L'Oiseau

📖 Nul n'écrira ma fin ✍️ Ayzikin 📝 3257 mots

La petite fille chantait dans le bosquet lorsqu'un oisillon se posa sur une branche basse. Il ne bougea pas. La mousse, les feuilles et les troncs serrés étouffaient les bruits de la cité. Sa voix changea aussitôt. Elle chantait pour lui.

Les jours suivants, elle revint à la même heure. Elle s'appliquait davantage, et l'oiseau osait s'approcher un peu plus. Un soir, il quitta la branche et gagna son épaule, léger, chaud, presque sans poids. La fillette retint son souffle jusqu'à en avoir mal aux côtes.

Quand elle se leva pour rentrer, l'oisillon s'envola aussitôt. Il resta au bosquet. Hors de ce recoin, elle n'était plus la chanteuse assise dans la mousse. Elle redevenait la fille de la reine, attendue derrière les murs.

Ses leçons et les cérémonies autour de sa mère lui prirent ensuite ses heures libres. Elle ne renonça pas. Dans sa chambre haute, dès l'aube, elle ouvrait les fenêtres et envoyait sa voix vers la cour silencieuse. Elle chantait bas, d'abord, puis un peu plus fort, assez pour atteindre les toits d'en face.

Un matin, son ami ailé revint.

Il se posa sur le rebord froid, la tête penchée. La fillette porta une main à sa bouche pour retenir un rire. Tant qu'elle chantait, elle ne regardait plus la porte, ni les servantes dans le couloir, ni les gardes au pied de l'escalier.

Un jour, elle décida de lui faire un cadeau. À force de miettes, de patience et de matins partagés, l'oiseau n'avait plus peur. Elle parvint à lui passer une amulette autour du cou.

Le bijou n'avait rien d'un colifichet noué à la hâte. Le lien, sombre et souple, venait des ateliers de la cité. On l'utilisait pour les parures fines, celles qui devaient tenir sans blesser. L'ornement, lui, était un petit cristal noir, taillé avec soin.

Alors, sans mesurer le risque, elle approcha sa bague de l'amulette. Le bijou portait lui aussi un cristal, plus grand, plus lourd, celui dont son père exilé parlait parfois dans ses contes, la voix baissée.

Lorsque les deux cristaux se touchèrent, elle tenta ce qu'elle n'aurait peut-être jamais dû tenter : glisser une copie de son chant dans le bijou de l'oisillon.

D'abord, rien : pas d'étincelle, pas de frisson, pas de réponse.

Puis l'oiseau eut un sursaut, comme si une épine venait de lui traverser le corps. Ses ailes battirent contre la main de la fillette. Elle recula, trop tard. L'oisillon prit la fuite, l'amulette toujours au cou.

***

Jean ne tomba pas tout de suite.

Il porta la main à son épaule, fit deux pas de côté, puis ses genoux cédèrent. L'armure l'entraîna presque avec elle. Un assistant se jeta vers lui avant le choc. L'épée glissa des doigts de Liam et heurta les planches dans un bruit plat.

Le sang descendait sous la plaque, le long des attaches. Pendant une seconde, personne ne sut encore si la scène venait de finir ou si elle exigeait un dernier geste. Puis un juge se leva.

Les assistants envahirent le plateau. Deux gardes tirèrent Liam en arrière. Il se laissa faire. Le masque lui collait au visage. Il le retira seulement lorsqu'il étouffa pour de bon.

Ymir appelait son nom depuis le bord de la salle. Sa voix se perdait dans le brouhaha. Tash battait des ailes sur son épaule, trop faible pour s'arracher à elle, assez furieux pour lacérer l'air.

Lamora voulut passer. Un intendant l'arrêta. Le garçon repoussa l'intendant d'un geste, puis s'immobilisa en voyant Jean.

Il ne mourrait pas.

La plaque avait dévié la lame. L'acier avait trouvé la chair dans l'espace laissé près de l'attache, profond, mais pas assez pour atteindre le cœur. On le sut plus tard. Sur le moment, Liam ne vit que la main rouge de l'assistant pressée contre l'épaule de Jean, puis le visage de son partenaire, vidé de son assurance.

Un garçon de la capitale rapporta l'amulette de Liam dans un linge. Il la tenait loin de lui, les bras tendus, comme un objet retiré des braises.

— À qui est-ce ?

Liam leva la main.

L'autre hésita devant les gardes.

— C'est à moi.

