SAISON 1 - ÉPISODE 1 - EL FRANCÉS

📖 DESPERADO ✍️ Splinter 📝 2600 mots


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Sonora, Mexique - 1999

Le moteur toussa une première fois.

Personne ne bougea.

Une deuxième.

Le pilote tourna la tête vers l’homme assis à sa droite.

— Me regarde pas.

Le moteur explosa.

Pas vraiment.

Il produisit plutôt ce bruit effroyable que font les machines lorsqu’elles viennent de prendre une décision sans consulter les êtres humains.

L’hélice ralentit brutalement.

L’avion piqua.

— PUTA MADRE !

Cette fois, tout le monde bougea.

À l’arrière du Cessna, trois hommes s’agrippèrent à ce qu’ils purent. L’un d’eux lâcha son arme. Un autre se coucha sur les caisses attachées au plancher comme s’il pouvait les empêcher de traverser le fuselage par la seule puissance de son amour.

Le pilote tira sur le manche.

Devant lui, il n’y avait rien.

Du noir.

Puis le faisceau du phare accrocha la terre.

Des cactus.

Des pierres.

Une piste.

Trop courte.

Trop loin.

— On n’y arrivera pas.

Le copilote venait de découvrir le pessimisme.

Le pilote ne répondit pas.

Le train toucha le sol.

Rebondit.

Toucha une deuxième fois.

L’aile gauche descendit.

Quelque chose éclata sous l’appareil.

L’avion partit de travers.

À l'intérieur, les caisses arrachèrent leurs sangles.

L'une d'elles traversa la cabine.

Le copilote hurla.

Le Cessna quitta la piste dans un nuage de poussière, laboura plusieurs dizaines de mètres de désert, arracha un arbuste et s’immobilisa enfin.

Le moteur s’éteignit.

Silence.

Un homme releva lentement la tête.

— Tout le monde est vivant ?

Personne ne répondit.

— Je prends ça pour un oui.

Une portière s’ouvrit.

La nuit du Sonora entra dans l’avion.

Deux kilomètres plus loin, deux pickups attendaient dans le noir.

Les phares s’allumèrent.

Les moteurs démarrèrent.

Les hommes descendirent avant même l’arrêt complet des véhicules.

Six.

Puis huit.

Chemises légères, jeans, bottes, armes automatiques.

Ils coururent vers l’appareil.

Le pilote avait déjà ouvert la soute.

— Qu’est-ce que vous foutez ?!

— On décharge.

— Non. On repart.

L’homme qui venait de parler avait une trentaine d’années. Petite moustache, chemise blanche impeccable malgré la poussière, chaîne en or.

Le pilote le regarda.

Puis regarda son avion.

Puis revint vers lui.

— Avec quoi ?

L’homme ne comprit pas.

Le pilote désigna le train gauche.

Il n’était plus vraiment dans la catégorie des trains d’atterrissage.

— Répare-le.

Le pilote éclata de rire.

Personne d’autre.

Il s’arrêta.

— Ah.

Il regarda les hommes armés.

— Vous étiez sérieux.

Une caisse fut sortie de l’avion.

Puis une deuxième.

Sur la troisième, le bois céda.

Un sachet blanc tomba dans la poussière.

Personne ne le ramassa immédiatement.

Le pilote souffla.

— Ça aussi, j’imagine que c’est des pièces détachées.

La moustache se rapprocha.

— Tu peux le réparer ?

— Non.

— Qui peut ?

Le pilote regarda le train.

Puis le moteur.

Puis le désert.

Il réfléchit.

— Un mécanicien aéronautique.

La moustache lui colla presque son nez contre le sien.

— Ça, je savais.

— Alors pourquoi tu demandes ?

Un des hommes intervint.

— Il y a le Français.

La moustache se retourna.

— Quel Français ?

— Le gars d’Álamos.

— C’est un mécanicien automobile.

— Il répare tout.

— Un avion ?

L’homme haussa les épaules.

— J’ai dit qu’il réparait tout.

La moustache réfléchit.

— Ramène-le.

Le pickup traversa Álamos à une heure où les gens raisonnables dormaient.

Ils furent obligés de klaxonner pour faire partir un chien couché au milieu de la rue.

Le véhicule s’arrêta devant un garage fermé par deux grandes portes métalliques.

