ANNEXE P/DOC-SERAPH/S07
FICHE PERSONNAGE — LA DOCTRIX SÉRAPHINA,
DITE LA HARMONICIENNE
(Première fiche — Après la saison sept)
La saison sept nous a donné un personnage dont on n’a jamais entendu parler, qu'on n'a jamais vu vivre, jamais croisé dans un couloir, et qui pourtant pèse sur toutes les Chroniques comme une pierre sur un tombeau.
La méchante des Chroniques n'est même plus de ce monde depuis treize ans, à la date de la septième saison, et c'est son squelette qui a ouvert l'intrigue.
Voici donc la fiche de la grande absente, dressée grâce à ce que les textes ont daigné nous révéler d'elle. Et l’Archiviste prévient tout de suite, ami : sur bien des points, il devra écrire « on ignore » ou « on peut inférer », car ce qui est connu de sa vie est presque aussi vide que le silence des cryptes.
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Identité
Doctrix Séraphina de Sylvaria, plus connue sous le nom de Séraphina la Harmonicienne. Elle fut, de son vivant tout comme à titre posthume affublée de divers surnoms : La Pyro-Harmonicienne, La Sorcière des Ondes, L'Harmonicienne Maudite.
Femme de science du royaume de Sylvaria, membre de la Guilde des Physiciens. Spécialiste en physique ondulatoire, c'est de son domaine que lui vint ce surnom qui la suivit jusque dans la mort, l'harmonique étant aux ondes ce que la dissonance et la résonnance sont à l'âme.
Prodige scientifique : Docteur de la Guilde des Physico-chimistes à vingt-cinq ans, un âge où les autres étudient encore, elle enseignait déjà la matière même du monde.
Son nom subsiste dans les enregistrements historiques. La princesse Sylvie elle-même, qui suivit ses études avec application, l'avait entendu évoquer : une scientifique controversée, disparue sans laisser de traces il y a environ vingt cinq ans à l’époque des évènements de la septième saison, en laissant derrière elle des recherches inachevées et des rumeurs persistantes.
La saison sept a retrouvé ses traces : elles aboutissaient à un lit, dans un laboratoire clandestin, sous les fondations du premier palais de Sylvaria : un squelette à moitié momifié, encore vêtu de haillons, reposant là comme s'il s'était endormi des années plus tôt et qui fut formellement identifié deux semaines après sa découverte.
Bien que personnage publique durant les trente deux premières années de sa vie, jusqu’à sa mystérieuse disparition, les Chroniques ne dressent d’elle aucun portrait, aucune description. Leur récit ignorent la couleur de ses yeux, la forme de son visage, la texture de ses cheveux. Elles n’en dessinent qu’une silhouette seulement, esquissée par l'ombre de sa chute.
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Origines et Formation
Née dans une famille de poètes et de musiciens, Séraphina développa très tôt une fascination pour les vibrations et leur influence sur le vivant. L'harmonie des sons, et plus tard, des phénomènes ondulatoires, devint pour elle une porte vers la compréhension du monde : chaque fréquence, chaque pulsation portait en elle un message secret, un pouvoir latent.
Sa formation se déroula sous la tutelle de Magister Élodius le Mécanicien, avant qu'elle ne se spécialise dans les interactions entre les ondes et les êtres mythiques.
C'est à vingt-cinq ans qu'elle soutint sa thèse : Effet de certains champs électromagnétiques pulsés sur Equus mythicus unicornis. Les licornes.
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Le Génie et la Chute
Avant d'être la criminelle des cryptes, Séraphina fut une lumière scientifique. C'est ce qui rend son histoire si amère, et la princesse elle-même l'a pensé au Conseil dans une formule que l'Archiviste recopie en marge de sa fiche : « Que de talents, de vies gâchées ! Cette femme aurait pu accomplir de belles et grandes choses si elle n'avait pas basculé. »
Ses recherches préliminaires avaient déjà démontré que les licornes émettent des infrasons capables d'influencer les émotions humaines.
