ANNEXE P/DOC-LEONA/S10

📖 La Princesse Sylvie ✍️ Cyr_Roivan 📝 4201 mots

FICHE PERSONNAGE — LE RÉGENT LÉONARD

(Première fiche — Après la saison dix)

 

L'Archiviste a gravi les marches de l'Aile des Services, traversé le silence des couloirs blindés et a plongé au cœur du Secteur 7, là où l'odeur de café, de poussière de craie et d'humour potache flotte dans l'air plus lourdement que l'ozone des serveurs.

Il a consulté la dixième saison des Chroniques, relu les rapports du combat des dragons, les comptes-rendus des calibrations acoustiques et les notes marginales du Prince Olivier. Il a suivi les allées et venues de l’homme dans le grand puits de science du Secteur 7, ses robes froissées, ses lunettes qui glissent et ses tourments de minuit.

Et voici ce que toutes ces bribes ont révélé sur celui qui, par un paradoxe divin, dirige l'équipe la plus brillante du royaume tout en étant le plus grand perturbateur de la paix publique, qui est entré dans les Chroniques en pétant, littéralement, et qui en sortit assis devant une console, en train de regarder un homme nu dompter deux dragons, ce savant est de ceux qu'on ne range pas : le Régent Léonard.

La voici, sa fiche, écrite à la lueur des lasers verts et rouges qui dansent dans le puits, à sa première saison. Il entre dans le registre par le Niveau 0, le cœur physique. Et l'Archiviste, qui a vu passer bien des Régents avant celui-ci, avoue qu'il lui a fallu plusieurs pages pour contenir son rire et sa respectueuse admiration devant cet homme qui fait trembler les princes et les rois avec un simple fichier audio.

 

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Identité et Rang

Docteur en physique ondulatoire, un Régent de la Guilde des Physico-chimistes. Il siège à l'extrémité gauche de la grande table flottante, place du chef d'orchestre, qu'il occupe avec une assurance tremblante et des lunettes toujours prêtes à glisser. À sa droite, Mona, le monde des données ; à sa gauche, Clavius, celui des ondes et du muscle.

Le Prince Olivier, le présentant à la Princesse, l'a défini en une formule que l'Archiviste demande de graver : « Très brillant, et terriblement… original. » Il est connu pour sa thèse, La propagation cohérente des ondes de spin dans les champs de résonance non-linéaires : modélisation ondulatoire des états de synchronisation des licornes. Mais c'est surtout sa connaissance intime des travaux clandestins de la Doctrix renégate Séraphina, qu’il étudia depuis les premières années de sa formation, alors qu’elle était déjà morte depuis plusieurs années, qui l'a désigné pour diriger l’équipe qui mena les investigations sur son héritage.

Il connaît la pensée de la Doctrix renégate mieux qu'elle-même ne la connaissait, ce qui en fait le seul capable de décrypter ses secrets. Sa nomination au poste de Régent fut un coup de force du Roi, imposé aux Hautes Autorités de sa Guilde qui le jugeaient trop frivole, trop risqué, pas assez « digne ».

Il est le Régent d'une Guilde, avec le pouvoir de commandement, de répartition des tâches et de validation des rapports des Docteurs, six en tout, tous des pointures, tous un peu… spéciaux, et des armées de techniciens sous sa responsabilité. Le pouvoir lui est tombé dessus comme une tuile institutionnelle : nommé par ses Hautes Autorités à leur corps défendant, qui le jugeaient trop frivole, trop risqué, pas assez « digne », sous la pression du Roi qui voulait que les choses avancent sans les querelles de clochers habituelles. On ne nomme pas un original qui s'éloigne de l'orthodoxie pour diriger des sommités. Sauf si sa maîtrise de la physique ondulatoire est unique. Sauf si son approche « non orthodoxe » est la seule clé pour percer les secrets de Séraphina là où les méthodes rigides ont échoué.

Car Léonard connaissait ses hypothèses, ses méthodes, et surtout sa façon très particulière de penser. Le Recteur de sa Guilde, homme honnête et bienveillant, avait formulé sa nomination sous la forme d’une métaphore physique digne d'être gravée : Léonard allait devoir faire une transition vers une harmonique interdite par les conventions académiques, et s'y maintenir, un état que le système déclare impossible.Il occupe une position où l'échec le balaierait et où la réussite prouverait que l'orthodoxie est dépassée, ce que, l'Archiviste le souligne, ses anciens contempteurs savent parfaitement. C'est sa connaissance sans égale des travaux de Séraphina qui l'a désigné : dès ses années d'étudiant, il avait fait de l'étude de ses premiers écrits son activité favorite.

