Les Deux Soldats au Royaume de Paix
Frédéric de Valoria
Frédéric de Valoria avait dans la cinquantaine. Il était large d'épaules et avait le visage buriné par les vents des Marches. C’était un homme aux tempes grisonnantes, dont les yeux clairs avaient vu beaucoup de choses mais qui n’en était pas devenu amer. Sa voix était grave et son humour sec.
L’affection profonde qu’il avait pour son neveu ne transparaissait pas facilement. Les Valoriens, comme leur devise l'indique, survivent d'abord, et les sentiments sont des luxes qu'ils ne s'offrent qu’avec parcimonie. Mais il n’en était pas moins un homme qui avait vu naître son neveu, qui l'avait tenu enfant dans ses bras, et qui connaissait son caractère et ses qualités.
Il n’était pas un diplomate de carrière ou un fonctionnaire protocolaire. C'était le frère cadet du Roi, l'oncle d'Olivier. Il n'avait jamais convoité le trône. Là où le Roi avait hérité du fardeau de la couronne et de la solitude du pouvoir après la mort de la Reine, Frédéric avait choisi une autre voie : celle des armes et des frontières.
Il était Gouverneur des Marches du Nord-Ouest, ces territoires frontaliers ouverts qui séparent Valoria des terres hostiles, et voie d’invasion séculaire des nations de la Confédération Nordique. Il y avait forgé une réputation de soldat pragmatique, d'administrateur efficace et d'homme intègre. Il n'avait pas l'éclat de son frère le Roi, ni le génie militaire d'Olivier, cependant il possédait cette solidité tranquille des hommes qui ne cherchent pas la gloire, mais qui ne fuient pas le devoir.
Frédéric de Valoria avait préféré la voie terrestre et souterraine, plus lente, à la voie des airs pour se rendre à Sylvaria. En cela, il avait fait le même choix que la plupart de ses compatriotes. Pour un Valorien, voler au-dessus des montagnes se faisait poussé par la nécessité ou l’urgence, ou lorsqu’on était un diplomate pressé. Prendre le Tunnel, c'était presque comme un pèlerinage, c'était voir et toucher du doigt ce qui avait permis aux deux royaumes de n’en faire physiquement plus qu’un. C'était honorer le travail des ingénieurs et des ouvriers qui avaient creusé cette voie il y a plus d’un siècle aux commandes des tunneliers royaux géants.
Le Tunnel n'était pas simplement une route ; c'était une artère de lumière au cœur des ténèbres de la roche, un chef-d'œuvre d'ingénierie qui défiait la géologie elle-même. S'étirant sur plus de cent lieues sous les contreforts nord-ouest des Montagnes Encerclantes dont certaines cimes culminaient à plus de deux Lieues, ce formidable ouvrage d’art souterrain reliait les deux royaumes frères, Valoria et Sylvaria, brisant l'isolement millénaire qui avait autrefois séparé leurs destins.
Mais pour Frédéric, c’était aussi une façon pragmatique de se préparer à la réalité de ce qui l’attendait. Notamment en lui donnant le temps de finir de mettre en ordre ses idées, ce qu’il avait encore du mal à faire un peu plus de trois semaines après l’arrivée de la nouvelle du mariage du Prince avec la Princesse héritière du royaume de Sylvaria.
***
Le Trajet vers Sylvaria
Son convoi, composé de trois vastes véhicules autonomes sobres de couleur sombre, aux lignes fluides et aux vitres polarisées, avançait dans la partie supérieure, routière, du Tunnel. À l'intérieur, Frédéric regardait défiler les puissantes parois de béton et d'acier, éclairées par une lumière blanche et constante. A intervalles réguliers, de formidables piliers soutenaient la voûte lointaine et séparaient les quatre larges voies qui le parcouraient dans les deux sens. Le niveau inférieur était parcouru par quatre voies ferroviaires rapides, deux dans chaque sens.
