Le Dragon sous le Fleuve

📖 La Princesse Sylvie ✍️ Cyr_Roivan 📝 3321 mots

L’Éveil

Les appartements de Mei-Ling, une des suites impériales, loin dans les hauteurs de la tour de l’Aile Résidentielle, étaient toujours parmi les premiers où entrait la lumière du soleil levant.

Non pas abruptement, comme elle le faisait dans les aubes de Cathay, mais avec cette douceur sylvarienne qui semblait toujours hésiter à déranger, comme un serviteur qui frapperait à la porte du sommeil avant d'oser entrer.

Elle filtrait à travers les rideaux de soie safran que Mei-Ling avait fait installer dès son arrivée — elle ne pouvait pas dormir sous ces lourds velours bleus sylvariens qui donnaient l'impression de se réveiller dans une grotte — et dessinait sur le sol des pétales d'or vacillants.

Mei-Ling ouvrit les yeux.

Huit heures. Son corps le lui dit avant même qu'elle ne cherchât l'heure, cette horloge interne forgée par des années de tournages où l'on vous réveillait à l'aube pour vous maquiller trois heures avant la première prise, et par des années encore de réceptions impériales où la nuit ne se terminait qu'à l'aube. Huit heures, c'était tard pour une ambassadrice. C'était tôt pour une femme épuisée. Elle choisit le compromis : elle était reposée.

Elle resta à regarder la lumière danser sur le plafond. C'était un jeu d'ombres et de reflets, produit par les cristaux sylvariens incrustés dans les murs, qui captaient les rayons du soleil et les redistribuaient en motifs changeants. À Cathay, on n'avait pas cherché à développer cette maîtrise de la lumière. À Cathay, la lumière était brute, directe, sans compromis. Ici, elle était apprivoisée, domestiquée, presque tendre. Mei-Ling avait mis des mois à s'y habituer. Et maintenant, elle trouvait cela beau.

 

***

Le Souvenir d’une Journée Passée

Son esprit, encore flottant, revint à la veille. À la Grande Salle des Trônes. Les mots mêmes semblaient insuffisants. Elle avait vu des palais, des temples, des pagodes impériales suspendues au-dessus des nuages. Elle avait tourné dans des décors qui représentaient des mondes entiers. Mais rien, rien de ce qu'elle avait vu ou joué, ne l'avait préparée à ce qu'elle avait ressenti en franchissant le Portail Occidental.

Cette nef qui se terminait dans l’espace d’un hémicycle infini, ces piliers qui s’élevaient vers une voûte de lumière irréelle, ce dôme qui s'ouvrait comme le ciel avec la pupille d'un dieu en son centre. Et sous le dôme, la colonne de lumière. Pas un éclairage. Une présence. Quelque chose qui tombait du sommet de la voûte et qui vous traversait, vous illuminait jusqu’au tréfond de votre être.

Elle avait vu Olivier marcher seul, le dos droit, la main sur la garde de son épée, et elle avait pensé : « Il est beau. » Pas la beauté des écrans, pas la beauté fabriquée des stars de c-dramas. La beauté d'un homme qui sait pourquoi il marche.

Puis elle avait vu Sylvie entrer, cette robe de soie bleu nuit qui glissait sur le marbre, et elle avait pensé : « Elle est courageuse. » Parce que marcher ainsi vers celui qu’on aime, pour la première fois en pleine lumière, devant plus de mille millions de regards, c'était plus difficile que n'importe quelle scène de combat qu'elle avait jouée.

Et quand ils s'étaient rejoints, côte à côte, épaule contre épaule, sans se toucher, sans se regarder, mais ensemble, Mei-Ling avait senti quelque chose se serrer dans sa poitrine. Pas de la tristesse. De la gratitude. Elle était fière d'avoir été là. Fière d'avoir veillé sur eux, conseillé l'un, rassuré l'autre, préparé les dragons, souri au bon moment, disparu quand il le fallait. Elle avait joué son rôle. Pas celui d'une actrice. Celui d'une amie.

 

***

Les Projets des Jours à Venir

Elle se leva enfin, et ses pieds nus rencontrèrent le tapis de soie cathayen qu'elle avait fait venir de l'ambassade. Le contact fut immédiat, familier, réconfortant. Ce tapis, tissé à l’identique par des artisans depuis d’innombrables générations, portait en lui l'odeur du thé vert et de la terre humide du Sud. Elle resta un instant immobile, les orteils crispés sur la soie, respirant cette odeur lointaine qui lui rappelait qu'elle avait un chez-elle, quelque part, de l'autre côté du monde.

