Chapitre 5

📖 Malgré Nous ✍️ YumiZi 📝 8627 mots

En trois quarts d’heure, la salle est fin prête. Nous ne nous sommes pas décrochés un mot depuis que nous avons quitté la réserve. Je n’ai jamais autant haï le silence. Mon corps crie de frustration et mon cœur de détresse. En mon fort intérieur, je décide que s’il ne m’a pas parlé d’ici 2h  – à coeur ouvert, pas juste pour les apparences –, je tenterai une approche, et peu importe les conséquences.

Je m’accroche à cette résolution comme à une bouée déjà percée quand sa voix me tire de mes réflexions.

- Bon, et bah c’est pas mal ça, Cédric. On va pouvoir reprendre la route.

Il est clair qu’il ne s’adresse pas à moi mais j’espère être incluse dans le voyage de retour… En revenant du placard à balais, il attrape ses clés de voiture sur le bar et se dirige vers la porte, sans prêter attention à moi. Son indifférence croissante me fait l’effet d’une gifle et je sens tout mon sang quitter mon visage.

En ouvrant la porte, Zed semble se rappeler que j’existe et me lance :

- Tu viens ?

Pas un regard, pas un mouvement dans ma direction. Je le rejoins sans entrain et nous montons en voiture. Le trajet est silencieux et la tension entre nous s’épaissit. Je n’ose pas parler. Ses traits fermés, ses poings crispés sur le volant m’indiquent qu’il est ailleurs. Je donnerais tout pour savoir ce qui l’a mis dans cet état, ce qui l’a fait changer d’avis. Mais je ne peux pas le forcer à me parler. Je dois attendre le bon moment. Enfonçant mes poings dans mes côtes, je tourne la tête vers la fenêtre. Les paysages qui défilent et le bruit monotone du moteur sont une distraction bienvenue.

Lorsque nous arrivons chez mes beaux-parents, je constate que leur voiture n’est pas là. Nous allons encore être seuls. Je n’arrive pas à déterminer si c’est une bonne ou une mauvaise nouvelle.

A peine entré, je le vois se ruer vers sa chambre avant d’en flanquer la porte. J’entends ensuite de la musique filtrer à travers la porte.

Ok, message reçu.

Ce n’est toujours pas le bon moment. Résignée, je vais dans la chambre de Nate récupérer mes affaires afin de me préparer pour la soirée.

Dans la salle de bain, j’ouvre le robinet de la douche et laisse l’eau chauffer tandis que je brosse mes cheveux. La buée envahit peu à peu le miroir, masquant mon reflet. Je me déshabille, pressée de sentir l’eau chaude sur ma peau effacer le gouffre qui m’habite, oublier la sensation des mains de Zed sur moi. Je me déteste de ne pas avoir eu la force de lutter, et pire encore, de vouloir retrouver ce frisson. Mais si c’est mal, pourquoi est-ce que ça me semble si juste ?

Je viens de retirer mes sous-vêtements lorsque la porte de la salle de bain s’ouvre sans prévenir. Dans la panique j’attrape la première serviette qui vient : le sèche-main. Je me retourne et, bien sûr, je tombe nez à nez avec Zed, figé dans l’embrasure.

Et merde…

Le ridicule de ma tentative ne m’échappe pas : le tissu dissimule à peine ce qu’il devrait cacher. Je le vois dans les yeux affamés de Zed. Le rouge me monte aux joues tandis qu’il lorgne sur mon corps avant de revenir sur mon visage. La colère se mêle à la convoitise dans son regard.

Mon cœur bat à tout rompre, tour à tour emporté par l’excitation et freiné par la gêne, mais je refuse de montrer la moindre faiblesse. Ma voix est ferme, presque insolente quand je lui dis :

- Au cas où tu ne l’aurais pas remarqué, je suis nue là… Je pense que je suis en droit de demander réparation. Fous-toi à poil. Au moins on sera sur un pied d’égalité.

Zed lâche la poignée de la salle de bain. Sa mâchoire se contracte tandis qu’il inspire à fond. Il ferme les yeux et se pince l’arête du nez.

- Maud…, soupire-t-il. Toi et moi, dans une maison vide, nus dans la même pièce ?

Sa question semble autant destinée à lui qu’à moi. La porte de la salle de bain est toujours ouverte. Je laisse tomber ma serviette en pleine conscience et sans lui laisser le temps de réagir, je referme la porte derrière nous. Je me pose ensuite devant lui. Si sa lutte intérieure est évidente, je suis bien décidée à le mettre face à ses contradictions.

- Zed…, je murmure en me rapprochant davantage. Toi et moi, dans une maison vide, nus dans la même pièce.

Mes mots reprennent les siens, calculés et assumés. Là où il voyait un avertissement, j’y vois une opportunité.

Mon effronterie n’a cependant pas l’effet escompté. Il se passe une main dans les cheveux avant de me regarder.

- Bordel, Maud…, lâche-t-il.

Il détourne à nouveau le regard et laisse tomber ses bras.

Mes joues rougissent un peu plus – d’embarras mais aussi d’énervement. Il ne peut pas continuer à être comme ça avec moi : à un moment il me veut, celui d’après il me rejette…

Je saisis son menton pour le forcer à me regarder.

Rejette-moi ou pas, mais tu ne fuiras pas.