Il n'avait jamais mis les pieds à Sylvaria. C'était inhabituel pour un homme de son rang, un oncle du Prince Héritier, un Gouverneur de province frontalière. Mais Frédéric avait passé sa vie à défendre les frontières de Valoria, à gérer les incursions des Peuples du Nord, à administrer les terres rudes et venteuses de la Marche du Nord-Ouest. Sylvaria, ce royaume de paix, de jardins et de licornes, n’avait été jusqu’ici pour lui qu’une abstraction, une légende de la cour, un souvenir de l'Histoire qu'il avait apprise dans les livres.
Lorsque les véhicules atteignirent l’extrémité du Tunnel, orientée à l’Est, la pleine lumière du milieu de la matinée inonda l'habitacle, aveuglante après l'éclairage artificiel. Frédéric plissa les yeux, puis les écarquilla.
Devant eux s'étendait l'immense Voie de l'Ouest, une bande lisse et brillante d’un revêtement spécial qui serpentait à travers un paysage d'une douceur vertigineuse. C'était le début du trajet vers Aethelgard, la capitale, située à plus de quatre cents lieues de là. Le véhicule prit plus de vitesse.
— Vitesse de croisière : cent dix lieues par heure, annonça une voix synthétique et douce à l'intérieur du véhicule.
Le convoi s'élança, glissant sans le moindre bruit, sans la moindre vibration, sur cette route parfaite. Frédéric observa par la vitre. Le paysage défilait à une vitesse impressionnante, mais la sensation était celle d'une promenade paisible. Des champs de blé doré, des forêts de chênes centenaires, des rivières qui serpentaient comme des rubans d'argent au milieu de plaines ou de collines, des villages aux toits de tuiles rouges qui semblaient des jouets dispersés dans l'herbe. Pas de murs, pas de fortifications, pas de tours de guet. Juste la vie, s'étalant librement sous un ciel d'un bleu profond.
— C'est... c'est incroyable. Quatre cents lieues de paix. Pas une seule pierre de fortification. Pas une seule tour de garde, murmura Frédéric, la voix rauque.
L’IA du véhicule croyant qu’il s’adressait à elle, lui répondit.
— C'est la nature de Sylvaria, Votre Altesse. Le royaume n’a jamais connu la guerre. Les routes ne sont pas faites pour déplacer des armées, mais pour relier les centres urbains et les villages, pour transporter les récoltes, ainsi que pour le commerce et les déplacements professionnels ou privés.
Frédéric hocha la tête, lentement. Il comprenait. Valoria avait été totalement rasée, littéralement, puis avait dû se fortifier, se protéger, survivre à catastrophe sur catastrophe. Sylvaria, elle, avait pu se développer, s'épanouir, fleurir et atteindre son plein potentiel. C'était la différence entre la survie et la vie.
Le trajet dura plusieurs heures. Le convoi traversa des plaines immenses, des collines verdoyantes, des vallées larges et profondes enjambées par de gracieux viaducs et même quelques montagnes percées de vastes tunnels, bien que sans commune mesure avec celui reliant leurs deux nations.
Parfois, ils croisaient d'autres véhicules, des transports de marchandises, des voitures de tourisme, des transports en commun, tous se déplaçant avec une fluidité parfaite, sans feux, sans panneaux, sans accidents. L'infrastructure était invisible, mais omniprésente, parfaite.
***
Aethelgard, la Capitale
Enfin, à l'horizon, occupant une immense zone de plaines, les contours d'Aethelgard apparurent. Ce qu’il contempla alors en l’espace de ces quelques instants où la vue était suffisamment dégagée se grava à jamais dans son esprit.
Une mégalopole féerique à l’architecture monumentale s'étend à perte de vue. Des gratte-ciels en cristal translucide et marbre blanc percent les nuages, reliés par des ponts de lumière holographique et des voies aériennes où circulent d’innombrables véhicules tels des insectes avec la distance.
Au centre, le Palais Royal, colossal, une structure géante de technologie avancée et de beauté intemporelle, entouré de ses immenses jardins, célèbres même auprès de la cour impériale de la lointaine Cathay. De vastes zones naturelles d’une surface invraisemblable s’étalent au sommet des plus majestueuses de ses tours.
