Le Commencement
Bonjour !
Par où commencer, que dire sur moi …
Je m’appelle Koda. Apparemment, je suis mignon mais un peu concon.
Je ne sais pas trop ce que ça veut dire. Les humains disent aussi que je suis brave, gentil, bête, plein de poils, … J’ai d’autres noms également. Ça n'a pas été facile du tout de tous les apprendre. Surtout que ce n’est pas mon premier foyer. Avant, je ne penses pas qu’on m’appelait vraiment, pas comme ici en tout cas.
Je vivais dans un jardin isolé. Quand il faisait très froid, la nuit, je rentrais mais cela était assez rare. Je devais rester sage et propre lorsque j’étais à l’intérieur. Malgré le gel et le froid qui mordaient ma peau et mes articulations, je préférais être dehors. J’avais moins de coups et moins de cri, seul dans la nuit allongé sur l’herbe. J’avais accès à mon endroit où faire pipi. Je ne risquais aucune crise de nerfs si je n’avais pas su me retenir. Mais je n’ai pas envie de ressasser mon passé longtemps. Trop de mauvais souvenir peuple cette période révolue et je souhaite me consacrer à mon présent.
Mon début de vie avec eux fut difficile car incompréhensible pour moi. Mes nouveaux maîtres crient quand j’essaie de manger mes crottes. J’étais perdu et apeuré. Avant, je ne pouvais pas chier dans le jardin, ici, on me félicite quand je fais devant eux... C’est complexe à comprendre. Je retente de temps à autre pour vérifier qu’il ne faut toujours pas que je cache mes méfaits. Apparemment, j’ai le droit de faire mes besoins là, cela me soulage d’apprendre que je ne vais plus devoir effacer les traces de mon passage. Ce fut l’une des premières leçons avec mon prénom et la vie en intérieur que j’ai eue avec eux.
Mes nouveaux humains agissent et pensent différemment parfois même de manière totalement opposée à mon ancienne vie. L’adaptation n’est pas facile, ni pour eux, ni pour moi.
Mon arrivée a été mouvementée. Avant d’arriver chez eux, j’ai passé plusieurs jours en cage, dans un centre avec plein d’autres chiens. Mon ancien maître m’a laissé là-bas. Les aboiements constants, les sorties peu fréquentes, la détresse, le déchirement de mon cœur lorsque je compris que mon maître ne reviendrait pas…
Tout était affreux ! Heureusement que mes années passées avec des règles strictes me permettaient de me retenir d'uriner et déféquer partout, contrairement à certains de mes congénères. Quand un accident arrivait, tout le couloir puait. C’était atroce. Les chiens hurlaient de plus belles leurs détresses que personne n’entendait ou comprenait.
** Le refuge **
Je revois mon ancien maître me donner une caresse, déposer mon bol et mon pouet aux pieds d’autres humains. Tendre la corde qui serrait mon cou, me caresser tendrement avec une larme à l'œil et partir sans se retourner. Je n’ai pas compris ce qu'il a dit à la dame qui est venue nous accueillir. Je ne les écoutais pas vraiment. Le stress a vite comprimé mon estomac lorsque je l’ai vu s’éloigner. L’angoisse s'intensifia lorsqu’un homme assez large d’épaule vient pour m'emmener avec lui. Tant de questions se sont bousculées dans ma tête à ce moment-là.
Malgré mes hurlements et tous mes essais pour le rejoindre, mon ancien maître ne m’accorda plus aucun regard. Il disparut au loin.
Je ne comprenais pas.
J’étais perdu.
J’étais désormais seul.
Seul dans une cage faite de métal.
Seul entouré d’autres chiens solitaires et malheureux.
Seul entouré d’inconnus.
Les jours passèrent. On me sortait quelques fois par jour. Au bout d’un certain temps, des visites d’autres humains s’organisaient. Ils me sortaient de ma cage, m’emmenaient faire un tour et m’y remettaient quelques minutes plus tard. Les humains déambulaient dans le corridor, nous regardant parfois longtemps. Certains nous accordaient un regard empli de pitié voire de larmes, d’autres n’osaient à peine tourner le regard vers nous.
Je ne sais pas ce qui était le pire…
Ceux qui ne souhaitaient pas faire face à notre peine ou ceux avec le regard emplit de tristesse mais sans un geste pour nous aider ? Ceux qui nous redonnaient de l’espoir en nous sortant quelques minutes nous promener mais nous ramenaient aussi vite en cage…
Chaque situation me déchirait petit à petit, de plus en plus, à chaque fois.
