Le roi lion *

📖 Le chant de Loreleï ✍️ Enattendantlapluie 📝 1740 mots

Bordeaux, 16 mars 1995. Vivian, 21 ans.


Le carrelage usé des murs renvoyait les mots et le claquement des serviettes. La condensation s’évacuait mal et gouttait du plafond sur les bancs du vestiaire.

Marco sortit de la douche, la serviette autour du cou.

— Vous auriez dû venir à la soirée Sup de Co ! Viande saoule gratis ! Je me suis gavé !

Luc, l’ami de lycée de Vivian, ricana :

— Moi, je préfère quand elles peuvent encore marcher. — Il marqua une petite pause pour doser son effet — C’est APRÈS qu’elles ne doivent plus pouvoir tracer droit !

Approbation générale.

Pat tacla :

— T’es pas venu Vivian. Loreleï te tient toujours en laisse ?

Marco saisit la balle au bond :

— Putain, c’est vrai ! J’oublie toujours que t’es marié, le moine !

Vivian renâcla avant de montrer les dents :

— Le mariage, ça a des avantages. Je baise pas de la viande saoule en me réveillant avec mal au cul.

Tout le monde se tourna vers Marco, qui avait raconté s’être retrouvé avec deux meufs, aucun souvenir, et des douleurs improbables. Luc demanda :

— T’es rentré ce week-end, alors, tu racontes quoi ?

Marco s’assit sur un banc, commença à se sécher les pieds en parlant fort.

— J’ai bien aimé le coup de la lingerie de pute. Ça m’a donné des idées. Faut juste que je trouve une meuf. — Rires — Alors, Vivian, quoi de neuf à la maison ?

Vivian prit un air modeste.

— Désolé les mecs, rien de neuf cette fois. Juste de la bonne baise de vieux couple… Trois fois par jour.

Coup de serviette de Marco sur les fesses nues de Vivian.

— Sérieux, ça fait combien de temps vous deux ?

Pat en profita pour franchir la ligne :

— Trop, beaucoup trop ! Une meuf comme ça, je comprends pas comment elle te supporte !

La serviette autour du cou, Vivian toisait Pat qui était assis sur le banc et enfilait son t-shirt.

— Je sais comment la prendre.

Pas de second degré, juste le poids des mots.

Le footeux, qui parlait rarement, demanda :

— Moi aussi, je suis avec ma copine depuis longtemps. Vous êtes ensemble depuis quand ?

— Cet été, ça fera quatre ans. Et toi ?

— Trois ans, et je…

Marco le coupa dans son élan. Le footeux finit de s’habiller en silence.

— Vivian, quand tu dis que tu sais comment la prendre... On veut les détails ! Faut former les jeunes ! Hein, le bizut ?

Il balança sa serviette mouillée sur le nouveau, qui ne disait jamais rien mais notait tout.

Vivian, maintenant en caleçon, se releva du banc pour observer son public.

— Okay, les mecs, je vais vous révéler ma technique pour retourner une meuf.

Pat protesta :

— Facile ! « Mets-toi à quatre pattes ! »

Vivian secoua la tête, navré.

— Tsss, ça, c’est un truc de brute. Moi, ce que je veux, c’est qu’elle kiffe et que ce soit elle qui demande. La stratégie, mec. — Son regard devint dur — C’est ce qui fait la différence entre toi et moi. J’ai toujours eu une bonne vision du jeu. Infiltrer les lignes et marquer.

Ils étaient maintenant tous tournés vers lui. Vivian se tenait au milieu, sa place réservée depuis qu’il avait montré une photo de Loreleï en guêpière. Le footeux avait fermé son sac, mais restait assis.

— Accouche ! cria Marco.

— Déjà, je vous plante le contexte. C'était au début, elle avait jamais vu de porno, elle connaissait que dalle au cul. Moi, des idées, j’en avais trop. Comme la levrette, ça avait l’air génial dans les pornos — Confirmation générale — mais les filles se mettent le cul en l’air en mode automatique. Dans la vraie vie, tu fais comment ?

— À quatre pattes, salope ! hurla Pat.

Luc lui fila un coup de coude dans les côtes. Vivian poursuivit, comme s’il n’avait rien entendu.

— En bon tacticien, j’ai attendu l’ouverture et j’en ai eu une belle. On venait de baiser chez elle, elle était allongée sur le ventre, à moitié comateuse. Elle a un dos, putain…

Pat ne put s’empêcher de l’ouvrir :

— Ouai, et un cul surtout… une vraie bouteille Coca !

Il dessina dans l’air une silhouette féminine, tel Bernardo dans Zorro.

— C’est clair que ta dernière copine, c’était plutôt une canette Pepsi, le rembarra Luc.

Toujours debout, Vivian fit le geste de tenir entre ses mains une taille imaginaire.

