II.5 - Balthazar at night — Contes de la vie parisienne

📖 Le chant de Loreleï ✍️ Enattendantlapluie 📝 3137 mots

Paris, début septembre 2003. Loreleï, 26 ans.


De retour de vacances, la présence d’Olivier avait été comme effacée, leurs photos soigneusement archivées. Draps en lin violet (une folie), un bustier en satin vieux rose (règlement en deux fois), nouveau profil sur un site de rencontres : Loreleï était d’humeur pastel et conquérante.

Pourtant, ce soir-là, elle propulsa rageusement ses chaussures dans l’entrée. Ses vêtements subirent le même sort dans le salon. La dentelle crème volait bas : le temps était à l’orage. Pas celui qui la rend à fleur de peau : celui qui lance des éclairs dans ses cheveux.

Nue sur son lit, elle resta allongée cinq minutes, avant de fouiller dans une de ses piles de livres à lire (dont les pages exhalaient de sourds reproches), qui s’écroula (en signe de protestation, cf. la parenthèse précédente). Elle se retint de flanquer un grand coup de pied dans sa table de chevet (qui aurait gagné le combat, le gros orteil pouvait en témoigner). Soirée décevante. Pourtant, Fabrice était gentil, drôle. Il y avait eu un début d’alchimie entre eux. Mais quand ils s’étaient embrassés, patatras ! Langue de bœuf molle. Ça faisait longtemps (si vous voulez tout savoir, le premier spécimen de langue molle fut Xavier, un ancien camarade de CM2, retrouvé pendant une énième rupture avec Vivian. C’est ce soir-là qu’elle conclut ce fameux pacte avec elle-même : si le baiser ne met pas le feu, on ne va pas au pieu). Mais Fabien et elle étaient déjà sur le lit. Tout en s’embrassant (Ieurk !), elle lui avait ouvert sa chemise et elle-même était maintenant en soutif, la jupe relevée au-dessus des cuisses. La manœuvre allait être délicate.


Heureusement que je suis dessus. Bon… Je lui laisse toucher mes seins en dédommagement. Ma langue dans son oreille pour éviter la sienne. Et après… « J’ai oublié de mettre des croquettes à mon chat ? » Merde, est-ce qu’il sait que j’ai pas de chat ? « J’ai mes règles ? » « T’embrasse comme si t’étais l’Allemagne nazie et ma bouche la Pologne ? »


— Fabrice, j’ai pas envie d’aller plus loin ce soir.

Sous elle, il stoppa net ses caresses, une expression incrédule envahissant peu à peu son visage.

— Mais… on est bien, non ?... Non ?

— Si, si, c’est sympa. J’ai passé une bonne soirée. Mais j’ai pas envie de plus.
Tout en parlant, elle l’enjamba pour s’asseoir au bord du lit et se rhabiller. Un dernier baiser la tête déjà ailleurs, et elle était de retour dans la moiteur estivale. Et maintenant, rue des Moines, chez elle, avec la lune qui filtrait à travers les voilages violets (oui, la palette chromatique a été pensée finement. Et saviez-vous que le violet est la couleur du féminisme ? Mais je sens que je vous ennuie avec mes digressions).


Frustrée, y’a pas d’autre mot. Je suis frustrée. Putain, j’avais juste envie de baiser. C’est quand même pas compliqué d’embrasser sans déclencher de réflexe vomitif ?


Quand elle se rendit dans le coin bureau et alluma son ordi, les livres éparpillés sur le parquet ne reçurent qu’indifférence. Connexion à un tchat. Il y avait toujours du monde. Même un samedi soir à 23 h 27. Comme à son habitude, elle choisit un pseudo masculin : Balthazar_at_night. Un roi mage perdu dans la nuit. Pas de myrrhe, pas d’encens. Juste l’envie de causer avec des gens qui ne dormaient pas.

Vêtue d’un grand t-shirt, elle parcourut le salon virtuel où défilaient les discussions. Dans le flux, elle repéra un échange sur Donnie Darko. Le film lui avait autant plu que flanqué mal au crâne. Elle s’exfiltra sans dommage d’un salon où s’étripaient les fans de Star Wars. Elle poursuivit la conversation en privé avec motard 74, plus intéressant que ce que le pseudo pouvait laisser penser. Les « asv » popaient. Elle avait répondu au premier : « 25Mparis… et sinon, bonjour ? »


Mais qu’est-ce qu’on s’en fout des asv ? Je me doute que t’es pas une girafe dans un zoo.