Y a des humains qui revenaient tous les jours, eux nous promenaient longtemps. Ceux-là étaient doux, plus patients et j’avais vite comprit que l’espoir de sortir indéfiniment de ce lieux n’était pas lié à leur visite à eux.
Je sais pas comment les autres chiens voyaient la situation, peu parlaient. Tous enfermés, solitaire et en proie avec leur propre tourment.
Je ne suis resté qu’une dizaine de jours je crois.
** Mon départ **
Je suis sorti, pour la énième fois avec cette fois deux jeunes gens. Un gars et une fille. La fille me disait quelque chose. Je l’avais croisée. Je me souviens de son regard plein d’effroi lors du départ de mon maître quelques jours plus tôt. Elle me sourit, s’accroupit devant ma cage et demande à me promener.
J’étais aux anges, j’avais à nouveau de l’espoir. Ils étaient doux, gentils, maladroits aussi. J’ai failli faire tomber la fille tant ma joie de sortir fut grande et impossible à gérer. Elle n'avait pas la force de me tenir. Elle passa la laisse au garçon qui lui tenait bien sûr ses pattes. Une fois le petit tour terminé… j'allais retourner en cage. La peur était devenue incontrôlable et j’ai montré par tous les moyens mon envie de rester avec eux.
Ce n'était pas possible.
Pas encore.
Pas cette fois.
Je ne pouvais plus supporter ça…
Certains vivent ça depuis des années, jour après jour. Leur regard se sont parfois éteint, parfois vidé… Je ne voulais aucunement vivre ça !
Lorsqu’ils se sont approchés du bâtiment j’ai commencé à tirer en arrière, comme je le faisais avec la plupart des personnes afin de leur faire comprendre que je ne souhaitais pas y retourner, que je ne voulais plus dormir dans cet endroit froid et bruyant, que je voulais rester dehors, respirer l’air libre et me balader. Retrouver mon jardin et m’y poser, promis, je ferai plus caca partout ni pipi… J’arriverai à me retenir encore plus longtemps s’il le faut… Je veux retrouver mon quotidien d’avant. Même les coups me manquaient enfin… c'était une attention à mon égard. Cela signifiait que l'humain était rentré et me considérait… je crois.
La fille s’arrêta, parla aux gens du centre et me regarda à nouveau, droit dans les yeux. Elle comprenait mon envie de rester à l’extérieur. L’homme face à elle ria et la déstabilisa. Elle avait resserré sa poigne sur la corde qui me retenait. Je sentis son coeur s'emballer.
Bam bam.
Bam bam.
Bam bam.
Sa respiration aussi s'accélèra. La laisse tremblait légèrement. Ses mains blanchirent sous la pression.
Les humains discutèrent encore quelques minutes puis se détournèrent de l’entrée. Je ne comprenais pas mais j’étais heureux d’avoir grappillé encore quelques minutes dehors. Ils ne me remettaient pas en cage !
Ils entrèrent dans un autre lieu, avec moi et parlèrent longtemps. Une fois le tout fait, ils avancèrent vers des voitures, l’objet qui m’avait amené ici. Ils s'installèrent, moi à l’arrière, la fille à côté de moi et l’homme à l’avant. C’était serré pour ma taille assez conséquente. J’avais du mal à tenir sur mes pattes lorsque le véhicule tournait ou freinait. La fille riait, l’homme jetait des coups d'œil sur nous. Ils parlaient mais je ne les écoutais pas. Mes pensées étaient ailleurs, pleines d’angoisses et de rêves à la fois.
- Ils me ramènent chez mon maître
- J’vais retrouver mon jardin
- J’vais retrouver la maltraitance habituelle, celle que je sais gérer.
- Ils vont m’emmener chez eux ?!
- J’vais pouvoir dormir dans un endroit chaud ?
- Aurais-je encore un jardin ?
- Est-ce que j’aurai à manger ?
- Est-ce que je vais avoir froid et faim chez eux ?
- Vont-il me garder pour toujours ?
La fille riait toujours lorsque je perdais l’équilibre et m’écrasait sur elle de tout mon poids. Elle me réchauffait le cœur. Rien que sa présence m'apaisait légèrement. Pouvais-je enfin croire à des moments de calme et de liberté ?
On s’arrête après un certain temps, ils me font descendre. L’endroit m’est inconnu.