Elle traversa la chambre vers la salle de bain, et en passant devant le miroir, elle s'arrêta. Non pas par vanité — enfin, pas seulement. Mais parce que le miroir, ce matin-là, lui renvoyait une image qu’elle connaissait pour l’avoir déjà vue, mais dont elle connaissait bien la signification qui la touchait en plein cœur.

Le visage était le sien, les traits parfaits, les yeux en amande, les lèvres pleines, cette peau de porcelaine que les réalisateurs de Cathay appelaient « clair de lune sur jade ». Mais il y avait autre chose. Quelque chose dans le regard. Une fatigue qui n'était pas physique. Une solitude qui ne se voyait pas mais qui se sentait, comme une cicatrice sous la soie.

Elle détourna les yeux et continua vers la salle de bain. L'eau chaude coula sur ses épaules, et elle ferma les yeux. L'eau, à Sylvaria, n'était pas comme à Cathay. Elle était plus douce, plus pure, presque sans goût. À Cathay, l'eau avait une saveur minérale, une âme de montagne. Ici, elle était parfaite, mais sans caractère. Comme beaucoup de choses dans ce royaume, d'ailleurs. Tout était trop parfait. Trop lisse. Trop policé. Sauf Sylvie. Sauf Olivier. Sauf ce qu'ils partageaient.

Elle pensa alors aux travaux. Aux appartements de la Princesse qui allaient être transformés. Et son esprit bascula, comme il le faisait souvent, explorant les possibles.

Elle ne voyait pas la destruction, pas le chaos, pas la poussière. Elle voyait une page vierge. Plus exactement, un espace vierge où appliquer les principes millénaires du Feng Shui, l'art de placer les choses dans leur juste relation avec le monde. Elle voyait les paravents de soie qui diviseraient l'espace sans le couper, les jardins intérieurs où le Qi circulerait librement, les fontaines de pierre qui chanteraient dans le silence, les bois naturels qui vieilliraient avec grâce. Elle voyait un lieu où l'énergie circulerait comme un souffle, où chaque objet serait à sa place, où chaque couleur servirait un propos. Elle sentit cette excitation familière, celle qui la prenait quand elle imaginait un décor, quand elle concevait un espace, quand elle créait quelque chose de beau. Elle sentait en elle l'âme d'un architecte d'intérieur, qui ne demandait que la permission de s'exprimer.

« Mais chaque chose en son temps », se dit-elle, en refermant le robinet. Les plans viendraient plus tard. Il fallait d'abord que Sylvie accepte de perdre ses murs. Il fallait qu'Olivier comprenne qu'une chambre n'était pas une caserne. Il fallait que Margot survive à sa propre panique logistique. Il fallait que Sibylle trouve le temps de respirer. Tout viendrait. Mais pas aujourd'hui.

 

***

Les Réminiscences du Passé

Elle s'habilla lentement, choisissant une robe de soie pourpre et or, les couleurs de l'Empire, non pas par obligation protocolaire, elle n'avait pas de rendez-vous officiel ce matin, mais parce que ces couleurs la rassuraient. Elles étaient sa peau. Son identité. Elles disaient au monde : « Je suis de Cathay. Je suis l'ambassadrice. Je suis celle que l'Empereur a choisie. » Et ce matin, elle avait besoin de se rappeler qui elle était.

En nouant les grenets de jade qui fermaient le col, ses doigts effleurèrent la pierre froide, et le geste la ramena loin, très loin en arrière. À Cathay. À sa jeunesse.

Rien ne la prédestinait à devenir ce qu'elle était devenue. Rien. Elle était née dans les classes populaires laborieuses, dans un quartier de Wu-Lin où les rues sentaient le poisson séché et l'huile de sésame, où les immeubles de briques rouges se pressaient les uns contre les autres comme des gens qui ont peur de tomber, où les lignes électriques s'entremêlaient comme des lianes et où les nuits étaient bruyantes et les matins gris. C’était un lieu de travail acharné, de sueur, de cris de vendeurs, de machines qui ronflent jour et nuit. Une ville de survie, située sur les rives d’un fleuve immense.

