Opération Place Nette : Le Plan infaillible qui fait Pschitt

📖 La Princesse Sylvie ✍️ Cyr_Roivan 📝 5761 mots

C’était un après-midi paisible au palais de Sylvaria, après les évènements trépidants des derniers mois.

L’explosion, la convalescence de la Princesse et du Prince et enfin les fiançailles princières quinze jours auparavant…

Les investigations relatives à l’affaire du laboratoire clandestin se poursuivaient dans tout le royaume et en-dehors, à Valoria, dans la Confédération Nordique, et jusque dans la lointaine Cathay.

L’immense corpus de données expérimentales récupéré dans les serveurs du laboratoire continuait à être étudié afin de préparer l’ouverture de la vaste chambre forte des cryptes. Les spécialistes, tenus au secret, allaient de révélations incroyables en découvertes ahurissantes. La nature même du royaume de Sylvaria en était remise en cause. Des questions profondément troublantes surgissaient.

Mais pour le reste, c’était un après-midi paisible au cœur de l’été.

Du moins jusqu’à ce que Flamme et Long décident d’organiser leur concours de pets du solstice d’été dans l’endroit le plus improbable : la Salle des Audiences Ordinaires, qui faisait traditionnellement office de salle du trône pour les affaires courantes. Pourquoi là ? Parce que, selon Long, les échos y sont parfaits pour les pets et que Flamme avait parié qu’il pouvait faire un Pouf ! assez puissant pour faire trembler les vieilles armures. Et comme le solstice était déjà passé depuis trois jours, il fallait tout de même quelque chose qui sorte de l’ordinaire…

Mais avant de commencer, les deux dragons devaient s’assurer que personne ne les surprendrait. Ils avaient élaboré un plan infaillible (ou du moins, c’est ce qu’ils croyaient).

 

***

La Mission « Place nette »

Première étape : surveiller les allées et venues.

Flamme, perché sur un lustre, jouait les guetteurs tandis que Long, camouflé derrière un rideau, espionnait les mouvements dans le grand hall d’honneur, devant les vastes portes de la salle.

— Grrr ! (Traduction approximative : « La voie est libre ! »)

— Grôô ! (Traduction approximative : « Attends, j’ai vu la Damoiselle Sibylle partir en réunion. Parfait ! »)

 

Deuxième étape : s’assurer de l’absence du Roi.

Le Roi, connu pour ses siestes post-déjeuner, était leur principale préoccupation.

— Grrr ? (Traduction approximative : « Long, tu l’avais suivi quand ils étaient tous partis ?)

— Grôô ! (Traduction approximative : « Oui, il est parti en direction de ses quartiers, il va ronfler comme un ours. On est tranquilles pour au moins deux heures ! »)

 

Troisième étape : S’assurer que les ministres ne traînent pas.

Les ministres avaient la fâcheuse habitude de s’attarder pour discuter politique.

— Grrr ? (Traduction approximative : « Flamme, tu as entendu des voix dans les salles d’à-côté ? »)

— Grôô ! (Traduction approximative : « Non, juste le bruit des chaises qu’on range. Ils sont partis ! »)

 

Quatrième étape : Confirmer que la Princesse Sylvie est occupée.

La princesse avait un emploi du temps chargé, mais ils devaient en être sûrs.

— Grrr ? (Traduction approximative : « Long, tu as vu Sylvie sortir de la bibliothèque ? »)

— Grôô ! (Traduction approximative : « Oui, elle est partie nourrir les cygnes. Elle en a pour un moment ! »)

 

Cinquième étape : vérifier qu’aucun serviteur ne traîne.

Les serviteurs avaient tendance à faire des allers-retours inopinés.

— Grrr ? (Traduction approximative : « Flamme, tu as vu un domestique à proximité ? »)

— Grôô ! (Traduction approximative : « Non, ils sont tous en cuisine pour préparer le dîner. Ou ils font le ménage ailleurs. On a carte blanche ! »)

 

Sixième étape : débusquer les courtisans comploteurs.

 Les courtisans étaient les plus dangereux : toujours prêts à se cacher dans les coins pour espionner ou comploter.

— Grrr ? (Traduction approximative : « Long, tu as regardé derrière les tapisseries ? »)

— Grôô ! (Traduction approximative : « Oui, rien. Juste des toiles d’araignée ! »)

— Grrr ? (Traduction approximative : « Et sous les tables ? »)

— Grôô ! (Traduction approximative : « Vides. Même pas un rat ! »)

— Grrr ? (Traduction approximative : « Et dans les armoires ? »)

— Grôô ! (Traduction approximative : « Rien, sauf des vieilles armures qui puent le métal rouillé ! »)

— Grrr ! (Traduction approximative : « Parfait ! On est bons ! »)

 

***

Le Concours de Pets de Trop

Convaincus que la zone était déserte, Flamme et Long s’installèrent au centre de la salle, sur le tapis royal brodé d’or.

— Grôô ? (Traduction approximative : « Prêt, Flamme ? ») demanda Long, ses petites ailes frétillant d’excitation.