Je me mets sur la pointe des pieds pour être à sa hauteur.

C’est ta dernière chance pour faire marche arrière…

Je ne sais pas vraiment à qui s’adresse cette pensée – à lui ou à moi ? –, mais ne me laisse pas y réfléchir davantage. Je presse mes lèvres sur les siennes.

Elles sont chaudes et douces. C’est tellement atypique pour un homme. La sensation est exquise, mais trop peu. J’ai déjà goûté plus et j’en veux plus. J’entrouvre la bouche tout en douceur, je glisse ma langue contre la sienne et laisse retomber ma main sur sa poitrine.

Je ressens son conflit intérieur dans l’inconstance avec laquelle sa langue danse avec la mienne, au fait qu’il garde les bras le long de son corps plutôt que sur le mien.

C’est une hésitation qui ne dure qu’une fraction de seconde. Il resserre soudain ses bras autour de moi, m’y emprisonnant toute entière.

Lorsque sa main se referme sur mes fesses, je ne peux pas m’empêcher de gémir dans sa bouche. C’est la première fois qu’il me touche de cette façon, à cet endroit. Mes fesses doivent être à son goût car je l’entends grogner à nouveau.

- Tu es tellement douce, me murmure-t-il.

Je veux le sentir sous mes doigts. Je n’en ai pas eu l’occasion dans la réserve et l’aperçu que j’ai eu ce matin est loin d’être suffisant. Je glisse mes mains sous son t-shirt. Je sens les poils partant de son nombril et j’essaie de les suivre. Je veux lui enlever son t-shirt, mais collés comme nous le sommes, ça va être difficile. Nos corps respectifs me bloquent le passage.

Il vient à mon aide en reculant jusqu’à la porte et en le retirant pour moi. A peine le tissu a-t-il touché le sol qu’il agrippe mes fesses pour me ramener à lui.

Mes tétons sont durs et dressés. Je les sens frotter contre sa peau.

Oh mon Dieu…

Je remonte au niveau de son cou pour l’embrasser. Je laisse mes mains découvrir son corps pour la première fois. Il n’est ni couvert de poils, ni imberbe – juste parfait.

Lorsque ses mains remontent le long de ma colonne vertébrale, c’est comme si un courant électrique me parcourait.

- Zed, je gémis en enfouissant mon nez dans son cou.

Je veux lui faire plaisir, autant si ce n’est davantage que lui m’en a donné et continue de m’en donner. Je laisse mes mains s’aventurer vers le bas de son ventre.

- Laisse-moi te toucher, je le supplie.

Mon cœur cogne fort dans ma poitrine, et mes mains tremblent presque sous la pression. Je me débats un instant avec l’ouverture de son pantalon. Il saisit mon menton d'une main ferme, comme je l’ai fait plus tôt. Un éclair d’incertitude me traverse : mes mots l’ont-il refroidi ? Est-ce que j’ai dit quelque chose que je n’aurais pas dû ? L’intensité de son regard me pétrifie. La faim dévorante dans son regard balaye mes craintes : il me veut.

Oh…

Avant que je ne puisse réagir, il m’embrasse de nouveau avec une telle fougue que mes yeux se ferment sous l’avalanche d’émotions. Il se débarrasse de ses vêtements avec une rapidité presque animale, comme si ses gestes étaient plus rapides que ses pensées.

Je ne veux rien d’autre que le sentir, le toucher. Alors que je tends les mains vers son sexe, il attrape mes bras et les enroule autour de son cou. Ses mains se glissent sous mes fesses, et, avec une facilité déconcertante, il me hisse dans ses bras, refermant mes jambes autour de lui. J’essaie de ne pas penser à sa verge, si proche de mon propre sexe. Tout mon corps se contracte. Il se met en marche et je le serre davantage.

Je sens à l’eau chaude qui ruisselle sur ma peau que nous sommes entrés dans la douche. Il met fin à notre baiser et colle mon dos au carrelage. La différence de température m’envoie une onde de plaisir dans tout le corps. Chaud et froid. Encore et toujours.

Zed fixe mon corps plaqué contre le sien. La chaleur de sa peau se confond avec celle de l’eau, et la vapeur accentue son odeur, m’enveloppant dans une brume sensuelle. Je suis à fleur de peau, chaque frémissement me faisant perdre un peu plus pied. J’ai la tête qui tourne. Zed commence à me faire glisser contre lui, m’attirant encore plus près. Je sens son sexe effleurer l’entrée du mien.

Oh mon Dieu.

Je laisse échapper un cri, et ma tête bascule en arrière, submergée par la sensation. J’ai envie de lui, chaque fibre de mon corps le désire. Ce serait si facile de le laisser se glisser en moi. Mais avant… je veux plus. Je veux le toucher, le faire grimper. Je voudrais sentir ma main glisser sur lui, ma langue effleurer sa peau…

J’en suis là de mes pensées quand je sens son bras se déplacer, soutenant tout mon poids sur un seul côté. Il m’appuie encore plus fort contre le mur, et, avec une maîtrise parfaite, il glisse une main entre nous, maintenant son sexe contre lui alors qu’il termine de me poser au sol.