Dans les légendes locales, on disait que la ville avait été bâtie sur le dos d'un dragon endormi sous le fleuve, et que les toits des maisons, couverts de tuiles vernissées, brillaient comme des écailles quand la lumière du soleil perçait enfin le brouillard, à tel point qu’on oubliait même qu’il y avait eu de la pluie.

C'est ici que Mei-Ling était née, dans un quartier populaire où les enfants jouaient dans les ruelles boueuses. Les mères travaillaient dans les fabriques de soie et l'espoir y était une denrée rare mais précieuse. C'était une ville qui ne brillait pas par sa beauté, mais par sa vitalité, sa résilience et sa capacité à faire éclore des talents au milieu de la poussière.

Sa mère était seule. Son père était un mot qu'on ne prononçait pas, un fantôme, une absence. Et sa mère travaillait. Toujours. Du matin au soir, et du soir au matin parfois, dans les fabriques de soie du quartier, les mains dans les teintures, les yeux dans la vapeur, le dos courbé sur les métiers à tisser. Et le soir, quand elle rentrait, elle trouvait Mei-Ling, sa petite fille, debout sur la table de la cuisine, en train de jouer la scène qu'elle avait vue dans la rue, ou à la télévision du voisin, ou dans son propre esprit.

Parce que Mei-Ling avait la passion. La passion du théâtre, de la scène, du jeu. Elle ne savait pas d'où cela venait. Pas de sa mère, qui n'avait jamais mis les pieds dans un théâtre. Pas de son père, qui n'existait pas. C'était en elle. Comme un feu. Comme une faim. Elle avait commencé par les rues, les petits spectacles de quartier, les concours de talents organisés par les associations locales. Puis les castings, les refus, les galères, les jours sans repas, les nuits sur les bancs des gares, les larmes dans les toilettes des studios, les rires des directeurs de casting qui la trouvaient « trop commune », « trop pauvre », « trop rien ».

Mais elle n'avait pas abandonné. Elle n'avait jamais abandonné. Parce que le feu était là, et qu'il ne s'éteignait pas.

Et puis, à vingt-deux ans, le rôle. Celui qui avait tout changé. Une petite fille des rues qui devenait la première épouse de l’héritier du trône. Un rôle dans une immense saga, devenue mythique depuis, écrit pour une star établie mais qu'elle avait obtenu par un miracle de persévérance et de talent. Et elle l'avait joué. Elle l'avait habité. Elle avait mis dans ce rôle tout ce qu'elle était : la faim, la rage, la solitude, la beauté, la force, la vulnérabilité. Et le public l'avait vue. Pour la première fois, le monde l'avait vue. Pas la fille de Wu-Lin. Pas la pauvresse. Pas celle qui n’avait rien, qui n’était rien. Mei-Ling. L'actrice. Celle qui devint la légende.

Elle savait, sans fausse modestie, qu'elle avait du talent. Un talent brut, instinctif, qui ne s'apprenait pas dans les écoles. Elle savait aussi qu'elle devait une partie non négligeable de sa réussite à sa beauté. Cette beauté qui n'était pas un mérite, pas un accomplissement, mais une chance. Une loterie génétique. Elle était née avec ces traits, cette peau, cette grâce, et elle n'y était pour rien. Elle l'avait accepté, ce don, comme on accepte un héritage qu'on n'a pas demandé. Elle l'avait utilisé, sans honte, sans culpabilité. Car elle savait que sans le talent, la beauté n'aurait été qu'une coquille vide. L'un et l'autre, ensemble, avaient fait l'explosion.

Mais sans la beauté, le talent aurait-il été vu ? Elle était à l’image du dragon des légendes endormi sous sa ville. Son potentiel, son talent, sa beauté, étaient là, cachés sous la surface, attendant d'être révélés. Et lorsqu’à vingt-deux ans elle réussit, elle « réveilla le dragon », à l’image des toits de Wu-Lin qui brillaient après la pluie comme des écailles sous le soleil.

Mais elle n’avait jamais oublié qu’il avait plu.

 

***

Le Souvenir Inachevé

Elle acheva de s'habiller, et ses mains, en ajustant les manches pendantes de sa robe, retrouvèrent un autre souvenir. Plus récent. Plus trouble.

Olivier.