Carlos_93 la contacta dans un salon privé.

Carlos_93 : « tu défends lucas ? trop de courage ou pas d’instinct de survie ? »

Balthazar_at_night : « Suicidaire, faut croire. Et encore, j’ai pas tout dit. »

Carlos_93 : « allez balance ! Je dirai rien promis »

Balthazar_at_night : « je risque rien, tu pourras pas me retrouver. Tu connais pas mon asv mwhahaha »

Carlos_93 : « je sais que tu t’appelles balthazar ça sera pas compliqué de te traquer »

Balthazar_at_night : « on est d’accord que tu rigoles ? »

Carlos_93 : « va savoir. Je suis peut-être juste con. »

Balthazar_at_night : « c’est vrai que tu donnes la moitié de ton asv dans le pseudo. La question est : 93 c’est ton âge ou st denis ? »

Carlos_93 : « mais pourquoi es-tu si méchante ? »

Balthazar_at_night : « … méchante ? Je vais me vexer. »

Carlos_93 : « arrête t’écris comme une jolie fille »

Balthazar_at_night : « tu m’as entendu rire jusqu’à st denis ? Sérieux ça écrit comment une jolie fille ? Je vais me poser des questions sur ma virilité. »

Carlos_93 : « la ponctuation, le style. Je t’ai repérée dans le fil sur darko quand tu as écrit que le temps qui lui restait à vivre c’était que des multiples de 2 »

Balthazar_at_night : « ben ouais, normal. Je suis UN geek. »

Carlos_93 : « qui met bien la ponctuation et s’appelle balthazar ? Pas startrekpuceau ? »

Balthazar_at_night : « hahaha »

Carlos_93 : « c’est un aveu ? »

Balthazar_at_night : « Moué. Trahie par les maths et le français. Ce qui implique quand même que les mecs sont de gros débiles. Je dis ça… je dis rien. »

Carlos_93 : « tu vois, tes phrases sont trop longues pour un tchat »

Balthazar_at_night : « et sinon… tu fais quoi sur un tchat à 1 h ? »

Carlos_93 : « Comme toi je tue le temps. J’avais raison pour le jolie ? »

Balthazar_at_night : « Ben non, qu’est-ce que je ferais sur un tchat un samedi soir sinon ? »

Carlos_93 : « bien tenté »

Balthazar_at_night : « et toi ? Tu traques souvent les faux mecs sur les tchats ? »

Carlos_93 : « oui et non. T’es mon premier spécimen »

Balthazar_at_night : « merde tu vas m’épingler comme un papillon »

Carlos_93 : « choix de mot… intéressant »

Balthazar_at_night : « rhooo. C’est ton vrai prénom, Carlos du 9-3 ? »

Carlos_93 : « ouep, franco-portugais de Bagnolet. À ton service »

Balthazar_at_night : « et tu proposes quoi ? »

Carlos_93 : « ça dépend. Tu veux quoi ? »

Elle hésita. Écris. Effaça. Recommença.

Balthazar_at_night : « réparer ma soirée de merde »

Carlos_93 : « raconte »

Elle raconta. Il répondit avec humour, toujours sur le fil tendu de la séduction. Ils se dévoilèrent.

Carlos_93 : « je kiffe les L5. Je chante toutes les femmes de ta vie. Mais seul dans ma voiture. J’ai ma dignité »

Balthazar_at_night : « t’es un mec avec des goûts de fille pourris. »

Carlos_93 : « ma virilité ne craint pas tes coups »

Balthazar_at_night : « tu m’agaces »

Carlos_93 : « ? »

Balthazar_at_night : « Tu es trop drôle pour être honnête »

Carlos_93 : « tu peux vérifier en direct. Tu habites dans le 17e, moi Bagnolet. À cette heure je suis chez toi en 20 min… 30 avec la douche avant. »

Balthazar_at_night : « T’es sérieux ???? »

Carlos_93 : « complètement »

Loreleï prit tout de même le temps de réfléchir. Elle avait toujours suivi ses règles : rencontre dans un lieu public. Et évidemment, jamais seule la nuit !

Au pire… au pire, on se plait pas ou il embrasse mal. Ça se tente… Putain, je suis folle, ça doit être la fatigue.

