Chapitre 8 – Les années invisibles | 8 skyrius – Nematomi metai

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Chapitre 8 – Les années invisibles | 8 skyrius – Nematomi metai

Pendant longtemps, il ne s'est rien passé.

Ou du moins, rien qui ressemble à ce que l'on raconte habituellement dans les histoires d'amour.

Il n'y a pas eu de déclaration soudaine. Pas de rendez-vous. Pas de premier baiser. Pas même la certitude que quelque chose était en train de naître.

Il y avait simplement deux personnes qui continuaient à se parler.

Encore.

Et encore.

Les jours devenaient des semaines.

Les semaines devenaient des mois.

Les mois devenaient des années.

Et sans que ni Gabriel ni Ieva ne s'en rendent véritablement compte, une place se construisait.

Pas une place spectaculaire.

Une place quotidienne.

La plus dangereuse de toutes.

Parce qu'on ne remarque pas immédiatement quand quelqu'un devient important.

On le remarque seulement quand cette personne n'est plus là.

Gabriel apprenait Ieva morceau par morceau.

Pas comme on lit une biographie.

Comme on découvre un paysage.

Lentement.

Avec le temps.

Il apprit son enfance loin de la Lituanie, dans cet Afghanistan que peu de gens imaginent lorsqu'ils regardent une femme blonde aux yeux clairs vivant à Kaunas. Il apprit son père militaire, les déplacements, les changements, les mondes qui se succèdent avant même d'avoir le temps de comprendre le précédent.

Il apprit le retour en Lituanie.

Les années qui avaient suivi.

Les blessures visibles.

Et celles qui ne le sont pas.

Elle lui parla de son accident.

Des médecins.

Des diagnostics.

Des phrases que l'on prononce parfois avec une certitude glaçante alors que personne ne connaît réellement l'avenir.

Elle lui parla aussi de ce qu'elle aimait.

La nature.

Les animaux.

Les forêts.

La mer.

Les choses simples.

Tout ce qui pousse, respire ou vit sans chercher à impressionner.

Et plus elle racontait, plus Gabriel avait l'impression étrange de découvrir quelqu'un qu'il connaissait déjà.

Comme si chaque nouvelle confidence venait compléter un portrait dont les contours existaient depuis longtemps.

Ieva apprenait Gabriel de la même manière.

Sa vie.

Son travail.

Ses voyages.

Ses enfants.

Ses doutes.

Ses réussites.

Ses échecs.

Les choses dont il parlait facilement.

Et celles qu'il cachait derrière l'humour.

Parce que l'humour avait toujours été l'une de ses façons préférées de protéger ce qu'il ressentait vraiment.

Alors ils continuaient.

Sans plan.

Sans objectif.

Sans même se demander où tout cela pouvait mener.

Pendant cette période, leurs vies continuaient pourtant d'exister en dehors de leurs écrans.

Ils faisaient des rencontres.

Vivaient des expériences.

Traversaient leurs propres histoires.

Le monde continuait de tourner.

Et malgré cela, ils revenaient toujours à cette conversation commencée des années plus tôt.

Comme on revient vers une maison dont on ne possède pas les clés mais dont on connaît déjà la lumière.

Avec le recul, Gabriel pense souvent que c'est peut-être là que tout s'est construit.

Pas dans les moments extraordinaires.

Pas dans les grandes déclarations.

Mais dans cette fidélité discrète.

Dans cette capacité à revenir.

À raconter sa journée.

À partager une peur.

À envoyer une photo.

À parler de rien.

Puis de tout.

Pendant quatre ou cinq années, ils ont appris à se connaître sans jamais se rencontrer.

Et aujourd'hui encore, cela lui semble presque impossible.

Parce qu'à cette époque, ni lui ni elle ne pensaient réellement que cette histoire deviendrait un jour leur histoire.

Ils ne construisaient pas un couple.

Ils construisaient quelque chose de beaucoup plus rare.

Une confiance.

Et aucune histoire solide ne commence ailleurs.


8 skyrius – Nematomi metai

Ilgą laiką neįvyko nieko ypatingo.

Bent jau nieko panašaus į tai, ką dažniausiai pasakoja meilės istorijos.