— Grrr ! (Traduction approximative : « À toi l’honneur ! »)

Long prit une profonde inspiration, gonflant son petit ventre d’écailles dorées, et…

POUF !

Un nuage de fumée violette explosa dans un bruit sourd, faisant vibrer les chandeliers. Flamme, impressionné, applaudit des deux pattes.

— Grrr ! (Traduction approximative : « Bien joué ! À moi maintenant ! »)

Il se concentra, ferma les yeux, et…

PSCHIIIIIIT !

Cette fois, ce fut un jet de fumée rose qui traversa la salle à une vitesse fulgurante, heurtant une armure ancienne qui tomba avec un fracas métallique.

— Grrr ! (Traduction approximative : « Trop fort ! »)

C’est à ce moment-là qu’une des discrètes portes latérales de la salle s’ouvrit brutalement.

— LONG ! FLAMME ! QUE SE PASSE-T-IL ICI ?!

C’était la Damoiselle Sibylle, qui venait de quitter sa réunion en entendant le vacarme, suivie de près par la Princesse Sylvie. Les deux dragons se figèrent, leurs queues se raidissant instantanément.

— Grrr. (Traduction approximative : « On est morts. »)

— Grôô ?… (Traduction approximative : « Mais elle était pas censée être avec les cygnes ?! »)

La Damoiselle Sibylle, le visage aussi blanc que sa perruque poudrée, porta une main à son nez.

— Est-ce que… est-ce que je sens bien ?!

Flamme et Long échangèrent un regard paniqué. Ils avaient été pris en flagrant délit, et pire encore : ils avaient transformé la Salle des Audiences Ordinaires en champ de bataille olfactif.

— Long et Flamme, vous savez que vous n’avez pas le droit de faire ça ici, commença la Princesse Sylvie, essayant de garder son sérieux.

La princesse était bien au courant, depuis des années, ainsi que Margot qui avait été la première à le découvrir. Pour les avoir parfois observés en cachette, elle trouvait les joutes pétaradantes de ses petits compagnons trop amusantes pour les avoir forcés à arrêter. Mais là, ils venaient de s’attirer des ennuis en étant découverts. Et pas par n’importe qui, par la Damoiselle Sibylle qui était totalement incapable de laisser passer cela. C’était le pire cas de figure. Intérieurement, elle compatit sincèrement pour ce qu’ils allaient devoir subir.

— Grrr… (Traduction approximative : « On est désolés, Votre Altesse. »)

La Damoiselle Sibylle, quant à elle, semblait sur le point de s’évanouir. L’Etiquette, le Protocole et le Règlement lui montaient tous ensemble à la tête et l’amenaient au bord de la crise d’apoplexie.

— C’est… c’est une insulte à la couronne ! Une insulte à la bienséance ! Une insulte à… à tout ce qui est sacré !

Elle prit une profonde inspiration, comme pour se calmer, puis se tourna vers la Princesse Sylvie.

— Votre Altesse, je propose que nous convoquions immédiatement Mei-Ling pour traduire leurs excuses. Et ensuite, ils seront punis. Sévèrement.

Flamme et Long, réalisant qu’ils étaient dans de beaux draps, se mirent à genoux, leurs petites pattes jointes en signe de supplication.

— Grôô ! (Traduction approximative : « Pitié, pas Mei-Ling ! Elle va nous arracher les écailles et après, la peau ! »)

Mais il était trop tard. La Princesse Sylvie ne pouvait pas éviter cela à ses deux fidèles compagnons. La Damoiselle Sibylle était lancée, autant essayer de stopper un volcan en pleine éruption. Le cœur serré, elle hocha la tête.

— Allez chercher Mei-Ling. Et que quelqu’un ouvre les fenêtres. Vite.

Et ainsi, les deux dragons nains, qui pensaient passer un après-midi amusant, se retrouvèrent au centre d’un scandale royal, avec une double menace : le sermon de la Damoiselle Sibylle et la traduction impitoyable de Mei-Ling.

 

***

Le Double Sermon : Sibylle et Mei-Ling Unissent Leurs Forces

La Damoiselle Sibylle, toujours aussi pâle, se tourna vers la Princesse Sylvie avec une expression de dégoût profond.

— Votre Altesse, cette situation est intolérable. Ces deux… ces deux créatures ont transformé la Salle des Audiences Ordinaires en un lieu de débauche olfactive !

Elle se redressa de toute sa hauteur, ses yeux lançant des éclairs qui auraient pu réduire un chevalier en cendres.

— Long et Flamme, vous avez non seulement insulté la couronne, mais vous avez aussi porté atteinte à l’ordre et à la bienséance de ce palais. C’est une provocation, une insulte à la dignité, une attaque contre tout ce qui est noble et raffiné. Vos actions sont subversives, indignes et… et puantes !

Les deux dragons, toujours à genoux, baissèrent encore plus la tête, leurs queues frétillantes trahissant leur nervosité.