La ville dégage une aura de puissance pacifique absolue : des boucliers énergétiques au discret halo bleuté protègent certains points névralgiques de la cité, des tours de communication émettent des signaux vers l’espace et le monde entier.
Le paysage baigne dans une ambiance lumineuse et dorée, une lumière indescriptible qui ne semble presque plus naturelle, comme si le soleil lui-même est adouci pour caresser les pierres et faire scintiller les surfaces de cristal. Le ciel est d’un bleu parfait.
Sous ses yeux admiratifs s’étalaient la prospérité, la stabilité et la domination bienveillante d'un royaume plus de quatre fois millénaire et l’une des deux superpuissances de ce monde.
***
L’Arrivée au Palais
Le convoi ralentit en approchant de la périphérie de la capitale, et poursuivit à vitesse réduite jusqu’à la sortie de la Voie rapide au niveau de l’échangeur qui desservait directement le palais.
Enfin, ils atteignirent les portes monumentales du Palais Royal. Ce n'était pas un bâtiment. C'était une ville. Une cité de pierre blanche, de tours élancées inimaginables dont les sommets évasés en courbes gracieuses s’étalaient loin en surplomb de leurs bases, de dômes dorés, de jardins suspendus qui semblaient flotter dans les airs. Des ponts reliant les Ailes, des fontaines qui jaillissaient en cascades, des statues de licornes qui semblaient vivantes.
Frédéric resta immobile, les yeux écarquillés, le souffle court. Il avait vu des châteaux forts, des citadelles, des palais de guerre. Mais jamais rien de tel à cette architecture qui n’était pas de ce monde.
— C'est... c'est immense, murmura-t-il, la voix rauque.
Les véhicules s'arrêtèrent dans la cour d'honneur, une place immense pavée de marbre blanc, entourée de colonnades où des serviteurs en tenues colorées attendaient dans un silence respectueux. Mais Frédéric ne vit pas d'abord les gardes, ni les hérauts. Il vit une silhouette qui se détachait de l'ombre d'une arcade, avançant avec une détermination qui contrastait avec sa démarche encore un peu hésitante.
C'était Olivier.
***
L’Accueil
Le Prince Héritier de Valoria, son neveu, s'approchait de lui, le bras encore légèrement raide, mais le visage lumineux d'une joie pure. Il s’appliquait depuis quelques jours à marcher sans canne. Il portait une tunique simple, bleue, et un sourire qui disait tout l'amour qu'il portait à ce royaume et à celui qui venait d'arriver.
Frédéric s’attendait à le voir flanqué de l’aide de camp et infirmier qui lui avait été assigné, mais tout comme sa canne, celui-ci semblait avoir disparu. Il se dit que son neveu s’était déjà suffisamment rétabli pour chercher à faire bonne impression.
Frédéric descendit de son véhicule, ajustant sa tunique de soie grise. Il s'arrêta à quelques pas d'Olivier, le cœur battant un peu plus vite que d'habitude. Il n'avait pas vu son neveu depuis plusieurs mois, pas depuis l'explosion, pas depuis la crypte. Le voir là, debout, vivant, souriant, était un soulagement immense.
— Oncle Frédéric. Vous êtes enfin là, dit Olivier, la voix chaude, traversant l'espace entre eux.
Frédéric s'arrêta, le regardant. Il ne dit rien pendant un instant. Puis, il s'avança.
— Neveu. Je suis là. Et je suis fier de vous, dit-il, la voix grave, empreinte d'une tendresse qu'il ne montrait que rarement.
Ils se serrèrent dans les bras, un geste bref, fort, typique des Valoriens, une étreinte qui disait plus que mille discours, bien qu’avec une douceur inhabituelle, eût égard aux côtes fracturées du Prince Olivier. Puis Frédéric posa sa main large et calleuse sur l'épaule valide d'Olivier, et ils se regardèrent, deux hommes, deux soldats, oncle et neveu, face à l'avenir, au milieu de ce palais à la taille d’une ville, dans ce royaume de paix auquel Valoria allait de nouveau s’unir.