L’un des hommes descendit.

Il frappa.

Rien.

Il recommença.

— ¡Francés!

Une fenêtre s’ouvrit à l’étage.

— ¿Qué?

— Baja.

— No.

La fenêtre se referma.

L’homme resta planté là.

Il regarda son collègue dans le pickup.

Son collègue regarda ailleurs.

Il refrappa.

— ¡Manuel!

La fenêtre se rouvrit.

On distingua seulement une silhouette.

— ¿Qué quieres?

— Trabajo.

— Mañana.

— Ahora.

Un silence.

— Entonces cuesta más.

La fenêtre se referma.

Cette fois, l’homme sourit.

Quelques instants plus tard, une porte s’ouvrit.

Des bottes apparurent.

Un pantalon cargo militaire.

Un débardeur noir.

Puis un jeune homme passa sous la lumière jaune fixée au-dessus du garage.

Vingt ans.

Peut-être vingt et un.

Les cheveux bruns étaient plus longs qu’ils ne l’avaient été à Nice. Pas assez pour tomber véritablement sur ses épaules, suffisamment pour que certaines mèches refusent désormais toute autorité. Plusieurs mois de soleil avaient bruni sa peau. Il avait maigri aussi. Pas beaucoup. Juste ce qu’il fallait pour que les épaules paraissent plus larges et que les muscles de ses bras se dessinent naturellement sous la peau.

Il n’avait manifestement pas pris le temps de s’habiller.

Parce qu’il dormait habillé.

Il passa une main sur son visage.

Une jeune femme apparut derrière lui.

Longs cheveux noirs. Une chemise d’homme beaucoup trop grande. Jambes nues.

Elle s’appuya contre l’encadrement.

L’homme venu le chercher la regarda.

Puis regarda le Français.

Puis de nouveau la fille.

Le Français suivit son regard.

— Quoi ?

— Rien.

La jeune femme sourit.

Elle connaissait manifestement mieux que lui la réponse.

Manu récupéra ses lunettes sur une caisse à outils et les glissa dans une poche.

À son poignet gauche, entre la montre et sa main, deux fils usés dépassaient.

Un bleu.

Un rouge.

La fille attrapa doucement le bracelet.

— Toujours ce truc horrible ?

Manu baissa les yeux.

— C’est un objet mystique.

Elle éclata de rire.

— Bien sûr.

— Très puissant.

— Qui t’a donné ça ?

Manu récupéra son poignet.

Une seconde.

La mer.

Un homme aux cheveux noirs remplis de perles et de ficelles, debout sur le pont d’un bateau en pleine tempête, levant un doigt vers le ciel comme s’il négociait directement avec Dieu.

Ne touche pas au rouge.

Pourquoi ?

Parce que le rouge sait.

Quoi ?

Justement.

Manu avait regardé le bracelet.

Un gamin de douze ans peut faire ça.

L’homme avait paru profondément blessé.

Voilà pourquoi les enfants meurent jeunes.

Manu n’avait jamais compris cette réponse.

Il n’avait jamais retiré le bracelet non plus.

Il prit sa veste.

— Un ami.

La fille lui vola une cigarette dans le paquet.

— Ton ami est nul en bracelets.

— Je lui dirai.

Elle se pencha et déposa un baiser rapide au coin de ses lèvres.

L’homme qui attendait devant le garage leva un sourcil.

Manu passa devant lui.

— On y va ?

Le type resta encore une seconde immobile.

— Ouais.

Il regarda la fille.

Puis Manu.

— La vie est dure pour toi, Français.

Manu monta dans le pickup.

— Terrible.

Il dormit pendant presque tout le trajet.

À l’arrière.

La tête contre la cabine.

Bras croisés.

Le pickup sautait sur les pistes.

Ça ne semblait pas le déranger.

L’homme assis en face de lui le regardait depuis dix minutes.

Il finit par demander :

— Il dort vraiment ?

Le conducteur regarda dans le rétroviseur.

— Oui.

— Avec nous ?

— Apparemment.

— Il sait qui on est ?

— Oui.

L’homme réfléchit.

— Il est con ?

— Peut-être.

Une roue heurta une pierre.

Le Français ouvrit un œil.

— Je parle espagnol.