J’aperçois sa verge pour la première fois. Elle m’attire comme l’étamine d’une fleur attire une abeille. Je n’ai toujours pas pu le toucher et ce besoin monte, aussi palpable que celui entre mes cuisses. Mes mains vont toutes seules vers lui, mais il les attrape et les place au-dessus de ma tête. Avec la même assurance que ce matin, dans le lit. J’adore sa façon de me prendre comme ça.

Il est plus loin de moi que tout à l’heure. Je tente de le ramener à moi en passant une jambe autour de lui, mais il me bloque. D’un mouvement assuré, il me retourne et me pousse contre le carrelage, ses hanches se pressant contre moi.

Oh merde…

La surprise et le plaisir de la sensation de son érection contre la raie de mes fesses m’achève. Il écarte les cheveux qui couvrent mon dos, dévoilant ma nuque et je frissonne en le sentant effleurer le tatouage qui y est gravé. Ses doigts suivent les courbes de l’encre sur ma peau, et ma respiration s'accélère. Je pose mon front contre le carrelage : j’ai peur de défaillir. Tous mes sens sont exacerbés.

De plus en plus audacieux, ses doigts quittent ma peau, vite remplacés par sa langue. Son contact m'entraîne dans un vertige où plus rien n’existe, si ce n’est lui. Lorsqu’il  atteint le creux de mon cou, mon corps se cambre tout seul et un cri s’échappe de ma bouche.

Il se colle encore plus à moi, glissant son nez dans mon cou. Il libère mes poignets, mais mon intuition me pousse à garder les mains sur le carrelage. Ses bras m’enlacent et il ne quitte plus ce point sensible dans mon cou. Il me suçote, va même jusqu’à me mordiller. En parallèle, une de ses mains retourne explorer mes seins tandis que l’autre descend sans hâte vers mes cuisses.

Oh… Mon… Dieu…

Mon cœur manque un battement lorsqu’il glisse ses doigts, mesurés, prudents, entre mes jambes pour les écarter. Ses attentions sur mon cou et ma poitrine ne faiblissent pas, m’engloutissant sous un déluge de sensations. Lorsqu’il pose enfin sa main sur mon pubis, je ne suis plus qu’une poupée désarticulée, offerte entre ses bras. Son doigt s’aventure entre mes grandes lèvres. Une vague brûlante me traverse, comme si j’avais de la lave dans les veines. Je me cambre, ma tête basculant contre son épaule. Il ralentit ses baisers, mais reste niché contre mon cou, sa respiration chaude caressant ma peau.

Dans cette position, la dureté de son sexe contre mes fesses est encore plus évidente. Ses doigts atteignent mon clitoris, le capturant avec une précision inattendue. Tandis qu’il le fait rouler sous ses doigts, je me frotte contre lui, oscillant entre une tentative désespérée d’échapper à tant de plaisir et au besoin viscéral de le sentir plus près encore.

C’est bon… Presque trop bon.

Il délaisse mes seins et guide sa deuxième main vers mon sexe en feu. Il me presse plus fort contre lui, ses caresses titillant sans cesse mon point le plus sensible, tandis que sa main descend encore. Ses doigts effleurent l’entrée de mon vagin, frôlant mes petites lèvres. Il est aussi doux à cet endroit qu’il est brutal avec mon clitoris. Avec une lenteur extrême, délibérée, il insère un doigt en moi.

Oh… Oui… Oh… Mon Dieu… Oui…

Il continue de faire tourner ses doigts sur mon clitoris, allant et venant en moi avec une pression parfaite, régulière. Je n’arrive plus à penser et je plaque une main sur ma bouche pour atténuer les cris que je pousse.

Je l’entends gronder contre mon cou. Il cesse tout mouvement, puis d’un geste décidé il retire ses doigts de mon sexe et prend ma main pour la replacer contre le carrelage.

- Ne couvre pas ta voix, me dit-il d’une voix rauque.

J’adore ce ton autoritaire, la manière dont il me domine sans détour. Ses doigts retrouvent leur place entre mes cuisses : l’un reprend son va-et-vient sur mon clitoris, tandis que l’autre pénètre de nouveau mon intimité. La chaleur dans mon ventre augmente. Je pince mes lèvres dans un effort désespéré pour étouffer mes cris, tout en respectant la règle qu’il m’impose.

- Je veux t’entendre, souffle-t-il à mon oreille en m’enfonçant un deuxième doigt.

J’ai de plus en plus de mal à me contenir. Il accélère, ses doigts me prenant plus loin, plus fort. Je perds le contrôle. Je ne suis plus que plaisir.

Continue… Comme ça…

Le temps n’existe plus. Le monde n’existe plus. La pression entre mes cuisses devient insoutenable, prête à éclater.

C’est bon… Oh… Zed… Zed…

Il faut croire que je prononce ces mots car il me répond.

- Oui ?

- Je… Je vais…

OH… MON… DIEU !

- Vas-y, m’intime-t-il. Lâche tout.

C’est mon déclencheur. L’orgasme me terrasse, me coupant presque le souffle et j’explose en hurlant son nom. Il continue de me prendre, de me toucher, prolongeant mon plaisir jusqu’à ce que je m’effondre dans ses bras. 