— Grrr… (Traduction approximative : « On est vraiment désolés. »)

C’est alors que Mei-Ling, la gracieuse ambassadrice de Cathay, fit son entrée, vêtue d’une robe de soie élégante, ses cheveux soigneusement coiffés et son visage maquillé avec soin. Ce jour-là, elle était dans son humeur de star, une humeur qu’elle affectionnait particulièrement, où elle exigeait un traitement royal et une attention absolue. Se faire appeler pour une telle bouffonnerie lui avait ruiné son humeur, et elle était vraiment mécontente.

— Mei-Ling, enfin ! Ces deux dragons ont besoin d’une bonne leçon, et vous êtes la seule qui puisse la leur donner, s’exclama la Damoiselle Sibylle, soulagée.

Mei-Ling regarda les deux dragons, puis la Damoiselle Sibylle, et soupira profondément.

— Très bien. Mais sachez que je n’étais pas d’humeur à jouer les interprètes aujourd’hui.

Elle s’avança vers Flamme et Long, qui baissèrent encore plus la tête, sentant que les choses allaient mal tourner pour eux.

— Long, Flamme. Expliquez-vous. dit-elle en mandarin, sa voix douce mais ferme.

— On est désolés, murmura Long en mandarin,

— On ne voulait pas déranger, ajouta Flamme

— On est des gros nuls, bafouilla Long, toujours en mandarin.

Mei-Ling traduisit leurs excuses à la Damoiselle Sibylle, qui croisa les bras.

La Damoiselle Sibylle se drapant de toute l’autorité et de toute la dignité de sa charge de Chancelière de l’Aile Résidentielle prit alors la parole, et Mei-Ling traduisit chaque mot en mandarin, s’assurant que les dragons comprenaient bien la gravité de la situation.

— Mes chers… euh… dragons. Vos petits jeux puants ne sont pas seulement une insulte à la bienséance, mais une véritable menace pour l’ordre établi, commença la Damoiselle Sibylle, le mot « dragons » prononcé comme si elle parlait de vermine.

— Grôô… murmura Long (Traduction approximative : « On n’y avait pas suffisamment réfléchi. »)

Mei-Ling, cependant, n’était pas prête à laisser les dragons s’en sortir aussi facilement. Elle avait ses propres reproches à faire, et elle n’allait pas se gêner pour les exprimer. Elle reprit en mandarin :

— Et vous, Long et Flamme, vous avez déshonoré vos racines, vos traditions, et la gloire des mille générations de dragons qui ont vécu avant vous. Vos ancêtres étaient des créatures de sagesse et de noblesse, et vous vous comportez comme des enfants mal élevés. 

— On est vraiment désolés, gémit Flamme en mandarin.

— Vos concours de pets ne sont pas seulement une insulte à la bienséance, mais une insulte à l’héritage de Cathay. Vous êtes des dragons, oui, mais vous êtes aussi des ambassadeurs de votre peuple. Et vos actions donnent une image pitoyable de Cathay.

La Damoiselle Sibylle, qui secrètement comprenait le mandarin, et impressionnée par la ferveur de Mei-Ling, ajouta :

— Et pire encore, vous le faites en secret, comme des conspirateurs. Vous pensez que personne ne vous voit, mais je vous vois. Je vois tout. Vos flatulences sont une arme, une arme de destruction massive contre la bienséance. Et cela doit cesser. Immédiatement.

Mei-Ling traduisit. Puis elle se redressa de toute sa hauteur, les regardant avec une sévérité qui aurait fait pâlir un bourreau.

— Grrr… Grôô ! promirent Flamme et Long en chœur (Traduction approximative : « Plus jamais. »)

Mei-Ling les observa un moment, puis soupira, son expression s’adoucissant légèrement.

— Je l’espère. Parce que si vous continuez ainsi, je serai obligée de raconter à l’Empereur ce que vous faites ici. Et croyez-moi, il n’appréciera pas.

Flamme et Long frémirent à cette pensée.

C’est alors que Mei-Ling, sentant une inspiration lui venir, drapée dans sa robe de soie, leva un sourcil et trouva l’équilibre parfait entre élégance littéraire et menace implicite tandis qu'elle déclama ces vers avec une lenteur calculée, laissant le dernier mot traîner comme une menace suspendue :

「南风送香,北风散臭, 但皇帝的鼻子,可闻遍天下。」

— « Le vent du sud apporte les parfums, Le vent du nord disperse les miasmes... Mais le nez de l'Empereur, Lui, les sentira jusqu'aux confins du monde. »

Flamme et Long, qui n’avaient pas compris jusqu’ici l’étendue de leur bêtise, pétrifiés, réalisèrent enfin que leurs POUFS ! et PSCHIIIIT ! venaient de franchir un seuil diplomatique critique.

— Grôô… fit Long. (Traduction approximative : « On… a vraiment foiré sur ce coup-là. »)

— Grrr ! ajouta Flamme. (Traduction approximative : « On va être exilés dans le Grand Nord. »)

Un silence pesant s’installa dans la salle. Flamme et Long baissèrent la tête, feignant la contrition, bien que leurs yeux brillassent encore de malice.

 

***

L’Entrée Inattendue du Prince Olivier

C’est alors que les portes de la salle s’ouvrirent, révélant le Prince Olivier. Il avait l’air perplexe et un peu amusé.