— Venez. Je vais vous accompagner à vos appartements et vous montrer le palais en chemin. Et demain, nous aurons notre discussion, tous les deux, dit Olivier, avec une douceur qui trahissait sa sollicitude.
Frédéric hocha la tête, souriant, son regard encore fixé sur les jardins suspendus et les tours dorées.
— Je suis prêt, mon neveu. Je suis prêt.
***
La Traversée du Palais
Alors qu’ils se dirigeaient vers le hall d’entrée du palais, Frédéric laissa son regard errer sur les façades. Une envolée de pierre blanche et de marbre qui semblait défier la gravité autant que le temps. À Valoria, l'architecture était une question de survie. Les murs étaient épais, les fenêtres étroites, les tours massives conçues pour résister aux obus et aux projectiles à courte portée, le tout renforcé de déflecteurs, qu’on appelait aussi des boucliers à énergie, et capables de tout repousser. Chaque pierre de Valoria portait la cicatrice d'une bataille. Le pouvoir, là-bas, se manifestait par la force brute, par la capacité à résister.
Ici, à Sylvaria, le pouvoir se manifestait par la légèreté, par la hauteur, par l'élégance. Les tours du palais ne s'élevaient pas pour observer l’ennemi arriver de loin, mais pour toucher le ciel. Elles étaient fines, ajourées, ornées de galeries ouvertes où le vent pouvait chanter.
Ils pénétrèrent dans le palais, empruntèrent des couloirs et traversèrent des halls. Olivier le conduisait à l'Aile Résidentielle, dans la partie réservée aux hôtes de marque. Une vaste suite, sur trois étages, lui avait été préparée, à une grande hauteur dans la tour dont le sommet était occupé par les futurs appartements princiers.
Les colonnades, d'une blancheur éblouissante, s'étendaient sur des centaines de mètres, créant des perspectives infinies qui invitaient à la marche, à la contemplation, à la rêverie. L'ornementation, même si on y voyait bien d’antiques guerriers et d’anciens héros, n'était pas une parade de guerre, mais une célébration de la vie : des sculptures de licornes en plein galop, des bas-reliefs représentant des moissons abondantes, des fontaines où l'eau dansait en cascades multicolores, des serviteurs dans l’humble exercice quotidien de leur service.
Frédéric passa une main sur une balustrade de pierre froide, lisse comme du verre, qui dominait encore un autre de ces halls fantastiques, en contrebas, sous la lumière qui traversait les hautes verrières du lointain plafond… .
— C'est... c'est une folie. Une folie de paix. Vous appelez cela un palais ? C'est une métropole. Comment peut-on vivre ici ? Comment peut-on gouverner ici ? murmura-t-il.
Olivier sourit.
Il compara intérieurement ce lieu à la Citadelle Noire de Valoria, où il avait passé son enfance, dans la périphérie de la capitale, Fortis. Là-bas, les couloirs étaient sombres, les plafonds bas, l'air poussiéreux. Ici, l'air était saturé de parfums de jasmin et de roses. Là-bas, les gardes portaient des armures de combat en céramique, des lasers de combat. Ici, les gardes portaient des tuniques légères, des lances décoratives, et souriaient presque aux visiteurs.
« Le pouvoir, ici, ne se cache pas. Il se montre. Il se donne. Il ne dit pas ‘Je suis fort’, il dit ‘Je suis beau’ », pensa Frédéric
Olivier, au fil de leur parcours, lui montrait des détails, lui donnait des explications.
Il s'arrêta devant une statue colossale de la Sainte Sylvie au centre d’un hall encore plus immense. La fondatrice du royaume était représentée tenant des gerbes dans une main et un grand bâton de marche dans l’autre. Pas d'épée. Pas de bouclier. Pas d’armure. Juste la paix et la prospérité.
— À Valoria, nous aurions sculpté une épée. Nous aurions sculpté un bouclier. Nous aurions sculpté des chiens de combat, dit-il à voix haute, presque pour se convaincre.
— Parce que nous avons dû nous battre, répondit une voix douce derrière lui.