On lui rendit le linge. À travers l'épaisseur du tissu, la Pierre gardait encore une chaleur sourde. Il serra le paquet contre lui sans le défaire.

On l'interrogea dans une petite salle derrière le théâtre. Trois juges, un intendant, deux témoins. On lui demanda s'il avait voulu blesser Jean, pourquoi il avait saisi l'épée, ce que contenait l'amulette.

Il répondit mal, mais pas par insolence. Les phrases sortaient en morceaux, et chaque morceau appelait une autre question. Il avait voulu sauver la scène. Tenir. Il avait jeté l'amulette parce qu'elle brûlait. Il n'avait pas visé la chair. Il n'avait pas compris assez vite.

Un juge nota longtemps après cette dernière phrase.

Le lendemain, Jean parla depuis son lit. Liam ne fut pas autorisé à entrer. Il attendit dans le couloir, assis sur une marche, les mains serrées autour de l'amulette froide. La porte resta entrouverte. Il entendit seulement la question d'un juge.

— L'intention était-elle de vous atteindre ?

Jean mit un moment à répondre.

— Non, répondit Jean.

Sa voix était basse. Râpeuse.

— C'était une erreur.

Liam ferma les yeux.

Jean ajouta :

— Une erreur dangereuse.

Plus tard, Lamora sortit de la chambre.

— Il dort, dit-il en refermant la porte.

— Tu restes avec lui ? demanda Liam.

— Quelqu'un doit l'empêcher de rejouer la scène avec son épaule ouverte.

Il descendit chercher de l'eau sans attendre de réponse.

Les résultats furent annoncés à midi, sans cérémonie. Lamora fut retenu. Personne ne parut surpris. La formule écrite sur le registre réservait sa place auprès de Dame Ua et de l'Astre Noir. Il resta droit, presque dur. Sa main descendit vers celle d'Ymir, s'arrêta à quelques doigts, puis retomba.

Jean fut retenu lui aussi, sous réserve de guérison. Le jury loua sa tenue, sa maîtrise de l'armure, sa capacité à suivre un partenaire instable sans rompre la scène. Son nom resta donc inscrit. Sa place l'attendrait, avec une écharpe, des soins et plusieurs mois de douleur.

Ymir ne fut pas retenue. On parla de beauté, de promesse, d'une voix à préserver.

Elle entendit surtout le mot : préserver.

Son sourire tint jusqu'à la fin de la phrase.

Pour Liam, les juges prirent plus de temps. Un juge parla de talent. Un autre nota sa manière de tenir la scène. Puis leurs regards allèrent vers la blessure de Jean, les gardes près de la porte, l'amulette enveloppée dans son linge. Sur la table, les doigts d'un juré tapotèrent le dossier avant de s'arrêter près de la ligne vide.

Liam ne fut pas retenu.

Il entendit encore quelques formules, sans les garder. Les registres restaient ouverts. Après un premier échec, un nom pouvait encore y revenir. Les jurés se souvenaient des visages. On lui disait presque de revenir un jour.

Il ne voulait pas revenir.

Dans la charrette du retour, l'ancien groupe se coupa en deux. Lamora resta à la capitale. Jean aussi. Mania passa les voir avant le départ, une sacoche sous le bras, sans trouver de plaisanterie. Il promit d'écrire à La Lisière s'il apprenait quelque chose sur Blueno. Liam le remercia d'un signe de tête.

Ymir monta près de Liam avec Tash enveloppé contre elle. L'oiseau avait la tête sortie du tissu, l'œil encore dur, le bec prêt à punir le premier mouvement de trop. Elle posa son front contre l'épaule de Liam dès que les roues se mirent à grincer.

Aucun des deux ne parla d'abord. Puis Ymir pleura.

Liam la serra contre lui. Ses propres larmes vinrent sans prévenir. Dans le mouvement de la charrette, leurs épaules restèrent l'une contre l'autre. Ils traversèrent ainsi la poussière, les relais et les silences de l'escorte.

Aux repas, dans les chemins, près des charrettes, on les vit bientôt arriver ensemble.

***

À La Lisière, Liam trouva son père dans un lit.

Son père ne parla ni de l'échec ni de Jean. Il ne trouva même pas une remarque sèche, comme autrefois. Il restait assis contre des oreillers, la bouche entrouverte, les yeux fixés sur un point au-delà de son fils.

Liam l'aidait à manger.

La cuillère entrait, ressortait, raclait le bord du bol. Par moments, son père avalait avec retard. Un filet de bouillon restait au coin de ses lèvres. Liam l'essuyait avec un linge. Ses doigts se serraient ensuite autour du manche jusqu'à blanchir.