L’homme détourna le regard.

Manu referma l’œil.

Il se réveilla lorsque le pickup ralentit.

Le désert était immense.

L'avion se découpait sous quelques projecteurs improvisés.

Manu descendit.

Il s’arrêta.

Regarda l’appareil.

Puis les hommes.

Puis de nouveau l’appareil.

— Non.

La moustache s’avança.

— Quoi, non ?

— Je répare des voitures.

— On m’a dit que tu réparais tout.

— On t’a menti.

— Regarde au moins.

Manu ne bougea pas.

— Cent dollars.

Manu regarda l’avion.

— Pour regarder ?

— Pour réparer.

— Alors deux cents pour regarder.

Quelques hommes rirent.

La moustache, non.

— Cent cinquante.

Manu commença à repartir.

— Deux cents !

Il s’arrêta.

— Pour regarder.

La moustache serra la mâchoire.

— Pour regarder.

Manu revint.

Il passa sous l’aile.

Toucha le train.

S'accroupit.

Observa la fixation.

Le pilote vint à côté de lui.

— Tu connais les avions ?

— Non.

— Parfait.

Manu leva les yeux.

— Les voitures ?

— Oui.

— Les moteurs ?

— Oui.

— L'hydraulique ?

— Un peu.

Le pilote désigna l’appareil.

— Alors c'est une voiture qui a décidé de compliquer les choses.

Manu sourit légèrement.

Il continua son inspection.

Quelque chose l’arrêta.

Il revint en arrière.

Toucha une pièce.

Regarda ses doigts.

Puis la fixation.

— Ça s’est cassé à l’atterrissage ?

— Oui.

— Non.

Le pilote fronça les sourcils.

Manu approcha une lampe.

Le métal n’avait pas rompu comme il aurait dû.

Une pièce avait été fragilisée.

Avant.

Il releva la tête.

— Quelqu’un voulait que votre avion se pose ici.

La moustache ne souriait plus.

Au loin, une lumière apparut.

Puis une autre.

Puis quatre.

Le pilote murmura :

— Et je crois qu’il vient vérifier.

Les hommes coururent vers leurs armes.

Manu resta sous l’aile.

Il regardait les lumières.

Puis les pickups.

Puis l’avion.

Puis les caisses.

La moustache arma son fusil.

— Combien ?

Un homme grimpa sur le capot.

— Trois véhicules. Peut-être quatre.

— On les attend.

Manu releva la tête.

— Mauvaise idée.

La moustache se tourna.

— Je t’ai demandé ?

— Non.

Manu retourna vers le train.

Une seconde passa.

— Pourquoi ?

Il indiqua les projecteurs.

— Parce qu’ils voient exactement où vous êtes.

Silence.

Les hommes regardèrent leurs propres lumières.

Manu montra ensuite les caisses.

— Et exactement ce qu’ils viennent chercher.

La moustache réfléchit.

— Éteignez tout.

— Non.

Cette fois plusieurs armes se tournèrent légèrement vers lui.

Manu regarda la moustache.

— Si tu éteins, ils savent que tu les as vus.

Il montra un pickup.

— Celui-là roule ?

— Oui.

— L’autre ?

— Oui.

— Combien de carburant ?

— Pourquoi ?

Manu soupira.

— Parce que je suis mécanicien et que j’adore parler d’essence.

Le pilote éclata de rire.

La moustache le fusilla du regard.

Manu observait déjà le terrain.

Quelque chose s'organisait.

Pas encore un plan.

Des possibilités.

Le camion.

La piste.

Les lumières.

L'avion.

Les caisses.

La pente légère vers l’est.

Une radio.

Le vent.

Il attrapa la radio.

— Leur fréquence ?

— Quoi ?

— Vous communiquez comment avec l’avion ?

Le pilote lui indiqua le canal.

Manu regarda les lumières approcher.

Puis il sourit.

Très légèrement.

— D'accord.

La moustache connaissait ce sourire depuis moins de trente minutes.

Il ne l'aimait déjà pas.

Le premier pickup partit vers le nord avec deux caisses à l’arrière.

Plein phare.

Bien visible.

Le deuxième traversa la piste dans la direction opposée.

Les hommes restés près de l’avion continuèrent de charger comme si rien ne se passait.

