Chapitre 23 : Une virée vers les étoiles
Pour ce chapitre je vous propose : Monster de Alan Walker et Emyrson Flora. https://www.youtube.com/watch?v=vv0YJOY5txc
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Sans poser plus de questions, je monte dans la voiture d’Allan. Pourquoi ? Je ne sais pas ? Je n’ai plus rien à perdre de toute façon.
Le moteur ronronne doucement, c’est agréable. Derrière nous, la silhouette de la ville s’efface peu à peu dans le rétroviseur. Devant nous, peu à peu la nature se dessine, avec elle une route départementale qui serpente entre les champs de blé, loin de l’asphalte et du béton aussi froid que la Nébuleuse du Boomerang. Une nébuleuse qui a perdu son étoile où il règne un froid s’approchant du zéro absolu d'environ -272 °C. En soit, un peu comme moi qui vient de perdre Sacha… Est-ce que mon coeur froid va devenir encore plus froid que le fond diffus cosmologique lui aussi ?
Je m’enfonce dans le siège passager, plus concentré à fixer mes baskets que de profiter du paysage qui danse derrière la fenêtre. Les mains enfoncées dans les poches de mon sweat à capuche, trop grand pour moi. Allan lui, conduit silencieusement, d’une main tranquille sur le volant. Il n’a pas besoin de dire un seul mot, je sais qu’il me comprend. L’année dernière, il a vécu l’enfer, touchant le fond de l'abîme mais il en est ressorti plus fort. Je commence à comprendre pourquoi Sacha en a fait son grand frère de coeur, c’est un mec bien. Ce genre de frère que l’on aimerait avoir, qui ne posent pas trop de question, ne donne pas de leçon qui sait être là, tout simplement.
Une playlist d’Alan Walker tourne en boucle dans l’habitacle, posant une ambiance tranquille dans ce voyage improvisé. Allan baisse la vitre, laissant l’air frais de la campagne s’engouffrer dans l’habitacle. L’odeur de l’herbe coupée tranche pas mal avec l’odeur du goudron mouillé de mon quartier coincé entre deux tours. Petit à petit, au côté d’Allan, j’ai comme l’impression de m’évader…
Dans le visage d’Allan, j’arrive à lire simplement : Je sais Nolan, je sais exactement ce que tu ressens. Il baisse un peu la musique et confirme mes pensées :
- Alors ? Ça fait du bien de lâcher prise, hein ? Tu ne veux toujours pas m’expliquer ce qu’il s’est passé ce matin.
- Sacha a vu mes cicatrices, et il m’a tenu le bras devant toute la classe. Ils m'ont tous vu, ils ont tous vu que je me détruit… Je ne sais pas comment les autres vont me voir maintenant.
- Ouais... Je comprends mieux… T’en fais pas, là où je t’emmène, Il n'y aura personne pour te juger. C’est un endroit important pour moi. Je t'expliquerai quand on y sera.
Il remonte la musique et nous nous évadons tous les deux, loin de toute la pression de la ville, loin de toute la pression du lycée… Je pense qu’au fond de lui, Allan a encore besoin de ces moments hors du temps, sans trop penser à rien.
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Il donne un coup de volant pour s’engager dans un chemin de terre. La voiture à un peu de mal à monter la colline, mais nous arrivons en un seul morceau à son sommet. Il se gare, sort de la voiture, écarte les bras et respire un grand coup. J’hésite quelques instants à le rejoindre dehors, avant d’à mon tour sortir de ma petite cage d’acier.
En face de nous l’immensité du vide, me prends au cœur, surplombant absolument toute notre ville, du haut d’une falaise que je ne connaissais pas. La vue est magnifique, même en plein jour, c’est à couper le souffle. C’est un peu comme si l’immensité du ciel bleu écrase notre ville, cette ville qui m’étouffait encore il y a quelques heures. D’ici notre ville me semble tout de suite beaucoup moins impressionnante, moins oppressante. Elle n’est plus qu’un patchwork de bâtiments de mille et une couleurs, qui parfaire ce paysage grandiose.
- Ouah ! C’est … magnifique.
- T’as vu ça ! C’est ici que tout à commencé et que tout s’est terminé pour moi.
- Comment ça ?
Allan ne me répond pas tout de suite, il se baisse comme à la recherche de quelque chose sur le sol. Je le vois qui sonde la terre et l’herbe du regard. J’essaye de l’aider même si je ne sais absolument pas ce qu’il recherche. Je me baisse aussi et l'imite sans trop savoir ce que nous cherchons. Alors que je balaye du regard les cailloux et la poussière, je remarque une forme géométrique à moitié dissimulée sous une racine. Il s’agit d’un dé, mais pas aux couleurs inversées : des faces d’un noir profond piquées de quelques points blancs. Sur le sol herbeux, étrangement il ressort comme une étoile tombée du ciel.
- C’est ça que tu cherches, Allan ?
Son visage s’éclaire d’un coup, comme le ciel nocturne se part de ces milles et une lumière.
- Ouaip c’est exactement ça ! Le destin fait bien les choses, il fallait que ce soit toi qui mette la main dessus. Tu vois ce dé à des pouvoirs magiques, si tu le bouges comme ça entre tes doigts...
Il s’empare du dé qu’il agite entre ses doigts avec une telle aisance qu’il donne l’impression de s'envoler entre ses phalanges.
- …tu vas oublier tous tes problèmes.
- Mmmh,fis-je un peu sceptique mais fasciné.
- C’est ce que m’avait promis le majordome de mon géniteur quand j’étais enfant, depuis je n’ai jamais abandonné ce dé et dans ma poche à l'abri des regards, je l’ai fait tourner inlassablement. Je l’avais quand mon premier amour, le frère de Sacha a étendu ses ailes à cet endroit précis. Je l’avais quand j’étais au plus bas durant l’année dernière quand j’ai cru pouvoir être de nouveau amoureux. Je l'avais quand j'ai encore perdu celui que je pensais aimer. Je l’avais quand j’étais à l’hosto avant que Zach ne me donne son poumon. Je l’avais quand je suis venu ici avec lui trois ans après le drame. Je l’ai déposé ici, pensant ne plus jamais en avoir besoin mais aujourd’hui je te le donne.
Il réouvre sa paume et me tends ce petit dé noir, comme s’il s’agissait d’un petit trésor rien qu’à nous deux :
- Dis toi que c’est comme une promesse. Quoi qu’il se passe. Quoi qu’il arrive. Tout comme ce dé continue d'avancer et je serais à tes côtés parce que je connais ce que tu traverses et je sais que toi aussi tu peux le surmonter.
Comme une promesse silencieuse, j’attrape le dé qu’il me tend. Je le prends à mon tour et réalise à quel point Allan est d’une certaine manière autant perdu que moi.
J’imite doucement le geste qu’il m’a montré à l’instant. Je commence à faire tourner le dé entre mes doigts, petit à petit la danse des points blancs sur leurs fonds noirs ressemble à l’envolée d’une étoile filante qui parcourt le ciel nocturne.
Je fixe ce mouvement hypnotique. En vrai… il faut avouer que ça fait du bien. La tempête dans mon crâne commence doucement à s’estomper laissant place à un ciel clair, qui arrive doucement au rythme de ce dé noir qui tourne inlassablement entre mes doigts.
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