Les amis

📖 Les amis ✍️ docno 📝 1940 mots

Les ennemis de mes ennemis… C’est binaire… Mais dans la vie rien n’est jamais si simple. D’ailleurs, je me fous des ennemis de mes ennemis, je ne les connais pas. Par contre mes amis… Ne me parlez pas de mes amis !

Hein ? Pourquoi ? Tu veux que je te raconte ? Nan… Tu vas pas me croire… Si ? Sérieux ?


Alors j’étais au boulot, de nuit. Je cassais du code pour… Oui, avec le prix du gazole il faut faire des extras pour pouvoir bouffer des nouilles en France ! Mais je ne me plains pas, on ne m’a pas encore enrôlé pour faire la guerre en Russie. Alors j’ai rien à dire, je baisse la tête, je regarde personne, comme en ‘zon.

Bref !


Voilà que le frérot Fabrice m’appelle affolé :

— Lorenzo ! Bordel, on est dans la merde ! Faut que tu nous sortes de ce merdier !

— Hein ? Je suis au boulot, là ! Je bosse !

— Qu’est-ce qu’y dit, fit Seb, manifestement à côté et qui trépignait d’impatience.

— Y dit qu’il est au boulot…

— Dis-z-y qu’on est dans la merde grave !

— J’y ai dit ! Bordel ! Laisse-moi lui parler !

— On va crever ! Lorenzo, faut que tu nous sortes de là, beugla Seb le bedonnant.

— C’est quoi le problème ? fis-je, consterné.

— On est coincé chez Folachon ! Y a un putain de chien !

— Filez-z-y la barbaque au somnifère !

— Jo a bouffé les somnifères... et la barbaque !

— Hein ? C’est abuser ! Pourquoi il a… Nan, je veux pas le savoir…

— Il devient incontrôlable… Comme il voulait venir absolument… On l’a laissé bouffer les médocs… Et puis il a dit « j’ai une ch’tite fringale » et il a tortoré la barbaque. Alors voilà… On est mal…

— Dis-z-y qu’on est foutu ! Faut qu’il nous sorte de là ! Brailla Seb, s’emparant du tel, au bout de sa life.

— Je vous avais dit que ce coup, je le sentais pas ! Je me mêle pas de ça, je veux pas être complice.

— Putain, Lorenzo ! Alors les frérots, ça compte plus, c’est ça ?

— Qu’est-ce qu’y dit ? Demanda Seb.

— Y dit « je m’en lave les mains », comme Ponce Pilate. C’est un salaud !

— Passe-moi ce téléphone…

— Nan !

— Passe-le ou je te mets une bastos !

— Nan !

— BAM !

— Oh le con ! Tu m’as tiré dessus, connard !

— C’est ta faute !

— Tu m’as fait un trou dans mon Perfecto ! Bordel !

— C’est rien ! Ça se voit même pas… Arrête de brailler, faut que je parle à Lorenzo !

— Pfff !

— Lorenzo ! On est tes frérots ! Tu dois nous aider ! Rappelle-toi quand on était petits…


Oui, plus d’une fois, Seb m’avait tiré d’un mauvais pas. C’était mon ombre. Le mec qui évite les sournoiseries, les coups dans le dos… C’était il y a si longtemps… Une éternité.

Tandis que j’étais perdu dans mes souvenirs, j’en avais presque oublié ces calamités de frérots.

— Lorenzo, bordel ! T’es là ? Tu dors ?

— Mets-z-y une bastos au chien et basta !

— Nan ! On touche pas les animaux ! Comment tu peux me dire ça ? Y aurait comme de l’assassinat… genre un cousinage !

— Avec tout le boucan que vous avez fait, les poulets vont radiner… Bute le clébard et tirez-vous !

— Nan ! On a rien pris ! On part pas sans au moins une caisse !

— Deux caisses, corrigea Fabrice, l’asticot. Au moins deux caisses !

— Vous êtes complètement barges, les mecs.

— On crève de faim !

— On a pas un rond ! Salaud de riche ! Renchérit Fabrice.

— Moi riche ?

— Ouais ! S’exclamèrent les frérots, soudain socialistes, limite LFI.


Le dernier qui les avait vu travailler n’était pas jeune. Mais allez leur faire comprendre… Parler à des cons c’est pas le summum de la connerie.


Je me levai avec la mine du mec constipé depuis une semaine qui doit aller couler un bronze. Pareil en pire. Sur la route, je fis un arrêt chez mon poto Oualid (King Kebab) et prit deux maxi avec le supplément de sauce qui va bien, la sauce qui débouche les canalisations puis je fonçais direction l’entrepôt de la compagnie Folachon Logistique. Enfin, je fonçais… C’est beaucoup dire, parce qu’avec le prix du gazole, c’est à peine si on effleure le champignon. Appuyer me fait pousser des cris de vierge qu’on déflore un peu vigoureusement. Mais attention, ce n’est pas la faute du gouvernement, hein ? Faut être juste. Hein ? Je crois pas un mot de ce que je raconte ? Mais si, mais si !

Bref !


Les frérots avaient trouvé une combine pour s’introduire en douce dans l’entrepôt Folachon et le plan était de subtiliser quelques caisses de marchandise dans les camions stationnés.

— C’est du gâteau, avait dit Fabrice en se pourléchant les babines.

— Finger in the nose, avait confirmé Seb.