Une fois, la main de son père chercha son poignet, s'y posa sans force, puis retomba.

Il aurait voulu une phrase dure, une vraie, une phrase connue. Son père aurait pu l'engueuler pour la sélection, pour Jean, pour l'argent perdu, pour le voyage inutile. Il aurait pu enfin vider ce qui stagnait entre eux depuis des années. Mais non.

Sa mère lui raconta l'accident survenu pendant le voyage : une branche lourde, détachée au mauvais moment, avait frappé son père au crâne derrière la maison. Kvöt l'avait trouvé près du bois coupé et l'avait presque ramené seul jusqu'au lit. Il avait arrêté le sang, appelé un voisin, veillé jusqu'au matin.

Depuis, le père de Liam vivait par fragments. Il reconnaissait parfois sa femme. Parfois non. Il prononçait un mot, puis s'arrêtait comme si la suite s'était perdue au fond de sa gorge.

Liam tenait la cuillère. En face, son père avalait sans le reconnaître assez pour lui en vouloir.

Un soir, Kvöt le fit sortir près de la maison. Le vieil homme avait attendu la fin du repas, puis avait observé Liam longtemps, les doigts contre le menton. Aucun reproche sur Jean. Aucun sermon sur l'échec. Liam aurait préféré que Kvöt parle.

— Enlève ton haut.

Liam le fixa.

— Pardon ?

— Tes épaules. Tes côtes. Ta tenue. J'aimerais voir.

Autrefois, il aurait obéi avec une mauvaise humeur presque confortable. Kvöt l'avait toujours examiné ainsi, depuis l'enfance : les épaules, les côtes, la posture, puis une remarque lâchée entre deux gestes. Mais Liam avait grandi. La sélection avait échoué. Une autre route existait déjà dans sa tête, et il s'y voyait sans attendre la permission du vieil homme.

Il obéit pourtant.

Peut-être pour la dernière fois.

Kvöt tourna autour de lui avec lenteur. Son regard s'attarda sur la marque laissée par la Pierre, sur les muscles, sur les bleus du voyage et du duel. Puis il souffla, presque malgré lui :

— Eh bien, te voilà bien conservé. Malgré ton manque de régularité ces derniers mois… et surtout ton coma.

— Gardez-en un peu pour moi, lança Ymir depuis le chemin.

Elle arrivait avec Tash sur l'épaule, un sac à la main, et ce sourire retrouvé depuis leur retour. Elle se glissa contre Liam comme si cette place lui revenait depuis longtemps. Son bras passa dans son dos. La peau nue de Liam chauffa sous le regard de Kvöt.

— Ne vous en faites pas, ajouta-t-elle. Je me chargerai de la suite de son entraînement.

Liam regarda le bras d'Ymir passé dans son dos. Depuis que le jury l'avait refusé, elle venait plus près, parlait plus vite et gardait moins souvent les yeux baissés.

Kvöt sourit trop lentement.

Ce sourire ne ressemblait pas à ses grimaces de taverne ni aux mines ravies de ses tours de cartes. Il posa les yeux sur le bras d'Ymir, puis sur Liam. Son sourire resta, mais ses yeux cessèrent d'y participer.

Liam remit sa tunique.

— On a réfléchi, dit-il.

Le regard de Kvöt revint à lui.

— Le théâtre, la sélection, les traditions autour des Marcheurs… on en a assez. Pour Thariel, je n'abandonne pas. On n'a plus de nouvelles de Blueno. Cette fois, ce n'est sûrement pas seulement un bras qu'il a perdu. Mais je ne veux pas dédier ma vie entière à la vengeance.

Il chercha la main d'Ymir. Elle la prit aussitôt.

— Le meilleur choix, pour nous, c'est de partir pour le Givral, dit Ymir.

Kvöt ne bougea plus.

Ses doigts restèrent suspendus près de sa barbe. Son œil passa de Liam à Ymir, puis à leurs mains jointes. Sa bouche s'entrouvrit, se referma, et son sourire se fana.

— Le Givral, répéta-t-il.

Sa voix était plate.

Liam hocha la tête.

— Oui.

Tash froissa ses plumes et rentra la tête contre le cou d'Ymir.

***

Bien sûr, le jeune couple ne partit pas sur-le-champ.

Il fallait de l'argent, des vivres, des noms de relais, un passage à négocier avec un convoi. Il fallait aussi traverser les regards de La Lisière. Dans un village pareil, parler à trois personnes suffisait à répandre la nouvelle partout.