Frédéric se retourna. C'était Olivier, qui l’avait suivi et s’était rapproché. Mais Frédéric ajouta alors, ses yeux clairs fixés sur ceux de son neveu :
— Une lecture trop rapide verrait dans tout cela de la fragilité, de la faiblesse ou de l’oisiveté. Un royaume qui n'a jamais connu la guerre est un royaume qui ne sait pas ce que c'est que la peur. Et cela, c’est aussi dangereux que l'ennemi lui-même. Mais je n’ignore pas que par trois fois, au fil des siècles, Sylvaria a armé des flottes immenses. Trois fois, elle a armé des navires plus grands que des citadelles et envoyé des armées puissantes, disciplinées, redoutables, à travers les mers pour sauver Valoria.
Il marqua une pause.
— Il y eut la Flotte d'Argent. Elle a brisé le siège de la capitale valorienne en trois jours. Puis ce fut la Flotte de Feu quand les Nordiques ont menacé nos frontières Nord. Et la troisième fois, Sylvaria envoya la Flotte d’Or qui déversa plus de cent mille soldats, des vivres, des armes, et renversa le cours d’une guerre en une seule campagne.
Frédéric marqua à nouveau une pause, plus longue cette fois. Olivier qui l’avait écouté avec attention, attendait. Son oncle conclut alors par ces paroles :
— C’est une force différente. Une force qui ne se montre pas en temps de paix, mais qui se révèle en temps de crise. Une force qui se construit dans le silence, dans la paix, dans la prospérité, pour être prête à frapper quand le moment vient. Une force qui n’est pas un but en soi, mais seulement un moyen. C'est peut-être aussi pour cela que nos deux royaumes ont besoin l’un de l’autre. Les Valoriens, pour rappeler la dureté du monde, et les Sylvariens pour rappeler que la paix est le seul but qui vaille la peine d’être poursuivi. Que seule la paix est belle.
Ils reprirent alors leur trajet en silence.
Lorsqu’ils atteignirent enfin la tour de l'Aile Résidentielle, où les appartements de Frédéric avaient été préparés, Olivier constata que Margot avait supervisé chaque détail avec son énergie habituelle, jusqu’aux documents de la chancellerie qui attendaient discrètement sur une table en acajou.
Olivier s'arrêta à la porte, la main sur le battant, et se tourna vers son oncle.
— Reposez-vous, oncle. Vous avez traversé le Tunnel et parcouru plus de sept cents Lieues aujourd'hui. C'est assez pour un honnête soldat valorien.
Frédéric sourit, un sourire fatigué mais reconnaissant.
— Tu as raison, neveu. Je suis un soldat, et un soldat qui a voyagé toute la journée a besoin d'un lit.
Olivier hocha la tête, puis ajouta d'une voix plus sérieuse :
— Je viendrai vous chercher demain à la première heure.
Frédéric regarda son neveu un long moment, lisant dans ses yeux cette détermination tranquille qu'il connaissait depuis l'enfance, cette force qui ne se montrait pas mais qui ne faiblissait jamais. Il hocha la tête.
— Je serai prêt, neveu.
Frédéric resta un instant sur le seuil, regardant son neveu disparaître au détour du long couloir. Puis il entra dans ses appartements, referma la porte derrière lui, et s'approcha de la fenêtre. Le soleil se couchait sur Aethelgard, peignant les tours du palais d'une lumière rougeoyante et dorée. Les jardins s'étendaient à perte de vue, paisibles, magnifiques, invraisemblables.
Il soupira, un soupir profond, mêlé de fatigue, d'émerveillement et d'une fierté sourde. Son neveu était vivant. Son neveu était debout. Son neveu allait épouser la princesse de ce royaume de paix et de puissance.
Et demain, il verrait ce que son neveu avait bâti, ce qu'il protégeait, ce qu'il défendait. Et ils parleraient, d'homme à homme, d'oncle à neveu, de soldat à soldat.
Frédéric s'assit sur le rebord du balcon, les yeux fixés sur l'horizon, et laissa cette soirée d’été à Sylvaria l'envelopper doucement, comme un manteau de soie et de jasmin.
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