L'Archiviste, après lecture de la saison dix, confirme : il y est parvenu, mais à quel prix intérieur, la suite de la fiche le dira.

 

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L'Apparence — la Robe Froissée et les Lunettes Tombantes

Homme de trente-cinq ans, plus âgé que le Prince et la Princesse, l'Archiviste le consigne pour couper court à la rumeur d’une jeunesse cause de bien des choses. De taille moyenne, à la posture souvent penchée en avant comme s'il traquait quelque chose d'invisible dans l'air. Ses cheveux châtains sont en bataille perpétuelle, défiant toute loi de la gravité ou du coiffage. Ses lunettes à monture fine glissent régulièrement sur son nez sans qu'il prenne la peine de les rajuster, signe d'un esprit trop occupé à courir ailleurs.

Quand une idée le saisit au-delà du premier niveau, il s'agrippe au mât de descente et file vers le fond du puits d'un geste sans grâce, et l'atterrissage lui arrache toujours un rire de gamin qui a enfreint une règle invisible sans savoir laquelle. Il gesticule en parlant, pousse des bancs d'optique réglés au nanomètre sans s'en apercevoir, trébuche sur les câbles, se rattrape à la manche de Mona. Ses manches à lui portent souvent des taches d’encre ou de feutre et ses chaussures sont parfois dépareillées.

Il porte les robes sobres de sa Guilde avec le symbole de l’atome et de ses orbitales stylisées sur la poitrine, mais avec un désordre assumé : un carnet de notes bourré de schémas et de ratures n'est jamais loin de sa main. Sous son air désordonné se dissimule un esprit d'une acuité redoutable.

Et puis il y a son ordinateur personnel. Un objet plat, noir, qui se déplie comme un livre pour révéler un clavier holographique et des extensions de touches avec des symboles étranges. C'est son arme, son jouet, et sa malédiction.

Mais les détails que l'Archiviste retient pour l'exergue : ses lunettes partiellement filtrantes, qui lui ont épargné le pire des flashs de l'arène (la providence s'occupe même des originaux) et ses mains, posées à plat sur une console, qui ne tremblent que lorsque les chiffres qu'elles lisent annoncent la mort imminente d'un ami.

 

 

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Le Cœur du Personnage — un Double Visage Torturé

Si la fiche ne devait garder qu'un fil de la saison dix, ce serait celui-là : le double visage du génie potache.

En public, dans son domaine, c'est un génie. Très brillant, animateur vedette, il aime les effets et captiver l'attention. Lors d'une présentation ou devant un auditoire, son plan et ses informations sont très bien structurés. Léonard maîtrise ses sujets. Il sait captiver l'attention, même celle de la Princesse et de la Reine.

En privé, seul avec son équipe ou des proches, Léonard se transforme. Il devient vif, espiègle, et son humour prend une tournure résolument potache. Sa langue est alors celle d'un écolier qui aurait découvert que le monde se prête à faire des blagues, et qui refuse de rendre le jouet. Il adore les blagues graveleuses, les jeux de mots douteux, et tout ce qui touche de près ou de loin aux concours de pets des dragons, qu'il considère comme le sommet du comique sylvarien.

Il a remplacé le son d'erreur système de l'OS de son ordinateur personnel par un enregistrement d'un gros pet de dragon nain (spécimen Flamme, tonalité grave, modulation ascendante), extrait des archives de surveillance du palais, qu'il a fait trier sur le volet par ses IA au prix d'un vaste travail d'extraction sur quinze ans d'enregistrements, et qu'il change selon ses humeurs. L’Archiviste remarque, hasard ou non, que ce son se manifeste invariablement aux moments les plus embarrassants.

Il a fait trembler les verres d'eau devant le Roi, dans ce que l'histoire appellera l'épisode de la Flatulence Royale, et s'en est tiré en dissertant sur les harmoniques avec un aplomb d'ambassadeur.