Ils comptaient les pièces réunies dans une petite boîte de bois, recomptaient, riaient parfois devant la pauvreté du résultat. Puis Ymir rouvrait la carte, cherchait un détour moins cher, un relais où dormir, une route encore praticable.

Quand Liam n'était pas auprès d'Ymir, il aidait sa mère.

Sa mère tenait debout par habitude. Le matin, elle lavait son mari, changeait les draps, chauffait de l'eau, préparait la soupe, puis s'arrêtait brusquement au milieu de la pièce avec un objet inutile dans la main. Le soir, elle oubliait de s'asseoir. Liam la surprit une fois endormie contre la table, la joue près d'une écuelle vide.

Comptait-il vraiment la laisser ainsi ?

Il cherchait des réponses pratiques. Une voisine pourrait passer. Un cousin lointain viendrait peut-être. Kvöt resterait là, du moins quelques semaines. Il prendrait soin de son père jusqu'à ce que la maison retrouve un ordre supportable.

Liam avait besoin d'y croire.

Avec Ymir, il pensait moins souvent à ce qui l'attendait. Pas toujours. Pas assez. Mais leurs marches dans le petit bois, leurs mains serrées sous les tables, leurs baisers derrière les granges lui donnaient parfois autre chose à quoi se raccrocher.

Elle appuyait son front contre le sien, corrigeait son sac de voyage, gardait pour lui la moitié d'un morceau de pain alors qu'elle-même mangeait trop peu.

Parfois, elle prenait Tash entre ses mains et lui répétait le chemin de la maison de Liam, jusqu'à ce que l'oiseau détourne la tête.

Plus le départ approchait, plus ils restaient proches, comme s'ils tentaient de rattraper d'avance les jours à venir.

Un soir de pluie et de brume, Ymir ne vint pas.

Ils devaient se retrouver derrière l'ancienne remise, près du chemin qui descendait vers la taverne. Il ne restait plus que quelques jours avant le départ. Liam avait apporté la boîte de bois, deux noms de relais et une carte copiée avec l'aide d'un élève de l'Académie. Il attendit d'abord avec impatience. Puis avec agacement.

Puis il cessa de regarder la carte.

Il passa chez elle sans la trouver, puis chez le vieux tenancier. Personne n'avait vu Ymir depuis l'après-midi. Il remonta vers les maisons, descendit par le petit bois, revint près de la remise. La pluie collait ses cheveux à son front. La brume avalait les coins de rue.

À chaque détour, il s'arrêtait pour écouter. Rien. Pas sa voix, pas les battements d'ailes de Tash. Seulement l'eau dans les gouttières et ses propres pas.

Orange. Olen. Les routes. La forêt.

Liam finit par rentrer chez lui, trempé, la boîte de bois serrée contre lui. Il se coucha sans dormir vraiment. Le prénom d'Ymir lui restait coincé dans la gorge.

Un bruit le tira du lit au milieu de la nuit.

Ou peut-être le tonnerre. Il ne sut pas d'abord. Puis une voix lui parvint depuis la chambre voisine, celle de ses parents. Une lampe bougeait sous la porte. Des ombres aussi.

Son père dormait là depuis l'accident.

Liam avança dans le couloir, pieds nus sur les planches froides. La voix de Kvöt montait par fragments. Trop douce. Trop proche.

— Vous ne pouvez pas porter tout cela seule.

La réponse de sa mère ne vint pas tout de suite.

Liam poussa la porte.

Kvöt se tenait près du lit, une main posée sur le dossier de la chaise, l'autre contre le mur. Sa mère se trouvait entre lui et la table de chevet. Elle gardait un linge dans les mains. Le tissu avait été tordu si fort que de l'eau gouttait sur le plancher.

Le père de Liam dormait, la bouche ouverte, insensible au tonnerre.

— Sortez, dit sa mère.

Sa voix tremblait, mais elle était nette.

Kvöt tourna la tête vers Liam.

L'espace d'un instant, le vieil homme ne dit rien. Puis son visage changea. La gêne, la surprise, le sourire contrit arrivèrent ensemble, trop vite pour paraître vrais.

— Mon garçon… Je crois que j'ai trop bu. Je voulais seulement l'aider. Ta mère s'épuise, et moi, vieux sot, j'ai dû parler avec moins de délicatesse que prévu.

La mère de Liam garda les doigts sur le linge. Elle ne confirma pas. Elle ne démentit pas non plus. Ses cils brillaient dans la lumière de la lampe.

