Îlitude

Quand vient l’automne, mon îlitude se glisse dans le lit, amante fidèle, se pelotonne au chaud contre ma hanche, attendant que de ma main je caresse ses courbes comme une habitude couvre le sordide. Dès que la distance s’installe, elle revient se lover sur mes épaules, sans un mot, se fait charmeuse, danse des lendemains qui s’effritent, chante des espoirs que je ne mérite. Son absence me larde d’inquiétude, réclame sa solitude comme une drogue fuyante dont l’esprit abuse quand du réel il ne sait plus s’amuser.
Mon îlitude est fantasque dans ses visites, promet maints voyages, joue de ma soif de découverte, et m’égare sur des mers dangereuses avant de s’éloigner en ne laissant de son passage que meurtrissures et tours désenchantées. Pourtant je ne sais me passer d’elle, de ses nuages étranges ou de ses galaxies lointaines. Je désire son corps lisse sur mes brûlures, ou que ses écailles venimeuses sillonnent ma mémoire pour l’ensemencer de joies déformées par le temps. Je voudrais qu’elle m’emporte au pays de ses illusions mais toujours elle m’abandonne, cruelle courtisane sans remords, à mon ordinaire de routines. Parfois son humeur taquine m’entraîne sur des pentes escarpées où la lune trace des chemins d’étoiles, où la musique de royaumes fascinateurs délie mes entraves et dont je reviens plus riche d’éphémères créatives. Mais, d’autres fois, les versants de ses montagnes sombrent dans des abîmes de vicissitudes incohérentes et je m’y noie pour ne me réveiller que plus tourmenté encore.
Je la perds sur des impératifs, la croise entre deux absences, la câline sous la pluie et l’oublie en pleine lumière; notre relation est trop décousue pour que je la comble et je n’en retire que frustration. Si elle me reproche mon attitude, n’y décelant que servitude improductive alors que je n’y dessine que des rivages à fleur de beau, je lui ramène un sourire dans une jolie barque méditerranéenne bordée de coraux fantastiques. Tour à tour nous entraînons nos fantasmes dans l’océan de l’autre, retournons nos sols aux soleils mauves pour qu’y germent de fictives chansons et que les arbres du possible s’y étirent.
Qu’importent les cicatrices et les regrets, mon îlitude étale le baume sur mes désillusions et masse les douleurs en silence. Elle offre en son sein un refuge pacifique dans lequel je m’enfonce sous des ondes jouissives. Qu’importe que je ne la comprenne, qu’importent nos lâchetés et nos attirances, elle est Femme et je suis Homme.
juillet 2017
💬 Commentaires 23
Une vision emplie de poésie d'une relation qui me semble non définie, deux électrons libres qui ont besoin de se toucher pour une seconde d'électricité, pour oublier leur solitude.
C'est très beau, métaphorique à souhait, bravo.