Carlos_93 : « alors ? »

Balthazar_at_night : « Question : tu fumes ? »

Carlos_93 : « non ça pue »

Balthazar_at_night : « +1. Je suis grande. Ça te pose un souci ? »

Carlos_93 : « plus d’1m80 ? »

Balthazar_at_night : « non, presque avec des talons »

Carlos_93 : « j’adore. Je te file mon num. Appelle-moi. La voix, ça compte. »

Balthazar_at_night : « ok »

Au téléphone, ils continuèrent à se taquiner, la tension augmenta. Leurs rires tombaient dans les basses. Loreleï lui donna son adresse. Carlos devait la biper quand il serait en bas. Le plan de Loreleï était simple : tour en voiture pour voir si ça matchait, un baiser pour valider. Ils coupèrent le tchat. Loreleï fila sous la douche. Envisagea de ranger sa chambre avant de se convaincre que ça ne servait à rien. Mit le petit panier de capotes à portée de main. Un CD de Moby dans le lecteur. Son réveil affichait 2 h 13.

Son cœur tambourinait quand elle reçut le SMS : « je suis là ». Elle se regarda une dernière fois dans le miroir avant d’enfiler des sandales. Elle ne portait qu’un jean et un t-shirt vert. Et une jolie culotte. La transparente noire avec les broderies de fleurs.

Elle dévala les quatre étages, ouvrit la lourde porte en bois de l’immeuble. La rue des Moines était déserte. Il n’y avait que lui, garé un peu plus loin, adossé à sa voiture. Quand elle s’approcha, ils se jaugèrent et se sourirent. Ce qui la frappa, ce fut sa carrure : il était trapu. Elle n’avait jamais trop compris le sens de ce mot. Jusqu’à cette nuit. Dans la lueur du réverbère, les yeux de Carlos brillaient, malicieux comme sa voix :

— On se fait la bise ?

— Attends, je vérifie que c’est bien toi. ASV ?

— 28 ans, genre masculin, heureusement pas trop loin de chez toi. Ça te va, Balthazar ?

Les lèvres de Loreleï glissèrent sur les joues de Carlos, avant de finir contre son oreille :

— Appelle-moi Loreleï, sinon je vais virer schizo.

La main de Carlos ne quittait pas son bras. Il respirait doucement dans son cou. Elle frissonna avant de se ressaisir.

— On fait un tour ?

— Les quais de Seine, ça te va ?

— Romantique, bon choix.

La conversation débutée sur le tchat continua dans la voiture. Il alluma le radio-CD. Les L5. Ils rirent.

— T’es diabolique ! T’as tout prévu !

— Si seulement… J’ai juste pas menti sur mes goûts honteux.

Il se gara près du canal Saint-Martin (romantique bis repetita). Ils sortirent et restèrent debout. Suite fluide. La peau de Carlos, douce, sous les doigts de Loreleï. Sa bouche chaude qui suivit la sienne. Il recula légèrement pour mieux le contempler. Charmeur et sérieux.

— Verdict ? La Pologne se rend ?

Loreleï saisit la main de Carlos et la posa sur sa joue. Elle en éprouva la texture, sans le quitter du regard.
— Sans arme ni violence. Façon Révolution des œillets

— Le charme portugais. Tout en douceur.

— Je demande à vérifier.

Ils s’embrassèrent encore. Il plongea ses doigts dans ses cheveux, tira un peu sa nuque en arrière tout en mordillant sa lèvre. Elle gémit avant de le repousser :

— Stop aux provocations. On a au moins quinze minutes de route, je suis pas sûre de survivre.

Il éclata de rire.

Arrivés devant l’immeuble aux pierres roses, il coupa le contact et la lumière crue du plafonnier marqua la fin de la première partie du jeu. Carlos posa son regard sur Loreleï, ses lèvres luisantes entrouvertes… 

Putain. Je pensais la baiser. Mais elle va me bouffer.

Il réalisa que la nuit ne faisait que commencer.


Dans un halo bleuté, le réveil affichait maintenant 6 h 42 (vous aimez les ellipses ?). Loreleï quitta subitement ses rêves, un bras en travers du torse de Carlos.

— J’ai rendez-vous à 9 h au marché Richard-Lenoir ! Je te propose pas de rester dormir.

Carlos, encore brumeux, demanda :

— Tu peux pas annuler ?

— J’aurais bien passé la matinée comme ça… Mais non : devoir militant. Ma copine m’attend, c’est moi qui amène le matos pour la table de presse.

— On se revoit ?

Elle bailla en se frottant les paupières :

— Dimanche prochain, je suis dispo l’aprèm.