Il a pris au dépourvu l'Ambassadrice Mei Ling elle-même en pleine visioconférence et l'Archiviste note qu’après cela, il évita sa présence pendant tout un mois. À cinq mille Lieues de là, le vénérable Maître Dragon Chen Jianlong lui décocha la réponse du siècle : « votre système d'exploitation semble avoir une opinion sur vos conclusions » et Léonard, rouge comme une pivoine, faillit s'évanouir.

Et Léonard fait toujours mine de ne rien entendre, déclarant avec un sourire innocent : « C'est un protocole de résonance acoustique expérimental. » Il conserve avec une rigueur scientifique déconcertante les enregistrements de ses incidents, annotés du type, de la durée et de la qualité, dans le document connu de tous sous le nom de Journal des Décharges.

Mais, comme une nappe phréatique qui court dans les couches géologiques profondes, sous les blagues, sous les pets de dragons, sous l'humour potache, se cache un homme torturé par la mémoire de Séraphina : une profondeur tragique. Léonard admire Séraphina mais abhorre ses méthodes. Exposer des êtres vivants à des forces qui les dépassent, au nom de la connaissance. Il veut prouver que le génie était possible sans l'immoralité, que la connaissance n'exigeait pas la cruauté, qu'on aurait pu percer les mystères des licornes sans sacrifier une seule de ces créatures sacrées.

Et voici que, dans le module de commandement, pendant que l’armure de Sven se fait démonter morceau par morceau et qu’il finit, cloué au sol, réduit à l’impuissance, la nausée le prend : assis dans son fauteuil, devant ses écrans, il lit les synthèses de l'IA avec la même précision clinique qu'une Doctrix renégate annotant les résultats de ses expériences contre-natures sur des licornes. Et ce parallèle, qui s'impose à lui insidieux, tenace, est la vérité qu'il ne peut plus fuir : il est en train de faire ce que Séraphina a fait. « La différence ? Il n'y en avait guère. » L'Archiviste recopie la phrase, car elle est la clef du personnage.

Cette sentence, qui est une auto-condamnation, est la vérité la plus courageuse du personnage : Léonard ne se Protège pas de la comparaison. Il la formule. Et cette formulation, l’Archiviste le souligne, qui est un acte d'honnêteté morale dans le feu de l'action, est la preuve qu'il n'est pas Séraphina. Parce que Séraphina, elle, n'aurait jamais ressenti de culpabilité. Et cette absence de culpabilité chez Séraphina, qui est la marque de sa folie froide, est précisément ce qui distingue Léonard : il souffre de la comparaison. Et cette souffrance, qui est la vérité de sa conscience morale, est ce qui le rachète, partiellement, imparfaitement, mais réellement.

Et le double paradoxe qui le torture est d'une beauté cruelle : les modèles ayant présidé à la conception de l'armure, censés traduire la réalité, ont été balayés en quelques minutes de combat ; le procédé qu'ils ont eux-mêmes choisi, censé être l'opposé absolu de celui de la renégate, s'est révélé identique. Et cette double inversion, l'identique devenu différent, le différent devenu identique, est la structure logique de la culpabilité de Léonard : ses certitudes se retournent contre lui. Et ce retournement, qui est la vérité de toute conviction face à la réalité, est une chute épistémologique : on ne sait pas ce qu'on fait quand on le fait. On ne le sait qu'après.

L'échec est double, et il le sait, et il l'avale, et il continue. Parce qu’il n’y a pas le temps de philosopher, parce que les dragons apprennent. C’est la vérité de toute conscience morale en action : on se maudit en une seconde. On rouvre les yeux la seconde d'après. Parce que les écrans continuent de défiler. C’est là, dans ce ravin entre ce qu'il fait et ce qu'il veut être, que dort la grandeur de Léonard.

 

***

Psychologie — l'Homme qui a Besoin du Chaos pour Tenir

Trois traits ressortent de sa première saison.

Le premier : l'absurdité est son refuge. Pendant le vol vers la caserne, la mort possible aux trousses, il pense au Journal des Décharges et, le texte le dit sans détour, c'est ce qui le rassurait. L'absurdité contre la violence et l'horreur.