À cinq cents mètres, les véhicules ennemis se séparèrent.

Deux suivirent le pickup.

Un continua vers l’avion.

Manu regarda.

— Trois.

La moustache sourit.

— Tu vois ?

— J’en avais compté quatre.

Le sourire disparut.

Une détonation claqua.

Le projecteur explosa.

— Voilà le quatrième.

Les premiers tirs traversèrent la piste.

Tout le monde plongea.

Manu aussi.

Il n’était pas invincible.

Une balle frappa l’aile au-dessus de lui.

Il rampa derrière une roue.

Les hommes ripostèrent.

La nuit explosa.

Muzzle flashes.

Poussière.

Moteurs.

Hurlements.

Manu observa.

Pas les hommes.

Le mouvement.

Le quatrième véhicule n’avançait pas.

Il bloquait la sortie sud.

Le troisième arrivait par l’ouest.

Les deux autres comprendraient bientôt le leurre.

Ils n’avaient plus beaucoup de temps.

— Donne-moi les clés.

La moustache tirait.

— Quoi ?

— Les clés !

— De quoi ?

Manu désigna le pickup.

— Du grille-pain, connard !

Les clés volèrent.

Il les attrapa.

Monta.

Le moteur démarra.

Il passa la première.

Puis s’arrêta.

Regarda le levier.

— C’est quoi cette merde ?

Le pilote hurla :

— La marche arrière !

— Je vois !

— Alors pourquoi tu la passes ?!

Manu changea de rapport.

Le pickup bondit.

— Français !

Trop tard.

La piste disparut sous les roues.

Le pickup prit de la vitesse.

Soixante.

Quatre-vingts.

Cent.

Manu corrigea.

Trop.

L’arrière partit.

— Merde.

Contrebraquage.

Le véhicule revint brutalement.

Une balle traversa la vitre arrière.

Manu baissa la tête.

Devant lui, la piste tournait.

Il freina comme il l’aurait fait sur l’asphalte.

Erreur.

Les roues avant glissèrent.

Le pickup partit tout droit.

Manu vit le cactus.

— Ah.

Le cactus disparut sous le pare-chocs.

Le véhicule rebondit.

Manu récupéra le volant.

Derrière, un autre pickup apparaissait.

Cette fois il anticipa le virage.

Frein plus tôt.

Relâcha.

Inscrivit le nez.

Accéléra.

L’arrière dériva.

Moins.

Mieux.

Le poursuivant perdit quelques mètres.

Manu regarda brièvement dans le rétroviseur.

— D'accord.

Le troisième virage arriva.

Il ne freina presque plus.

Le pickup glissa exactement où il voulait.

Et quelque chose venait de se produire.

Quelque chose d’infime.

Son corps avait compris avant lui.

Le choc arriva sur le côté.

Le poursuivant venait de le rejoindre.

Métal contre métal.

Manu partit vers la portière.

Il redressa.

Deuxième choc.

La piste se rétrécissait.

À droite : roche.

À gauche : ravin sec.

Le conducteur adverse recommença.

Manu regarda devant.

Puis son rétroviseur.

Puis la paroi.

Il ralentit.

L’autre accéléra pour le pousser.

Manu freina brutalement.

Le pickup ennemi passa devant.

Manu braqua.

Le percuta derrière la roue.

L'autre véhicule pivota.

Pas complètement.

Mais suffisamment.

Il heurta la paroi et s’immobilisa.

Manu continua vingt mètres.

Puis s'arrêta.

Il regarda dans son rétroviseur.

— Putain.

Il venait de comprendre quelque chose.

Il aurait dû continuer.

Il descendit.

Évidemment.

L’homme sortit du pickup accidenté.

Grand.

Très grand.

Du sang sur le front.

Il vit Manu.

Il sourit.

Manu regarda sa taille.

— Évidemment.

Le premier coup l’atteignit en pleine mâchoire.

Manu tomba.

Pas héroïquement.

Comme un type de vingt ans qui venait de prendre un poing de cent kilos dans la gueule.

Il roula.

L'homme le releva.

Deuxième coup.

Manu bloqua partiellement.

Genou.

Coude.

Son kickboxing revint.

Nice revint.

Une salle.

La sueur.

Les entraînements.