Pas l'Olivier d'hier, le Prince Consort qui marchait dans la lumière. L'Olivier d'il y a quelques années. L'Olivier du tournage. Celui qu'elle avait rencontré sur le plateau du c-drama, quand il venait faire le consultant militaire occasionnel, et qu'elle avait joué la princesse guerrière. Elle se souvint de la première fois où elle l'avait vu, l'épée au côté. Il n'était pas beau au sens cathayen du terme. Trop anguleux, trop sombre, trop sérieux. Mais il avait quelque chose. Une solidité. Une ancre. Un homme qui ne flottait pas, qui ne jouait pas, qui était là, tout simplement.

Et elle avait ressenti une attirance. Pas le désir brûlant des scènes de romance. Quelque chose de plus subtil. De plus dangereux. Une curiosité sensuelle. Une envie de savoir ce que ce corps racontait, ce que cette réserve cachait, ce que ce silence couvrait.

Puis il y avait eu plus tard cet incident. Les gâteaux à la fleur de lune. Elle revoyait la scène avec une netteté cruelle, comme si le temps n'avait pas passé. Elle avait mangé ces maudits gâteaux sans savoir qu'ils étaient... altérés. Et son corps avait réagi. Pas de la façon dont on réagit à l'alcool, avec une ivresse joyeuse. Non. Quelque chose de plus primitif. De plus incontrôlable. Et elle s'était retrouvée contre lui. Contre Olivier. Ses bras l’enserrant de toute leur force, ses seins contre sa poitrine, ses lèvres à quelques centimètres des siennes. Et elle l'avait étreint. Pas pour l'embrasser. Pas pour le séduire. Mais parce que son corps, affolé par les substances, cherchait un point d'ancrage, et qu'il était là, solide, réel, chaud.

Elle se souvint de son visage. Écarlate. Terrifié. Totalement désemparé. Ce grand général, ce maître d'arts martiaux, ce prince héritier d'un royaume de guerriers, réduit à l'état d'un adolescent pris au piège par une femme qui le serrait comme une folle. Et elle avait senti son cœur. Les battements. Rapides, désordonnés, paniqués. Contre le sien. Comme un oiseau enfermé dans une cage trop petite. Et elle avait pensé, dans la brume de sa confusion : « Il a peur de moi. Ce grand guerrier a peur de moi. »

Puis Sylvie avait fait irruption et elle s’était effondrée. Des bribes de sensations lui restaient encore aujourd’hui. Les mains tremblantes, le visage brûlant, le cœur battant d'autre chose que de l’effet du sérum de vérité. Elle n'avait jamais parlé de ce qu’elle avait ressenti. À personne. Pas à Sylvie, pas à Olivier. Pas même à elle-même, la plupart du temps. Mais ce matin, dans la lumière dorée de sa chambre sylvarienne, le souvenir était là, vivant, palpitant, avec son lot de honte et de désir inachevé.

 

***

Solitaire, avec un Cœur qui Bat

Elle s'assit devant le miroir de sa coiffeuse, et elle commença à se coiffer. Ses cheveux, noirs et lourds comme une cascade d'encre, glissaient entre ses doigts avec une docilité qui contrastait avec le chaos de ses pensées. Elle les sépara, les tressa, les épingla, créant le chignon impérial qu'elle portait toujours, avec ses deux fleurs de lotus descendant le long des tempes. Le geste était automatique, millénaire, hérité des dames de la cour de Cathay. Et pendant que ses mains faisaient ce qu'elles savaient faire, son esprit allait où il ne devait pas aller.

Elle pensa à la solitude. Pas à celle de l'ambassadrice, ni celle de l’actrice, qui étaient entourées, courtisées, adulées. L'autre solitude. La vraie. Celle du soir, quand les portes se ferment, quand les sourires s'éteignent, quand on se retrouve seule avec son miroir et son silence. Celle qu'aucune célébrité ne comblait, qu'aucun triomphe ne guérissait, qu'aucune beauté n’empêchait. La solitude paradoxale de celle qui a tout — beauté, pouvoir, gloire — mais qui n'a pas l'amour vrai qu'elle a tant joué.

Parce que sa beauté, cette beauté qui avait ouvert les portes, qui avait allumé les écrans, qui avait fait tomber les barrières, ne lui avait jamais permis de rencontrer un homme qui l'avait aimée comme Olivier aimait Sylvie. Les hommes qu'elle avait connus étaient tombés amoureux de l'image. Du personnage. De la légende. Ils voulaient coucher avec la princesse guerrière, dîner avec l'ambassadrice, se montrer avec la star. Mais aucun n'avait voulu rester avec la femme. Avec Mei-Ling. Celle qui avait peur du noir parfois. Celle qui pleurait en regardant des c-dramas romantiques. Celle qui riait trop fort et qui mangeait trop de gâteaux aux fleurs de lune. Celle qui, au fond, ne demandait qu'à être vue. Vraiment vue.