Le deuxième : le courage n'est pas celui qu'on croit. Léonard est l'homme des réflexes de l'arène. Accroché au chambranle de la porte du module de commande pendant le stroboscope infernal, il hurle ses directives pour guider les autres vers la première marche de l'escalier, puis se précipite au-devant de la Princesse pour la saisir par le poignet, puis regrimpe avec elle, puis redescend chercher Margot qui lui broie le bras. Ceux qui l'auraient pris pour un extravagant de laboratoire ont leur réponse.

Troisième trait : la lucidité glaciale dans l'urgence. C'est lui qui lit les synthèses de l'IA, énonce la spallation, suit la courbe d'apprentissage des dragons, et qui, au moment où la machine déraille devant le retrait du casque, frappe la console du poing et lui ordonne d'intégrer ce qu'elle vient d'entendre. Le savant qui comprend la science de Séraphina mieux que quiconque, et l'homme qui n'a jamais cessé d'en rire : ces deux-là habitent le même corps, et s’appuient l'un sur l'autre.

 

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Le Verbe et la Manière — les Excuses et les Métaphores

La voix de Léonard est d'abord une voix qui veut être grave et qui s'emballe quand il parle de science. « C'est magnifique ! C'est absolument génial ! Elle a tout dit en quatre signes ! La spirale : Fibonacci ! Z/10Z : modulo 10 ! 60 : la période ! Et le croisillon : la porte ! C'est-à-dire : « La porte s'ouvre avec les 60 chiffres de Fibonacci modulo 10 » ! En quatre griffonnages ! Cette femme était une... une... Une saloperie de génie. Pardon, Votre Altesse. »

Mais la partition la plus savoureuse, l'Archiviste la consigne en entier : le lexique des excuses protocolaires. « Je m'excuse pour le bruit. C'est un... un protocole de calibration acoustique. Mes collègues y sont très... très sensibles. » Ou bien : « C'est une notification de ma Guilde ! » lors d'une réunion avec les envoyés de Valoria. Et il faut garder aussi la voix de la justesse poétique, celle qui résume l'âme de leur sanctuaire : « La vérité, c'est comme notre mât de descente : tout le monde sait qu'il est là, mais chacun le saisit à sa manière. »

 

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Le Combat des Chefs — le Duel avec le Prince

Voici la relation la plus complexe et la plus burlesque des Chroniques, l'Archiviste le certifie.

Avec Olivier, c'est un duel permanent d'exaspération et d'admiration, et la saison dix en tient le score à la main : un à zéro pour le Prince après l'entrée dans le laboratoire car le Régent perdit ses moyens pendant près d’une histoire entière. Un à un après le calendrier de Fibonacci car le Prince n’arriva pas à en venir à bout dans la grande salle de réunions.

Qu’on en juge : lors de la découverte du code sur le calendrier, Léonard, excité, tourne en rond, ses lunettes glissent, ses doigts volent sur le clavier. Chaque erreur de syntaxe est ponctuée par un PRRRRT ! sonore. Olivier, à trois sièges de là, sursaute comme s'il avait reçu une décharge électrique. Ses yeux s'écarquillent, puis se plissent en deux fentes dangereuses.

— Léonard. Votre ordinateur.

— Qu'est-ce qu'il a ?

— Il pète.

— Oh ! Ça ? C'est le son système pour les erreurs. Vous savez bien. J'ai remplacé le bip par un... échantillon de terrain. Pour des raisons de calibration acoustique.

— De calibration...

— Acoustique, oui. C'est un enregistrement de Flamme. Un pet de dragon nain mâle, tonalité grave, modulation ascendante. C'est fascinant, vous savez. La résonance n'est pas du tout la même que chez les femelles. Les femelles, c'est plutôt aigu, en dents de scie. Les mâles, c'est...

— Léonard.

— ...plus prolongé, plus...

— Léonard !

 — Je continue, dit-il sagement.

Et l’Archiviste de noter le « sourire entendu — le sourire de quelqu'un qui sait exactement ce qu'il fait et qui s'amuse prodigieusement » du grand savant lors de sa réponse finale.

Ils marchandent le changement du son d’erreur système : deux mois négociés un mois, marché conclu, bouchon qui saute. Le Prince a tenté les menaces administratives, technologiques, physiques, l'obscur sous-protocole « Silence éternel » ; Léonard a toujours un tour dans son sac, et Sven, qui compte les points en souriant, résume le tout : le sitcom le plus regardé du royaume.

