Psaume VI

📖 In Nomine Patris. ✍️ PrinceVelihan 📝 649 mots

Le père Angelo déambulait, hagard, au milieu de l’allée principale d’Esperanza, où régnait un silence assourdissant. Il s’était réveillé au milieu de la prairie, le corps meurtri, et avait piètre allure dans sa toge déchirée et dégoulinante d’eau. Il avait rejoint la colonie en claudiquant, s’enquérant de la présence de ses paroissiens, sans succès. Vide. Esperanza était désespérément vide et drapée d’un manteau de brume, comme chaque matin succédant à une nuit d’orage. Il marchait mollement, suivant la route jusqu’à l’église avec l’espoir d’y trouver de la vie. L’absence de bruit l’oppressait bien au-delà de celle des villageois. Pas un piaillement d’oiseau, pas un seul souffle de vent ; tout semblait s’être arrêté de vivre. Il arriva finalement devant la petite église, eut une lueur d’espoir en apercevant du mouvement à l’intérieur, vite refroidie lorsqu’il y pénétra. Les bancs, la nef, le confessionnal étaient vides. Il contourna le bâtiment : peut-être étaient-ils tous autour du chantier de la future église ? Pour… Pour… Pour faire quoi ? Frasier lui avait dit que le chantier ne reprendrait qu’à l’arrivée de la prochaine vague de colons. Il décida d’aller voir quand même. Il irait ensuite aux champs, quand bien même ses jambes le portaient à peine… Il n’était qu’à quelques mètres des fondations quand une odeur pestilentielle lui agressa les narines, l’obligeant à se recouvrir le nez. Il scruta aux alentours, à la recherche d’un cadavre d’animal, en vain. Non. Cela venait des fondations, il en avait la certitude. Il s’en approcha prudemment, se pencha pour regarder au fond, tomba à genoux et vomi sans pouvoir se contenir.


— Oh, mon Dieu ! Non !


Les fondations étaient jonchées des cadavres déchiquetés, piétinés, desséchés ou en partie dévorés des colons. Leur état était tel qu’il ne reconnaissait personne. Mis à part, peut-être, le corps de Frasier, celui à côté duquel reposait un Stetson en partie déchiré. Angelo pleura abondamment, leva des poings rageurs vers le ciel.


— Seigneur, non ! Pourquoi ? Comment t’avons-nous offensé ? Ces pauvres gens ne méritaient pas cela ! Ces pauvres gens… tes enfants, Seigneur… pourquoi mettre ma foi à l’épreuve de cette manière ? Pourquoi ne pas t’en prendre à moi directement ?


Puis il s’effondra, de nouveau en larmes, le visage enfoncé dans le creux de ses mains.

En même temps que ses yeux exultaient sa douleur, les images de ses démons refirent surface, prégnantes, écrasantes, suffocantes … une odeur de soufre… les feux de l’enfer… Il libéra son visage, et tout changea autour de lui : le ciel devint rouge sang, le vent se leva, brûlant, le sol se craquela, libérant des flots de magma… les feux de l’enfer… Le père Angelo sentit une présence derrière lui, il se retourna et se trouva face à une jeune enfant, une fillette, qui le toisait de ses yeux d’un noir abyssal, le visage fendu d’un rictus carnassier, de petites dents acérées dépassant de lèvres ensanglantées… la petite Marie, pensa-t-il. Celle-ci s’approcha et, d’un geste d’une force inhumaine, le propulsa au fond de l’excavation. Derrière la fillette, les chimères qui hantaient ses cauchemars depuis l’enfance se mouvaient sournoisement : le Basilic, ondulant, sifflant la gueule grande ouverte, sa langue de serpent fendant l’air. Le Cocatrix, martelant le sol de ses énormes pattes de volatile. Le Wendigo, au corps humain décharné, les mâchoires terrifiantes claquant l’air, menaçantes. La fillette se mit à quatre pattes, ouvrit démesurément la bouche, puis son corps s’allongea, ses mains se muant en pattes félines, une queue transperçant son arrière train ; celle d’un scorpion qui claquaient dans l’air. Elle grossissait, encore et encore, déchirant les chairs du petit corps qui disparut pour laisser place à une Manticore abominable. La bête sauta dans le trou et posa son énorme patte sur le torse d’Angelo, cambra l’échine, ouvrit sa gueule en grand, et se jeta sur le prêtre, tétanisé.


— Oh Seigneur, délivre-nous du m…


FIN

💬 Commentaires 0

Connectez-vous pour commenter ce chapitre.
💬

Aucun commentaire pour le moment

Soyez le premier à partager vos impressions !