Et maintenant, elle était ici. Ambassadrice extraordinaire de Cathay à Sylvaria. Un poste qui aurait fait rêver n'importe quel diplomate de l'Empire. Un poste qui exigeait une présence constante, une vigilance de tous les instants, une éloquence qui ne devait jamais faillir. C'était une couronne de gloire, mais c'était aussi une cage de verre.

Elle termina de fixer la dernière épingle de jade dans son chignon, et le reflet dans le miroir lui renvoya l'image d'une femme parfaite, irréprochable, intouchable. C'était l'image que le monde voyait. L'Ambassadrice. La Légende. La Beauté.

Mais Mei-Ling savait ce qu'il y avait derrière le verre.

Elle quitta la salle de bains et ses pieds nus retrouvèrent la soie du tapis. Elle traversa la chambre pour aller vers la fenêtre, là où la vue sur Aethelgard s'ouvrait, immense et lointaine. Elle posa la paume de sa main contre la vitre froide.

« La réussite et le pouvoir n'ouvrent pas les portes du bonheur et de la paix, » se dit-elle, répétant une vérité qu'elle avait apprise à la dure, à force de nuits blanches et de sourires forcés.

Elle pensa à Olivier et Sylvie, tout en haut, dans leurs appartements qui allaient bientôt devenir un chantier. Elle pensa à leur maladresse, à leurs regards fuyants, à leurs mains qui ne se touchaient pas encore, et pourtant, à la façon dont ils se tenaient, l'un contre l'autre, comme deux arbres dont les racines s'entremêlent sous la terre. Ils avaient quelque chose qu'elle n'avait jamais eu. Quelque chose de simple. De profond et de vrai. De désintéressé.

 

 

***

Ne Jamais Renoncer à l’Espoir

Elle sourit, et ce sourire, cette fois, n'était pas celui de l'ambassadrice. C'était celui de la femme qui espérait encore.

« Pourtant, je veux continuer à espérer. » pensa-t-elle, en regardant la lumière du soleil qui dansait sur les toits de la ville.

Elle ne savait pas quand, ni comment, ni avec qui. Mais elle savait qu'elle ne voulait pas renoncer. Elle ne voulait pas que sa vie se résume à des rôles, à des discours, à des sourires de façade. Elle voulait, un jour, rencontrer quelqu'un qui la verrait. Vraiment.

Quelqu'un qui ne serait pas impressionné par sa beauté, ni intimidé par son titre, ni séduit par sa célébrité. Quelqu'un qui la verrait, elle, Mei-Ling, la fille de Wu-Lin, la fille de la mère célibataire, la fille qui avait appris à jouer pour ne pas pleurer.

Elle se retourna, et son regard tomba sur le petit coffret en bois de santal posé sur sa table de chevet. À l'intérieur, il y avait une vieille photo, jaunie par le temps. Elle et sa mère, dans leur petit appartement de Wu-Lin, avant que tout ne change. Sa mère, les yeux fatigués mais le sourire fier. Et elle, petite, les cheveux en bataille, tenant un masque de théâtre en carton.

Elle prit le coffret, l'ouvrit, et regarda la photo une dernière fois.

« Merci, maman, » murmura-t-elle. « Merci de m'avoir appris à ne jamais abandonner. »

Elle referma le coffret, le remit à sa place, et se dirigea vers la porte de sa chambre.

Aujourd'hui, elle avait des rôles à jouer. Ceux de l'ambassadrice, de l'amie, de la conseillère. Elle allait voir Sylvie, elle allait la rassurer, elle allait lui parler des travaux, de la lumière, de la beauté qui viendrait. Elle allait voir Olivier, elle allait lui dire qu'il avait bien fait, qu'il était un homme digne, qu'il méritait le bonheur.

Et peut-être, un jour, elle trouverait le sien.

Elle sortit de sa chambre, la tête haute, le cœur léger, prête à affronter la journée, prête à vivre, prête à espérer.

Car c'était cela, la vraie force. Pas la beauté. Pas le pouvoir. Pas la célébrité.

C'était l'espoir.

Et elle, Mei-Ling, ne renoncerait jamais à l'espoir.

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