— Sylvie, Damoiselle Sibylle, Mei-Ling… que se passe-t-il ici ? J’ai été prévenu d’un problème incompréhensible dans la Salle des Audiences Ordinaires.

En entendant cela, Flamme et Long défaillirent presque. Ils connaissaient bien le Prince Olivier et savaient qu’il était connu pour son sens de l’humour dans son cercle privé, mais il était aussi très strict sur le respect des règles du palais. S’il était là, cela signifiait que la situation était encore plus grave qu’ils ne l’avaient pensé.

— Grrr… (Traduction approximative : « On est morts. Vraiment morts cette fois. »)

La Princesse Sylvie échangea un regard avec la Damoiselle Sibylle et Mei-Ling, puis se tourna vers lui.

— Olivier, peut-être pourrions-nous en discuter en privé ?

Mais le Prince Olivier, toujours curieux, s’avança vers les dragons, un sourire malicieux aux lèvres.

— Long, Flamme… vous avez encore fait des vôtres, n’est-ce pas ?

Les deux dragons, tremblants, ne purent que hocher la tête en silence, sachant que leur sort était désormais entre les mains du prince.

 

***

Le Défilé des Condamnés

Le Prince Olivier, en éminent stratège et maître des services conjoints de contre-espionnage de Sylvaria et Valoria, examina alors la situation d’un œil professionnel. Trop de témoins, trop de bruit, trop de désordre. Il fallait agir vite et discrètement.

— On ne reste pas ici. Sylvie, Damoiselle Sibylle, Mei-Ling, aidez-moi à remettre tout en ordre. Long et Flamme, vous allez m’accompagner, déclara-t-il d’une voix calme mais ferme.

Les deux dragons échangèrent un regard paniqué.

— Grrr… (Traduction approximative : « On va finir en prison ? »)

— Grôô ! (Traduction : « Ou pire… dans la salle de torture ? »)

En quelques minutes, la salle retrouva son apparence habituelle. Les fenêtres furent refermées, l’armure remise en place, et les traces suspectes effacées. Olivier inspecta rapidement le travail, puis fit un signe de tête satisfait.

— Bien. Maintenant, suivez-moi.

Il les mena hors de la salle par une porte dissimulée, puis empruntant des couloirs secondaires pour éviter les regards indiscrets. Long et Flamme marchaient en silence, leurs queues traînantes, imaginant déjà les pires fins possibles.

C’est alors qu’ils croisèrent Margot, qui retournait vers ses quartiers après une matinée épuisante passée à régler des problèmes dans les jardins. Elle était fatiguée, décoiffée, moite, terreuse et suante, ressemblant à tout sauf à la Chambellane de l’Aile Résidentielle, mais son regard vif trahissait son intelligence pratique.

— Princesse Sylvie, que se passe-t-il ? demanda-t-elle, remarquant l’expression tendue du groupe.

Sylvie lui expliqua rapidement la situation.

— Nous allons au contre-espionnage. Tu veux te joindre à nous ? conclut-elle.

Margot hésita un instant, puis haussa les épaules.

— Au contre-espionnage pour une histoire de pets ? Pourquoi pas ? Après tout, une journée de plus ou de moins…

Elle ajusta sa coiffe de fortune et suivit le groupe, ses pas résonnant avec ceux des autres dans les couloirs du palais.

 

***

L’Aile des Services : Un Monde de Rigueur Militaire

Alors qu’ils approchaient de l’Aile des Services, l’atmosphère changea radicalement. Les couloirs larges et ornés du palais cédèrent la place à des corridors étroits et austères, éclairés par des torches et des lanternes à LED. Les murs étaient couverts de cartes géographiques, de plans stratégiques et de listes codées.

Cette aile du palais était particulière, car elle s’alignait sur les normes et les principes valoriens : rigueur, organisation, efficacité. Ici, chaque détail comptait, chaque mouvement était calculé, chaque parole pesée. Des soldats en armes montaient la garde devant chaque porte, leurs uniformes impeccables et leurs visages impassibles. Des officiers en tenue d’apparat discutaient à voix basse, leurs regards perçants scrutant chaque passant. Des drapeaux aux couleurs de Sylvaria et de Valoria flottaient dans la brise artificielle des conduits d’aération, tandis que des statues de guerriers légendaires veillaient silencieusement sur les lieux.

Long et Flamme, habitués au luxe et à la fantaisie de la cour, n’avaient jamais posé les pattes à ce jour dans cette partie du palais qui ne dormait jamais et qui n’était pas envisageable pour leurs concours de pets. Ils étaient impressionnés malgré eux et avançaient en silence, leurs petits pas résonnant sur le sol de pierre polie.

— Grrr… (Traduction approximative : « On dirait un endroit d’où on ne sort pas vivant. »)

— Grôô ! (Traduction : « Ou pire… où on finit par signer des aveux sous la torture. »)

Margot, quant à elle, observait tout avec curiosité. Elle connaissait de réputation cette aile mystérieuse, mais elle n’y avait jamais mis les pieds.

— C’est impressionnant. Je ne savais pas que c’était si… militaire, murmura-t-elle à Sylvie.