— On refourgue le matos et YALLA ! Avait rêvé Fabrice, les yeux pleins d’étoiles.


J’arrivais dans la zone d’activité déserte à cette heure du crime, un peu déçu de ne pas voir de gyrophares blafards… J’avais oublié qu’on est en France. Hein ? Nan ! Je ne sous-entends RIEN ! Je raconte, mais si tu interromps tout le temps, on n’est pas arrivés !

Bref !


Je vis la vieille fourgonnette des lascars, garée le long de la clôture trouée « fortuitement » à cet endroit. Oui, cela arrive que les grillages se trouent… C’est de la mauvaise qualité, voilà…


En quittant la voiture, le froid de la nuit me saisit aux tripes. Cela me rappela bien des aventures de jeunesse… Mais l’heure n’était point à la rêverie. Je me faufilais dans une grande cour qui sentait la graisse froide et les hydrocarbures. Où aller ? Où étaient donc réfugiés les deux abrutis ?

Soudain, je vis la lumière d’un tel, venant du toit d’un entrepôt. Ces idiots n’avaient même pas pensé à prendre une vraie torche ! Je n’eus pas le temps de m’appesantir sur cette considération : la misère n’est pas une fatalité, c’est la récompense de la connerie, car j’entendis un bruissement dans mon dos, une démarche traînante, quatre pattes, des ongles trop longs frottant sur le bitume.

Je fis volte-face et me trouvait devant un Malinois, tout vieux, tout triste, tout soufflant qui me regardait avec curiosité. Buter le chien ? Je sortis un kebab royal du sac en papier kraft, tout dégoulinant de graisse et de sauce qui me crama les doigts. Le clébard étouffa un jappement et remua la queue. Je lui lançais la bouffe et sans se faire prier, il dévora son en-cas, n’en laissant pas une miette. L’animal me regarda avec un air de reconnaissance totale. Je me fis la réflexion que jamais une femme ne m’avait regardé comme ça, même quand je n’avais pas été salaud...


Devais-je lui donner le deuxième kebab ? Cela pouvait le tuer… Je n’eus pas le cœur de l’en priver, surtout parce que je suis d’un naturel curieux et qu’il faut toujours que je sache jusqu’où on peut aller. Chercher la limite, c’est une manie chez moi. Je suis un scientifique, c’est pour la Science !

Après le deuxième kebab… Vous savez qu’il y a des femmes qui se vexent si vous les invitez au resto et qu’en fait vous leur payez un kebab ? Même un royal ! Si, je te jure !

Donc après le deuxième kebab, le molasse se coucha et tout soufflant, ne bougea plus. Il devait avoir les boyaux en cours de ramonage…

Les frérots descendirent du toit et se précipitèrent.

— Oh putain ! T’es complètement malade de te pointer comme ça !

— T’aurais pu te faire bouffer les couilles !

— Bon, je me casse ! Je veux rien avoir à faire avec vos histoires malhonnêtes. Je prends 30 % du bénef.

— Hein ? Nan, jamais ! Cinq pour cent !

— 20 % !

— 15 % !


Je vous passe la discussion animée qui s’ensuivit, Seb brandissant de nouveau son flingue. Il faut dire qu’il était à cran cette nuit-là.

Voilà les amis… Parlez-moi des amis… Hein ? Quoi ? Combien j’ai touché ? Que dalle ! Macache ! Oualou ! J’en suis de deux kebabs royal avec supplément de sauce de ma poche !


Pourquoi ? Parce que Seb a piqué une caisse de limes à ongle et Fabrice une caisse de bougies parfumées que Jo bouffe en regardant la téloche.

— Putain ! Personne n’en veut de mes limes ! Mais quelle merde ! Je t’avais dit qu’il fallait prendre l’autre camion !

— Faut qu’on y retourne ! Cette nuit on remet ça ! On prend des kebabs et hop !

— Ouais… Je subodore que cette nuit, on aura plus de chance, médita Seb, saisi d’une inspiration.

— Vous êtes trop cons, les mecs, fit, nonchalamment Jo, tout en croquant une bougie.


Bzzz !


Hein ? Le chien ? Tu veux savoir quoi ? M’en fout du chien ! J’aime pas les zanimos !


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Les ennemis de mes ennemis
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💬 Commentaires 9

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phillechat • 4 jours
Heureusement il y a les amis (des bêtes) !!
👍 1
klodik • 4 jours, 5 heures
Ça claque, c'est absurde, c'est très drôle, Bravo @docno !
C’est quand qu'ils vont à la mer ? : )
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docno Auteur • 4 jours, 5 heures
La mer... C pour les riches nan...?
👍 2
klodik • 4 jours, 4 heures
ou pour les pieds nickelés qui n'ont plus d'autres choix après un attentat à la pudeur : ))
👍 1
AlexLou • 4 jours, 6 heures
J’aime bien @docno
Ton styke t’est original et drôle
J’aime sur ce site que tous les styles soient représentés et tu représentes le tien à merveille car tu écris très bien
👍 2
docno Auteur • 4 jours, 5 heures
Trop merci
👍 2
L-Ombre • 4 jours, 6 heures
Et moi ? J'ai droit à un kebab ?
👍 1
docno Auteur • 4 jours, 5 heures
Of course...
👍 2
L-Ombre • 4 jours, 5 heures
😂😂🤤
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