Il baissa le drap qui les couvrait, avant de rouler sur le côté, tout contre elle.

— Moi aussi. Si je survis à cette journée : j’ai plus l’âge pour ces conneries.

— Tu as quoi de prévu ?

— Repas de famille. Si je m’endors, ma sœur va le capter, mon frère va se moquer, ma mère va mener une enquête. Et mon père me fera un clin d’œil.

Elle s’étira de tout son long, des jambes tendues aux paumes ouvertes.

— Ça ira pour la route ? Sinon, reste et claque la porte en partant. Tu as le temps.

Il commença à se lever, cherchait déjà ses chaussettes des yeux.

— T’inquiète. Je t’appelle dans la semaine ?

Elle s’appuya sur un coude pendant qu’il se rhabillait.

— Je compte dessus.

Il tint sa promesse et réserva un fauteuil pour deux au MK2 Quai de Seine, le dimanche suivant. Elle le nota en silence (sans savoir où ranger cette attention), avant de se blottir contre lui pendant tout le film. À la sortie, ils s’assirent au bord du canal, où un groupe de capoeira s’entraînait. La nuit se prolongea ensuite rue des Moines. La peau de Loreleï glissait sur celle, toute douce, de Carlos. Il se rasait partout. Ce qui était très agréable lorsque la langue s’attardait entre ses cuisses. Ses doigts justement entortillés dans les cheveux de Loreleï, il haletait : « J’adore… ta langue… quand tu aspires et tourne… » Elle sourit en le regardant, sans s’arrêter. Et tourne, tourne et aspire…

Quand elle remonta et l’embrassa, Carlos la fit tourner et lécha ses épaules, mordit sa nuque, tout en empoignant ses seins. Elle tomba à quatre pattes. Carlos partit du cou de Loreleï, sa langue traça une voie humide le long de sa colonne vertébrale, avant de se perdre dans un détroit qui n’avait été exploré que par Vivian.

Digne héritier de Magellan, plaisanta son esprit, vite ramené au silence par les frissons.

Les doigts… et plus… elle avait apprécié. Mais la langue… Elle sursauta.

Le même sursaut qu’à seize ou dix-sept ans. Quand les doigts de Vivian la caressèrent entre les fesses pendant qu’ils faisaient l’amour. Vivian et son sempiternel « l’homme propose, la femme dispose ». Invitations lancées aussi bien par des mots que par des caresses. Le cerveau de Loreleï protesta : « Sérieusement, il touche là en sachant à quoi ça sert ? » Son cul, lui, diffusait des signaux de plaisir dans tout le reste du corps, qui fondait. C’est toujours ainsi que commençait la danse. Vivian sentait tout cela et ne précipitait rien. Sa vision du jeu était claire, et sa partenaire lui faisait confiance pour mener certaines parties.

Ventre contre ventre, yeux dans les yeux, les reins de Loreleï qui se cambrent sous les doigts, les caresses douces qui glissent, l’orgasme de Vivian dans son oreille, les cuisses qui s’ouvrent plus encore pour le recevoir profondément.

Quelques minutes plus tard, tournés l’un vers l’autre, elle demanda :

— Pourquoi ? C’est crado !

— T’as aimé ?

— Oui, mais… c’est pas fait pour.

Il avait souri, sourire tendre de chat, satisfait de voir l’oiseau se poser sur la branche.

— Je le fais pour toi, pour te donner du plaisir.

Loreleï réfléchissait tout en caressant le front et le grand nez qu’elle aimait tant. Elle demeurait perplexe.

— C’est bien, mais… c’est pas propre.

— T’inquiète… et je ferai doucement.

Elle était maintenant gênée.

— Mais… moi, je n’ai pas envie d’y mettre les doigts.

Vivian rit, surpris.

— Moi non plus !

— Mais pourquoi ? Si c’est bon pour moi, c’est bon pour toi ?

— Non, ça se fait pas pour les mecs !

Loreleï soupira.

— Ce n’est absolument pas logique. Tant pis pour toi, tant mieux pour moi.

— Alors… on recommence ?

Désormais, à chaque fois, les doigts glissants de cyprine et de salive de Vivian s’égaraient là. Le plaisir de Loreleï prit une ampleur nouvelle, ses orgasmes aussi. Taquine, elle le faisait sursauter en s’immisçant entre ses fesses musclées.

