Partir et/ou mourir deux fois
Partir, atteindre, revenir et partager
C’est mourir deux fois
Au retour et à l’aller
Et puis un jour, il se décide : son toit s’étendra jusque dehors. Après tout, c’est son droit de virer bâbord quand le vide dévore les paroles des sourds.
Implantées, les pierres demeurent immobiles, à l’appel du vent, aux invites des sirènes, toujours empilant sans la moindre gêne un présent stérile sur un désuet hier.
À demeurer sur place, on bâtit des prisons, on préserve un confort par de lourds cadenas. On a toujours le tort de rattacher ses pas à l’imagination d’ennuyeux palaces.
Et puis partir est toujours moins difficile que l’idée préchauffée. Tenir, jour après jour, s’avère le seul deal en fait, et le plus compliqué : alimenter son mobile en conservant ses visées dans la mire, quoi qu’il arrive.
Il tire les volets et jette la clef, abandonne la crasse sur les matins pâles et le sordide aux nuits insatisfaites. Désormais, ses souliers iront chanter sous le bruit des tempêtes ; il jalonnera de ses lacets le bord des chemins sales.
Il n’est pas libre. Pas encore. La route n’est qu’une voie où se retrouvent vaincus et convaincus. Vivre n’est pas se satisfaire du décor. La voûte n’affiche pas une simple vue, c’est aussi l’enfer sous lequel errent tant d’âmes perdues.
Des voyages aux confins de soi, beaucoup s’y complaisent, fleurtant avec les abîmes, s’y perdant, s’amourachant des falaises, blêmes parois pour écrins de mirages.
Combien gravissent des monts inexplorés et saluent le soleil en frère ? Combien redescendent pour en parler, dédaignant la bouteille, partageant le vécu, la piste, la misère et l’entrain ? Combien sont-ils, ceux qui en sont revenus plus forts et qui, d’une main, sortent le réconfort, quand de l’autre ils balisent des chemins d’argile ?
Nul n’est grand à ne vivre qu’avec soi, à ne vaincre que ses peurs, à se contenter de n’être plus un enfant. La grandeur se situe ailleurs. Sur ceux qui reviennent les bras chargés de leurs conquêtes et déposent aux pieds de l’Humanité un peu de libre et de valeur.
Il marche. Il cherche. Dans sa tête, la même loi se répète : ceux qui ont tu leurs brûlures pour des gloires égoïstes, dorment ; ceux qui ont bâti le futur sur des exploits altruistes, réforment.
septembre 2019
💬 Commentaires 24
Il y a quelque chose dans ce texte qui m'évoque Notre besoin de consolation est impossible à rassasier (Stig Dagerman).
Un bon texte encore une fois, je rejoins Anne, plus philosophique que poétique :)
Et j'aime ton titre :)