Une nouvelle infirmière

📖 L'homme du passé ✍️ Lectrice1805 📝 1012 mots

Le temps passait, lentement. Chaque jour devenait de plus en plus long, rien ne réussissait à m'occuper l'esprit assez longtemps maintenant. J'étais souvent perdu dans mes pensées, à fixer le vide qui constituait mon existence. Je ne pensais même plus à Édith, qui pourtant m'était très chère.

Quelque temps plus tard, une nouvelle infirmière est arrivée. Elle faisait des rondes régulières dans les chambres de la pension. Elle passait beaucoup devant ma porte, qui est toujours ouverte en journée, et semblait toujours ralentir à ma vue. Si je n'avais pas oublié mon apparence, j'aurais presque vu une ressemblance entre nous deux.

Lorsque venait le moment de servir le repas, ce n'était jamais elle qui entrait dans ma chambre. Mon œil curieux la guettait pourtant.

Puis, un jour comme un autre, où le soleil prenait place au petit matin, ce fut elle qui vint me réveiller pour prendre mes médicaments. Je pus alors l'observer de près.

Elle avait les cheveux d'un blond cendré, qui encadraient un visage au regard transperçant. Ses yeux étaient d'un brun chocolat, montrant sa profondeur d'âme. Je lui demandais son nom à ce moment-là, elle me répondit brièvement :

"Laurie."

Cette infirmière, elle a changé quelque chose. Je ne sais quoi, peut-être me rappelait-elle quelqu’un. Ses yeux… qui me rappelaient quelque chose…

Perdant toute prise sur le moment même, je me retrouvais projeté en juin 1942. J'étais dans un bar avec mes camarades, nous profitions du calme de la soirée.

Ce jour-là, j’ai rencontré une drôle de dame, toute gentille, qui me faisait du regard. Elle était seule, adossée au mur, dans sa robe fleurie digne d'un conte de fées. Elle avait un regard brun chocolat qui semblait nous envelopper dans un cocon protecteur. J'avais l'impression de pouvoir tout lui confier.

Lorsque mes camarades s'éloignèrent pour fumer plus loin, elle s’assit à ma table, l’air de rien, puis tout d’un coup me posa cette question, l'air à la fois gêné et plein d'attentes :

« Bonjour… Vous êtes seul ?

— Que… Pardon ?

— Ah, vous étiez ailleurs. Excusez-moi. Je m'appelle Marie-Françoise, et vous ?

— Edmond, madame.

— Edmond ? Je suis enchantée. Bon, écoutez, je vous aborde soudainement, mais vous allez comprendre. Je suis veuve depuis maintenant 3 ans, mon mari est mort d’une pneumonie assez brusquement. Comment vous dire ça… La solitude me pèse, et j’ai besoin de compagnie. Vous, entouré de vos amis et à l'air aussi solitaire que moi, vous êtes tout à fait mon genre. Vous êtes un homme éloigné de sa tendre et belle épouse, j'imagine ?"

Après avoir sorti tout ceci, elle s'arrêta pour reprendre son souffle, comme si elle avait tout donné dans son discours.

" Euh… Pourquoi vous me racontez tout ça, madame ? demandai-je sans comprendre.

— Vous êtes soldat ?

— Je suis de la marine.

— Marine ? C’est bien aussi. Je suis infirmière pour ma part, ma journée était rude aujourd'hui. Ça vous dit de boire un verre ?

— Eh bien… Pourquoi pas ? »

Nous avons passé la soirée à parler, à faire connaissance, elle était vraiment très bavarde. J'appris qu'elle s'appelait Marie-Françoise, elle me dit de l'appeler Marie. Elle me raconta sa vie, ses déboires, les visions qu'elle avait chaque jour à l'hôpital. Elle possédait une grande empathie et une générosité sans faille, réussissant à me faire rire.

Je lui parlais alors de la femme dont j'étais tombé amoureux, qui s'appelait Edith, et qui me manquait énormément. Était-ce une bêtise d'en parler devant une veuve qui me trouvait de l'intérêt ? Elle n'en dit rien, elle écouta, simplement. Elle ne me jugea point, sembla même me comprendre. Elle était attirante, cette femme qui absorbait mes mots.

Marie voulut rentrer au bout d'un moment. Son regard pétillant en disait long sur ce qu'elle attendait de cette fin de soirée. En tant qu’homme galant, je l’ai donc raccompagnée. Arrivés devant sa porte, nous nous contemplâmes longuement, avant qu'elle ne me tire vers elle et qu'elle ne ferme la porte. Ce fut une nuit pleine de douceur et de confidences.

Le lendemain, je suis parti de chez elle pendant qu’elle dormait. Je n'ai jamais regretté cette nuit-là, mais j'avais l'impression d'avoir trahi ma douce.

Laurie me ramena brusquement à la réalité, me parlant comme si j'étais déconnecté. Je la regardai, l'air éberlué, et sentis qu'il y avait quelque chose derrière ses regards, ses passages répétés devant ma chambre.

Avec la voix un peu cassée, je lui demandai, l'air interrogateur et curieux :

" Dites-moi… Connaîtriez-vous une Marie ? Marie… Françoise ? »

Elle m’a regardé, sans rien dire, puis a ouvert la bouche, l’a refermée, a tourné la tête, m’a regardé, puis a rigolé, tout d’un coup. Et elle a dit :

" Ah… Je ne me suis pas trompée alors. J'ai lu dans votre dossier à l'accueil que vous ne vous souveniez pas de grand-chose. Vous avez même été décoré, et vous l'avez oublié aussi apparemment… Oui, je connais Marie-Françoise, car c'est ma mère. Elle m'a parlé du jour où elle a rencontré mon père, dans ce bar où ils étaient tous les deux seuls. De cette nuit inoubliable pour elle, où son âme a trouvé la paix dans l'amour de quelques heures. Elle m'a raconté la beauté de cet homme, qui s'appelait Edmond, et qui était dans la marine. Celui qui l'a laissé comme ça, du jour au lendemain, sans se retourner. Edmond, je suis votre… Je suis votre fille, voilà !"

Les yeux ronds, abasourdi, je la fixai sans dire un mot. Qu'est-ce que cela signifiait ? J'ai… une fille ? Le choc me fit m'asseoir, assourdissant tout autour de moi.

BOUM

Une fille. J'ai une fille. Comment est-ce possible ?

BOUM.

Une seconde… Que se passe-t-il ?

BOUM

J'y vois flou. Mes pensées s'embrouillent.

BOUM.

...

Black-out.


"Dites-moi… Qui êtes-vous ?"

J’avais encore oublié. Cette jolie infirmière m’a regardé l’air songeur, triste, mélancolique aussi. Comment pouvait-on avoir une telle expression sur le visage ? Elle me dit qu’elle reviendrait dans deux heures s’occuper de mon repas, puis est partie.

💬 Commentaires 2

Connectez-vous pour commenter ce chapitre.
docno • 1 semaine, 5 jours
Annoncer ça comme ça c un coup à mourir...
👍 1
Lectrice1805 Auteur • 1 semaine, 5 jours
Oui, je m'en rends compte après relecture, merci beaucoup pour le retour. J'ai modifié un peu, j'espère que c'est mieux :)
👍 0