On rentre dans un bâtiment qui sent fort le plastique, la nourriture et d’autres animaux. Ils m’amènent dans les allées et me font essayer des colliers moins rugueux que la corde pour le mettre autour de mon cou. Ils me font sentir également des choses alléchantes et en prennent quelques-unes. Des gamelles sont également choisies et un gros truc en tissu que je ne connais pas.
D'autres humains se sont approchés. M'ont touché la tête, le dos. Regarde droit dans les yeux. Ils ont aussi aidé mes humains à choisir un objet qui entourait tout mon poitrail. J'étais manipulé et stimulé de partout. Apparemment je faisais rien de mal car on me félicitait et j'ai même reçu… une récompense ? Enfin je ne connaissais pas encore ce geste a l'époque. Je n'ai pas osé manger le bonbon qu'on me tendait.
Je ne le savais pas encore mais cet endroit, j’allais l’adorer car à chaque fois que j’y allais, j’avais câlins, caresses, jouets et nourritures (bonbons, machouillages et j’en passe). Les gens qui tiennent l’établissement ont appris à faire ma connaissance et ce sont mes copains maintenant. Ils sont incroyables.
Ensuite, ceux qui m’avaient sorti du refuge me firent remonter dans le véhicule et nous repartîmes, moins longtemps cette fois pour atterrir chez eux. J’avais peur, je respirais super fort tant mon cœur s'embalait. J’avais l’impression que l’air n’entrait plus dans mes poumons, qu’ils n’avaient pas assez avec ce que j’arrivais à aspirer pour faire fonctionner le reste de mon corps. La tête me tournait, tout était trop intense. Mes émotions en pagailles emplissaient mon âme d’une angoisse imbattable.
Les odeurs chez eux étaient nombreuses mais je n'avais pas la force d'en faire le tour. J'ai marché un peu. Découvert que d'autres animaux vivaient ici et ensuite la panique fut trop grande et me paralysa.
Les humains, inquiets je crois, me caressaient la tête, me mettaient des choses humides et froides sous moi, dans le but de m’apaiser j’imagine. Car en effet, il faisait chaud ce jour-là. Je suais des coussinets, ma truffe coulait, ma langue pendait.
Ils voulaient bien faire sauf que chaque fois qu’une main se posait sur mon corps, j’avais une angoisse qui s'intensifiait en moi. Chaque geste de tendresse, dont je ne connaissais que très rarement, me ramenait au passé peu joyeux. La main humaine n’avait que rarement eu ces mouvements gentils envers moi, c’était généralement l’inverse.
De longues heures passèrent et à la nuit tombée, ils m'emmenaient dans un autre endroit de la maison. La pièce était assez exiguë, j’aurais préféré dormir au jardin. Mais ça, eux, ne le savent pas. Plusieurs choses trônaient dans les pièces dans lesquelles j’avais le droit de loger. Je me prenais les coins de tout, pouvais à peine me retourner sans me retrouver coincé… Je n'avais aucunement l'habitude de ce genre d'endroit. Normalement, lorsque j'étais à l'intérieur, je me retrouvais dans une pièce exiguë ou je pouvais à peine me retourner.
Où étais-je tombé ?
Vais-je avoir la même vie qu'avant ?
Au moins… je n'étais plus en cage. Dans un couloir froid fait de métal entouré de chien apeuré et hurlant leur peine.
La nuit fut longue car je dormis très peu. Je percevais l'odeur et la présence des deux humains dans l'autre pièce. Juste à côté.
Lorsque je m'assoupissais… je faisais des cauchemars et au réveil je ne pouvais m'empêcher de pleurer.
Je n'ai pas été puni. Je ne suis pas resté une éternité. Le jour levé, les humains vinrent m'ouvrir et on sortit dehors.
Un nouveau train train quotidien à apprendre ! Mais à l'époque… j'étais pas encore prêt pour la suite. Je ne savais pas que j'étais bien tombé.
Et si j'avais été adopté ailleurs ? Et si d'autres humains n'auraient pas eu leur patience ?! Car je vous préviens déjà… ils n'ont pas vécu que de belles aventures avec moi. J'ai mon caractère. Je devais tout apprendre. J'ai fait des bêtises petites ou grandes… Cependant, les humains sont restés assez patients et tellement doux ! Je comprenais au fur et à mesure que je n'allais plus vivre l'enfer de chez mon ancien maître.
💬 Commentaires 8
C'est bien immersif, je me suis sentie à la place de ce pauvre animal. Son incompréhension face à ce qui lui arrive, la façon dont il décrit ce qui l'entoure (le refuge puis sa nouvelle maison), les habitudes à prendre, toute l'éducation à faire...
Prévois-tu une suite ?