Liam regarda Kvöt longtemps.

Ce n'était même pas la première alerte. Sa mère lui avait déjà confié, à demi-mot, que le vieil homme se montrait plus envahissant depuis l'accident. Liam avait rangé cela avec le reste : la fatigue, les malentendus, la maison trop pleine, la peur de laisser ses parents en partant. Il avait préféré n'y voir qu'une gêne.

Kvöt ne ressemblait pas à celui qu'il connaissait.

Cette nuit-là, il aurait presque préféré voir de la folie sur le visage du vieil homme. Une perte nette, visible, facile à nommer.

Kvöt baissa la tête.

— Je vais dormir.

Liam se décala pour le laisser passer. Quand le vieil homme eut disparu derrière le rideau, il resta encore un instant dans la chambre. Sa mère essuya le plancher avec le linge mouillé, sans raison. Ses mains ne se desserraient plus du tissu. Liam voulut parler. Aucun mot ne sortit.

Il regagna sa chambre, transi de fatigue, sans savoir s'il devait haïr Kvöt, l'excuser, ou veiller devant la porte de sa mère jusqu'au matin.

À l'aube, il sortit faire la petite commission.

La pluie avait cessé. Des gouttes tombaient encore des toits. Le village sentait la boue froide et les cendres mouillées. L'épisode de la nuit revenait par coups brefs.

Mais bientôt, il ne pensa plus qu'à Ymir : elle n'était pas venue. Il connaissait trop bien cette forme d'absence pour la trouver simple.

Il devait la retrouver. Lui demander où elle était passée. S'énerver, peut-être. Rire ensuite de s'être fait peur pour rien.

Au bout du chemin, une tache blanche remua.

Liam s'arrêta.

Tash était là, seul.

Il dut cligner des yeux plusieurs fois. L'oiseau se tenait sur une borne, les plumes gonflées par l'humidité, l'œil dur, le bec légèrement ouvert. L'âge n'avait pas ôté toute sa hargne. Sans aller jusqu'à l'attaquer, il avança par petits bonds, gagna du terrain, força Liam à reculer d'un pas.

Son premier réflexe fut idiot : courir prévenir Ymir. Lui dire que Tash l'attendait dehors, furieux, vivant, fidèle à lui-même.

Puis l'élan se coupa.

À Trigone aussi, un oiseau seul avait annoncé le pire.

Le froid lui prit le dos. Ses doigts cherchèrent l'amulette sous sa tunique.

— Où est Ymir ?

Tash ne bougea pas vers une route. Il ne battit pas des ailes pour indiquer une direction. Il redressa seulement le poitrail.

Le petit cristal noir pendu à son cou semblait luire sous la lumière grise. L'oiseau insista. Un pas. Puis un autre. Il offrait l'amulette au regard du garçon comme on montre une route.

Son ventre se serrait déjà.

Le geste s'imposa de lui-même. Liam saisit sa propre amulette et la plaqua contre celle de l'oiseau.

La Pierre heurta le cristal. Deux éclats noirs l'un contre l'autre, étrangement accordés dans leur nuance comme dans leur fonction.

💬 Commentaires 3

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scifan • 3 semaines, 2 jours
Mais qu'est-il arrivé à la princesse Ymir ?
Un mauvais sort attend-il toutes les amourettes de Liam ?
Celles-ci n'auront-elles jamais le temps de se développer ?
Qu'est-ce qui a transformé Kvöt en vieux libidineux ?
Que de questions dans ce chapitre palpitant, malgré son apparente nonchalance.
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Ayzikin Auteur • 3 semaines, 1 jour
J'aime lire ces questions.
Je suis assez curieux de ton avis sur ce qui va suivre.
Par contre pour Ymir, je fais en effet un parallèle énorme entre la petite fille mentionnée (la princesse) et Ymir. Mais concrètement, je ne dis pas explicitement qu'il s'agit du même personnage. Cette ambiguïté ne me déplait pas forcément, mais je reste perplexe.

En fait, j'ai déjà reçu des retours vraiment similaires. Je vais peut-être restructurer un peu tout ça. Merci pour ta lecture attentive. Si ce que je dis est flou, la suite devrait arranger ça (au moins sur ce point).
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scifan • 3 semaines, 1 jour
Surtout pas, l'ambiguïté existe. Dans mes commentaires, il m'arrive relativement souvent de tester des hypothèses. Parfois une réponse la confirme ou l'infirme, mais certaines et certains se gardent bien de répondre.
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