Libertines

📖 Le chant de Loreleï ✍️ Enattendantlapluie 📝 845 mots

Après les vacances de la Toussaint, Loreleï invita Nadia chez elle. Elle était heureuse d’avoir une amie plus âgée, avec qui elle pouvait également parler de sexe et de désir. Le décalage avec ses camarades de seconde était trop grand. Ce mercredi après-midi, l’entraînement de natation avait été annulé. Allongée sur son lit, Loreleï l’observait qui farfouillait dans ses tiroirs et placards.

— J’adore tes cheveux Nadia, c’est joli les boucles. Les miens, ils sont ni raides, ni frisés. Ils choisissent pas leur camp.

— Faut voir le temps que j’y passe ! Comme pour le maquillage ! Toi, t’as l’air de sortir d’une pub Tahiti douche. Plouf de l’eau sur la figure et tu es toute fraîche !

— Je mise sur la beauté intérieure. Regarde dans ma commode.

Nadia ouvrit un tiroir et siffla :

— T’es une chaudasse, j’en suis sûre maintenant !

— Y’a pas grand monde qui en profite. C’est pour moi. C’est une question… d’esthétique.

Nadia sortit un bustier de satin blanc parsemé de fleurs bleues.

— Vivian, il en pensait quoi ?

— Il me préférait sans. T’aime ça toi ?

— Sans plus. Seulement si quelqu’un va regarder. Ou un soutif qui fait un beau décolleté.

— Ça va, la nature t’a déjà bien aidée.

— Arrête de te plaindre. Faut que tu te trouves un mec pour te remonter le moral. Et rentabiliser tes fringues de marquise !

— Merde, tu me fais penser à ma dernière connerie.

Nadia sauta sur le lit, s’allongea à côté de son amie, curieuse. Loreleï ne la fit pas attendre.

— Tu vois Gilles ?

— Ouep, un petit brun en Term ?

— Voilà. Il me tourne autour depuis un moment. Je l’ai croisé en ville. Je venais de claquer mes économies dans un body en dentelle.

Elle se leva, saisit le coupable dans son tiroir. Il était tout en dentelle crème avec des empiècements de satin. Nadia s’exclama :

— C’est sexy ! Faudra que tu me le montres sur toi ! Tes parents disent rien ?

— C’est comme un secret avec ma mère.

— C’est quoi le rapport avec Gilles ? Tu lui as fait un strip ?

— Pire… enfin pire pour lui, j’imagine. On discutait, posés sur un banc dans le parc. Je précise que c’était un coin tranquille. Il me demande ce que je fais et blabla. Et moi, toute contente de ma trouvaille, je sors le body du sac. Tu aurais vu sa tête ! J’ai clairement vu le film qu’il se faisait !

— Mais évidemment ! Tu pensais à quoi en lui montrant ton truc de pute !

— J'étais juste contente ! Ça t’arrive pas de réfléchir après ?

Nadia roula de rire sur le lit. Loreleï poursuivit :

— Je me suis dit « Machine arrière, machine arrière, pauvre débile ! ». J’ai rangé le body rapidement. J’ai dévié sur les cours. Mais le pire…

Nadia s’étonna :

— Comment ça pourrait être pire ? T’es pas croyable !

— Le pire c’est qu’il connaît Vivian ! Ils sont potes ! Pas proches, c’est pour ça que je n’en savais rien, mais assez pour que Gilles me sorte, avec un regard très… bouillant : « Vivian m’a parlé de toi. Beaucoup. T’es comme il dit : naturelle. » Là, j’ai réfléchi à toute allure…

Nadia était fascinée par sa naïveté.

— Enfin !

— Pfff ! Bref, j’ai repensé à tout ce que Vivian avait pu lui dire. J’ai trouvé que « naturelle », c’était pas trop mal. J’ai fait comme si j’avais un truc important à faire et je suis partie. Il doit toujours être sur le banc à se demander ce qui s’est passé.

— Tu me fais délirer meuf. Faut que tu fasses gaffe.

En se tournant vers Loreleï, son expression se fit plus grave.

— Faut te protéger. Ça t’a pas servi de leçons les rumeurs ? Et les mecs qui t’ont sauté dessus ! Sérieux ! Tu me fais peur parfois !

— J’y pense tout le temps. Quand je m’habille, quand un mec me plaît. Mais y’a rien qui marche. Comme j’ai plus envie de coucher avec un mec, maintenant je suis une allumeuse. Je m’en sors pas. T’as une solution, toi ?

— Oui.

Elle marqua une longue pause avant de reprendre.

— Le plus marrant avec ma réputation de « salope des vestiaires », c’est que j’ai vraiment fait des trucs de salope. Mais ça, personne le sait.

Nadia s’arrêta, Loreleï trépigna.

— Faut que je te torture ? Te supplie ? Tu sais comme ma vie sexuelle est déserte. Fais-moi rêver !

— J’ai déjà couché avec deux mecs. En même temps.


Silence.


— Tu dis rien ?

— Je suis en train d’imaginer. Ça doit être bien, non ?

Nadia était hilare.

— T’es vraiment une petite chaudasse !

— Dit celle qui a baisé avec deux mecs ! Et l’équipe de rugby !

Elles étaient maintenant l’une sur l’autre, secouées de rire. Loreleï sécha ses larmes.

— Sérieux, comment ça se fait que personne le sache ? Tu les as enterrés où ?... T’es devenue une mante religieuse !

— Approche, petite...

Nadia prit une voix faussement mystérieuse.

— … et découvre le grand secret de la reine des putes. Quand on a baisé (Eh oui, c’était pas mal !) Je leur ai dit que s’ils ouvraient leur gueule, je dirais qu’ils sont pédés, qu’ils se sont touchés devant moi.

Loreleï médita ces paroles.

— Pédé, c’est pire que pute ?

— Je suis pas sûre.

💬 Commentaires 4

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robert_dubois • 2 semaines, 5 jours
Pédé : la terrible menace pour des ados cisgenre ! Tout est dans l'aplomb avec lequel on le dit.
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Enattendantlapluie Auteur • 2 semaines, 5 jours
J'ai l'impression que l’adolescence des garçons se construit contre le fait d'être perçu comme pédé.
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robert_dubois • 2 semaines, 5 jours modifié
Pas tous, c'est surtout vrai chez les joueurs de foot et les bas du front. Mais se faire traiter de pédé par une nana, c'est assez terrible.
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Enattendantlapluie Auteur • 2 semaines, 5 jours
Question de survie, Nadia ne fait pas de quartier !
Elle a compris le fonctionnement et comment en tirer avantage.
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