Ses travaux ultérieurs, dans le cadre de sa thèse, révolutionnaires, portaient sur l'effet de certains champs électromagnétiques pulsés sur les licornes. Elle démontra que ces champs pouvaient perturber la maîtrise par les licornes de leurs capacités surnaturelles défensives et de téléportation ; les bloquer, et selon toute vraisemblance les contrôler.
C’est ici que son chemin bifurqua. La législation sylvarienne : la législation du royaume reconnaît explicitement que les licornes ne peuvent exister que dans un état de liberté totale, et les expérimentations contraignantes ou non consenties avec l’animal, sont prohibées par les Guildes.
Ses méthodologies expérimentales, non respectueuses de la volonté des licornes, et ses positions éthiques condamnables lui valurent d'être écartée par sa Guilde. Ecartée, non renvoyée, distinction protocolaire qui en dit long : la faute était morale, le génie restait reconnu.
Reléguée à des postes peu prestigieux, au bout de seulement quatre ans après son Doctorat, la grande physicienne se retrouva à aguicher l'anonymat des couloirs. Et c'est là, dans cette obscurité qu'elle estimait de tout son être ne pas avoir méritée et qu'elle n'a pas supportée, que l'ombre vint la chercher.
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La Corruption et le Laboratoire
Une division occulte du ministère de la Guerre de Valoria, œuvre de son ancien ministre, à l'insu des souverains et du gouvernement de Valoria, la contacta en secret et lui proposa de financer la reprise de ses travaux. Elle accepta.
C'est ici que la fiche doit souligner ce fait glaçant : le laboratoire fut installé dans les cryptes oubliées du palais de Sylvaria même, sous les fondations du premier palais construit il y a plus de quarante siècles. Une opération techniquement complexe et risquée, mais faisable pour les services valoriens, qui ont toujours eu accès à l'ensemble du royaume de Sylvaria ainsi qu'à ses ressources.
La clé de la faisabilité de tout ce vaste projet reposait sur l’existence des vastes et labyrinthiques galeries, oubliées par les sylvariens eux-mêmes, mais retrouvées et tues par le ministère de la guerre valorien. Leur réseau souterrain passait sous les fondations du premier palais royal et aboutissait dans les caves d’un antique bâtiment des Guildes, désaffecté depuis plusieurs siècles et situé à plus de deux Lieues de là, à l’extérieur de l’enceinte des jardins. Cette configuration idéale permit, durant des années, en toute discrétion, l’installation d’un vaste laboratoire clandestin et de son impressionnante chambre forte, ainsi que les allées et venues de la Doctrix, qui disparut de toute vie publique à partir du moment où elle débuta ses recherches clandestines.
La prodige déchue reçut donc, au cœur même de la capitale, tout ce qu'on lui avait confisqué et plus encore : un palais inversé tout à elle. Une grande salle circulaire entourée de vastes pièces disposées en étoile (laboratoires de biologie, salles de serveurs, stockages chimiques, matériel de décontamination), matériels de toutes sortes quelle qu’en fut la complexité et, surtout, une immense chambre forte blindée d'ultra-haute sécurité, scellée sous les antiques fondations. On ignore encore qui de la scientifique ou de la division occulte en décida l'aménagement.
Cet aménagement prit plus de deux ans et son travail clandestin y dura ensuite presque douze années.
Et pendant toutes ces années, en dehors de toute déontologie scientifique, Séraphina la Harmonicienne obtint d'importants résultats qu'elle transmettait à ses commanditaires. Un volume considérable, récupéré depuis, toujours en cours d'étude, et qui visait à permettre la mise au point de nouveaux types d'armes dévastatrices basées sur les capacités défensives des licornes. Douze ans de trahison tranquille, sous les pieds de la reine du monde.