Mon sexe pulse encore quelques instants, vibrant autour de ses doigts. Lorsque ma respiration retrouve un rythme plus calme, il se retire avec une infinie précaution. Ses mains se posent sur mes hanches, tout aussi délicat, comme s’il avait peur de me briser. Encore étourdie par la puissance de ce qu'il m’a fait ressentir, je referme mes bras sur moi, cherchant à me rassembler. Je me rapproche du carrelage pour profiter de sa fraîcheur.

Lorsque je me retourne, j’observe son corps. Un dieu grec. Tandis que je le dévore des yeux, mon ventre se contracte à nouveau, comme une indication que je ne suis pas encore rassasiée. Puis je croise son regard. Il semble triste, résigné. Et tout devient clair.

Ce n’était pas du rejet, c’était de la peur. Il me veut, mais il a mal parce qu’il s’est persuadé que moi je ne veux pas de lui. Et, comme toujours quand il souffre, il se renferme dans le silence, retranché derrière son masque.

Reste avec moi.

J’attrape sa nuque pour l’attirer à moi, pressant mes lèvres contre les siennes. Je le sens encore tendu, réticent, alors je mets tout le désir, toute la passion qu’il éveille en moi dans ce baiser, espérant briser ses résistances.

Je le romps la première et le regarde droit dans les yeux. La résignation est toujours là, tenace. Très bien, puisque les actes ne sont pas assez explicites, il est temps d’oser les mots.

- Est-ce que maintenant tu vas enfin me laisser te toucher ? je le taquine.

Ses yeux s’écarquillent de surprise et en un instant, ils retrouvent cette lueur malicieuse que j’aime tant. Son rire s'envole, léger, chaleureux, tandis qu'il attrape ma joue. Ses lèvres effleurent les miennes… Pas de précipitation, pas de brusquerie cette fois. C’est un baiser doux, lent, profond, dénué de toute hésitation ou de peur. La sincérité de l’instant m’emplit d’une joie indescriptible.

Entre deux baisers, il répond :

- Je ne sais pas… Je ne dirais pas non à une nouvelle dose de toi…

Un sourire se dessine sur ses lèvres tandis qu’il reprend notre baiser. Nous sommes enfin sur la même longueur d’onde. Je nous fais pivoter, sans en avoir l’air, de sorte que nos places soient inversées. Dos au mur, au sens propre, Zed me regarde comme il ne m’a jamais regardée. Une douceur inhabituelle, un désir brut, mais aussi une forme de tendresse qui me surprend. Ce n’est pas un simple regard de désir, c’est un regard de confiance retrouvée.

Je reporte mon attention sur son corps sculpté à la perfection. Je laisse mes mains glisser sur son torse suivant sinueux des gouttes d’eau sur sa peau comme une carte au trésor. Du bout des doigts, je dessine les contours fermes et souples de ses pectoraux, m’imprégnant de chaque relief.

Il est magnifique. Ses larges épaules dégagent une puissance naturelle, une force rassurante, qui me chamboule à chaque fois que je les regarde. Mais ses yeux… Ses grands yeux dorés m’ont toujours captivée. Comme un reflet de la lumière, douce et chaleureuse, qu’il garde cachée derrière son armure et dont il semble lui-même ignorer l’existence.

Alors que je prends enfin le temps de le détailler, mon regard se fixe sur un détail inattendu : lui aussi porte un tatouage. Juste là, à la naissance de sa hanche. Une flamme enroulée sur elle-même, à la fois simple et complexe. Je reste un instant fascinée, suis les courbes de l’encre du bout des doigts, comme si, en le touchant, je pouvais en déchiffrer la signification.

Je tends un bras vers le gel douche et attrape un luffa : nous étions ici pour nous laver après tout. Zed ne me lâche pas des yeux, perçants et malicieux à la fois.

- Qu’est-ce que c’est ? Demande-t-il perplexe.

- C’est un luffa. Ça fait beaucoup beaucoup de mousse !

Son rire résonne dans l'espace confiné puis il fait mine de m’attirer à nouveau dans ses bras.

- Hein hein ! je fais en secouant la tête. Chacun son tour. Laisse-toi faire.

Je joue les maîtresses mais je ne suis pas aussi assurée que je le voudrais. Intimidée, excitée, un peu nerveuse, la proximité de son corps ne m’a jamais fait autant d’effet.

A ma grande surprise, Zed obéit sans protester, referme les yeux et s’appuie contre le mur. Je fais mousser le gel entre les mailles du luffa avant de le passer sur son corps. Je le découvre petit à petit, les mains pleines de tendresse, chaque geste mêlant désir et contemplation. J’en ai rêvé pendant des années. Je savoure la fermeté de ses muscles, la douceur de sa peau, et j’ai du mal à croire qu’il est bel et bien là, sous mes mains.

D'une main, je trace des longs sillons mousseux sur sa peau. De l’autre, mes doigts suivent le chemin de ses poils sur son torse, effleurant son ventre, descendant peu à peu jusqu’à son nombril. Je parcours son corps avec une lenteur calculée, le savonnant, l’explorant. Je palpe ses bras, ses épaules, ses abdos. J’ose même m’aventurer sur ses cuisses, me délectant de chaque contact.

Je dois reconnaître que je m’amuse beaucoup à le recouvrir de mousse. Je joue avec lui, à la fois tentatrice et malicieuse. J’approche parfois mes doigts de son entrejambe, frôlant presque son sexe, mais je m’abstiens toujours de le toucher.

