Vosges Maudites
La brume est encore bien installée. Pourtant le Meni Hennequin est reparti depuis plusieurs mois, laissant les terres desséchées. Vosegus et ses amis ont été vaincus, ils n’ont rien pu faire face à l’armée du Diable.
Seule la forêt vosgienne a survécu. Cette belle étendue verte, ce possible refuge aux survivants. Beaucoup ont espéré que leur Dieu les sauve de la pestilence, mais, malheureusement, aujourd’hui, ne reste qu’une plaine emplie de putréfaction…
Jeanne et Pierre ne pensaient pas un jour finir orphelins. Ces pauvres enfants marchaient depuis des jours et des jours, en quête de ce lieu encore vivant. Après avoir enterré leurs parents, Jeanne l’aînée avait dû trouver une solution pour survivre. Ils avaient pris la route à la recherche de gens. Oui, leur seul but était de ne pas rester seuls.
Ils apprirent par d’autres voyageurs venus d’un village voisin qu’une forêt existait encore. Loin à l’Est. Là où le sol tente désespérément de toucher le ciel. Ils avaient rejoint le groupe et avaient pour la première fois de leur vie quitté leur ville de naissance.
Entourés de désolation, le trajet semblait interminable. La joie était de mise lorsqu’ils arrivaient à trouver autre chose que des racines et des cadavres. Quelques mûres ou brimbelles étaient un vrai festin. La fatigue se montrait parfois, surtout quand le dénivelé commença à augmenter.
Et puis la peine et la tristesse n’étaient pas en reste. La peste, la maladie, bientôt la Jeanne et son frère finirent à nouveau seuls. Plus aucun adulte pour les aider, leur indiquer la route. Leur unique objectif, réussir à atteindre cette verdoyance à l’horizon.
— Jeanne, quand arriverons-nous ? Je n’en peux plus !
— Je sais, je suis aussi épuisée. Mais regarde ! Nous y sommes presque !
Ils marchèrent, marchèrent longtemps. Le Pierre tomba à genoux lorsqu’ils arrivèrent à la lisière des sapins. La forêt était touffue, sombre, peu attrayante de près. Un frisson parcourut sa colonne. Le brouillard persistant y était peut-être pour quelque chose, se dit-il.
Sa sœur l’aida à se relever, ce n’était pas le moment de s’arrêter. Ils étaient presqu’arriver à destination. Main dans la main, ils s’engouffrèrent dans les bois. L’air y était pur, revigorant. Ils accélèrent leur pas, malgré une fatigue persistante.
Quelle ne fut leur surprise en découvrant des baies immenses. Bien plus grosse que celles trouvées durant leur périple. Ils en cueillirent et en dévorèrent sans s’arrêter.
Une voix rauque retentit soudain.
— Bleuets ! Mé bleuets !
Ils sursautèrent et se retournèrent. La brume trop épaisse, ils ne distinguaient qu’une drôle de forme. Crac. Quelque chose dans leur dos. La Jeanne tourna la tête, une autre drôle de forme identique à la première.
— Bleuets ! Bleuets ! Qui ose ? Qui ose volè mè bleuets ?
La fratrie, apeurée et tremblante, se resserre. Le Pierre ramasse une branche bien trop frêle qu’il agite frénétiquement.
— Qui êtes-vous ? Que nous voulez-vous ?
Des rires. Des gloussements. Crac. Crac. Crac. Les formes se rapprochent. Les pauvres enfants sont encerclés. Ils scrutent, remarquent une chose informe. Un masque ? Non, un bec bien trop long, bien trop crochu. Crac. Crac. Crac. Qu’est-ce… ? Une patte, deux, puis trois… Des serres immenses, acérées.
La Jeanne comprend, se rappelle les histoires que leur mère leur racontait le soir avant de s’endormir. « Ne vous inquiétez pas, Hiltiti et Hiltoto vous protègeront. Vous pouvez dormir tranquille. »
Sa peur s’évanouit. Ils sont face aux gardiens de la forêt. Le sanctuaire est enfin là. Ils sont sauvés !
Elle relâche son étreinte, tout sourire.
—Pierre, c’est les gardiens ! Nous sommes arrivés à destination !
Elle le prend dans ses bras, sautille, sa joie explose. Le Pierre laisse aussi sa joie explosée. Leur calvaire est enfin fini.
Hiltiti avance pour se retrouver face à eux.
— Un réfigie po des voleurs ?
Il lance un regard à son jumeau puis ricane. Lorsque Jeanne et Pierre se rendent compte de leur erreur, il est déjà trop tard. Ils sont encerclés par les deux oiseaux et ne peuvent plus fuir.
— Voleurs ! Voleurs ! Vous avez volè nos bleuets ! Il faut vos puni ! Voleurs ! Voleurs !
La Jeanne est la première. Elle n’a le temps d’esquisser qu’un « non ». Le bec d’Hiltoto s’enfonce dans sa minuscule poitrine. Le sang éclabousse le Pierre qui a un moment de recul. Une racine,il se frâle au sol. Les larmes coulent sur son visage.
— Peure, larmes solé, le r’pais en sera éco mède !
💬 Commentaires 11
Il y a des coins où il ne vaut mieux pas s’aventurer….
Visuel et immersif en tout cas ;)
(J’ai pas trop compris la dernière réplique, mais je crois saisir l’idée ^^’)