Prologue

📖 Les Royaumes d'Edaléside ✍️ McHWM 📝 841 mots

Dans la petite école de Chronis, une petite fille aux cheveux de cuivre et aux yeux d'émeraude recevait pour la énième fois la première place du classement instauré par le professeur, ainsi que les félicitations enthousiastes de ce dernier. C'est ainsi que se terminait la journée pour Dauria. Après six heures d'école à faire du sport, apprendre les lettres, les chiffres, l'histoire et à apprendre à contrôler son don, elle pouvait enfin prendre le chemin bordé de champs mais, malgré, tout ombragé pour les lourds jours d'été grâce aux arbres fruitiers qui bordaient les routes. Elle s'en allait toujours de la même manière : gaiement et en sautillant, sans se soucier de ce qui se passerait demain, sans se soucier de marcher dans une flaque de boue un jour de pluie, sans se soucier de faire un détour pour apporter quelques fleurs à sa maman.

Cette dernière, Adsail Drak, l'attendait toujours dans le jardin, où elle jardinait ou étendait le linge. Dauria et Adsail vivaient dans les sous-sols d'une riche famille. Mais, pas n'importe quelle famille : les seigneurs qui régissaient la région. Sa mère travaillait comme domestique pour eux et, malgré leur aisance, mère et fille vivaient dans des conditions plutôt précaires compte tenu des attentes de ses employés et du logement prêté : une petite pièce sans cheminée pour les durs hivers, une alcôve avec un lit deux places, une table, deux chaises, une petite gazinière, une bassine sur un meuble de rangement avec au-dessus un réservoir d'eau et une seconde alcôve avec une plus grande bassine pour prendre des bains et un trou dans la terre rempli d'un saut pour les latrines…

– Maman ! Je suis encore première de la classe ! s'exclama l'enfant en sautant au cou de sa mère dont les mains pleines de terre laissaient des traces dans les cheveux de la petite fille.

– C'est très bien Dauria. Tu vois ? Tu t'es entraînée, tu as réussi. On n'a rien sans rien, je te le répète assez souvent…

– Maman, pourquoi n'as-tu pas suivi ton propre conseil ?

– Je te l'ai déjà dit Dauria. J'avais tout : de riches parents, une belle et grande demeure… Je suis partie à l'aventure et des brigands m'ont lâchement attaquée. Ils m'ont détroussée, ne me laissant que mes yeux pour pleurer. Je n'ai plus rien eu… Ils m'avaient tout pris. J'avais tout perdu.

Le problème avec Adsail, c'est que lorsqu'elle racontait cette histoire, elle changeait à chaque fois. La dernière fois, elle était partie en mer pour ses vacances et une tempête avait coulé le navire. La seule histoire qui ne changeait jamais, c'était la manière dont Dauria avait, selon ses mots, déboulé dans sa vie. Sa mère lui racontait toujours qu'un soir de pleine lune, elle avait été à un bal et alors qu'elle s'ennuyait de ne connaître personne et de ne savoir comment se présenter, elle avait vu le plus bel être qu'elle aurait pu imaginer. Lui aussi ne connaissait personne, mais tout le monde était attiré, presque ensorcelé par son insolente beauté. Pourtant, c'est avec elle qu'il parla, dansa, se promena… Après ce bal enchanteur, ou plutôt cette rencontre enchanteresse, ils se revirent de nombreuses fois. C'était de lui que Dauria tenait ses yeux, ses cheveux, ses taches de rousseurs et sa beauté hypnotique qui lui conférait des airs de divinité enfantine. Mais, son caractère curieux, déterminé et quelques fois impatient, côté qu'elle cachait toujours aux autres, tout ça, elle le tenait de sa mère.

La conclusion de cette histoire était toujours la même également. Mot pour mot, Adsail avait le visage qui se crispait, les dents qui se serraient et ses gestes devenaient plus dur plus brusques alors qu'elle disait d'une voix amère, froide et où le désir de vengeance résonnait : « Mais il est parti en nous trahissant ! » et Dauria ignorait toujours qui était il et qui étaient les autres personnes de nous. Ce qui se passait avant et après cette histoire était en perpétuel changement dans les paroles d'Adsail. Il devait sûrement y avoir un brin de vérité, mais les pièces étaient trop éparses pour y faire un lien. Trop d'histoires se mélangeaient comme différents puzzles rangés dans une même boîte.

– Va prendre ton goûter maintenant. J'ai réussi à te prendre une tranche de pain et un reste de confiture. Le pain est un peu dur par contre… Après, tu feras tes corvées et tes devoirs. Allez, dépêche-toi. Il y a beaucoup à faire, soupira-t-elle en reprenant sa besogne tandis que Dauria commençait à partir. Dauria ! Je suis persuadée que tu vivras de grandes choses et que ton avenir sera des plus royaux, car tu t'en donnes les moyens, dit-elle en souriant à sa fille.

Il n'était pas toujours facile d'être la fille d'Adsail. Cette dernière avait beaucoup d'attente et se mettait facilement dans de colères noires. Mais, Dauria adorait la voir sourire lorsqu'elle touchait la haute barre des exigences du bout des doigts.

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