Ce n'est pas l'envie qui manque, loin de là. Non, c’est l’idée que l’attente rend chaque frôlement plus brûlant, plus insupportable. A chaque fois que j’effleure son sexe, je sens sa respiration se suspendre. Mon côté primitif adore l’avoir sous mon emprise.

Lorsque son corps est couvert de mousse, je laisse tomber le luffa et récupère le gel douche.

Un petit truc que j’ai appris en cours de route : l'ajout d’un peu de lubrifiant rend toujours les choses plus agréables. Dans ma situation, je fais avec ce que j’ai sous la main : le gel douche. Mais ça joint l'utile à l’agréable.

J’en dépose une noisette dans le creux de ma main et me love contre l’homme de tous mes fantasmes.

Il ouvre les yeux et penche la tête vers moi.

- Et maintenant ? me dit-il en souriant.

- Maintenant, je vais vraiment pouvoir jouer, je réplique en refermant ma main sur son sexe.

Il émet un son rauque, à la limite du grognement, une réponse de pur plaisir qui fait vibrer l'air entre nous. Ses yeux se ferment, mais son corps frissonne sous mes mains alors qu’il pose son front sur le mien.

Je fais glisser ma main sur lui, alternant entre des mouvements lents et amples et des pressions plus intenses à la base. À chaque va-et-vient, je resserre davantage ma prise quand j’arrive à son gland, savourant sa chaleur, sa texture, la manière dont il réagit sous mes doigts.

Tout à coup, il se saisit d’une de mes fesses et me tire contre lui sans pour autant m’interrompre. Son nez vient se nicher dans mon cou, et je sens sa main pétrir mon corps, ses gestes s’accordant au rythme de mes caresses.

Je ne peux pas voir son visage, nos corps étant étroitement collés, mais je l’entends. Il tente de contrôler ses réactions, comme je le faisais lorsqu’il m’explorait. Les sons qu’il émet sont plus rauques, sauvages. Une vibration brute, animale et excitante à en perdre la tête.

Je continue mes mouvements, mes doigts explorant chaque centimètre de lui, mais un autre désir monte en moi, plus pressant, plus difficile à ignorer. Me dressant sur la pointe des pieds, je laisse mes lèvres effleurer son oreille :

- Zed… je chuchote. Je voudrais… je veux…

Les mots restent bloqués dans ma gorge. Je sais qu’il me veut. Je le sens dans la tension de ses muscles, dans la force de sa poigne, dans les soupirs qu’il tente d’étouffer. Et pourtant, une crainte me retient. Une peur sourde d’aller plus loin, de franchir une limite qu’il n’est peut-être pas encore prêt à dépasser.

- Tout ce que tu veux, me répond-il entre deux râles. Qu’est-ce que tu veux ?

Je marque un temps d’arrêt, aussi bien dans mes gestes que dans mes pensées, pesant le pour et le contre. Zed semble sentir ma confusion, car il tourne la tête vers moi, ses yeux cherchant les miens. Je le veux dans ma bouche. On dit que beaucoup de femmes n’aiment pas ça, mais pour moi, c’est tout l’inverse. C’est une zone si douce, si chaude, si intime. Je vois cette caresse comme un don absolu où son plaisir évident n’en est que plus beau. Je le sonde du regard, tentant de trouver une manière claire, sans ambiguïté, de lui dire ce que je veux. Les mots dansent sur le bout de ma langue, hésitant entre crudité et pudeur.

- Dis-le avec des mots, murmure-t-il.

Sa voix est une caresse à elle seule.

« Je veux te sucer » me paraît trop brusque, presque cassant dans l’intimité de ce moment. Alors je choisis une approche plus douce, plus suggestive.

- Je veux… te goûter…

Je comprends que mes mots sont trop subtils lorsqu’il se penche pour m’embrasser. Je le stoppe d’un doigt sur les lèvres et reprend :

- Non, je veux dire… T’imagines même pas comme j’aime le goût de tes lèvres. Mais… justement, je connais déjà ce goût. 

Il lève un sourcil, intrigué et je sens que je m’enfonce. Il faut que je trouve une manière plus directe de lui faire comprendre.

- Enfin… C’est pas vraiment cette partie de toi que j’avais en tête… je conclus en le regardant d’un air entendu.

La surprise que je lis dans ses yeux est telle que je baisse le regard, submergée par la gêne. Il passe un doigt sous mon menton pour relever ma tête, ses yeux mi-étonnés, mi-amusés. Il m'effleure d’un baiser tendre avant de chuchoter :

- Est-ce que tu penses sincèrement que je pourrais te dire non ?

Ses yeux pétillent de malice, d'espoir, mais surtout de désir. 

Oh mon Dieu, j’ai juste trop envie de lui !

Je secoue la tête.

- Alors arrête de te prendre la tête pour rien. Fais ce qui te fait envie, conclut-il en déposant un dernier baiser sur mes lèvres.

Sous son regard bienveillant, je fais basculer la douche en mode pommeau et commence à le rincer de la pointe des pieds jusqu’en au de son cou. Je frotte sa peau là où la mousse s’est accrochée, laissant un baiser à chaque endroit devenu luisant sous l'eau. Puis, je m’approche avec une lenteur calculée de son entrejambe. 