Il suggéra d’aller plus loin. Elle le prévint : « Si tu fais des mauvaises rencontres, je ne veux rien savoir ! » (Un terrible passage de la « Philosophie dans le boudoir » agaçait alors son esprit, tel un moustique : « il est essentiel que l’objet qui sert, ait alors la plus complète envie de chier, afin que le bout du vit du fouteur atteigne l’étron, et y dépose plus chaudement et plus mollement le foutre qui l’irrite et qui le met en feu ». Quelle idée a-t-on, aussi, de lire Sade à quatorze ans ?)

Il faisait chaud, cette après-midi-là. La maison était à eux. La fenêtre de la chambre de Loreleï, ouverte sur le jardin, laissait pénétrer le parfum sucré du lilas mauve. Zouzou, la chatte noire, bondit sur l’appui de la fenêtre, et de là, sur le lit. Loreleï posa sa main un instant sur la fourrure soyeuse et chaude de soleil, avant de chasser l’importune, alors que Vivian, derrière elle, grognait : « Dégage ! » Sa main glissa dans le creux de la taille de Loreleï et ses mouvements de bassin reprirent, fermes. En cuillère, son souffle dans le cou de son amoureuse, ses mots la chaviraient : « Tu es si belle, ton corps, ton corps, tu es faite pour moi, viens, viens, sens comme je t’aime, je te veux, je veux te faire jouir, viens, viens… » Il la prenait comme elle aimait, ses cuisses étaient trempées, sa nuque marquée, le sexe de Vivian remplacé en elle par ses doigts, qui la connaissaient si bien, et sa main libre qui prenait maintenant son cul comme il avait appris à le faire ; « ton petit trou m’aime » et elle trouvait ce mot ridicule et bon, et elle gémissait, elle disait « oui », oui au sexe dur qui allait et venait entre ses fesses, poussait doucement, de plus en plus loin, et quand il entra, les mots vibrèrent contre ses cheveux, « comme dans du beurre », et elle rit et cria en même temps, jouit et lui aussi.

« Putain, c’est crado, mais c’est bon ! »


Revenue sous la langue de Carlos, à Paris, elle se tourna vers son amant. « Continue. » Il navigua loin et longtemps et elle se laissa porter par la vague, la langue, les doigts et plus encore.

****

Deux semaines plus tard, elle lui proposa de rester la nuit. Nus, la peau encore moite, les draps chiffonnés accueillaient leur fatigue tranquille. Ils parlèrent longuement. Lui, de son travail en sécurité informatique, qui ne le passionnait pas, et de sa famille, qu’il adorait. Du Portugal et de l’odeur d’eucalyptus. Elle évoqua l’Allemagne et la meute Wolf qui lui manquait, la Bretagne et les rochers roses, géants endormis au bord de l’océan.

Enfin, un silence confortable les enveloppa.

Un papillon de nuit voletait autour de la lampe à huile posée sur la commode. Dans la lumière dorée, l’insecte projetait des ombres fantastiques. Loreleï les suivait, tout en massant les mains de Carlos, qui gardait les yeux fermés.

— Si nous étions dans un conte…

Loreleï s’interrompit, hésitante.

— Continue, l’incita Carlos, sans ouvrir les yeux.

— J’aurais quitté ma peau de louve et la forêt pour fouler les pavés.

— Bizarre.

— Idiot, on est d’accord.

Une paupière lourde tenta une ouverture.

— Tu espérais trouver quoi ?

Loreleï sourit devant les efforts de Carlos pour émerger.

— Le bruit, la pollution… — Elle devint sérieuse en se serrant contre lui — La chaleur d’un homme à la peau nue.

Il enroula un bras autour des épaules de la louve parisienne.

— Mais tu n’as pas oublié le goût des morsures.

Elle se redressa.

— Je t’ai fait mal ?

Carlos toucha la marque de dents qu’elle lui avait laissée sur l’épaule, ses prunelles noires pétillaient.

— Pas vraiment… Tu avais l’air… partie. Tu as eu un orgasme ? — Elle ne répondit pas — Oh ! Tu rougis ! Pourquoi ?

Le visage enfoui contre son torse, elle cachait ses joues brûlantes.

— J’ai un peu honte de t’avoir mangé comme ça.

— Faut pas.

Sa voix descendit d’une octave, tandis que ses mains commençaient à chercher et à se perdre sur sa taille, ses hanches, ses fesses…

Dans la forêt des ASV, Carlos n’avait pas prévu de croiser une louve. Et encore moins d’être mordu.


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