Commémoration

📖 L'homme du passé ✍️ Lectrice1805 📝 911 mots

Un jour de printemps, alors que les bourgeons commençaient à fleurir, une infirmière et deux hommes en uniforme sont entrés dans ma chambre. Ils avaient l'air solennels, dans leurs couleurs bleues de l'océan. 

"Bonjour, capitaine de vaisseau Lovsky ! Nous sommes venus vous chercher, nous avons une longue journée devant nous. Nous avons apporté votre costume de cérémonie."

Avec de gros yeux ronds, je les ai regardés sans dire un mot, moi qui m'étais muré dans le silence depuis quelques jours. Que faisaient des militaires dans ma chambre ? Pourquoi m'appelaient-ils capitaine ?

Je vis l'infirmière Edna, comme c'était écrit sur son badge, les faire sortir, en gardant en main un costume. Elle m'aida à me lever et à me changer. Perplexe, je la laissais faire, tout en lui demandant ce qu'il se passait. Sa seule réponse fut de sourire en levant les yeux vers moi, et de me dire : "Que de belles choses, vous verrez."

Une fois terminé, elle m'emmena devant mon petit miroir, en me vantant comme ça m'allait bien. Effectivement, j'avais fière allure. Je portais une veste bleu nuit, ornée de boutons dorés sur le devant, de galons dorés également sur les manches, entourant mes poignets. Mon pantalon était dans les mêmes tons sombres, épuré et élégant. Qu'il était lourd par contre !

J'avais aux pieds des chaussures de cuir élégantes, qui me donnaient un air de célébrité. Et enfin, Edna me mit sur la tête, avec un fier sourire, une casquette blanche avec une visière en cuir noir, bordée de feuilles de chêne encore une fois dorées.

Les deux hommes sont entrés à nouveau, et devant ma silhouette changée, se mirent au garde-à-vous, claquant leurs talons les uns contre les autres, levant leur bras jusqu'à toucher leur propre casquette. J'ai vite compris, même sans mes souvenirs, que je devais être quelqu'un d'important.

L'infirmière Edna, avant de les laisser m'emmener, leur dit que je me déplaçais essentiellement en fauteuil roulant maintenant, du fait de problèmes de santé. Je les vis acquiescer, et nous partîmes.

Lorsque nous arrivâmes sur place, je découvris beaucoup de personnes, la majorité même, habillées de différents uniformes. Ceux qui m'accompagnaient, ils s'étaient présentés dans la voiture, l'enseigne de vaisseau Georges Fitz et le quartier maître Alex Valez, poussaient mon fauteuil avec fierté, semblait-il.

Nous croisâmes plusieurs hommes qui tenaient à me serrer la main, donnant leurs noms et grades aussi. Il y avait tellement de monde…

Après un long moment de salutations qui me faisaient tourner la tête, je fus amené près d'une estrade, où mes deux nouveaux amis se mirent chacun à mes côtés.

Un homme, habillé de la même manière que moi, est monté sur l'estrade, l'air grave et cérémonial. Le discours qu'il prononça me laissa pantois :

" Bonjour à tous. Je suis le capitaine de vaisseau Éric Loyd. Je suis ici pour vous parler d'un homme, qui a donné une grande partie de sa vie pour notre patrie. Il a sauvé énormément de vies, tout en gravissant les grades au fur et à mesure de sa vie. Je suis moi-même un des heureux survivants qui ont pu voir le bout de cette guerre 39-45, grâce à notre invité ici présent, Edmond Lovsky, qui a été capitaine de vaisseau pendant cinq années, à défendre corps et âme notre pays. Merci de l'accueillir !"

Tout le monde applaudit. Par automatisme, j'allais le faire, mais j'en fus empêché par Alex, qui me murmura à l'oreille : "Tout ça, c'est pour vous, commandant. C'est vous qu'on applaudit." Sans que je puisse répondre, mon fauteuil fut poussé sur une rampe qui menait à l'estrade. Je fus placé à côté d'Éric Loyd, qui me tendit la main, les yeux brillants :

"Commandant, je vous remercie pour tous vos services rendus à la nation. Nous sommes ici aujourd'hui pour vous remettre la médaille du mérite et du courage, ce jour du huit mai. Vous êtes notre héros, et l'une des légendes de la Seconde Guerre mondiale."

Les mots restaient bloqués dans ma gorge, je ne fis qu'hocher la tête et serrer sa main en retour. S’approchant de moi, il accrocha sur ma veste une étoile, ce qui me mit les larmes aux yeux. Les applaudissements retentissaient, mais je ne ressentais qu'une chose : la fierté d'avoir pu être utile dans ma vie.

Puis tous ceux de l’assemblée vinrent me parler. Dans ma tête, c’était le bazar, tout s’embrouillait. Je ne pouvais que demander, émouvant bien des hommes :

« … Je suis un héros ? »

J’eus droit à toutes les formulations :

« Je suis honoré de faire votre rencontre, je m’appelle Mike Holligan, vous m’avez sauvé lorsque j’étais encore enfant, sans vous je ne serais pas là aujourd’hui. Votre chemin m'a inspiré à faire comme vous. Merci pour tout ! »

« Vous êtes mon héros, vous m’avez permis de construire ma vie et d’avoir une famille, mon fils s’appelle Edmond, comme vous ! Merci encore ! »

J’ai compris à force que tous ceux de l’assemblée étaient ceux que j’avais sauvés, sans que je m’en rappelle. Cela m’a ému. La journée passa à une vitesse folle, mais chaque instant fut mémorable.

Le soir venu, lorsque Alex et George me ramenèrent dans ma chambre où m'attendait… Quel est son nom déjà ? Ah, oui, son badge. Edna, donc, je ressentais une joie immense.

Jusqu'au moment où mon cerveau décida que tout ça devait disparaître.

*J'oubliais tout.

J’avais seulement le sentiment que quelque chose d’important s’était produit.

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