Tout en le caressant, je prends soin de rincer à grande eau cette zone avant de rebasculer la douche en italienne. L’eau me tombe sur le dos en cascade, et je descends devant lui, féline, mes yeux soutenant les siens, jusqu’à ce que je sois accroupie entre ses jambes. Le carrelage est dur sous mes genoux, mais l’inconfort disparaît face à la proximité de son corps. Même s’il a été gâté par la nature, il n'a pas des proportions à m’en décrocher la mâchoire et c’est parfait.

Maintenant que je suis face à son sexe, je n'ose pas relever les yeux. Si je découvre qu’il me regarde encore, j’en perdrai toute mon assurance. Je prends son sexe dans une main, reprenant un rythme de va et vient sur lui.

Lorsque je l'entends retenir un soupir de plaisir, je pose son gland sur mes lèvres.

- N’hésite pas à me dire si tu veux quelque chose en particulier, lui dis-je.

- Ne t'en…

Je le prends soudain en bouche, transformant la fin de sa phrase en gémissement.

Ma main serrée autour de lui monte et descend sur son sexe en parfaite synchronisation avec ma bouche. J'aspire sa verge avec délicatesse, explorant chaque repli de sa peau, et découvre enfin son goût. Salé, comme je m’y attendais, mais avec une touche plus douce, presque sucrée. Je laisse ma langue caresser, masser son gland sans cesser d’aller et venir sur lui.

Sa respiration est de plus en plus saccadée et ses gémissements me poussent à m'activer davantage.

Je sens sa main près de ma tête, tremblante, hésitante. Je me surprends moi-même lorsque je saisis sa main pour la poser dans mes cheveux, m’abandonnant à lui comme jamais je ne l’ai fait auparavant. Cette sensation nouvelle me rend encore plus audacieuse, plus avide de son plaisir.

- T'es sûre ? Ça… te gêne… pas ? Demande-t-il haletant.

Je détends ma gorge et le laisse s’enfoncer plus profond.

Ça te va comme réponse ?

- Oh... Oh whaou ! Râle-t-il comme s'il m’avait entendu.

Je sens ses mains trembler dans mes cheveux et ça me galvanise. J'adore savoir qu’il peine à cacher à quel point il aime ce que je lui fais. Sa main se resserre dans mes cheveux, sa prise se fait plus ferme, plus solide.

Je sens ses hanches frémir, se soulever malgré lui contre ma bouche, et chaque mouvement devient une invitation, un appel à aller plus loin. Je veux lui donner autant de plaisir que possible. Je veux qu’il prenne autant de plaisir que possible. Je déplace ma main libre sur ses fesses, lui offrant la possibilité de bouger à sa guise.

Je ne relâche pas ma poigne et continue de le masturber en le suçant. Peu à peu, ses allées et venues dans ma bouche se font plus amples et plus profondes. Plus fortes aussi. Je sens sa main se crisper de plus en plus dans mes cheveux.

- Maud… souffle-t-il. Si tu ne veux pas… que je finisse dans ta bouche… gémit-il.

Ses mots flottent dans l’air, mais je ne ralentis pas. Rien ne m’arrêtera. J’ai dit que je voulais goûter chaque parcelle de lui, et je le ferai. Je maintiens la cadence sur son membre, tant avec ma main qu’avec ma bouche. Mes doigts et ma langue dansent avec une précision impatiente sur sa verge, exaltée par l’imminence de son extase.

Je m’autorise à lever les yeux vers lui. Son regard croise le mien. A peine une seconde. Il rejette la tête en arrière dans un grondement, tout en libérant sa semence dans ma gorge. Je continue de caresser son sexe, profitant des dernières secousses de son orgasme. Je savoure la chaleur de son liquide qui s’écoule en moi, un goût salé, mais d’une intimité troublante.

En me redressant, je recueille un peu d’eau dans mes mains pour me rincer la bouche. La dernière chose que je veux c’est le rebuter en l’embrassant tout de suite après l’avoir avalé. Lorsque le goût de sel a disparu, je relève la tête vers lui. Les étincelles dans ses yeux sont authentiques. C’est mon Zed devant moi. Sans masque. Nu dans tous les sens du terme.

Magnifique.

Je voudrais figer cet instant, comme une photographie que rien ne pourrait altérer. Juste lui et moi. Ici. Maintenant.

Je glisse mes doigts sur sa joue. Je ne me lasse pas de le toucher. A chaque contact, je sens des milliards de petites décharges électriques me parcourir. Il est la parfaite fusion de tous les hommes que j’ai aimés, de près ou de loin, de tout ce qui m’a un jour émue ou troublée.

Tout en lui est magnifique. Ses ombres, ses lumières, ses victoires et ses failles… Tout ce qui fait de lui ce qu’il est, dans toute sa complexité, est mon centre de gravité. Rien ne pourra changer ça. Cette vérité vibre en moi comme une onde de choc violente et indiscutable.

J’aime Nate. Notre relation était évidente et nous avons construit notre amour au fil du temps. Mon attirance pour Zed a été immédiate. Il m’a envoûtée depuis le premier jour. Prétendre le contraire serait me mentir à moi-même. Je l’ai su au premier regard. J’ai reconnu quelque chose en lui dès que je l’ai vu. 

