Psaume II
La prière terminée, Angelo activa le projecteur, qui s’illumina, projetant de manière saisissante les enluminures contenues dans son programme ; un souffle de stupéfaction et d’émerveillement s’éleva des bancs. Les murs s’étaient parés de reproductions des fresques ornant la Sixtine originelle. De tous côtés, s’étalaient les fresques de Le Pérugin, de Cosimo Rosselli et de Botticelli. Au plafond, irradiait la merveille des merveilles, reproduite avec une telle qualité de modélisation qu’un œil non avisé ne saurait différencier la véritable de l’hologramme : la voûte peinte par l’inimitable Michelangelo. La stupeur retomba, le père Angelo récita alors son sermon.
La messe s’acheva alors que Pacem atteignait son zénith. Et les colons se rendirent sous un grand chapiteau commun pour partager le repas dominical : les femmes s’affairaient à réhydrater les rations lyophilisées, les hommes à discuter bruyamment des futures récoltes. Le père Angelo arpentait nonchalamment l’allée principale d’Esperanza, simple bande de terre battue qui sinuait entre les préfabriqués. Il observait avec attention les petits lopins de terre qu’avaient judicieusement aménagés les colons et sourit à la pensée que, d’ici un ou deux ans, de jeunes enfants gambaderaient au milieu des fleurs et du gazon fraîchement tondu.
Il sorti de sa rêverie et esquissa un demi sourire : pour le moment, il ne s’agissait que de terre brute, à peine retournée. Et le père Angelo savait que les colons devraient s’armer de patience et d’abnégation avant de jouir de la pénible gageure d’être les premiers à habiter ce monde. Ils avaient fait le choix de limiter leur technologie au peu qu’ils avaient prélevé du vaisseau : des frigos pour conserver les aliments frais (quand il y en aura) et lyophilisés, la sphère holo, de l’équipement médical, du matériel agricole… Pour le reste, ils devraient se débrouiller. Angelo savait que préparer la colonie pour la seconde vague de colonisation s’avèrerai très difficile, mais il ne doutait pas un seul instant de la volonté de ses paroissiens, ni de leur foi, inébranlable. Il arriva à la lisière des champs cultivés sans s’en rendre compte. Il huma avec délice l’odeur de la terre fraîchement travaillée, de l’herbe et de la forêt puis rejoint le reste des colons pour déjeuner.
Le repas se composait d’une omelette et de tranches de lard fumé, ainsi que d’une petite boule de pain préparée avec leur réserve de farine et, au ravissement de tous, une salade de champignons frais que les éclaireurs avaient dégotés quelques jours plus tôt. Angelo dévora son assiette, par habitude, et se délecta des champignons, savoureux, relevés de poudre d’ail et d’herbes aromatiques. Il s’essuya les lèvres, puis avisa son vis-à-vis, un grand homme bâtit comme un arbre, les cheveux blonds marqués par le port perpétuel d’un Stetson. Aaron Frasier engloutissait son assiette d’un appétit féroce, seulement interrompu par de grandes lampées d’eau fraiche. Angelo lui adressa un sourire entendu, conscient que le chef des opérations de viabilisation de la colonie –et son Maire- avait travaillé toute une partie de la nuit à relier les filtres et les pompes à eau à la rivière qui s’écoulait du nord.
— Tout va bien, mon père ? demanda Frasier entre deux mastications.
— Parfaitement bien, Aaron, je vous remercie. Je constate avec joie que les effets du cryo-sommeil s’estompent rapidement.
Frasier éclata d’un rire gras qui résonna par-dessus le brouhaha des discussions. Il finit son verre d’une traite et le reposa en claquant sur la table.
— ‘faut dire qu’avec tout le travail à faire, nous n’avons pas vraiment le temps de nous occuper du mal du sommeil…
— Et votre épouse, comment se porte-t-elle ?
— Bien mieux… Enfin je crois. C’est un gros changement pour elle, vous savez. Heureusement que vous êtes là pour la rassurer par vos bons mots. Elle a été très impressionnée par votre sphère !
— Oui, j’escomptais produire quelque effet. Mais ce n’est qu’un gadget, en attendant d’édifier l’église définitive. Votre équipe a déjà fourni un travail formidable sur les fondations. Quand pensez-vous pouvoir démarrer la construction ?
— Pas avant l’arrivée du Gabriel, mon père, j’en ai bien peur…
Il tapota son menton du bout du doigt, en pleine réflexion.
— Si tous s’est passé comme prévu, ils ont dû partir six mois après nous, reprit-il.
— Donc, encore cinq mois d’attente…
— Tout juste ! D’ici là, nous devrions pourvoir récolter les premiers…
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