Mais l’homme était puissant.

Manu recula.

Un autre coup.

Il esquiva.

Son pied glissa dans le sable.

L’homme l’attrapa.

Le projeta contre le pickup.

Manu vit les étoiles.

Puis une clé à molette dans la benne.

Il la regarda.

L’homme aussi.

Manu secoua la tête.

— Non.

Il prit une poignée de sable.

La lança dans ses yeux.

— Ça, c’est mieux.

L’homme hurla.

Manu frappa.

Une fois.

Deux.

Genou.

Il utilisa la portière.

L’homme s’effondra.

Manu resta contre le pickup.

Essoufflé.

Sa lèvre saignait.

Il regarda la clé à molette.

Puis l’homme.

— J’allais pas te frapper avec.

Silence.

— Probablement.

Le soleil apparut derrière les montagnes.

Lorsque Manu revint vers la piste, le désert avait changé de couleur.

Orange.

Rouge.

Or.

Les hommes terminaient de déplacer les dernières caisses.

La moustache le regarda descendre du pickup cabossé.

— C’était mon véhicule.

Manu regarda la carrosserie.

— Était.

Le pilote éclata de rire.

La moustache hésita entre tuer le Français et rire avec lui.

Il choisit de ne faire ni l’un ni l’autre.

— Et l’avion ?

Manu regarda l’appareil.

Longtemps.

Puis le pilote.

— Toujours cassé.

Cette fois même la moustache rit.

À neuf heures, Álamos vivait déjà.

Les façades jaunes, rouges et ocres absorbaient le soleil. Les arcades découpaient des bandes d’ombre sur les trottoirs. Une vieille Chevrolet passa devant une femme qui vendait des fruits. Deux gamins coururent derrière un ballon. Une radio crachait une chanson depuis une fenêtre ouverte.

Manu traversa la rue.

Lèvre fendue.

Poussière jusque dans les cheveux.

Débardeur déchiré.

Une vieille femme installée devant une boutique le regarda.

— Manuel.

— Señora.

Elle regarda son visage.

— Otra vez.

— No.

Elle désigna sa lèvre.

— ¿No?

Manu réfléchit.

— Un poco.

Elle secoua la tête.

Une jeune femme passa avec une amie.

Elle regarda Manu.

Puis continua.

Puis se retourna.

Son amie aussi.

Manu ne vit rien.

La vieille femme, si.

Elle leva les yeux au ciel.

— Idiota.

Manu s’arrêta.

— ¿Yo?

— Sí. Tú.

Il haussa les épaules et continua.

Le garage était ouvert.

La fille de la nuit était partie.

Sur une caisse, elle avait laissé sa chemise.

Manu la ramassa.

La sentit.

La posa sur son lit.

Il se déshabilla jusqu’à la taille et passa sous l’eau.

L’eau était froide.

Il resta dessous.

La poussière dessina des lignes sombres sur son torse avant de disparaître.

Sur son flanc, un bleu commençait déjà à naître.

Au poignet :

rouge.

Bleu.

Toujours là.

Il passa le pouce dessus.

La mer lui revint.

Une seconde seulement.

Un bateau roulait dans une houle énorme.

Un homme marchait sur le pont comme s’il était parfaitement sobre.

Il ne l’était absolument pas.

Des cheveux noirs jusqu’aux épaules.

Des perles.

Une barbe en bataille.

Des bagues.

Une chemise ouverte.

Il parlait à trois personnes.

Il était seul.

— Nous sommes tous d’accord.

Il s’arrêta.

Écouta.

— Non.

Il tourna la tête vers personne.

— Toi, personne ne t’a demandé.

Puis il aperçut Manu.

— Français !

Manu leva les yeux de son seau.

— Quoi ?

L’homme leva le bracelet bleu et rouge.

— J’ai terminé.

Manu le regarda.

— C’est ça ?

Le capitaine se figea.

— Ça ?

— Un gamin de douze ans fait pareil.

Le capitaine regarda le bracelet.

Puis Manu.

Puis quelqu’un d’invisible à sa droite.

— Il n’est pas prêt.

Manu retourna à son seau.

— Je t’entends.

— Je ne te parlais pas.

L'eau s'arrêta.

Manu ouvrit les yeux.

Álamos.