Nebuvo staigaus prisipažinimo.

Nebuvo pasimatymo.

Nebuvo pirmojo bučinio.

Nebuvo net tikrumo, kad kažkas apskritai gimsta.

Buvo tiesiog du žmonės, kurie ir toliau kalbėjosi.

Vėl.

Ir vėl.

Dienos virto savaitėmis.

Savaitės virto mėnesiais.

Mėnesiai virto metais.

Ir nė vienas iš jų iš tikrųjų nepastebėjo, kaip pamažu atsirado vieta.

Ne ypatinga vieta.

Kasdienė vieta.

Pati pavojingiausia.

Nes nepastebi, kada žmogus tampa svarbus.

Tai supranti tik tada, kai jo nebėra.

Gabrielius pažino Ievą po truputį.

Ne kaip skaitoma biografija.

Kaip atrandamas kraštovaizdis.

Lėtai.

Per laiką.

Jis sužinojo apie jos vaikystę toli nuo Lietuvos, Afganistane, kurio niekas neįsivaizduotų žiūrėdamas į šviesiaplaukę moterį iš Kauno. Jis sužinojo apie jos tėvą kariškį, apie kraustymąsi, apie pasaulius, kurie keitė vienas kitą dar nespėjus suprasti ankstesnio.

Jis sužinojo apie sugrįžimą į Lietuvą.

Apie metus po to.

Apie matomas žaizdas.

Ir apie tas, kurių nematyti.

Ji papasakojo apie savo nelaimę.

Apie gydytojus.

Apie diagnozes.

Apie sakinius, kuriuos žmonės kartais ištaria su visišku tikrumu, nors niekas iš tikrųjų nežino ateities.

Ji pasakojo ir apie tai, ką myli.

Gamtą.

Gyvūnus.

Miškus.

Jūrą.

Paprastus dalykus.

Visa tai, kas gyvena ir auga nesistengdama padaryti įspūdžio.

Ir kuo daugiau ji pasakojo, tuo labiau Gabrieliui atrodė, kad jis atranda žmogų, kurį jau seniai pažįsta.

Tarsi kiekvienas naujas prisipažinimas užpildytų jau egzistavusio portreto kontūrus.

Ieva pažino Gabrielių taip pat.

Jo gyvenimą.

Jo darbą.

Jo keliones.

Jo vaikus.

Jo abejones.

Jo pergales.

Jo nesėkmes.

Tai, apie ką jis kalbėjo lengvai.

Ir tai, ką slėpė už humoro.

Nes humoras visada buvo vienas mėgstamiausių jo būdų apsaugoti tai, ką iš tikrųjų jaučia.

Todėl jie tęsė.

Be plano.

Be tikslo.

Net nesvarstydami, kur visa tai gali nuvesti.

Tuo metu jų gyvenimai ir toliau egzistavo už ekranų.

Jie sutiko žmonių.

Patyrė dalykų.

Gyveno savo istorijas.

Pasaulis sukosi toliau.

Ir vis dėlto jie visada sugrįždavo prie pokalbio, kuris prasidėjo prieš daugelį metų.

Kaip grįžtama į namus, kurių raktų neturi, bet kurių šviesą jau pažįsti.

Žvelgdamas atgal, Gabrielius dažnai galvoja, kad būtent ten viskas ir buvo pastatyta.

Ne ypatingomis akimirkomis.

Ne dideliais prisipažinimais.

Bet šiuo tyliu pastovumu.

Gebėjimu sugrįžti.

Papasakoti apie savo dieną.

Pasidalyti baime.

Nusiųsti nuotrauką.

Kalbėti apie nieką.

O paskui apie viską.

Ketverius ar penkerius metus jie mokėsi pažinti vienas kitą nė karto nesusitikę.

Ir net šiandien tai jam atrodo beveik neįtikėtina.

Nes tuo metu nei jis, nei ji iš tikrųjų nemanė, kad ši istorija kada nors taps jų istorija.

Jie nekūrė poros.

Jie kūrė kažką daug retesnio.

Pasitikėjimą.

O joks tvirtas ryšys neprasideda kitur.

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