- Ça va ? s’enquiert-il.

- Tout va bien, ne t’en fais pas, je le rassure en l’étreignant.

- Tant mieux, ma chérie.

Mon cœur manque encore un battement, des papillons s’envolent dans tout mon corps. Jamais il n’avait dit ces mots. Je me sens fondre, tant dans mes émotions que dans mon corps. Cet homme met mes hormones à rude épreuve.

Nous restons ainsi dans les bras l’un de l’autre pendant quelques minutes, le silence entre nous étant aussi confortable que notre étreinte.

- Et si je te lavais, toi aussi ? me demande Zed.

- Moui, ça pourrait être utile, je réponds en levant les yeux vers lui.

Toujours souriant, Zed tend un bras vers le savon. Je ne crois pas l’avoir déjà vu sourire aussi longtemps.

- Tu préfères ça plutôt que le gel douche, pas vrai ?

J’acquiesce, une moue espiègle sur les lèvres. Il me colle contre lui et commence à me frotter le dos avec le savon, mais aussi avec ses mains, comme une caresse subtile.

- Je ne promets pas de ne pas avoir les mains baladeuses, rigole-t-il.

- Je ne suis pas contre, je réplique en riant à mon tour.

Ses mains glissent sur mon dos, douces et fermes. Ses gestes sont à la fois doux et assurés, comme s’il connaissait chaque courbe de mon corps. Quand il atteint le creux de mes reins, il m’embrasse dans le cou avant de glisser ses mains, à la fois respectueuses et insistantes, sur mes fesses. Il les frotte avec une attention particulière, chaque mouvement me faisant frissonner. Puis, il se faufile dans ma raie et me savonne avec une délicatesse infinie. Ses gestes sont empreints d’une sensualité calme, presque méditative.

Il descend ensuite le long de mes jambes jusqu’à mes pieds avant de remonter le long de mes cuisses, avec la même application, son regard toujours ancré dans le mien. Plus encore que ses mains, ses yeux me captivent. Noisette, or et ambre. Des couleurs chaudes comme lui. Comme sa lumière, celle qu’il ne voit pas mais qui est bien là. Cette lumière qui fait écho à la mienne. Il est mon double. Mon miroir. Mon esprit divague alors que je suis perdue dans ses iris, transportée par la sensation de ses doigts contre ma peau, par l’évidence de notre cohésion.

Il nous fait à nouveau échanger nos places. Adossée au mur, je sens ses mains contre mon ventre. Ses doigts se promènent le long de mes bras avant de se cueillir mes seins dans une étreinte légère. Ses caresses sont d’une intimité rare, d’une tendresse infinie… Il y a tant de respect dans sa manière de me toucher que je n’arrive pas à déterminer si ses caresses sont sensuelles ou chastes. Dans tous les cas, elles me font tourner la tête. Fermant les yeux, je m’accroche à lui pour ne pas perdre pied, le laissant me laver et découvrir mon corps à son tour.

- Je ne me lasserai jamais de tes mains sur moi, je souffle.

- Il faudra bien sortir à un moment pourtant, plaisante-t-il.

Je le sens ensuite passer le jet d’eau sur mon corps. Une fois rincée, Zed dépose un petit baiser sur mes lèvres avant de sortir de la douche. Je reste sous l’eau quelques secondes de plus, la chaleur m’enveloppant comme une couverture protectrice. Au fond de moi, une petite voix me nargue que c’est trop beau pour être vrai. 

Lorsque je sors à mon tour, Zed m’attend, une serviette enroulée autour de sa taille, une autre tendue entre les bras, comme une nouvelle invitation. Malgré tout ce qui s’est passé ces dernières heures, je ne peux empêcher mon cœur de battre la chamade. Je serre mes bras autour de moi, cherchant à garder un peu de la chaleur de la douche, avant de me glisser contre lui, et qu’il referme la serviette sur moi.

- Tu as pris tes affaires ? me demande-t-il en me frictionnant.

Blottie contre lui, j’acquiesce.

- Les miennes sont restées dans ma valise, dans la chambre de Tom. Je vais les chercher et j’arrive.

Il s’écarte de moi en déposant un baiser sur mon front. Lorsqu’il ouvre la porte, le changement brutal de température me fait frissonner. Je ne le quitte pas des yeux, soudain prise de l'envie de ne jamais quitter cette pièce. Ce cocon chaud et doux, rien que pour nous deux. Son regard croise le mien, intense, avant qu’il ne me murmure :

- Je reviens vite.

Il s’éloigne à pas feutrés et referme la porte derrière lui.

J’attache la serviette autour de ma poitrine et attrape ma brosse à cheveux. Je me sèche, enfile mes sous-vêtements et commence à me coiffer en silence. Mes pensées dérivent, revisitant chaque instant de cette journée, chaque minute de cet après-midi, chaque seconde de cette douche.

Les lèvres de Zed sont telles que je les imaginais dans les moindres détails. Pleines, douces, chaudes. Le souvenir de ses baisers fait s’emballer mon cœur. Ses mains, si avides et tendres à la fois, me hantent encore, éveillant un tourbillon de sensations au creux de mon ventre. Le rouge me monte aux joues lorsque je me rappelle mon audace et le plaisir que j’ai eu à le goûter.

