Du Latex
Je lis à droite à gauche des commentaires sur l’absence de préservatif dans les textes que j’écris. C’est vrai, les personnages dont je raconte les aventures n’utilisent pas de capotes. Il s’agit juste de rapporter la manière dont se déroule aujourd’hui une grande partie des rapports entre hommes dans les grandes villes.
Moi-même, je n’utilise plus de capotes depuis mai 2017.
Pourtant, le préservatif a structuré ma sexualité, donc ma vie, pendant plus de quinze ans. Indissociable des messages de prévention des années 1990-2000, il était l’objet indispensable de mes sorties et de mes soirées. Toujours en avoir au moins un dans la poche, au moins une boite d’avance dans le tiroir à côté du lit, repérer les distributeurs dans les bars, les boîtes, les lieux de drague, vérifier la date de péremption, affronter le regard de la caissière du Franprix, trop petit ou trop grand, ne pas le déchirer…
Ces années capote ne m’ont pas bridé, j’ai profité, expérimenté, joui avec un film de latex entre moi et mes partenaires.
« T’as une capote ? » était la phrase qui accompagnait ma spontanéité et dont la réponse pouvait couper court au début d’une relation ou, au contraire, nous autoriser à approfondir notre interaction. C’était comme ça, je n’imaginais pas ma sexualité autrement. Jamais d’accident, des tests pas si réguliers mais systématiquement négatifs, je naviguais en flirtant avec le risque sans jamais que le seuil ne soit franchi.
Je ne nie pas, et je ne nierai jamais l’importance du préservatif pour la santé : comme outils de prévention bien sûr, de contraception aussi. Indispensable quand la recherche n’avait pas encore abouti aux facilités avec lesquelles nous vivons aujourd’hui, il a sauvé des vies. Des millions de vies.
Mai, 2017, avec Étienne évidemment. En une semaine, rendez-vous dans une association communautaire, prise de sang, rendez-vous à l’hôpital, passage par une pharmacie : j’intégrais une nouvelle routine. Ce cachet que je prends tous les jours n’a jamais été la contrainte que j’avais craint. C’est devenu un réflexe, tout comme la prise de sang trimestrielle.
À peine une appréhension la première fois, un œil vers le tiroir que je n’ouvre pas, un laisser-aller nouveau quand certains gestes deviennent naturels, que les caresses ne sont pas interrompues par l’ouverture maladroite d’un sachet en aluminium. Une surprise aussi en découvrant la douceur de sa peau là où seul le latex avait frotté. Le goût des fluides qui s’échangent librement. Des frissons nouveaux. Et après, rien à jeter, finie la petite peur quand, une fois l’affaire achevée, je remplissais la capote d’eau pour vérifier qu’elle n’avait pas craqué.
Je suis serein.
Une liberté, un soulagement et un retour en arrière impossible. Pour moi.
💬 Commentaires 2
Perso, avec tes textes j'ai découvert l'usage de la prep (je ne connaissais que vaguement de nom).
En tant qu'auteur, la question se pose : aborder les risques ou pas ? Juger son personnage ? Laisser le récit faire ?
De mon côté, je reste très condom friendly pour la bagatelle complète, dirons-nous.
Par contre pour les lollipops... en y réfléchissant, c'est un peu hypocrite.
D'autant que je suis bien moins appliqué et impliqué dans mon suivi niveau santé sexuelle. Ou santé tout court en fait.