Sylvie, qui connaissait les lieux pour ses visites régulières au Prince Olivier, hocha la tête, visiblement mal à l’aise.

— Oui. C’est littéralement Valoria ici. L’ordre et la discipline.

La Damoiselle Sibylle, habituellement si stricte, semblait elle-même intimidée par l’atmosphère austère.

— Je n’aime pas cet endroit, murmura-t-elle. Tout est si… rigide.

Mei-Ling, en revanche, observait tout avec un intérêt détaché, comme si elle étudiait un phénomène sociologique.

— Fascinant. On dirait que l’art de la guerre est une religion ici, commenta-t-elle.

Olivier, imperturbable, les mena jusqu’à une grande double porte en chêne massif. L’une était ornée des armoiries de Sylvaria, une licorne stylisée surmontée de la couronne de la Reine, et l’autre de celles de Valoria, un bouclier frappé d’un navire. Deux gardes en armure complète se tenaient de part et d’autre, leurs lances croisées.

— Nous sommes arrivés. Le bureau du responsable des services conjoints de contre-espionnage, annonça Olivier.

Les dragons déglutirent bruyamment.

— Grrr… (Traduction approximative : « C’est ici qu’on va mourir ? »)

Margot, prête à tout, haussa les épaules.

— Bah, au moins, on aura une histoire à raconter.

Olivier frappa trois coups secs à la porte, suivit d’un quatrième, puis attendit. Un silence pesant s’installa, tandis que tous les regards se tournaient vers l’entrée du bureau.

La porte s’ouvrit sur un vaste espace organisé avec une précision militaire. Le bureau du responsable des services conjoints de contre-espionnage était à lui seul un secteur entier de l’Aile des Services, comprenant des salles de réunions, des logements et quartiers privés, des bureaux administratifs, des archives sécurisées et des locaux techniques. Les murs étaient couverts de cartes stratégiques, de schémas tactiques et de rapports classifiés, tandis que des écrans affichaient des flux d’informations en temps réel.

Au centre de cette organisation impeccable se trouvait le bureau d’Olivier, spacieux et sobre, meublé de bois sombre et de cuir épais. Mais ce qui retint immédiatement l’attention des jeunes femmes fut l’homme avec qui Olivier était allé discuter.

C’était un véritable géant. Son uniforme moderne de l’armée valorienne, impeccablement coupé, soulignait une stature colossale. Il faisait largement plus de deux Unités et dominait Olivier de plus d’une tête. Large d’épaules, musclé avec une grâce naturelle, il portait son rang avec une aisance qui trahissait une longue habitude du commandement. Ses cheveux blonds, coupés court mais suffisamment longs pour laisser deviner une texture épaisse, encadraient un visage taillé à la serpe : mâchoire carrée, nez droit, pommettes saillantes, et des yeux d’un bleu glacial qui semblaient percevoir chaque détail.

Il était le modèle même des canons de la beauté masculine des hommes du Nord de Valoria – une présence imposante, une virilité à l’état brut, et une aura de confiance qui semblait envelopper toute la pièce.

 

***

Le Trouble des Héroïnes

La Princesse Sylvie, habituellement si posée, sentit son cœur battre un peu plus vite. Elle avait vu des hommes séduisants à la cour, sans parler de ses acteurs de c-drama, mais celui-ci était différent. Il y avait en lui une intensité, une énergie qui semblait vibrer dans l’air. Elle se surprit à se demander quel genre d’homme il était vraiment, derrière cette façade de soldat discipliné.

— Grrr… (Traduction approximative : « Regardez-la, elle rougit comme une pivoine. »)

— Grôô ! (Traduction : « C’est toujours pareil avec les princesses. Un bel uniforme, et hop, elles oublient tout. »)

La Damoiselle Sibylle, toujours si stricte et protocolaire, sentit ses joues s’empourprer légèrement. Elle, qui avait passé sa vie à critiquer les frivolités de la cour, se surprit à admirer la façon dont son uniforme moulait ses larges épaules. Mais aussitôt, elle se blâma elle-même, repensant à son amour épistolaire avec son érudit et poète Li Bai. Lui, c’était un homme de lettres, raffiné, délicat, tout le contraire de ce barbare monstrueux. Pourtant, son trouble persista, et elle détourna les yeux, confuse.

— Grrr… (Traduction approximative : « Et Sibylle qui fait semblant de ne pas regarder. On voit bien qu’elle est sous le choc. »)

— Grôô ! (Traduction approximative : « Elle doit se dire qu’elle aurait dû mettre sa meilleure robe aujourd’hui. »)

Mei-Ling, d’habitude si détachée et analytique, ne put s’empêcher de l’observer avec un intérêt nouveau. Elle avait vu beaucoup d’hommes dans sa vie, mais celui-ci avait quelque chose de différent. Une présence magnétique, une force qui semblait irradier de lui. Ses yeux ne ressemblaient à rien de ce qu’elle avait vu auparavant – ils étaient à la fois calmes et pénétrants. Et n’étaient-ils pas légèrement pailletés de vert ? Elle se surprit à vouloir en savoir plus sur cet homme, à vouloir comprendre ce qui se cachait derrière ce regard.