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La Seconde Traîtrise et la Mort
Mais l'ambition, une fois éveillée, ne connaît plus de borne. Alors que ses travaux progressaient depuis plus de dix ans, Séraphina fut contactée, moins d'un an avant sa mort, par une nation étrangère hostile ayant eu connaissance de certains de ses résultats
On peut inférer, quoique les textes n'en disent rien, que la déconsidération de ses pairs et sa réussite solitaire triomphale l'avaient pleinement enhardie et rendue sensible à une offre plus libre encore que celle de Valoria. Toujours est-il qu'au terme de nombreux échanges, ils définirent les termes d'une collaboration pour un travail du même genre, mais cette fois, l’Archiviste le souligne, sur des spécimens de dragons nains exfiltrés illégalement de l'empire de Cathay, auxquels la nation tierce avait accès.
Une double trahison, donc : envers Sylvaria, le royaume de ses origines et de sa disgrâce, et envers Valoria, son premier complice.
Ses dernières notes indiquent qu'un rendez-vous avait été convenu pour la remise de deux spécimens, un mâle et une femelle. On suppose qu'elle s'y rendit et put récupérer les précieux œufs. Les caisses de transport ont été retrouvées dans son laboratoire.
Puis quelque chose tourna mal. Sur ce point, les registres ne disent qu'une chose, et elle résonne comme une cloche funèbre : elle a été grièvement blessée, mais malgré tout a pu revenir à son laboratoire, pour y décéder de ses blessures, seule, dans le noir, à côté de deux œufs dont l'un allait éclore sans elle.
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Ce qu'elle Laisse derrière elle — l'Héritage Ambigu
La mort de Séraphina est le pivot de toute l'affaire : à sa mort, il y a treize ans, l'activité du groupe subversif cessa totalement, le laboratoire fut abandonné à la poussière et à l’oubli. Et son squelette demeura treize ans entiers couché sur son lit.
Jusqu'à ce qu'un petit dragon nommé Flamme, issu treize ans auparavant de cet œuf et adopté par la Princesse Sylvie, jouant à cache-cache, redescende par un soupirail la pente des ténèbres, et tire par la queue toute l'histoire vers la lumière.
Car l'héritage de la Harmonicienne est triple.
Un héritage judiciaire d'abord : ses archives personnelles et ses serveurs, qui « ne semblent pas endommagés », livrèrent les preuves accablantes qui permirent d'établir la responsabilité valorienne, d'arrêter les conjurés survivants pour haute trahison et de lancer les perquisitions en cours.
Un héritage biologique ensuite : l'œuf mâle qu'elle reçut à son dernier rendez-vous éclot seul dans son laboratoire, au milieu des machines mortes, à côté de son cadavre. Le dragonneau trouverait, seul, le moyen d’accéder à la surface après des jours ou des semaines d’errance dans les antiques conduits et soupiraux, deviendrait Flamme, compagnon de la princesse héritière, ce qui donne à la biographie de Séraphina cette ironie que seul le destin sait écrire : la femme qui voulait faire des créatures sacrées des armes a, sans le savoir, offert un foyer à l'un des êtres les plus chéris du royaume.
Et un héritage toxique, enfin, que l'Archiviste consigne avec la plus grande gravité : des fragments de ses notes circulent toujours parmi les mythobiologistes peu scrupuleux, tentés de relancer ses expériences interdites. La Harmonicienne est morte, mais sa méthode, elle, vit encore dans les marges du monde scientifique et c'est peut-être la méchante la plus durable de toute les Chroniques, pour cette raison précise.
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Psychologie — ce qu'on peut Inférer du Squelette
Ici, l'Archiviste pose sa plume d'or et prend la plume grise, car tout ce qui suit est conjecture, honnêtement étiquetée.
Des textes se dégage pourtant un portrait cohérent : une intelligence fulgurante et primesautière, habituée à l’excellence, et pour qui la sanction morale, l'écartement, la relégation, a dû être vécue comme une injustice insupportable plutôt que comme une leçon.
