Lettre de dé-motivation 4.0
WeSaveTheWorld.Inc
Impasse du Cinnisme
98999 Mortezâmes
Péidézordures
Concerne : lettre de repostulation à la fonction que j’occupe depuis une quinzaine d’années
Cher employeur,
Monsieur Lecourt,
Cher Mathieu,
Mathieu,
Espèce de Faux-cul,
Connard,
À qui de droit,
Travailler pour l’entreprise WeSaveTheWorld.Inc est devenu un véritable cauchemar un rêve devenu réalité. Chaque matin, je me réveille en me demandant ce que vous allez encore inventer pour nous mettre des bâtons dans les roues et ainsi nous empêcher de faire notre job et, accessoirement, de toucher nos bonus annuels avec le sentiment délicieux d’incarner le rôle de la princesse dans un merveilleux conte de fées. Je bénis le ciel de m’accorder le privilège de vous servir d’esclave, voire de villicus d’opérer pour un génie dont la motivation première est de foutre le bordel dans ce qui fonctionne encore malgré son acharnement d’améliorer constamment le bien-être de ses équipes. Non seulement, vous nous faites perdre notre précieux temps, mais vous semblez prendre un malin plaisir à nous faire tourner en bourrique. J’ai d’ailleurs mis en évidence les belles valeurs qui nous meuvent jusque dans l’intimité de ma maison (plus précisément, à l’intérieur du couvercle de la cuvette de mes WC) : Amélioration de l’excellence et de l’effectivité synergique au cœur de nos stratégies. Me soulager chaque matin devant cette inéptie me garde de devenir totalement folle.
J’admire par-dessus tout votre capacité à nous prendre pour des cons sans sourciller ni en ressentir aucune honte vos exceptionnels talents d’orateur et votre âme de visionnaire « 4.0 », numérotation qui n'a d'autre but que de vous faire mousser et que vous vous plaisez à répéter en boucle. Les mesures d’économies que vous faites sur le dos de vos collaborateurs sont aussi contre-productives qu’insultantes mettez en place pour sauver jusqu’au plus insignifiant de nos postes sont aussi efficacement innovants qu’effectivement excellents. (Je place quelques buzz words à votre attention car je sais à quel point les superlatifs et les mots creux ont le don de vous faire b… du bien). La grossièreté finesse avec laquelle vous nous infantilisez tous mettez votre personnel au centre de vos préoccupations fera date dans l’histoire du foutage de gueule management, et en particulier, de l'histoire des ressources humaines (dont, dans votre boîte, je suis la directrice).
Vous ne vous permettriez pas de nous insulter de la sorte si vous n’étiez pas certain que les bouches que nous avons à nourrir et autres hypothèques à rembourser soient à même de réprimer sans faillir les quelques téméraires tentatives de vous faire retrouver le bon sens. La condescendance de vos réponses est proportionnelle à votre incapacité à comprendre que derrière nos sourires de façades se façonnent de violents désirs de vengeance.
Aujourd’hui, vous me demandez de recandidater à ma propre place de travail. Le zèle avec lequel vous repoussez les limites de votre propre bassesse ne cesse de m’effarer. Mais quelle riche idée ! Vous prétendez vous assurerz ainsi de la profondeur – le terme est tellement bien trouvé - de notre engagement à toutes et tous, et priez donc tous les membres de la direction de montrer l’exemple. L’évidence de l’humiliation que génère cette démarche la recherche du bien-être de chacun d’entre-nous nous a tous fulgurés. Au cœur de vos préoccupations de tous les instants, réside, il est vrai, l’importance de vous assurer de notre servitude la plus totale de l’adéquation constante entres les ambitions de chacun et l’attribution des fonctions de lèches-culs à ceux qui en sont le plus aptes et qui s’en sentent le plus investis, et ce afin que nous tirions tous à la même corde, c'est-à-dire celle à laquelle nous voudrions tous vous pendre.