Il attrapa une serviette.

Dans sa chambre, son sac était posé sous le lit.

Il l'ouvrit.

Quelques billets.

Des vêtements.

Une photo.

Et un journal français plié plusieurs fois.

Il resta immobile.

Puis le sortit.

NICE.

Quelques lignes.

Une photographie.

SASHA ASIMOV.

Manu ne lut pas l'article.

Il connaissait les mots.

Il replia le journal.

Le remit au fond.

Referma le sac.

Puis le poussa sous le lit.

Dehors, quelqu'un klaxonna.

— ¡MANUEL!

Il passa la tête par la fenêtre.

— ¿Qué?

— ¡Mi coche!

Manu regarda la voiture fumante devant le garage.

— Está muerto.

— ¡Repara!

— Compra otro.

— ¡MANUEL!

Il sourit.

La vie reprenait.

À soixante kilomètres de là, un homme s'accroupit devant les traces de pneus.

Il observa la piste.

Le pickup abandonné.

Les impacts.

L'avion.

Un homme attendait derrière lui.

— Qui a fait ça ?

— Les gars de Vargas.

— Non.

Il montra les traces.

— Ça.

Silence.

— Un mécanicien.

L’homme se releva.

— Quel mécanicien ?

— Un Français.

Il épousseta son pantalon.

— Il travaille pour Vargas ?

— Non.

— Pour qui ?

— Personne.

Cette réponse l'intéressa.

— Il s'appelle comment ?

L'autre hésita.

— Manuel.

— Manuel quoi ?

— Je sais pas.

L'homme regarda le désert.

Puis sourit.

— Trouve.

À Álamos, Manu était sous une voiture.

Une paire de jambes féminines apparut devant lui.

Bottes.

Jupe courte.

Il continua à travailler.

— Manuel ?

— Mmh.

— Tu vas rester dessous longtemps ?

— Ça dépend.

— De quoi ?

— De ce que tu veux.

Silence.

Manu s'arrêta.

Deux secondes.

Puis il glissa hors de la voiture.

La jeune femme le regardait.

Il avait de la graisse sur la joue.

Le débardeur noir collait encore légèrement à sa peau humide. Une mèche tombait devant ses yeux.

Elle oublia manifestement pendant une seconde pourquoi elle était venue.

Manu attendit.

— Alors ?

Elle cligna des yeux.

— Ma voiture.

Il regarda derrière elle.

— Ah.

Elle sourit.

— Quoi « ah » ?

— J'espérais autre chose.

Cette fois, elle rit.

Manu se releva.

Il passa devant elle.

Le bracelet bleu et rouge dépassait de son poignet.

Le soleil frappa les vieilles façades d’Álamos.

Quelqu'un mit la musique plus fort.

Manu ouvrit le capot.

Regarda le moteur.

— Fais voir.

Et quelque part, très loin de là, une information venait de commencer à voyager.

Pas encore vers Asimov.

Pas encore vers ATLAS.

Pas encore vers Rodman.

Juste un nom.

Un Français.

Un jeune mécanicien.

Un type qui n’appartenait à personne.

Pour l'instant.

El Francés.

Et six mois après avoir fui Nice, Emmanuel Elga ignorait encore une chose.

Le plus difficile n'avait pas été d'arriver jusqu'au Mexique.

Ce serait d'en repartir.



💬 Commentaires 5

Connectez-vous pour commenter ce chapitre.
Lana • 1 jour, 21 heures modifié
J'ai bien aimé la rencontre des deux clans, le combat, les blessures. Tout est bien représenté. Manu est trop fort malgré que ça parte en live.
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Splinter Auteur • 1 jour, 20 heures
Ah et j'ai mis un peu de petits plans de l'anatomie de Manu doucement comme ça pour préparer le terrain, des préliminaires soft qui risquent fort de partir en vrille à partir du 3 ème ou 4eme épisode... Tu voulais du cul donc je vais faire ça doucement jusqu'àu bestial 😉
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Lana • 1 jour, 20 heures modifié
😂 Je ne voulais pas du cul. J'aime pas ça. Je voulais de la romance.
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Splinter Auteur • 1 jour, 20 heures
Ouais du cul de poète 😉
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Lana • 1 jour, 19 heures
Voilà.
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