— Grrr… (Traduction approximative : « Mei-Ling, la froide et distante, semble hypnotisée. »)

— Grôô ! (Traduction approximative : « Elle doit se demander s’il parle aussi bien qu’il est beau. »)

Mais la plus troublée de toutes était Margot. Elle, qui était venue ici pleine de terre et de transpiration, les cheveux à moitié défaits, se sentait soudain horriblement consciente de son apparence. Elle devait sentir mauvais après tout ce qu’elle avait fait dans les jardins. Pourtant, elle ne pouvait détacher son regard de cet homme imposant. Son cœur battait la chamade, et elle se surprit à espérer qu’il ne remarquerait pas son état déplorable.

— Grrr… (Traduction approximative : « Margot est rouge comme une tomate. Elle doit se sentir comme un épouvantail face à un dieu. »)

— Grôô ! (Traduction approximative : « Elle doit regretter de ne pas avoir pris un bain avant de venir ici. »)

— Grrr… (Traduction approximative : « C’est toujours la même histoire. Les humains et leurs problèmes affectifs. »)

— Grôô ! (Traduction approximative : « Oui, et nous, on va encore devoir nettoyer derrière eux. »)

Le Prince Olivier, remarquant enfin l’attention captivée de son groupe, sourit légèrement et s’approcha d’elles.

— Mesdames, permettez-moi de vous présenter le commandant Sven Thorvald, second des services conjoints de contre-espionnage. C’est lui qui s’occupe des opérations lorsque je ne suis pas disponible, commença-t-il.

Sven, le colosse, inclina légèrement la tête, un sourire en coin aux lèvres.

— Enchanté, mesdames. Nous n’avons pas jusqu’ici eu le plaisir de nous rencontrer, mais je connais chacune d’entre vous.

Sa voix était masculine, basse, profonde, et douce. Il parlait avec une grande aisance, chaque mot semblant résonner dans la pièce avec une autorité naturelle.

Les jeunes femmes sentirent un frisson les parcourir en l’entendant. Même Margot, malgré sa gêne, fut captivée par le son de sa voix. Chaque mot semblait envelopper les jeunes femmes d’une chaleur inattendue, contrastant avec le froid apparent de son regard. Elles sentirent toutes, à cet instant, qu’elles venaient de rencontrer un homme qui ne serait pas facile à oublier.

Sven Thorvald, toujours souriant, les observait avec une curiosité manifeste. Tout en s’approchant lentement, son regard balaya le groupe, s’attardant un instant sur chacune d’elles, comme s’il évaluait non seulement leur apparence, mais aussi leur caractère… Plus il approchait d’elles, plus sa haute stature et sa large carrure remplissait l’espace devant elles, les faisant se sentir comme des enfants face à un adulte. Sa voix, profonde et douce, résonna à nouveau dans la pièce tandis qu’il était face à elles :

— Je suis ravi de faire enfin votre connaissance.

 

***

Les Dragons Attrapés

À peine Sven Thorvald eut-il terminé sa phrase que, dans un mouvement aussi rapide que spectaculaire, il fléchit les genoux et écarta les bras. Sans même daigner baisser les yeux vers ses proies, il attrapa Long et Flamme par la peau du cou, comme des chatons pris en flagrant délit de bêtise. Les deux dragons nains, visiblement dotés du même réflexe félin, se retrouvèrent suspendus dans les airs, les pattes agitées de soubresauts comiques.

Long, sous le choc, lâcha un petit POUF ! involontaire, brisant net la tension sensuelle qui régnait dans la pièce. L’effet fut immédiat : les jeunes femmes, sorties de leur transe, éclatèrent de rire en voyant les deux créatures se tortiller comme des peluches vivantes entre les mains du géant blond.

Mais pas la Princesse Sylvie, qui était déjà sur le point de bondir sur le colosse qui la dominait de plusieurs têtes. Son instinct protecteur de « maman de ses bébés » avait pris le dessus, et elle ouvrit la bouche pour protester. Cependant au même instant, elle aperçut Olivier, resté près de son bureau derrière Sven, qui lui faisait désespérément des signes et des grimaces pour lui faire comprendre que tout allait bien.

— Laisse faire, Sylvie. J’ai tout prévu ! semblaient dire ses gestes frénétiques.

Elle hésita un instant, son regard oscillant entre Sven, les dragons prostrés, et Olivier qui continuait de lui faire des mimiques désespérées. Finalement, elle se ravisa et serra les poings, décidant de faire confiance à Olivier. Après tout, c’est lui le stratège, se dit-elle, même si son cœur de maman dragon lui criait de protéger ses petits.

Mei-Ling, pourtant habituée aux mouvements fluides des arts martiaux, fut si surprise par la rapidité d’exécution de Sven qu’elle en oublia presque de respirer. Elle, qui maîtrisait l’art du combat avec une grâce mortelle, se retrouva bouche bée devant cette démonstration de force et de précision. Comment un homme aussi massif pouvait-il être à la fois si agile… et si élégant ? se demanda-t-elle, avant de se reprendre aussitôt.