Depuis plusieurs années, j’assiste sans broncher à chacune des grand-messes auxquelles vous nous forcez à participer. Les présentations affligeantes de vos petits chefs obéissants (dont j'ai malheureusement fait partie) ne dupent plus personne sauf vous, tant vous êtes incapable de vous rendre compte que le silence de votre personnel est contraint par la menace de licenciement qui pèse à la moindre désapprobation.
Passionnée par l’équilibre mental de nos collaborateurs, je consacre toute mon énergie et tout mon temps, y compris, de plus en plus souvent, mes pauses déjeuner, une partie de mes soirées et, parfois même, mes week-ends, à l’écoute de ceux qui, désormais quotidiennement, craquent et éclatent en sanglot au milieu de l’open space ou dans l'intiminté de mon bureau des quelques (rares) suggestions constructives qui pourraient améliorer ce fameux « work-life balance » si cher à votre coeur.
Présente à vos côtés depuis une douzaine d’années, j’ai personnellement interviewé tous les collaborateurs que nous avons recrutés. Certains sont devenus des amis, m’ont invitée à leur mariage ou aux autres évènements importants de leur vie. Vous semblez penser que cela pourrait altérer mon objectivité dans la gestion des dossiers, ce qui vous fait émettre des réserves quant à notre avenir commun. Il est certainement vrai qu’en termes de « cost-effectiveness » je ne rivaliserai jamais avec un chat-bot programmé pour ne prendre en compte que ce qui vous arrange, sans jamais fléchir sous ni souffrir d’aucun état d’âme.
Grâce à ce genre d’idées somptueusement disruptives, je ne doute pas de la croissance à deux chiffres du cours de l’action. Il serait donc infiniment regrettable – si vous saviez à quel point vous allez me manquer - que je ne sois pas invitée à continuer cette formidable aventure …mince, j’ai pourtant le mot sur le bout de la langue…ah oui : humaine.
J’espère que ma re-candidature ne sera surtout pas retenue et que j’aurai l’incroyable honneur de vous balancer mon poing dans la gueule convaincre de me garder dans cette prison dont je suis à la fois gardienne et détenue dans votre équipe lors d’un entretien dont je suis d’avance formidablement excitée (mon dernier petit buzz word pour la route, et parce que vous le valez bien) .
Dans l’attente de tester mes aptitudes à garder mon sang froid vous croiser dans les couloirs et de blaguer avec vous devant un café, puis de fêter la réception de la lettre de licenciement qui sonnera enfin la clôture de cette mauvaise mascarade recevoir des nouvelles que j’espère – n’en doutez aucunement - positives (pour mon projet de débarrasser ce plancher s’entend), je vous envoie, Monsieur, l'expression de mon sincère mépris
Dans l'espoir de ne jamais recroiser un con pareil
Veuillez recevoir l’expression de mon dédain le moins feint
Cordialement
La DRH
💬 Commentaires 32
Amen ! :-p
Ca donne envie de démissionner pour repostuler.
C'est un txt- transfuge d'Ada.
Et en même temps une excellente initiative, car je me suis rerégalé.
La preuve, c'est que j'y suis retourné plusieurs fois.
J'adore.
Et merci pour les éclats de rire qui, dit-on, valent des beefsteaks.
Il y avait les pépettes au bout ?
Tu leurs a pas dit
Que c'était par plaisir que tu travaillais dans cette entreprise edenique
Mais que tu accepterais néanmoins a regret contrainte et forcée
Les indemnités de fin de contrat
Que c'est la mort dans l'âme
Tant tu aime ta boîte et celui qui est a sa tête
Que tu aimerais refuser la proposition des prud'hommes de te représenter
Et que c'est pour cela que tu as pris le meilleur avocat
En espérant qu'il te fasse perdre le procès que tu ne lui intenteras pas
Et que tu lui feras cadeau des Rtt des chèques vacances et restaurant et du reliquat de congés payés
Une vraie pépite, j’adore et j’y adhère ( je sors un peu de mon rôle d’apprenti auteur sur cette plateforme)