Le choix de la clandestinité et du rejet de la plus élémentaire déontologie scientifique pour continuer ce qu'elle considérait manifestement comme son œuvre, la recherche de commanditaires de plus en plus douteux, le passage de Valoria à la nation sans visage : tout dessine une scientifique orgueilleuse pour qui la fin de la connaissance justifie tous les moyens, et pour qui les interdits sont des offenses personnelles.
Le détail des haillons laissés sur son cadavre intrigue l'Archiviste : la chercheuse financée depuis douze ans mourut dans des vêtements de misère. On peut imaginer que la momification lente du corps ait pu contribuer dans une large mesure à les dégrader, mais cela semble aussi témoigner d’une fin de parcours où l'argent des uns ne coulait plus, où les autres exigeaient des résultats, où l'isolement du monde (car il lui fallait bien vivre, quoique cachée) rongea jusqu'à la garde-robe.
Quant à ses sentiments à l'égard de ses deux œufs, nul ne saura jamais si elle comptait les étudier, les vendre, ou, hypothèse que la mémoire de Flamme, tout petit, a nourrie dans bien des cœurs à la lecture du récit, les élever et les aimer.
On sait seulement qu'elle mourut en en plaçant un dans l’inviolable chambre forte, et en gardant l’autre auprès d'elle, dans la pièce de son dernier sommeil.
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Ce que le Monde Ignore encore d'Elle
La liste est presque aussi longue que ses cryptes.
On ignore qui, exactement, la blessa grièvement au rendez-vous fatal et dans quelles circonstances.
On ignore si c'est la nation sans visage qui voulut garder les œufs et l'argent, ou si ce fut elle qui chercha à fuir, ou un tiers dont nul n'a idée.
On ignore ce qu’elle a fait la dernière fois où elle est entrée dans la chambre forte pour y déposer l’œuf, ce qu’elle y a déposé d’autre ou ce qu'elle y a pris.
On ignore pourquoi les Valoriens ne vinrent jamais relever son corps ni récupérer ses données après sa mort et semblent même avoir cessé brutalement toute activité. Ce silence de treize ans de la part d'une division d'espions des plus compétents reste, pour l'Archiviste, l'une des zones d'ombre les plus troublantes du dossier.
Et l'on ignore, pour finir, la question que la saison nous laisse en héritage et qui dort derrière la porte de fer : à quoi servait vraiment cette chambre forte « conçue pour entreposer des spécimens biologiques », et si Séraphina la Harmonicienne, qui savait qu'elle allait mourir, n'y a pas consigné ou déposé, à l'attention de la postérité ou d'un de ses commanditaires, autre chose que des fragments de notes.
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Statut Narratif
Méchante posthume de la saison sept, la seule antagoniste de toutes les Chroniques dont l'entrée en scène fut un squelette.
Femme symbole, aussi : par elle, les Chroniques illustrent ce que devient l'intelligence quand l'éthique la lâche, et ce que devient un royaume quand il croit sa paix éternelle.
Accoucheuse involontaire de Flamme, mère de l'arme manquée, pionnière maudite de la mythophysique des champs pulsés, la Doctrix Séraphina la Harmonicienne restera dans les registres comme la grande mal aimée de la science sylvarienne : celle dont le nom, avant la saison sept, ne figurait plus que dans les rumeurs, et qui, depuis, hante chaque pierre des cryptes en réfection.
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Voilà la fiche de notre morte illustre. Une observation de l'Archiviste pour finir : tu remarqueras que les Chroniques ne nous permettent même pas de savoir à quoi elle ressemblait. Pas un portrait, pas une description, rien qu'un squelette et des rumeurs.
Si une saison future daigne lui rendre un visage, ne serait-ce qu'en effectuant un retour dans le passé ou dans les dossiers de la Guilde des Physiciens, la fiche attendra sa mise à jour de pied ferme.
Et s’il faut prolonger le travail, il y a deux fiches jumelles qui ne demandent qu'à naître : la division occulte du ministère valorien de la Guerre, et l'innommable nation sans visage. La première étant presque documentée, la seconde n'étant encore qu'une ombre sur l'Océan Infini.
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