Un Garçon Fidèle Infidèle ?

📖 De Ma Condition ✍️ Yves_Bernard 📝 771 mots

J’ai toujours été infidèle. J’ai trompé tous mes copains, sans exception, quelle que soit la profondeur de mes sentiments ou la sincérité de mon engagement. Après trois ou quatre mois d’exclusivité, imparablement, le besoin de plaire revenait, et très vite, j’y cédais.

Et honnêtement ? Je n’ai jamais eu le sentiment de les trahir. Dans le lit des autres, c’est souvent à eux que je pensais. Et toujours, je revenais me nicher dans leurs bras.

Eux ne le voyaient pas comme ça. Ils avaient des attentes, se projetaient avec moi dans une relation traditionnelle et me voyaient pour ce que je ne suis pas. Donc je les ai déçus. Je les ai blessés même, j’ai pleuré de les voir pleurer.

Écrasé de culpabilité, je finissais seul.

« Tu sais pas te tenir, Jean. C’est pathologique à ce niveau ! »

Ça, c’était avant Thomas.


Voilà un peu plus de trois ans que je l’ai rencontré, dans le noir, là où un couple n’aurait pas dû naître. Et pourtant… Contre tous les pronostics et toutes les attentes nous sommes encore ensemble, et même, encore plus ensemble. Complices, fusionnels, trop tactiles sans doute. Thomas et Jean, couple idéal ? On agace parfois.

Pourtant, certains soirs après sa journée de travail, quand il se glisse dans mes draps, il porte l’odeur d’un autre. Il arrive aussi qu’à la fin d’une séance commune à la salle de sport, il me laisse prendre ma douche avec ce mec à la moustache qui m’excite tant. Et parfois, dans un bois ou sur une plage, nous nous partageons avec un troisième garçon parce que, tout simplement, il nous a plu.

Nous n’avons pas tenu l’exclusivité bien longtemps. Ni moi, ni lui. Hédonistes ? Garçons faciles ? Hommes libres ? Un peu tout ça sans doute.

Il a d’abord fallu l’admettre, se confronter à nos désirs et puis se définir. Bâtir notre cadre, en dehors de tout ce que la société promeut et valorise, ce vieux carcan qui veut que l'amour possède l'autre tout entier.

Mais si je l’aime, pourquoi voudrais-je entraver sa liberté ou brider son plaisir ? Et pourquoi devrais-je changer le garçon que j’ai été pendant vingt ans, celui qui disait oui sans détour, celui qui vit toujours en moi ? Pourquoi aurais-je dû l’enterrer sous prétexte que j’ai trouvé un homme que j’aime ?

Il y a eu des doutes bien sûr, des non-dits, au début des cachotteries. Il a fallu des discussions au milieu de la nuit pour parler de nos envies et en fixer les limites, traverser des zones d’inconfort, affronter les spectres de la comparaison et du jugement des autres.

Et puis, comme une évidence, un soir de fête de la musique, la conviction que nous valions mieux que ça, que ce qui nous liait était fort et qu’il fallait faire confiance à la confiance.

Surtout, nous allions bien. Nous n’étions pas dans un de ces moments de crise où l’ouverture est un pansement sur une relation qui vacille. Car au fond, la société aime penser que la non-exclusivité est la salle d’attente de la rupture, le signe d’un amour qui s'étiole.

Mon désir pour les autres a-t-il affaibli mon désir pour lui ? Non, au contraire. Il est même encore plus fort. Car si je bande pour les autres, je bande surtout pour lui. Quand un garçon que je ne reverrai jamais m’embrasse dans le cou, je pense à lui. Quand j’attrape le regard de Thomas pendant que nous jouons à plusieurs ou que je vois sa main se tendre vers moi quand il jouit avec un autre, je sais notre lien, la force de notre engagement et la certitude que je reviendrai toujours.

Si mon corps est libre, mon cœur est pris.

Mon mec plait. Je vois les regards qui s’attardent dans les bars ou dans les clubs. Les mains parfois baladeuses et même les manifestations physiques du désir qu’il fait naître. En suis-je jaloux ? Non. Même dans les moments les plus bruts, les plus crus, je vois ce qui me rappelle que je suis le seul qui compte parmi ces corps qui passent.


C’est notre modèle, il nous convient. Surtout nous en parlons, nous n’imposons rien. Nos sentiments, notre attachement, eux, ne se divisent pas. Et nous faisons en sorte que nos meilleurs moments restent ceux que nous vivons tous les deux, derrière la porte de notre chambre.

Ainsi allons-nous, comme nous sommes, fidèles à nous-mêmes. Je garde toujours cette promesse que l’on s’est faite à la nuit tombée sous un grand pin : « Promets-moi de toujours me préférer aux autres. »

💬 Commentaires 5

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Enattendantlapluie • 1 semaine, 6 jours
C'est un sujet simple pourtant, mais que la société aime complexifier.
Pourquoi investir le sexe de tant d'enjeux ? Pourquoi juger moralement une activité physique ?
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Yves_Bernard Auteur • 1 semaine, 6 jours
Ça n’est pas qu’une activité physique pour moi, mais oui, c’est physique ! :)
Mais je ne comprends pas non plus le poids moral qui y est accroché…
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Enattendantlapluie • 1 semaine, 6 jours
C'est une activité physique "engageante" parce qu'il est question d'intimité. Ou parce que nous-mêmes sommes pétris par notre culture, c'est difficile à déterminer.
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Yves_Bernard Auteur • 1 semaine, 6 jours
Oui tu as raison. On y met un enjeu sans trop savoir d’où il vient…
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Aurelian3310 • 1 semaine, 6 jours
L'amour, le vrai, le libre
Ne s'apprend pas dans les livres
On s'en ennivre
Même quand ça euh... givre ?
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