quoi ? Tu vas me zigouiller ?

— Non… Je suis civilisée moi, on n’exécute pas les hommes sans un jugement équitable en bonne et due forme.

— Ah… Ça me rassure, j’ai une confiance totale en la justice Française... Je peux appeler mon avocat ?

— Vous n’en aurez pas besoin, vu que le verdict est déjà connu. Les charges contre vous sont accablantes, vous en êtes bien conscient ?

— J’ai rien fait ! Je suis innocent !

— Oui… Ils disent tous ça…

— T’en a zigouillé d’autres ?

— Heu… Vous êtes le premier…

— Il est là, Guitou ?

— Je l’ai envoyé faire les courses à Inter ! Laissez mon mari en dehors de ça ! Le pauvre est bien incapable de comprendre la gravité de la situation.

— Nan parce que comme tu bats la breloque… C’est genre je parle à une folle...

— Je ne suis pas folle ! Vous êtes un être malfaisant, vous savez ?

— Nan… Juste cool !

— Vous êtes un asocial ! Un être dénué de la plus infime conscience, un pervers…

— Hein ? Moi pervers ? D’où ?

— Vous êtes secrètement amoureux de moi, je le sais !

— Mé nan ! Même pas en rêve ! De toi ? Même en me payant… Beurk !

— Arrêtez de mentir ! Vous êtes ridicule ! Je vous ai vu me reluquer !

— C’est que des fois…

— Des fois ?

— Tu fais peur à voir. On se dit « mais elle a de la merde aux yeux de se fagoter comme ça »…

— Arrêtez ! J’en ai assez de vos insultes ! C’est trop ! Avouez !

— J’avoue tout ce que tu veux ! Je suis innocent ! Vive la France ! Je suis trop jeune pour mourir !

— Il se fiche de moi… L’heure de la sentence est venue : coupable ! Condamné à la peine capitale !

— C’est genre quoi comme peine ?

— Une balle dans la tête !

— C’est radical. Tu as un flingue ?

— Mon père m’a légué son pistolet.


Et voilà la Karen qui brandit un vieux machin de la guerre.

— C’est dangereux ce truc ! Fais gaffe, tu pourrais te blesser…

— Ne t’inquiète pas ! Je sais ce que je fais. Tu devrais te repentir pendant qu’il est temps. Tu as quelque chose à dire ?

— C’est possible de me porter mon tuyau d’arrosage ? Vu que présentement je suis genre un pen entravé.

— L’humour à froid, l’humour noir… Je vois. On crane…

— Pas du tout ! C’est juste que j’en ai rien à foutre. La vie pour moi n’a été qu’une totale punition. On m’a accusé de tous les maux alors que j’étais innocent. Depuis petit. Comme si la faute originelle m’incombait, que j’étais né pour la porter et expier. Alors tu vois, je ne regretterai rien !

D’ailleurs personne ne me regrettera. Personne !

— Et ta femme ?

— Pfff ! Elle pense comme toi. Coupable de tout ! Elle croit que j’ai baisé toutes les meufs de la planète.

— Heu… Il n’y a pas de fumée sans feu…

— Oui, une fois ou deux j’ai fauté… Mais ça compte pas. C’est genre physiologique et même des fois, juste pour rendre service.

— Hein ? Rendre service ?

— Ouais… Des vieilles qu’ont pas vu le loup depuis trop longtemps… Des mémères qui savent même plus gémir en rythme… Purement compassionnel, je te dis.

— Vous êtes odieux ! Vous n’aimez pas les femmes, monsieur Lorenzo !

— Mé nan ! C’est le contraire. Mais je ne peux pas m’empêcher de voir ce qu’elles sont. Et des fois…

— Des fois ?

— Ça pique les yeux ! Genre toi et tes tatoos… La misère…

— Vous n’aimez pas mes tatouages ? Mais c’est un comble ! Avec ce que ça m’a coûté…

— Bah c’est du volement.


Tout à coup la Karen s’énerve, encore plus que d’ordinaire parce que cette femme est un paquet de nerfs.

— Pourquoi vous ne m’aimez pas ?! Qu’est-ce que je vous ai fait ?

— Pourquoi ? Tu m’as vu là, comme un con ? Sérieux ?

— Non ! Je veux dire avant ?

— Avant ? Je m’occupais pas de toi… Enfin, pour dire la vérité, des fois je plaignais le Guitou…

— Vous pensez que je suis une mauvaise femme ? Une mauvaise mère ?

— T’es mauvaise en tout ! Les pauvres tes gosses… Nan, je dis ça, je dis rien… Vas-y ma poule ! Feu sur le Lorenzo !


La Karen arpentait son minuscule garage, parfaitement rangé par le Guitou, en proie à une réflexion agitée. Elle se voyait faire tout en faisant et dans sa tête c’était un bordel sans nom. Une chose est sûre, une femme Française peut difficilement vivre sans de grosses doses d’antidépresseurs et anxiolytiques. C’est un fait avéré, c’est documenté et publié.


Elle marmonnait des mots qu’elle ne comprenait pas, tout en respirant fort et de la main droite brandissait son pistolet tandis que la gauche serrait son tel. D’un coup elle se raidit et le regard brillant dardé sur moi :

— Je vais me suicider après, vous savez ?

— Avant c’est mieux.

— Ça vous amuse, vous ne me croyez pas ?

— Fais voir ? J’arrive pas à visualiser.

— Je vous déteste monsieur Lorenzo !

— Bon, OK OK ! Putain, qu’est-ce qu’il faut pas faire dans la vie…

— Quoi OK ?

— Je te baise là sur la machine à laver et on en reste là ! Ça marche ?

— Hein ? Mais vous êtes… OK ! Mais vite fait, parce que Guitou va bientôt rentrer des courses.

— T’inquiète ma poule ! Fais comme si de rien.

— J’allume la machine ?

— Essorage ! Roule ma poule !

— Monsieur Lorenzo… Ah ! Monsieur Lorenzo, vous êtes un goujat !

— Ta gueule ! Gémis !

— Oui, oui, voilà ! Oh oui !

— Mieux que ça !

— Monsieur Lorenzo, vous m’aimez ?

— Nan, faut pas pousser quand même ! Je veux bien être gentil mais il y a des limites.

— J’ai toujours le pistolet, vous savez ?

— Jamais tu arrêtes ?


Oui, on dira ce qu’on veut mais le Lorenzo se donne du mal dans la vie. Ça comptera j’espère le moment venu. Non parce que je mérite !


Bzzz !





📌
Ce chapitre participe à un défi
Dark romance réaliste
🔒 Soumis — deadline 20 Aoû 2026
🏆 Dark romance réaliste Phase de soumission

Participez au défi pour voter sur les textes soumis.

💬 Commentaires 6

Connectez-vous pour commenter ce chapitre.
Aurelian3310 • 5 jours, 2 heures
J'en suis encore transi... je frissonne !
👍 1
docno Auteur • 5 jours, 1 heure
Avec la canicule? Nan...
👍 1
Aurelian3310 • 5 jours, 1 heure
Je bouillonne alors ? Prêt à infuser.
👍 1
Marie-Lune • 1 semaine, 3 jours
Lorenzo à bon cœur sous ses airs de goujat !
Tu m'as bien fait rire sur ce texte !
C'est, effectivement, une mini dark romance réaliste ! bravo
👍 0
LaKlandestine • 1 semaine, 4 jours
C'est pas humain de se sacrifier pareillement. Elle t'a payé un kebab au moins ?
👍 1
docno Auteur • 1 semaine, 4 jours
Même pas... Un esquimau...
👍 1