Les deux dragons, maintenant pendus comme des trophées de chasse, ressemblaient à deux gros matous soumis, leurs petites griffes battant l’air en vain. Sven, toujours aussi imposant, les tenait fermement, un de chaque côté, ses bras puissants déployés comme les ailes d’un rapace. Les jeunes femmes ne purent s’empêcher d’admirer la largeur de ses épaules et la puissance tranquille qui émanait de lui. Il les dominait littéralement, tant par sa taille que par son aura.

Avec un sourire en coin, Sven se mit à les secouer doucement, comme pour les réprimander.

— Alors, mes poulets, on a décidé de transformer la Salle des Audiences Ordinaires en zone de guerre ? ironisa-t-il, sa voix grave résonnant dans la pièce.

— Grrr… (Traduction approximative : « On est vraiment désolés, promis. »)

— Grôô ! (Traduction approximative : « On ne recommencera plus, juré ! »)

Sven éclata de rire, amusé par leur air penaud.

— Très bien, Général, je les prends en charge pour un mois.

Olivier, toujours aussi sérieux, expliqua alors que la punition des dragons serait de passer les quatre prochaines semaines dans la garnison valorienne, dans la section des armes anciennes de l'armurerie, à la forge. Les dragons et les armes modernes avec leurs munitions explosives ne faisaient pas bon ménage.

— Vous allez travailler sous la supervision de Sven, continua Olivier. Il y a toujours à faire pour un dragon à la forge pour la fabrication et la réparation des armes. Par exemple, vous pourrez aider à forger des épées, polir des armures, et peut-être même apprendre à mieux maîtriser votre flamme.

— Grôô… (Traduction approximative : « On préférerait encore les aveux sous la torture ! »)

— Grrr ! (Traduction approximative : « Pitié, pas la forge ! »)

 

***

Le Débat Cathayen

Mei-Ling, avec cette subtilité typiquement cathayenne qui faisait sa renommée, esquissa un sourire en coin avant de s’adresser à Sven d’une voix douce mais chargée de sous-entendus.

— Commandant Thorvald, commença-t-elle, ne craignez-vous pas de vous ridiculiser en passant tout un mois à surveiller deux petits dragons espiègles ? N’avez-vous donc rien de plus urgent à faire dans ce palais… ou même dans tout le royaume de Sylvaria ?

Sven la regarda droit dans les yeux, son expression toujours aussi calme et assurée.

— Non, Dame Mei-Ling. Les dragons ont toujours été sous surveillance constante du Bureau. Et croyez-moi, leurs petites joutes pétaradantes posaient plusieurs problèmes : de sécurité, diplomatiques… et aussi, olfactifs, répondit-il sans hésiter.

Il marqua une pause, un sourire narquois aux lèvres.

— Deux jeunes dragons nains facétieux sans frein au cœur du palais royal ? Allant des caves jusqu’en haut des combles au gré de leurs envies ? C’est précisément le genre de problème qui relève de mes compétences.

Mei-Ling, qui s’attendait à une réponse plus banale, fut prise de court. Elle n’en laissa rien paraître, bien sûr, mais intérieurement, elle dut admettre que cet homme était bien plus perspicace qu’elle ne l’avait imaginé.

— Eh bien, dit-elle avec une élégance feinte, je vous souhaite… bon courage.

Sven éclata de rire, un son profond et chaleureux qui résonna dans la pièce.

— Ce n’est pas une question de courage, Dame Mei-Ling, corrigea-t-il. C’est une question de point d’appui. Avec le bon point d’appui, on atteint le résultat escompté.

Mei-Ling, encore plus surprise par cette référence philosophique dans la bouche d’un homme comme Sven, ne put s’empêcher de demander :

— Et quel sera votre point d’appui… et surtout, votre levier ?

Sven ne répondit pas immédiatement. À la place, il se contenta de regarder tour à tour Flamme et Long droit dans les yeux. Il les tenait toujours à bout de bras sans aucun signe de fatigue malgré leur bon poids, et il les rapprocha lentement de son visage, face à lui. Les deux dragons, sous ce regard glacial, se figèrent instantanément, leurs queues s’enroulant en escargot entre leurs pattes en signe de soumission totale. Une soumission qu’ils n’avaient jamais montrée devant quiconque.

— Le point d’appui sera la forge. Le levier… ce sera moi, déclara Sven enfin.

Mei-Ling sentit qu’elle venait de perdre le débat, mais elle concéda la victoire avec une élégance et une distinction dignes de sa réputation.

— Je vois. Dans ce cas, je vous laisse à votre… levier, murmura-t-elle, un sourire énigmatique aux lèvres.

 

***

La Séparation

Après avoir pris congé des uns et des autres avec une politesse toute protocolaire, Olivier prit rapidement Sylvie à part pour lui expliquer la situation.

— Sylvie, commença-t-il d’une voix calme, je sais que tu t’inquiètes pour Long et Flamme, mais ne t’en fais pas. C’est un problème auquel je m’attendais depuis un bon moment, d’une façon ou d’une autre. Quoi que… la Salle des Audiences Ordinaires, il fallait oser...