Ce ballet, ce duel de nerfs, cette tension palpable où l'un pousse l'autre dans ses retranchements et où l'autre, à contrecœur, finit par sourire, est le moteur improbable de leur duo comique.

 

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Relations

Avec son équipe, il est le chef d'orchestre d'une maison de fous qu'il a lui-même choisis, tous « particuliers », et qu'il défend devant la Princesse d'une voix soudain douce : nos idées peuvent sembler peu orthodoxes, mais elles sont vraies.

Avec Mona, c'est une complicité piquée d'aiguillons. C'est lui qui avance devant elle l'hypothèse que le Vent du Sud a le sens de l'humour, elle ne lui parle plus pendant deux jours, et il soupçonne sans preuve le commandant Thorvald.

L'Archiviste tient ce récit pour l'un des secrets les mieux gardés du Secteur 7 : il trouve son arrogance amusante plutôt qu'irritante, et il la taquine souvent sur ses emojis. Elle le traite de « grand enfant brillant », ce qui le flatte. Il se penche par-dessus son épaule pour fouiller l'inventaire, elle répond les dents serrées « Je cherche », il chuchote « Cherche plus vite ». Il est celui qui la sauve de ses propres collisions quand elle est aveugle, la guidant vers la porte du container.

Avec Clavius, elle apporte les fréquences, Léonard apporte la propagation. Ils se respectent profondément, même quand ils divergent sur l'interprétation des données. Il la craint physiquement, ayant développé un réflexe conditionné : dès qu'il entend ses pas lourds, il se cache derrière un écran.

Avec Niccolo et Johannes, il suit leurs débats avec Clavius en spectateur amusé, intervenant parfois pour poser une question innocente qui déstabilise tout le monde.

Avec Isabella, il n'est pas insensible à son charme, mais il a appris à regarder ses écrans plutôt qu’autre chose pendant les réunions. Il a un jour avoué à Sven : « Isabella, c'est comme une expérience de diffraction : tu ne peux pas la regarder directement, tu ne peux observer que les effets qu'elle produit sur les autres. »

Avec Lisa, il partage son amour des légendes et de la poésie, et il est l'un des rares à prendre au sérieux sa théorie sur les Griffons. Il lui a même proposé de l'accompagner dans les Montagnes Encerclantes pour chercher de nouvelles preuves.

Avec Sven, il partage le même plaisir de provoquer une réaction, de voir quelqu'un s'agiter, de créer une frustration féconde. Sven est le seul à enrichir les Chroniques des Calibrations Acoustiques de ses propres contributions anonymes, sous le pseudonyme le « Vent du Sud ».

Avec la Princesse enfin, tout commence dans l'embarras, un PRRRRT retentissant et une rougeur montante, et s'achève dans la confiance : elle sut, dès le premier contact, qu'avec cette équipe elle pourrait tout comprendre.

 

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Statut Narratif

La saison dix lui donne trois entrées, et toutes trois par le rire et la larme.

La première est l'entrée du Contraste. Il fait une entrée avec fracas, sans doute la plus scandaleuse des Chroniques, et avec profondeur, au moment précis où la Princesse s'attend à une brochette de savants austères, dogmatiques et pontifiants, et le voici, blouse froissée, lunettes glissantes, inventeur du son de pet de dragon, dirigeant l'équipe la plus brillante du royaume au milieu du chaos organisé du laboratoire. Le personnage qui fait rire dans un monde grave mais qui devient, le moment venu, le seul capable de percer les mystères : le code de la chambre forte, la lecture du combat, le regard qui voit que les modèles ont échoué là où un homme a eu raison. L'Archiviste note l'architecture : on lui a confié exactement le rôle inverse de celui de Sven. Sven gagne par le corps, la main ouverte et le visage nu. Léonard gagne par l'esprit, les chiffres et le calendrier d'un congrès vieux de quarante ans. L'un s'assied nu sur un rocher, l'autre reste habillé de sa folie ordinaire , et tous deux ont eu raison contre toutes les prévisions. Le génie dans la tenaille du principe de Séraphina. Il est la preuve vivante de la thèse du Prince : ce sont des originaux, et c'est pour ça qu'ils sont les meilleurs.