— Ouai, des courbes que j’avais envie de serrer, putain ! Je commence à caresser son dos, ses épaules, je me dirige sans courir vers son cul, ses hanches, le creux de la taille, là où ça chatouille. Elle se tortille, je reviens sur sa colonne pour feinter, puis je descends franchement entre ses cuisses. Elle amorce un mouvement pour se retourner, le moment pour moi de sortir la combinaison fatale : la doigter ET lécher sa nuque. Son point faible, repéré et classifié plusieurs mois avant. Elle se laisse retomber, elle est trempée et le spectacle était déjà hyper bandant. Mes doigts qui s’enfonçaient entre ses cuisses et elle qui commençait à bouger. J’avais le déroulé de l’action en tête. J’ai arrêté de la doigter, ça l’a fait grogner, alors pour pas la laisser dans la misère, je me suis mis sur les bras et j’ai glissé ma bite entre ses jambes. C’est elle qui a bougé pour qu’on commence à baiser comme ça et putain c’était trop bon de voir comment son dos se creusait à chaque coup.

Luc lança en riant :

— Une pensée pour les binoclards de maths spé qui tiennent pas une pompe !

Les mecs poussèrent des cris d’assentiment, Vivian leva un poing :

— Une pensée pour les binoclards blancs comme des culs ! Et revenons au cul de Loreleï !

Il continua à appuyer ses paroles par des gestes et des bruitages.

— Ma petite meuf est allongée sous moi, elle se tortille. Et c’est là que j’ai misé gros. J’ai passé une main sous sa hanche et je me suis relevé en même temps que je la ramenais vers moi. — Il mima une bascule du bassin — Et nous voilà en levrette. Putain de merde, c’était profond, j’allais venir trop vite. Alors j’ai arrêté, mes doigts plantés autour de son cul et… stop !

Silence dans le vestiaire. Juste la chute des gouttes.

— Et là… — Il se tourna vers chaque spectateur — là, elle a commencé à bouger, d’avant en arrière, à coulisser sur ma bite en grognant. Une vraie chienne. C’est elle qui me baisait ! — Il en était encore étonné — J’ai pas duré longtemps. J’ai giclé bien profond et elle aimait ça putain, essai transformé !

Applaudissements et cris d'hommes affamés et repus à la fois.

Marco était pensif :

— Je sais pas si c’est romantique ou porno. Tes histoires me filent la gaule.

Luc contesta le point :

— Elle date ton histoire ! Je veux du neuf !

— T’auras qu'à venir la prochaine fois... ah non, c'est vrai, tu tiendrais pas deux minutes.

Pat visa dans la brèche :

— Une meuf comme ça, tu crois pouvoir lui suffire ? Surtout que t’es jamais là.

Vivian ne dit rien. Il finit de s’habiller en écoutant Marco disserter avec Luc :

— Tu dures combien de temps, toi ?

— J’en sais rien…

Marco était scandalisé par ce manque de professionnalisme.

— Faut faire gaffe, mec. Si tu dures pas assez longtemps, la meuf a pas le temps de jouir. Elles sont plus lentes à chauffer que nous ! Une heure, c’est la base.


Vivian claqua la porte de son casier, après avoir admiré la photo de Loreleï. Celle dont il avait découpé le bas — Elle était seins nus. Ce cliché avait capté cette part d’elle qui le rendait fou : ses yeux verts pétillants et son sourire… Putain, son sourire. Dans ces moments-là, la pauvreté de son vocabulaire le navrait. Pourtant, il aurait pu en écrire des pages, sur ce sourire ! Parler de son pouvoir érotique incandescent. De cette impression qu’elle allait le bouffer, de cette lumière qui le faisait exister. Et qui lui faisait peur. Il avait été le premier à allumer ce feu, pas le seul à s’y réchauffer. Mais, s’il était honnête… Il kiffait de voir les regards sur elle. S’il était là pour contrôler l’incendie, pour le bien de Loreleï. C’est elle-même qui l’avait dit : avec lui près d’elle, elle se sentait plus sereine quand elle voulait « être jolie ». Contre son oreille, il sentait encore le murmure de son amoureuse : « Mon garde du corps. » Vivian avait souri, tandis que quelque chose de plus sombre s’était déployé.

Après avoir rangé ses affaires dans son sac de sport, il sortit avec Marco. Ils se dirigèrent vers l’amphi ensemble, parlant de la prochaine soirée. Marco se moqua :

— Tu vas encore mettre un vent à Pauline ?

— Je te rappelle que je suis maqué !

— Des nichons pareils, franchement, c’est du gâchis… Pauline demande que ça ! Dès qu’elle te voit, ses yeux crient « braguette ! »

Vivian rigola, changea son sac d’épaule.

— Elle est bonne… Mais je suis fidèle ! J’ai même pas le droit de danser avec une autre. Sinon ma meuf m’arrache les yeux.

— Elle est très jalouse ? — Soupir dramatique. — Moi, j’ai pas ce problème… Tu me brancheras avec Pauline ?

— Promis, j’essaierai. Et ouais, ma copine est jalouse. Pas chiante, mais il y a des trucs qu’elle supporte pas : mes ex et que je danse avec une autre. Que veux-tu ! Je danse comme je baise ! Trop bien !

Marco s’esclaffa. Ils arrivèrent devant l’amphi.

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