Mes propres réactions me tirent un rire nerveux. Jamais je ne pourrais me lasser de lui : il suffit d’une pensée fugace pour que tout mon être s’embrase à nouveau.

Je finis de me coiffer lorsque j’entends Zed toquer à la porte.

- Entre ! Tu ne verras rien que tu n’aies déjà vu ! lui dis-je d’un air malicieux.

- C’est sûr mais je ne tiens pas particulièrement à en faire profiter tout le monde, me répond une voix autre que celle de mon amant.

Je me retourne d’un seul mouvement.

Nate. Le choc me glace sur place.

Oh merde.

L’émerveillement me submergeait au point que j’en ai oublié où j’étais. Qui j’étais. Mon fiancé me regarde, la tête passée dans l’entrebâillement de la porte.

- Tu as fini de te laver ? me demande-t-il.

- Oui, je souffle, encore interloquée. J’allais m’habiller.

- Parfait.

Il entre dans la pièce, pose ses mains sur mes épaules et un baiser chaste sur mes lèvres.

Non !

Mon corps hurle en silence, perdu dans une contradiction absurde. Je l’aime. Je vais l’épouser dans quelques mois. Mon âme le réclame, mon cœur le réclame, mon corps le réclame. Malgré tout, quelque chose en moi se crispe, révolté de ce baiser, incapable d’oublier d’autres lèvres, d’autres mains, un autre souffle.

Je suis un monstre. 

Le besoin de le serrer contre moi et celui de le repousser s’entrechoquent, me laissant déchirée.

Ignorant tout  de ma détresse émotionnelle, Nate me regarde avec bienveillance et tendresse.

- Je t’attends dans la chambre, me dit-il.

- D’accord, je souffle, la gorge nouée.

Il referme la porte derrière lui sans un bruit, me laissant seule dans la chaleur soudain étouffante de salle de bain. Mon reflet dans le miroir me renvoie une image que je ne reconnais plus : des joues rouges, des yeux brillants et perdus, des lèvres frémissantes.

Nom de Dieu… Qu’est-ce que je fais ?

Je me force à bouger. J’attrape ma robe, mais mes doigts tremblent sur le tissu, comme s’ils refusaient de collaborer. Mon regard se pose sur ma trousse à maquillage, abandonnée sur le rebord de l’évier. C’est l’anniversaire de ma belle-mère en devenir, et Nate m’a dit que ça leur ferait plaisir si je faisais un effort. Le souci étant que je n'ai pas l'habitude de me maquiller. L’idée même de cet "effort" m’épuise d’avance, tant cela me paraît artificiel. Je range la trousse et le reste de mes affaires avec un soupir d’agacement.

Je suis suffisamment perdue sans avoir à me faire passer pour ce que je ne suis pas.

Dès que j’attrape la poignée, elle s’ouvre d’un coup, et je reste figée. Zed est là, à quelques centimètres à peine, son regard planté dans le mien. Il porte un jean noir, fidèle à son style habituel. Par-dessus, une chemise blanche en partie déboutonnée, révélant juste assez de peau pour me rappeler chaque centimètre que j’ai exploré, chaque souffle que j’ai volé sur son corps. Mon regard dérive, presque malgré moi. Une onde familière me traverse, ce frisson irrépressible qui surgit chaque fois qu’il est là, qu’il parle, qu’il respire. C’est comme si sa simple présence me réassemblait. Tout en lui semble avoir été fait pour moi, pour me compléter.

Je me sens rougir derrière mon sourire.

- Hey, je murmure pour dissimuler mon embarras.

- Hey toi-même, rétorque-t-il sur le même ton.

Un sourire contrit s’étire sur son visage. Il faut qu’on parle, c’est évident. Zed n’aime pas les discussions à coeur ouvert, mais il devra faire une exception pour celle-là. C’est trop important. Il y a tant de choses en jeu que je ne sais même pas comment entamer cette conversation. Tout est flou, tout se mélange dans ma tête.

- Zed… Il faudra… Quand tu pourras… Plus tard dans la soirée…

Les mots se bousculent dans ma bouche et sortent, incohérents à en être absurdes.

Sujet, verbe, complément, Maud !

- Tu auras un moment à m’accorder un peu plus tard ? je reprends. Il y a… des éléments dont on n’a pas eu l’occasion de discuter…, je grimace en lançant un coup d’œil furtif dans le couloir.

Comme le fait que je suis un cas désespéré et que je vais vous faire du mal et que je ne veux pas et que je suis perdue.

- Bien sûr. Je me suis dit la même chose, confie-t-il en me caressant la joue du bout des doigts.

Je presse ma joue contre sa main, savourant le contraste de l’anneau à son pouce et de sa peau, avant de déposer un baiser dans sa paume.

- A tout à l’heure alors, je souffle.

Il me contourne pour entrer dans la salle de bain. De mon côté, je me dirige vers la chambre de Nate où ce dernier m’attend.

Je dois avoir une conversation avec Zed. Je dois avoir une conversation avec Nate. Je ne sais pas laquelle me rend le plus nerveuse, mais je n’ai pas d’autre choix que d’affronter l’une et l’autre. Pour le moment, je ne peux rien faire d’autre qu’attendre, alors j’avance le long du couloir, le coeur battant, prête à faire face à mon fiancé.

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