La seconde, plus singulière, l'Archiviste la nomme l'entrée de la Vulnérabilité. Car lors du combat des dragons, il est le seul à rester debout, à guider les autres vers le container, à les pousser, à les tirer. Il est le pilier de l'équipe dans la tempête, celui qui ne perd pas son sang-froid, celui qui analyse les courbes, qui comprend la physique du feu, qui réalise l'horreur de la situation. Et c'est lui qui, le premier, réalise que les modèles prédictifs de la Guilde étaient faux, que la réalité avait balayé les théories, et que Séraphina et lui, en regardant, étaient devenus complices de la même folie froide.

Et la troisième, la plus secrète, l'Archiviste la nomme l'entrée de la Révélation. Car lors de la découverte du code, il est le seul à comprendre la beauté mathématique du message caché sur le calendrier. Il est le seul à voir la « saloperie de génie » que fut Séraphina. Et c'est lui qui, le premier, écrit les 60 chiffres de Fibonacci, qui déchire la page, qui tend le code à Olivier, qui scelle le pacte entre la science et la royauté.

 

***

Ce que le Monde Ignore encore de Lui

L'Archiviste ouvre ici son carnet d'ombres.

Son passé d'étudiant qui lisait Séraphina quand elle n'était pas encore maudite : que cherchait-il donc déjà, et qu'y a-t-il vu que les autres n'ont pas vu ?

Sa vie hors du Secteur 7, parents, attachements, secrets. La saison dix n'en dit mot, et un homme qui rit autant mérite qu'on s'interroge.

Que devient-il, lui qui croyait pouvoir séparer le génie de la cruauté, maintenant qu'il a envoyé un homme nu dans une arène de dragons ? Persévérera-t-il dans cette voie, et avec quels outils, ou s'inclinera-t-il devant la réalité de la souffrance ?

Que contient vraiment le document Chroniques des Calibrations Acoustiques, et combien de pets de dragons, de rires et de larmes y sont archivés ?

Le carnet de notes : d'où vient-il, que contient-il, et pourquoi celui qui maîtrise les ondes de spin garde-t-il à portée de main cet unique objet, tel un talisman ?

Le châtiment que lui réservait Olivier, quel est-il ? Et s'il honorait le pari des deux mois de silence sans pet de dragon pour son d’erreur système : un Léonard sans sa voix est-il seulement concevable ?

Que fera-t-il de la chambre forte qu'il peut maintenant ouvrir, lui qui redoute d'y retrouver le tombeau d'une œuvre et de l’œuf d’une créature mythologique ?

Et une question que la saison laisse dans la pénombre la plus intéressante : quand il regardait Sven offert aux dragons, l'homme qui voulu prouver que la connaissance n'exige pas la cruauté, qu'a-t-il appris de lui-même, et que lui en restera-t-il quand les écrans seront éteints ? La validation d'une vérité qu'il avait postulée : celle de la responsabilité du savant, le pacte le plus ancien du chercheur avec sa propre conscience ?

 

***

Voilà le Régent Léonard à sa première saison. Génie qui lutte contre sa propre nature, potache qui fait trembler les princes et les Rois, lecteur de calendriers morts, lâcheur de pets dans les visioconférences impériales, et savant qui a osé se comparer à Séraphina pour mieux conjurer son ombre. Un homme torturé par la mémoire d'une renégate, merveille de dignité et d'humour, guidant les autres vers la sécurité, le nez collé aux courbes et le cœur réglé sur la culpabilité.

Il est entré dans le registre par le bas, au Niveau 0, comme une pierre dans une mare, et l'Archiviste gage qu'il y reviendra car les ondes qu'il a laissées, le code trouvé, la cage tendue, le pacte expliqué à la volée par Lisa, continueront de se propager longtemps...

La traque des secrets de Séraphina n'est pas close et le registre veut la suite.

L'huile de lampe, bien qu'elle baisse encore, devrait suffire pour la prochaine fiche. Seulement, quel nom inscrire ensuite au registre : Mona la géante, ou bien l'un des autres : Niccolo le nerveux, Johannes le lointain, Isabella la flamboyante, ou Lisa la rêveuse qui, elle aussi, a gagné à l'arène son entrée au panthéon des Chroniques.


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