— Comment ça ? demanda-t-elle, intriguée.

— Le Bureau a remarqué leur petit manège sur les circuits vidéo de surveillance interne du palais depuis le début, il y a des années, expliqua-t-il. Ils ont causé plus de perturbations qu’on ne pourrait le croire...

Sylvie écarquilla les yeux, surprise.

— Et Sven… il s’y connaît en psychologie des dragons peut-être ?

Olivier sourit, amusé par sa réaction.

— La réponse va peut-être te surprendre, mais oui ! Tout à fait. Et c’est lui qui les encadrera. Personnellement. Tout à l’heure il a déjà soumis Long et Flamme, tu sais. C’est la première étape rituelle importante pour les jeunes dragons : la reconnaissance de l’autorité de leur mentor.

— La reconnaissance ? répéta Sylvie, perplexe.

— Oui, confirma Olivier. C’est essentiel pour leur instruction future. Sven répondra à toutes tes questions, mais plus tard. Pour l’instant, fais-lui confiance. Long et Flamme en ont besoin eux-mêmes.

Sylvie restait méfiante. Après tout, elle se considérait comme leur maman dragon, celle qui savait ce qui était bon pour eux.

— Très bien, dit-elle enfin, croisant les bras. Mais je veux un rapport détaillé sur leurs progrès. Et je veux être tenue au courant de tout.

Olivier resta dans son bureau avec Sven, discuter de l’organisation pour les deux semaines à venir sachant que Sven allait devoir consacrer la majeure partie de son temps aux jeunes dragons nains. Les jeunes femmes repartirent avec les dragons, qui avaient été informés que Sven viendrait les chercher le lendemain matin à la première heure pour les emmener à l’armurerie de la caserne, puis dans les forges.

En chemin, la Princesse Sylvie tenta de leur remonter le moral.

— Allons, les enfants, dit-elle d’un ton rassurant. Vous serez ensemble, après tout. Ce n’est pas si terrible.

— Grrr… (Traduction approximative : « Notre vie est finie. »)

— Grôô !  (Traduction approximative : « Ouais... C’est pas comme si on n’avait pas le choix ! »)

Margot haussa les épaules.

— Bah, au moins, vous aurez de quoi raconter à vos petits-enfants.

— Grrr… (Traduction approximative : « On n’aura même pas d’enfants ! »)

— Grôô ! (Traduction approximative : « On va mourir à la forge. »)

Puis, son regard se perdit un instant dans le vide. « Cet homme… ce Valorien… » Margot repensa à sa présence imposante, son regard bleu glacial, cette puissance tranquille qui émanait de lui. Elle avait déjà ressenti de telles choses, autrefois, pour un autre homme. Un homme qui l’avait fait souffrir, qui l’avait trahie, et qui avait laissé en elle des cicatrices invisibles.

« Je ne veux pas revivre cela. Je ne veux plus souffrir ainsi », se dit-elle, serrant les poings.

Mais comment oublier Sven ? Elle secoua la tête, comme pour chasser ces pensées importunes, et se concentra à nouveau sur les dragons. Mais au fond d’elle-même, elle savait que ce ne serait pas si simple.

La Damoiselle Sibylle, quant à elle, ne put s’empêcher de lancer une dernière pique à l’intention des dragons.

— Si vous vous comportez bien, peut-être que le commandant Thorvald vous laissera garder vos queues.

— Grrr… (Traduction approximative : « On est condamnés. »)

— Grôô !  (Traduction approximative : « On est des dragons morts ! »)

Mei-Ling, amusée par leur mélodrame, ne put s’empêcher de rire.

— Allons, mes chers dragons. Pensez à cela comme à une aventure. Qui sait ? Peut-être que vous apprendrez même quelque chose, dit-elle en leur tapotant gentiment la tête.

— Grrr ? (Traduction approximative : « Qu’est-ce qui m’a pris de vouloir quitter mon bon pays Cathay ? »)

— Grôô ! (Traduction approximative : « Ma vengeance contre vous toutes sera terrible ! »)

 

***

Épilogue : Le Départ

Le lendemain matin, Sven vint chercher Long et Flamme à la première heure, comme prévu. Les deux dragons, toujours aussi réticents, furent emmenés à l’armurerie de la caserne, où ils devaient passer un mois entier à travailler sous la supervision de Sven.

— Grrr… (Traduction approximative : « Adieu monde cruel ! »)

— Grôô ! (Traduction approximative : « Je vous lègue mon coussin préféré en souvenir de moi ! »)

Mais malgré leurs plaintes, ils ne purent s’empêcher de ressentir une certaine admiration pour Sven. Il était dur, certes, mais il était aussi juste et équitable. Et puis, il y avait cette étrange fascination qu’ils éprouvaient pour lui, comme s’il était un mélange de force et de sagesse qu’ils n’avaient jamais rencontré auparavant. Un modèle à imiter.

— Peut-être que cette aventure ne sera pas si terrible, après tout, pensèrent-ils, échangeant un regard complice.

Et ainsi, les deux dragons nains commencèrent leur nouvelle vie à la forge, sous l’œil vigilant de Sven Thorvald.

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